đŸȘ Apprend A Ecrire Ou Apprend A Te Taire

pourma part, quand un Ă©lĂšve m'apprend quelque chose (ou m'oblige Ă  ouvrir un dico pour dĂ©couvrir le sens d'un mot), je l'en remercie vivement et publiquement. Et pour la peine, il a de meilleures notes, mĂȘmes, c'est-Ă -dire que s'il perd des points pour quelques erreurs, il en gagne d'autres pour compenser.
TĂ©lĂ©charger l'article TĂ©lĂ©charger l'article L'apprentissage de la lecture est une dĂ©marche plus ou moins longue. Ce n'est donc jamais trop tĂŽt pour s'y atteler. S'il est vrai que cette Ă©tape est trĂšs dĂ©terminante pour l'enfant, il est tout de mĂȘme essentiel qu'elle soit divertissante et attrayante pour lui. La lecture doit ĂȘtre une activitĂ© que l'enfant finit par affectionner et qui lui permet d'augmenter son bagage de connaissances grĂące aux livres. Faites preuve de patience et vous ferez de cet exercice un passetemps agrĂ©able avec votre enfant et une parfaite occasion pour lui de rĂ©ussir Ă  apprendre Ă  lire et Ă  aimer les livres. 1Faites-lui la lecture. IntĂ©grez la lecture dans votre quotidien. Commencez le plus tĂŽt possible Ă  faire la lecture Ă  votre enfant. Il a d'ailleurs Ă©tĂ© prouvĂ© que cela favorise le dĂ©veloppement prĂ©coce du cerveau et amĂ©liore l'aptitude langagiĂšre, l'alphabĂ©tisation et les compĂ©tences sociales de l'enfant [1] . 2Parlez avec vivacitĂ©. Le fait d'ĂȘtre captivant suscitera l'intĂ©rĂȘt de l'enfant pour les livres. Et s'il est trop jeune pour comprendre l'histoire, grĂące Ă  l'intonation de votre voix, faites ressortir le bonheur, la tristesse, la colĂšre ou bien d'autres Ă©motions qui lui permettront de comprendre les images. 3 Montrez du doigt chaque mot. Faites en sorte qu'il voit votre doigt dirigĂ© vers chaque mot prononcĂ©. Et mĂȘme s'il semble ne pas vous comprendre, il rĂ©alisera qu'il y a un rapport entre les lignes en zigzag sur la page et les mots que vous prononcez. Évitez de vous en tenir simplement au texte. ArrĂȘtez-vous par moments et dĂ©crivez de façon pratique les images ou changez de voix pour mimer les personnages. Ce procĂ©dĂ© permettra aussi de stimuler l'imagination de l'enfant [2] . 4Posez-lui des questions sur le texte. Observez une pause afin d'amener l'enfant Ă  prendre part au rĂ©cit. Posez-lui quelques questions toutes simples. Par exemple, s'il y a un chien dans l'histoire, demandez-lui sa couleur. Cet exercice lui permet de mieux assimiler l'histoire et de mieux comprendre ce que vous lisez. 5 Donnez-lui des livres. Remettez Ă  l'enfant beaucoup de livres. Au fur et Ă  mesure qu'il les parcourt, son penchant pour la lecture va augmenter. . L'idĂ©al pour les nourrissons et les tout-petits, c'est la catĂ©gorie des livres en carton ou en tissus. Ils sont plus rĂ©sistants que les livres de poche ou ceux Ă  couverture papier. De plus, l'Ă©paisseur de leurs pages permet aux enfants de les tourner plus aisĂ©ment [3] . Lorsque l'enfant devient un peu plus grand, optez pour des livres de rimes ou de comptines comme Mes premiĂšres comptines de SĂ©verine Cordier. Faites-vous Ă©tablir une carte de bibliothĂšque. Conduisez rĂ©guliĂšrement l'enfant Ă  la bibliothĂšque locale. Rendez-vous dans la section pour enfants et laissez-le faire son choix. Une visite hebdomadaire Ă  une date prĂ©cise les vendredis aprĂšs l'Ă©cole par exemple permet de lui faire prendre de bonnes habitudes. Ce n'est pas bien grave s'il est un peu trop grand pour le livre choisi ou s'il l'avait dĂ©jĂ  lu. Quand il sera un peu plus ĂągĂ©, laissez-le consulter les livres Ă  la rĂ©ception, mais toujours sous votre contrĂŽle. 6Soyez pour lui un modĂšle en lisant vous-mĂȘme des ouvrages. Si l'enfant constate que vous prenez plaisir Ă  lire, il sera plus portĂ© Ă  faire comme vous. Passez un peu plus d'un quart d'heure Ă  lire en sa prĂ©sence au quotidien. S'il vous demande ce que vous lisez, parlez-lui de l'ouvrage que vous avez sous les yeux ou saisissez cette occasion pour lui demander s'il veut bien lire un bouquin aussi. PublicitĂ© 1 Enseignez-lui l'alphabet. Avant d'entreprendre l'apprentissage de la lecture Ă  votre enfant, aidez-le Ă  avoir une solide connaissance de l'alphabet. Apprenez-lui non seulement Ă  chanter l'alphabet, mais aussi Ă  connaitre le morphĂšme et le phonĂšme liĂ©s Ă  chaque lettre. Commencez par un livre d'alphabet [4] . Rendez l'apprentissage intĂ©ressant en jouant Ă  des jeux. Prenez quelques lettres de l'alphabet servant Ă  Ă©crire le mot rĂ©frigĂ©rateur par exemple ou dĂ©coupez des lettres et dĂ©corez-les avec des objets dont les noms commencent par chacune de ces lettres. Par exemple, dĂ©coupez une lettre en forme de S et demandez Ă  l'enfant de la dĂ©corer en y collant des graines de tournesol ou en y apposant des autocollants en forme d'Ă©toile. 2 Faites-lui comprendre la conscience phonĂ©mique. C'est un processus qui consiste Ă  associer des lettres ou des formes de lettre aux sons correspondants. Apprenez Ă  vos enfants tous les 36 sons phonĂšmes de la langue française produits Ă  partir des 26 lettres de l'alphabet [5] . Utilisez une liste de symboles phonĂ©miques et aidez l'enfant Ă  faire la relation entre les phonĂšmes et les lettres de l'alphabet . Apprenez Ă  l'enfant comment prononcer chaque symbole phonĂ©mique. Focalisez-vous sur une lettre Ă  la fois et aidez-le Ă  la prononcer convenablement. Prononcez la lettre puis dites-lui le son qu'elle produit. Pour illustrer, la lettre A produit un son a ». Donnez-lui ensuite des illustrations de mots commençant par ce son. Il existe plusieurs applications comportant des jeux capables d'aider Ă  enseigner la conscience phonĂ©mique aux enfants. La plupart d'entre eux peuvent ĂȘtre tĂ©lĂ©chargĂ©s gratuitement. 3 Aidez l'enfant Ă  prononcer les mots. Lorsqu'il arrive Ă  reconnaitre le premier son des mots monosyllabiques, enseignez-lui Ă  prononcer la suite. Utilisez une image pour sĂ©parer les lettres afin d'obtenir des sons individuels puis demandez-lui de quel mot il s'agit. Cette technique lui permet de comprendre comment les sons produits par les lettres de l'alphabet sont agencĂ©s pour constituer des mots [6] . Demandez-lui de s'entrainer Ă  prononcer les mots de cette façon. . Construisez une phrase de deux ou trois mots Ă  l'aide de mots monosyllabiques. Amenez l'enfant Ă  lire la phrase en prononçant chacun des mots. Essayez de lire certaines pages de la sĂ©rie Spot d'Eric Hill. Elles contiennent plusieurs phrases composĂ©es de mots monosyllabiques. Quand il s'habitue Ă  la prononciation d'une syllabe, ajoutez-en une autre. Continuez Ă  le mettre au dĂ©fi de prononcer des mots plus longs. 4 Enseignez-lui des mots visuels. Ce sont des mots courts et usuels qu'un enfant aura l'occasion de rencontrer trĂšs souvent. Comme exemples courants de mots visuels, nous avons plante, pĂšre, leur et ici. La plupart de ces mots ne sont pas faciles Ă  prononcer. La meilleure façon pour un enfant de les apprendre est de les voir Ă  plusieurs reprises dans une phrase et en prĂ©sence des objets qu'ils dĂ©signent [7] . Certains ouvrages se concentrent sur l'enseignement des mots visuels. Bien souvent, les ouvrages qui traitent de ce sujet l'indiquent sur la couverture. Prenez des cartes sur lesquelles sont Ă©crits ces mots et aidez l'enfant Ă  les mettre prĂšs des objets qu'ils dĂ©signent. À la fin, l'enfant saura par lui-mĂȘme associer le mot Ă©crit Ă  l'objet correspondant. Utilisez des cartes mĂ©moires. PrĂ©sentez chaque carte Ă  l'enfant et prononcez le mot qui y est inscrit. Épelez-le ensuite et utilisez-le dans une phrase. Puis, amenez-le Ă  prononcer le mot, Ă  l'Ă©peler et Ă  l'utiliser dans une phrase. Reprenez ce processus jusqu'Ă  ce qu'il puisse identifier toutes les cartes. Jouez Ă  des jeux tels que le bingo afin de faciliter la session d'apprentissage [8] . Marquez les espaces sur la carte de bingo avec des mots visuels puis prononcez-les. Ensuite, demandez-lui d'identifier chaque mot en cochant la carte sur laquelle il est inscrit. Faites-lui remarquer les mots communs. On appelle mots communs les mots qui ont quelque chose en commun. Attirez l'attention de l'enfant sur les mots communs tels que chou, chien, chat. DĂšs qu'il voit les mots Ă©crits et entend des sons analogues, il va commencer Ă  identifier le son ch » et comment on l'Ă©crit. PublicitĂ© 1Faites la lecture dans un lieu calme, sans distraction et confortable. Éteignez la tĂ©lĂ©vision ou tout autre appareil Ă©lectronique susceptible de distraire l'enfant. Vous devez Ă©galement ranger tous ses jouets qui pourraient ĂȘtre trop tentants pour lui. 2Commencez la lecture Ă  haute voix. Prenez un ouvrage et lisez Ă  haute voix un paragraphe ou une page entiĂšre. Soyez le premier Ă  commencer la lecture. Cela donne le ton pour profiter ensemble de cette activitĂ©. Par ailleurs, donnez-lui le bon exemple en lui faisant entendre les diffĂ©rentes intonations au cours de cette lecture. 3 Demandez-lui de lire le mĂȘme texte. Il fera des pauses en prĂ©sence des mots qui ne lui sont pas familiers. DĂšs qu'il fait une pause, aidez-le aussitĂŽt Ă  lire le mot qui le dĂ©range pour qu'il poursuive sa lecture. Soulignez ou encerclez au crayon les mots qu'il n'a pas pu lire tout seul. Revenez sur les mots qu'il n'avait pas pu lire et aidez-le Ă  les lire correctement. 4Lisez chaque histoire plusieurs fois. À chaque reprise, l'enfant fera moins d'erreurs. À force de voir et revoir les mĂȘmes mots, il finira par lire le texte de maniĂšre plus fluide [9] . Les mots seront plus faciles Ă  dĂ©chiffrer et il fera moins de pauses en essayant de les prononcer. PublicitĂ© Conseils L'enfant doit comprendre clairement les mots et en connaitre la signification. Si vous ĂȘtes un enseignant ou un parent, vous devez d'abord l'amener Ă  apprendre la phonĂ©tique et ses rudiments. GĂ©nĂ©ralement, les enfants n'apprennent pas Ă  lire avant l'Ăąge de 5 ou 6 ans. Bien qu'il soit bon de commencer tĂŽt, assurez-vous de ne pas lui mettre trop de pression. PublicitĂ© À propos de ce wikiHow Cette page a Ă©tĂ© consultĂ©e 3 451 fois. Cet article vous a-t-il Ă©tĂ© utile ? Apprendreune langue. Apprendre les mathĂ©matiques, la gĂ©ographie, la jurisprudence, etc. Apprendre Ă  lire, Ă  Ă©crire. Apprendre Ă  danser. J'ai appris par une longue expĂ©rience que C'est un homme avec qui il y a toujours quelque chose Ă  apprendre. Il apprit l'art de la guerre sous ce grand capitaine. Apprendre les usages de la bonne sociĂ©tĂ©. Une science ne s'apprend point
REPÈRES HISTORIQUES Stendhal a emprunté son canevas initial à l'actualité, s'inspirant del'histoire d'Antoine Berthet, originaire du village de Brangues, étudiantaux séminaires de Grenoble et de Belley, guillotiné à Grenoble, le 23février 1828, pour tentative d'assassinat sur la personne de Mme ce fait divers, Stendhal avait eu connaissance par les comptes rendusproposés par _La Gazette des Tribunaux _, notamment les 28, 29, 30,31 décembre 1827, et 29 février 1828. Ces textes sont reproduits enappendice dans le tome II des _ Romans_, de la collection  L'Intégrale »,Seuil, 1969, pp. 649-656. L'idée d'un roman serait venue à l'auteur enoctobre 1829 ; le titre du roman, en mai 1830 le Rouge pour signifierles idées républicaines de Julien; le Noir, la soutane qu'il porta unmoment. A partir du mois de mai, et jusqu'en novembre, Stendhal faitcomposer par l'éditeur les chapitres au fur et à mesure qu'il les é est interrompue entre le 25 juillet et le 4 août 1830, pourcause de révolution. Le 6 novembre, Stendhal part pour l'Italie, occuperson poste de consul à Civita-Vecchia, oÃÂč le nouveau régime l'a nommé.L'édition originale, en 2 volumes, paraÃt au début de décembre 1830 ;Stendhal n'a pas revu les épreuves des derniers chapitres avant son dé seconde édition, en 6 volumes, paraÃtra en Stendhal avait publié son premier roman _ Armance _, en août1827 ; son autre grand roman, _ La Chartreuse de Parme _ verra le jour enavril 1839 - deux textes accessibles sur le site de l'ABU. Stendhal devaitmourir à Paris le 23 mars 1842. RESUME DU ROMAN LIVRE PREMIER Chapitre 1 Description de la petite ville de VerriÚres. Son aisance. Portrait dumaire, installé depuis 1815 M. de RÃÂȘnal, propriétaire de la fabrique declous. Pour agrandir ses jardins, M. de RÃÂȘnal a dû négocier ferme avec lepropriétaire de la scierie M. Sorel, pÚre de Julien. Tyrannie del'opinion à VerriÚres. Chapitre 2 La promenade de VerriÚres le Cours de la Fidélité, embellie par M. deRÃÂȘnal, enclenche une rÃÂȘverie poétique de l'auteur la vue sur la campagney est somptueuse, quoique l'autoritarisme du maire ordonne une tailleimpitoyable des platanes tous les ans. Dans cette ville, l'utilité etl'argent rÚgnent en maÃtres. Depuis peu, les notables redoutent l'arrivéed'un Parisien, dont les dénonciations, dans les journaux libéraux,pourraient leur attirer quelques ennuis. Chapitre 3 Le Parisien en inspection est guidé par l'abbé Chélan, à qui les autoritésreprochent cette complaisance, qui pourrait lui coûter sa place. Poursoutenir son rang, M. de RÃÂȘnal songe à engager Julien Sorel commeprécepteur de ses enfants. Portrait de Mme de RÃÂȘnal une ùme naïve, qui nes'avoue pas qu'elle s'ennuie auprÚs de son mari. Chapitre 4 Pour négocier l'engagement de Julien, M. de RÃÂȘnal rend visite au PÚreSorel. Au lieu de surveiller la scie, le jeune homme est en train de lirele _ Mémorial de Sainte-HélÚne _, activité odieuse à son pÚre, qui ne saitpas lire. Portrait de Julien, plutÎt maladif, et qui hait son entouragefamilial. Chapitre 5 Lorsque son pÚre lui annonce son engagement, Julien fait aussitÎt connaÃtrequ'il n'acceptera pas de manger avec les domestiques - opinion qui luivient de la lecture des _ Confessions _ de Rousseau. Négociation finaude duPÚre Sorel avec M. de RÃÂȘnal, au terme de laquelle il parvient à fairemonter appointements et avantages en nature. L'accord conclu, Julien partau chùteau, occasion de dévoiler ses projets ambitieux, et la conduitehypocrite dont il les voile dans cette époque de Restauration, il vise lavoie royale, qu'est la prÃÂȘtrise. En passant par l'église, Julien y découvreune coupure de journal relatant l'exécution à Besançon d'un certain Lurel,dont le nom rime avec le sien. Chez elle, Mme de RÃÂȘnal redoute, pour sesenfants, l'arrivée d'un précepteur, sale et mal vÃÂȘtu, qui les fouettera. Chapitre 6 Sa stupeur à l'arrivée de Julien, dont elle remarque la beauté. M. de RÃÂȘnaltransmet au nouvel employé ses instructions, et l'emmÚne chez le tailleurpour lui acheter un habit noir il ne doit pas ÃÂȘtre vu en veste par lesautres domestiques. Présentation de Julien aux enfants. Julien s'acquiertune gloire instantanée en récitant par coeur des pages entiÚres du LivreSaint. Chapitre 7 Julien commence à s'attirer la jalousie des domestiques, mais aussi de directeur du dépÎt de mendicité, qui courtise Mme de pour lesquelles Mme de RÃÂȘnal commence à s'attacher à Julien inexpérience de la vie, due à son éducation de couvent. Comme la vie deprovince n'est pas guidée par les romans, tout y progresse plus vie de Julien se passe en petites négociations, comme l'art de faireadmettre à M. de RÃÂȘnal de prendre un abonnement chez le librairie libéral,sous le nom d'un des domestiques. Ignorante de l'amour, Mme de RÃÂȘnal vitces moments heureux dans l'innocence. Chapitre 8 A la suite d'un héritage, Elisa, la femme de chambre prétend épouserJulien, mais celui-ci fait savoir que ce mariage ne lui convient de l'abbé Chélan, surpris d'un tel refus, et joie de Mme deRÃÂȘnal lorsqu'elle l'apprend. C'est alors qu'elle commence à s'interrogersur l'amour qu'elle pourrait bien porter à Julien. Avec les beaux jours, RÃÂȘnal transporte sa famille dans son chùteau de Vergy. On y fait lachasse aux papillons, et Mme de RÃÂȘnal se surprend à faire la coquette, sansy avoir pensé. BientÎt, elle installe à Vergy sa cousine, Mme entraÃne les deux femmes vers les points de vue sublimes de larégion. Un soir, par hasard, il vient à toucher la main de Mme de RÃÂȘnal,qu'elle lui retire aussitÎt. Alors, Julien se fait un devoir de lareconquérir. Chapitre 9 Il aborde la situation comme une bataille à gagner. A dix heures sonnantes,il passe à l'acte, et se saisit de la main de Mme de RÃÂȘnal, qui en esttransportée. De maniÚre inopinée, le lendemain, M. de RÃÂȘnal se présente auchùteau. Il est venu faire remplacer les paillasses de la maison. Cettenouvelle effraie Julien qui a caché dans son lit un portrait de Napolé supplie Mme de RÃÂȘnal de mettre ce portrait accusateur en sûreté, sans yjeter un regard. Elle s'exécute, non sans ressentir les premiÚres atteintesde la jalousie. Chapitre 10 En froid avec M. de RÃÂȘnal, Julien sollicite un congé pour se rendre auprÚsde l'abbé Chélan. Sur le chemin de VerriÚres, Julien laisse aller sasensibilité devant les beautés de la nature, et donne libre cours à sesprojets de destinée ambitieuse. Chapitre 11 Julien se donne pour défi de prendre la main de Mme RÃÂȘnal en présence,cette fois, de son époux. C'est une autre victoire. Cependant sa vraiepassion est encore pour Napoléon. De son cÎté, Mme de RÃÂȘnal commence à passer par des alternatives de passion naïve et d'effroi moral devant cesentiment. Elle traverse une nuit de délire. Chapitre 12 Au moment de partir pour rendre visite à son ami Fouqué, Julien est surprispar l'accueil glacial de Mme de RÃÂȘnal. Il décide de répliquer par lafroideur. Quand elle apprend le voyage de Julien, Mme de RÃÂȘnal, blessée, semet au lit. Cheminant dans la montagne, Julien s'arrÃÂȘte dans une grotte, ets'y livre au plaisir d'écrire en liberté ambitieuses rÃÂȘveries de vieparisienne. AprÚs avoir brûlé ses écrits, Julien arrive à une heure dumatin chez Fouqué, qui lui propose de devenir son associé dans son commercede bois. Ayant évalué la proposition durant la nuit, Julien la refuse,prenant prétexte d'une irrésistible vocation religieuse. En fait, ilredoute que plusieurs années de cette vie mercantile n'émoussent sa volontéde parvenir. Chapitre 13 De ce voyage, Julien revient mûri. Mme de RÃÂȘnal se fait coquette, et à cedétail, sa cousine, Mme Derville, comprend qu'elle est amoureuse. CommeJulien paraÃt se détacher d'elle, Mme de RÃÂȘnal va jusqu'à reprendre la mainde Julien. Ce geste le persuade qu'il est aimé. Il décide de faire de Mmede RÃÂȘnal sa maÃtresse. Mais au lieu de répondre spontanément à la passionde Mme de RÃÂȘnal, il entreprend de la faire souffrir, par esprit de revanchesociale il lui laisse entendre qu'il devra quitter VerriÚres, parce qu'ill'aime et que cette passion est incompatible avec l'état de prÃÂȘtre. N'ayantpas connu l'éducation sentimentale procurée par la lecture des romans, Mmede RÃÂȘnal croit pouvoir se jurer qu'elle n'accordera rien à Julien. Chapitre 14 Avec gaucherie, Julien, qui se prend pour une Don Juan, s'efforce de mettreen pratique un plan de séduction, et parvient à enlever un baiser à Mme deRÃÂȘnal, mais celle-ci en est effrayée. En présence du sous-préfet Maugiron,Julien presse le pied de Mme de RÃÂȘnal, qui parvientà tromper l'attention enlaissant tomber ses ciseaux. A VerriÚres, l'abbé Chélan déménage il vientd'ÃÂȘtre destitué et remplacé par l'abbé Maslon. Fùché par cette injusticeau sein de l'Eglise, et par prudence, Julien écrit à Fouqué pour se ménagerla possibilité de revenir au commerce. Chapitre 15Julien somme Mme de RÃÂȘnal de le recevoir dans sa chambre à deux heures dumatin - mais il tremble qu'elle accepte. Le moment venu, il s'y rend, ense demandant ce qu'il pourra bien y faire. En y entrant, il se jette à sespieds et fond en larmes. Sa maladresse l'aide à triompher des réserves deMme de RÃÂȘnal, mais il ne sait pas goûter simplement le bonheur qui seprésente il continue de se contraindre à jouer le rÎle du séducteur. Mmede RÃÂȘnal, quant à elle, vit l'événement avec un déchirement moral. Chapitre 16 Le lendemain, en société, Julien est la prudence mÃÂȘme, mais sa froideuralarme Mme de RÃÂȘnal. Elle craint d'avoir découragé le jeune homme derevenir dans sa chambre. Ce second soir, il commence à s'apercevoir descharmes de Mme de RÃÂȘnal, et à céder au plaisir d'aimer. En dépit de ladifférence d'age qui inquiÚte Mme de RÃÂȘnal, Julien, en peu de jours, tombecomplÚtement amoureux. De son cÎté, sa maÃtresse s'émerveille d'unsentiment qu'elle n'a jamais soupçonné auparavant. Elle imagine la vied'épouse qu'elle eût pu vivre à ses cÎtés. Julien est tenté de lui avoueren confiance l'ambition de sa vie. Chapitre 17 Julien regrette Napoléon, qui permit à la jeunesse pauvre de s'élever. Desremarques de Mme De RÃÂȘnal, il reçoit une premiÚre éducation sur la société intrigues pour la nomination du premier adjoint de VerriÚres ; réunionsde la Loge maçonnique. Mme de RÃÂȘnal ne se lasse pas d'admirer l'avenirqu'elle entrevoit pour Julien. Chapitre 18 On apprend inopinément la venue d'un roi à VerriÚres. AussitÎt la petiteville, en ébullition, se prépare à un défilé militaire. Julien s'imagineque Mme de RÃÂȘnal, toute occupée de préparatifs vaniteux, ne songe plus à l'aimer. Il la surprend sortant de sa chambre et emportant un des sesvÃÂȘtements. C'est qu'elle a le projet fou de le faire nommer dans la garded'honneur et de lui faire tailler un uniforme neuf. Cependant, M. de RÃÂȘnalcontraint le nouveau curé à accepter que figure l'abbé Chélan dans lecortÚge. Il est en effet l'ami de M. de la Mole, le ministre, quiaccompagnera le roi. Et son tempérament satirique serait capabled'infliger un soufflet à l'administration municipale, s'il ne rencontraitpas l'abbé Chélan. Lors de la cérémonie, la présence de Julien parmi lesgardes fait sensation et suscite l'indignation. Julien, lui, est au comblede la joie ; il se prend pour un officier de Napoléon. En peu de temps,Julien court se changer pour revÃÂȘtir l'habit ecclésiastique, afin de setrouver à la cérémonie de vénération des reliques de Saint Clément. Là , leclergé réuni attend l'évÃÂȘque d'Agde qui doit montrer les reliques au Chélan, en tant que doyen, est dépÃÂȘché pour le chercher ; Julienl'accompagne. Errant dans l'antique abbaye, Julien parvient dans une salleoÃÂč le jeune évÃÂȘque, placé devant un miroir, s'exerce aux béné se propose d'aller chercher sa mitre, qui a souffert du par les maniÚres charmantes de l'évÃÂȘque, Julien l'accompagne lorsde la cérémonie, qu'il trouve magnifique. Son ambition ecclésiastique s'entrouve ravivée. Pour la premiÚre fois, Julien aperçoit fugitivement M. dela Mole. Plus tard, il accompagne l'abbé Chélan jusqu'à la chapelleardente. Splendeur éblouissante de la mise en scÚne, et exhortationrhétorique de l'évÃÂȘque aux jeunes filles dans l'assistance. Chapitre 19 Ce qui surnage de cette fÃÂȘte, c'est l'indignation contre Julien, et contreMme de RÃÂȘnal, qu'on suspecte d'avoir favorisé l'épisode de l'habitmilitaire. A peu de temps de là , le fils de Mme de RÃÂȘnal tombe malade, etcette maladie suscite les remords de sa mÚre, désormais consciente de safaute. Elle demande à Julien de fuir cette maison, rendant sa présenceresponsable de son malheur familial. Un jour que l'enfant estau plus mal,Mme de RÃÂȘnal se jette aux pieds de son mari, sur le point de lui avouer saliaison. Mme de RÃÂȘnal est alors prÃÂȘte à une humiliation publique poursauver son fils. Julien parvient à la dissuader d'une telle démarche. Ilpropose de faire lui-mÃÂȘme retraite à l'abbaye ; au bout de deux jours, ilest rappelé. Stanislas guérit, mais les remords restent. Julien tombe alorsdans toutes les folies de l'amour. Cependant, Elisa, la femme de chambre,révÚle à Valenod la liaison de sa maÃtresse, et le lendemain, une lettreanonyme en avertit M. de RÃÂȘnal. Chapitre 20Pour l'entretenir de cette lettre anonyme, Mme de RÃÂȘnal tente de se rendre,de nuit, à la chambre de Julien. Mais celui-ci croit prudent de la luirefuser. AussitÎt, Mme de RÃÂȘnal lui écrit une lettre, oÃÂč elle expose unplan de défense contre la lettre anonyme elle demande à Julien d'enécrire une à son époux, dont elle dicte les termes. Julien se retirera à VerriÚres, courtisera la bonne société et fera croire que Valenod est surle point de l'engager, comme précepteur de ses propres enfants. M. de RÃÂȘnalne devrait pas supporter cette perspective, ce qui ferait revenir Julien à Vergy, maison de campagne des RÃÂȘnal. Chapitre 21Crise intérieure de M. de RÃÂȘnal, qui passe la nuit dans les incertitudes,et délibÚre sur la conduite à tenir. Il pense dresser un piÚge pours'assurer de la véridicité des faits. Mais, au retour de la messe, sonépouse lui remet la lettre anonyme confectionnée par Julien, et parvient à détourner ses soupçons sur Valenod, dont elle le pousse à lire les lettresà elle adressées dans le passé. Dans sa hùte à se les procurer, M. de RÃÂȘnalva jusqu'à briser le secrétaire de sa femme. A la fin, Mme de RÃÂȘnal obtientla réalisation de son plan Julien se voit accorder un congé de quinzejours à VerriÚres. Chapitre 22 A VerriÚres, Julien reçoit la visite du sous-préfet Maugiron, qui luipropose un poste de précepteur à 800 F. Julien s'empresse de demanderconseil à M. de RÃÂȘnal et fait confidence de la proposition à M. à déjeuner chez Valenod, avec quelques notables libéraux, on luidemande une démonstration de son savoir réciter par coeur la Bible enlatin, ce qui provoque l'admiration de l'assistance. AprÚs s'ÃÂȘtre retiré,Julien exprime son mépris des gens vulgaires, et manifeste des affinitésavec le mode de vie aristocratique des RÃÂȘnal. Un jour, Mme de RÃÂȘnal lesurprend à VerriÚres oÃÂč elle est venue pour des courses. Moments charmants,interrompus par l'air soupçonneux du mari. Analyse de la situationpolitique de Valenod et de ses intrigues locales. Chapitre 23Affaire de l'adjudication de la maison de VerriÚres, qui échappe aux viséesdu maire. Julien, qui assistait à l'adjudication, se fait traiter d'espionde M. de RÃÂȘnal. Le soir, survient le chanteur Geronimo, qui déridel'atmosphÚre. Il raconte son histoire par quelle tromperie, il s'est faitchasser du conservatoire de Naples, pour se faire engager comme chanteur auSan Carlino. Mme de RÃÂȘnal se laisse aller à rÃÂȘver une vie conjugale avecJulien, si elle se trouvait veuve de M. de RÃÂȘnal. Cependant toute la villes'entretient de ses amours avec Julien. La servante Elisa, ayant faitconnaÃtre en confession à l'abbé Chélan les amours de Julien, l'abbé exigeque celui-ci quitte VerriÚres pour le séminaire. Afin d'apaiser l'amertumede sa maÃtresse, Julien lui promet de revenir la voir réguliÚrement. Quantà M. de RÃÂȘnal, il envisage un duel avec Valenod, mais son épouse l'endissuade et lui fait accepter l'idée que Julien entre au sé lettre anonyme, qui pousse RÃÂȘnal à acheter des pistolets pour unduel. De nouveau, son épouse l'en dissuade et convainc M. De RÃÂȘnald'accorder à Julien les 600 F de sa pension au séminaire. Le jeune hommen'accepte qu'à grand peine, considérant cette somme comme un prÃÂȘtremboursable. Trois jours aprÚs son départ pour Besançon, Julien revient,de nuit, visiter Mme de RÃÂȘnal. Mais celle-ci, persuadée qu'il s'agit deleur derniÚre rencontre, reste d'une froideur de glace. Chapitre 24A Besançon, Julien fait d'abord le tour de sa citadelle, pour flatter sesambitions militaires, puis entre dans un café oÃÂč l'on joue au billard, etentame la conversation avec la jeune dame de comptoir Amanda regarde de travers un homme qui vient d'entrer, qu'Amanda présentecomme son beau-frÚre, et qui est sans doute son amant ; il envisage unduel. Amanda parvient à le faire quitter les lieux. Avant d'entrer auséminaire, Julien prend la précaution de déposer ses vÃÂȘtements bourgeoisdans une auberge. Chapitre 25Arrivé au séminaire, Julien est introduit dans le bureau de l'abbé Pirard,son directeur. Atterré par l'atmosphÚre du lieu, il se trouve mal. Revenu à lui, il peut s'entretenir avec l'abbé, qui lit une lettre de recommandationrédigée par l'abbé Chélan. Suit une conversation en latin, durant laquellel'abbé Pirard sonde l'éducation théologique du jeune homme. AprÚs troisheures d'entretien, Julien est conduit à sa chambre, dont la vue donne surla campagne. Chapitre 26 Julien se choisit pour confesseur l'abbé Pirard - une é des autres séminaristes. L'abbé Pirard intercepte des lettresd'amour adressées, de Dijon, à Julien. Visite de Fouqué, qui apprend queMme de RÃÂȘnal a sombré dans la dévotion. Julien ne tarde pas à s'apercevoirque sa conduite, son ardeur à l'étude, lui ont aliéné la sympathie de sescondisciples. Pour la regagner, il s'efforce à l'hypocrisie et à lamédiocrité dévote. Mais comme il ne se réjouit pas de la choucroute qui estservie, il se fait mépriser. Un jour, il est convoqué dans le bureau del'abbé Pirard, pour répondre d'une délation on a trouvé dans sa malle unecarte oÃÂč sont portées des indications relatives à Amanda Binet. Chapitre 27 Les malheurs de Julien en butte à l'incompréhension de ses collÚgues,occupés de cures avantageuses, et jaloux de sa supériorité intellectuelle. Chapitre 28 Julien est mandé à la cathédrale pour préparer les tentures de laFÃÂȘte-Dieu. De ce labeur, il s'acquitte avec maestria, suscitant lareconnaissance de l'abbé Chas. Julien participe avec exaltation à laprocession. Tandis qu'il garde une partie désertée de l'édifice, ilremarque deux dames prÚs d'un confessionnal. L'une d'elle est Mme de RÃÂȘnal,qui s'évanouit à sa vue. Chapitre 29L'abbé Pirard fait appeler Julien. C'est pour lui accorder un privilÚge il le fait répétiteur pour le Nouveau et l'Ancien Testament, et lui révÚlecombien il tient à lui. S'ensuit un moment d'émotion sincÚre. Mais auxexamens, Julien est victime d'un piÚge du grand vicaire de Frilaire, qui lefait trop parler sur Horace, un auteur profane! Un jour Julien reçoit unelettre de Paris qui lui envoie une somme d'argent, et lui demande decontinuer ses études brillantes. Explication M. de la Mole, encorrespondance avec Pirard sur certaine affaire, cherche à le remercier desservices rendus. Il lui propose, par une lettre, de s'installer à Paris, oÃÂčil lui trouvera une cure tranquille. Pirard rédige sa lettre de démissiondu séminaire à l'adresse de l'évÃÂȘque, et envoie Julien la porter. Celui-ci,ému de ce départ, met à sa disposition ses 600 F d'économie. A l'évÃÂȘché,Julien s'entretient avec l'évÃÂȘque, qui, charmé de sa connaissance despoÚtes latins, lui fait cadeau des oeuvres de Tacite. L'abbé Pirard netarde pas à quitter Besançon, nommé à une cure magnifique dans les environsde Paris. Chapitre 30A Paris, le marquis de La Mole propose à l'abbé Pirard de devenir sonsecrétaire, richement appointé, et de s'occuper de ses procÚs enFranche-Comté. Déclinant cette offre, l'abbé propose les services deJulien, qui reçoit une lettre le convoquant à Paris, avec les fondsnécessaires à son déplacement. Avant de quitter la Franche-Comté, Julien serend chez Fouqué, qui ne se montre pas enthousiaste de cette promotion, etrencontre l'abbé Chélan, qui lui intime l'ordre de quitter VerriÚres sansrevoir personne. Mais Julien renvoie son cheval et, au prix d'une audacefolle, escaladant la façade du chùteau par une échelle jusqu'à parvenir à la chambre de Mme de RÃÂȘnal. Celle-ci commence par lerepousser, lui racontece qu'a été sa vie, puis Julien, à son tour, fait le récit des tracasseriesauxquelles il a été en butte au séminaire. Le ton de l'intimité se rétablitentre eux. AprÚs trois heures d'entretien, Mme de RÃÂȘnal finit par céder auxinstances de Julien, lui propose mÃÂȘme de rester une journée de plus auprÚsd'elle, caché dans sa chambre. Mme de RÃÂȘnal se charge de faire disparaÃtrel'échelle, qu'un domestique ira cacher dans le grenier. Julien passe ainsila journée enfermé dans la chambre de Mme Derville. Le soir, ils dÃnentensemble dans la chambre de Mme de RÃÂȘnal, lorsque surgit l'époux. Julien sedissimule sous le canapé, de sorte que M. de RÃÂȘnal ne s'aperçoit pas de saprésence. Mais, dans la nuit, à nouveau M. de RÃÂȘnal tambourine à la portede sa femme il craint un voleur, aprÚs la découverte de l'échelle. Juliensaute par la fenÃÂȘtre, et parvient à s'enfuir, tandis que les ballessifflent à ses oreilles. LIVRE SECOND Chapitre 1Dans la malle-poste vers Partis, conversation entre Falcoz et Saint-Giraud,lequel fuit les tracasseries politiques de la province, et clame sonanimosité à l'égard de Bonaparte, qu'il juge responsable du rétablissementdes anciennes hiérarchies sociales. Julien, quant à lui, dÚs son arrivée à Paris, et pour satisfaire à sa passion bonapartiste, se rend en pÚlerinageà la Malmaison. Plus tard, il revoit l'abbé Pirard, qui l'informe du modede vie qui sera le sien chez le marquis de La Mole, et fait son instructionmorale relativement à la vie parisienne. Eblouissement de Julien à sonarrivée à l'hÎtel de La Mole. Chapitre 2 Premier et bref entretien de Julien avec le marquis. L'habit Pirard lequitte en le laissant aux soins du tailleur qui lui confectionnera unhabit. Lors de son premier dÃner, Julien parvient à se faire remarquer parsa culture et son à -propos. Chapitre 3Prise de contact avec les enfants de la famille Norbert et Mathilde. Ilse fait remarquer d'une autre maniÚre en tombant de cheval! Mais lelendemain, crùnement, il remonte et parvient à effectuer la sortie sansincident. Chapitre 4AtmosphÚre du salon de l'hÎtel de La Mole magnificence et des dialogues de moquerie légÚre qui s'y entendent. Chapitre 5Julien capte la confiance du marquis qui, de plus en plus, lui confie sesaffaires épineuses à débrouiller. Cependant, Julien se sent tenu à l'écartet éprouve un sentiment de solitude. Chapitre 6 Un jour, il s'estime injurié par un certain regard jeté dans un café, etprovoque le personnage en duel. Mais le lendemain, lorsqu'il se rend audomicile indiqué, il ne trouve qu'un dandy, qui n'est pas son personnage ;le duel ne peut donc avoir lieu. A la sortie, Julien reconnaÃt sonagresseur, qui n'est autre que le cocher de la maison. Du coup, son maÃtreconsent au duel, dans lequel Julien est légÚrement blessé. Pour ne pasavoir l'air de s'ÃÂȘtre battu avec un homme de rien, son adversaire faitcourir le bruit que Julien est le fils naturel du marquis de La Mole. A peude temps de là , ce dernier consent à cette fable, qui peut lui ÃÂȘtre utile à l'avenir, et invite Julien à se frotter davantage au beau monde. Chapitre 7 Le marquis envoie Julien en Angleterre, pour qu'il y fréquente l'ambassadede France. Au retour, il lui remet une décoration. Valenod, devenu maire deVerriÚres, en remplacement de M. de RÃÂȘnal, vient à Paris et se faitprésenter au marquis de La Mole. A cette occasion, Julien réclame la placede directeur du dépÎt de mendicité de VerriÚres pour son pÚre. Il prendconscience des compromissions dans lesquelles il lui faut entrer. Chapitre 8 Julien transformé en dandy voit arriver Mme de La Mole et sa fille, retourd'HyÚres. Mlle de la Mole lui demande d'assister avec son frÚre Norbert auprochain bal de M. de Retz. Magnificence de cet hÎtel, et de la fÃÂȘte quis'y tient. Julien capte quelques échantillons de conversation sur la beautédes jeunes femmes présentes, dont Mathilde est la reine. Elle fait assautd'érudition avec Julien, et, à propos du comte Altamira, conspirateurlibéral, fait réflexion que la peine de mort est la seule grandeur qui nes'achÚte pas. Cependant, Julien procÚde à une évaluation du personnage deMathilde, contre laquelle il était fùché depuis l'ordre intimé d'aller aubal. L'entretien avec Altamira déçoit Mathilde. Elle ne cesse de faireréflexion sur l'existence d'ennui qui l'attend avec le convenable etconventionnel marquis de Croisenois, qu'elle doit épouser. Chapitre 9Au bal, Mathilde se désennuie de ces mondanités en prÃÂȘtant attention auxpropos de Julien, qu'elle entend parler de Danton avec Altamira, qui sesait menacé d'extradition et de pendaison dans son pays. Propos de cynismepolitique d'Altamira. Les deux hommes ignorent les réactions de Mathildequi s'efforce de s'insinuer dans la conversation. Réflexions d'Altamira surles salons parisiens l'esprit y fait défaut; on l'emprisonne; et lavanité y rÚgne. En plébéien révolté, Julien médite sur Marino Faliero uneconspiration a pour effet d'effacer les différences de classe. Il passe lanuit à lire l'histoire de la Révolution. Le lendemain, s'étant présentée à la bibliothÚque, Mathilde parvient à peine à se faire remarquer de Julien,qui finit par dévoiler ses pensées révolutionnaires et s'interroger surl'opportunité de la violence dans les révolutions. Chapitre 10 En la comparant avec l'affectation de Mathilde, Julien se souvient avecnostalgie du naturel des sentiments vrais dont faisait preuve Mme de RÃÂȘnalà son égard. AprÚs un dÃner oÃÂč il a vu Mathilde en habit de deuil, Juliense fait expliquer par un académicien familier de la maison les raisons dece rite il commémore de la décapitation en place de grÚve d'un des aïeuxde La Mole, en 1574. Peu à peu Julien s'efforce de sortir de son rÎle deconfident passif. Mathilde affectionne les temps héroïques de la Ligue. Peuà peu, Julien se départit de sa réserve blessée d'homme pauvre, et entredans le ton des confidences. Il surprend en Mathilde un air doux à sonégard. Incertitudes de Julien quant aux dispositions amoureuses de la jeunefemme à son encontre l'aime-t-elle vraiment ? Chapitre 11Ironies de Mathilde face à ses prétendants insipides. Face à l'ennui qu'ilslui inspirent, elle prend de l'intérÃÂȘt dans la compagnie de Julien. C'est à ce moment que Mathilde décide qu'elle l'aimera. Chapitre 12Spéculations de la jeune femme sur cette liaison héroïsme solitaire dujeune homme pauvre. Son frÚre l'avertit qu'en cas de révolution, il lesguillotinera tous. Mathilde fait la comparaison entre les jeunes gensconvenables de son monde, et l'énergie de Julien. Avantage à les jeunes aristocrates se liguent pour contrebattre la bonneopinion que Mathilde a de cet intrus. Mais elle les couvre de sarcasmes ;leur confusion. A son tour, Mathilde se demande si Julien voit en elle uneamie, ou bien s'il est question d'amour. Ce sujet de préoccupation chasseen elle tout ennui. Quant à elle, elle décide de se livrer à une grandepassion. Chapitre lendemain, Julien a le soupçon qu'on veuille se moquer de lui. Mais ils'aperçoit que Mathilde partage avec lui des comportements d'hypocrisie elle lit, comme lui, Voltaire en cachette, et détourne les mémoireshostiles à la politique du trÎne et de l'autel que fait acheter secrÚtementson pÚre. Il la voit comme un Machiavel, l'accomplissement de lascélératesse parisienne. Cependant, incertain quant au sort qu'on luiréserve, Julien prend le parti de quitter la place pour un voyage enLanguedoc. Mathilde parvient à lui faire différer son départ. D'elle, ilreçoit une lettre, qui est une déclaration d'amour. Réaction orgueilleusede Julien. Un moment de vertu est vite balayé par la haine de classe sonmérite l'emporte sur celui d'un Croisenois! Par précaution Julien envoie lalettre de Mathilde à son ami Fouqué, dissimulée dans une Bible. C'est dansl'ivresse qu'il répond à la jeune femme. Chapitre 14 Période d'hésitations et de doutes de Mathilde quant à son amour pourJulien. Considérations sur le courage relatif des hommes d'aujourd'hui parrapport à celui des hommes du XVIe siÚcle. Elle se souvient avec inquiétudedu temps oÃÂč elle se permettait la hardiesse d'écrire aux jeunes gens à lamode. Mathilde mesure l'énormité de son audace au cas oÃÂč Julien seservirait de la prise qu'elle lui donnait sur elle. Le lendemain matin,Julien remet sa réponse. Pour lui, un bataille se prépare, contre l'orgueilde la naissance, et il se reproche de n'ÃÂȘtre point parti. Nouvel échange delettres entre les jeunes gens. Puis un troisiÚme, et cette fois, Mathildedemande à Julien de la rejoindre dans sa chambre, la nuit, au moyen d'uneéchelle. Chapitre 15 Julien mesure l'imprudence ; il croit à un piÚge, décide de ne pas mÃÂȘmerépondre, et de partir en voyage. Mais bientÎt il balance entre la prudenceet l'audace, et place les lettres de Mathilde en lieu sûr, car ses ennemispourraient tenter de les récupérer sur lui, en cas d'attaque. En attendantle moment d'agir, il rédige un petit mémoire justificatif de sa conduite,au cas oÃÂč il lui arriverait malheur dans l'événement, et l'expédie à Fouqué, avec ordre de le publier en cas d'accident. Au dÃner qui précÚde,Julien s'avoue qu'il a peur de ce qui peut advenir. Plus tard, il vérifiel'échelle, et fait la comparaison avec l'épisode semblable de VerriÚres à ce moment-là , il était sûr des intentions de Mme de RÃÂȘnal. Chapitre 16 Julien se prépare à son entreprise nocturne, et prend soin d'observer lecomportement des domestiques, qui pourraient tomber sur lui. Leurcomportement festin le rassure. Néanmoins, il a peur. A une heure du matin,par l'échelle, il accÚde à la chambre de Mathilde, qui l'attendait. Ellecommence par se refuser à ses avances, et lui demande de renvoyer l'échelleau moyen d'une corde, pour ne pas casser les vitres des salons encontrebas. Grand embarras pour tous deux. Mathilde réclame ses lettres ;Julien détaille les précautions qu'il a prises. Réaction enflammée deMathilde, qui ne se refuse plus qu'à demi. Nul bonheur amoureux pour Juliendans cette situation, rien que des satisfactions d'ambitieux, de voir plierune fille de haute naissance. De son cÎté, Mathilde commence à sentir lafolie qu'elle a faite, qui la livre à Julien, et elle en souffreintérieurement. C'est par devoir, et non par tendresse, que Mathildedevient enfin sa maÃtresse, mais plus par un acte volontaire que par élanvéritable. Nuit plus singuliÚre qu'exaltante pour Julien. A la fin,Mathilde en est encore à se demander si elle l'aime. Chapitre 17 Les jours suivants, elle affecte la plus grande froideur. Julien se perd enconjecture sur les motifs de cette conduite. En fait, Mathilde est en proieaux fureurs de la vanité elle s'est donnée un maÃtre ; Julien est lepremier amour de sa vie. Au bout de quelque temps, leur dialogue tourne à la haine et au dépit. A partir du moment oÃÂč Julien se voit brouillédéfinitivement avec Mathilde, il se met à l'aimer passionnément. Sur lepoint de partir pour le Midi, il la rencontre dans la bibliothÚque. Sur unmot insolent, Julien, dans sa colÚre, s'essaie à la tuer. Mathilde sortbouleversée de la scÚne. Lorsqu'il annonce son intention de partir pour leLanguedoc, M. de La Mole s'y refuse, car il réserve à Julien d'autresfonctions. Désarroi de Julien. Chapitre 18 Cherchant à renouer avec Julien, Mathilde l'entraÃne dans le jardin etprend le ton des confidences intimes, relatant ses anciennes velléitésd'amour pour les jeunes gens de son monde, ce qui suscite la jalousie deJulien. C'est en constatant les faiblesses de son partenaire que Mathildes'autorise à l'aimer. Julien n'a pas lu de romans, et n'a donc pasl'expérience du sentiment. Il a la maladresse de révéler qu'il aime, et, ducoup, Mathilde le méprise et prend ses distances. Julien, malheureux, lafuit, mais ne cesse de penser à elle, connaÃt des distractions dans sontravail. Cependant Mathilde médite sur la fortune qu'elle pourrait apporterà Julien. Chapitre 19 Cependant un travail intérieur, en faveur de Julien, se produit enMathilde. En cas de nouvelle révolution, elle s'envisage comme une autreMme Roland. En dessinant, par hasard, elle s'aperçoit qu'elle tracespontanément le portrait de Julien. A l'Opéra oÃÂč l'a entraÃnée sa mÚre,Mathilde est frappée par une cantilÚne d'amour, qu'elle applique à saposition. Dans son émotion, elle connaÃt un moment d'amour vrai, et nonplus d'amour de tÃÂȘte. Intervention de Stendhal pour protester contrel'accusation d'immoralité de son héroïne le roman est un miroir qu'onpromÚne le long d'un chemin. Julien, quant à lui, traverse une phase renversée », dénigrant ses qualités à ses propres yeux. Il va jusqu'à songer au suicide. Mais la nuit, cédant à une inspiration irrésistible, ilrenouvelle la scÚne de l'échelle, frappe à la fenÃÂȘtre de Mathilde, et sefait ouvrir. Moments de félicité et d'égarement Mathilde se proclame laservante de Julien. Lorsque son amant se retire à l'aube, en replaçantl'échelle, Mathilde lui jette par la fenÃÂȘtre une moitié de ses cheveuxqu'elle vient de couper, en signe de soumission à son maÃtre. Mais lelendemain, Julien a la surprise de constater un retournement d'attitude Mathilde ne le juge pas suffisamment exceptionnel pour justifier les foliesqu'elle a faites en sa faveur. Désespoir de Julien. Chapitre 20 Le lendemain, le jeune homme se sent en disgrùce dans le salon, tandis queMathilde a repris ses grùces auprÚs des jeunes aristocrates. Mal à l'aise,Julien quitte les lieux. Enfin Mathilde l'aborde, c'est pour lui direqu'elle ne l'aime plus! Dans une scÚne de rupture, la jeune femme s'emportecontre lui, de la maniÚre la plus haineuse, ivre d'avoir récupéré lamaÃtrise de soi. Un autre jour, par inadvertance, Julien casse un vase duJapon ainsi fait-il de son amour pour Mathilde. En fait, sa passioncontrariée ne fait que croÃtre. Chapitre 21 Le marquis lui laisse entendre qu'il va l'envoyer en ambassade pourrapporter des propos appris par coeur lors d'une réunion secrÚte, qui tientde la conspiration aristocratique. Départ du marquis et de Julien pourcette réunion. Mise en place des conspirateurs. Chapitre 22 Julien à la séance de conspiration. Digression de Stendhal sur la politiquedans le roman. Dans son intervention, M. de La Mole demande à sespartenaires qu'il sacrifient le cinquiÚme de leurs revenus pour lever unemilice destinée à appuyer une intervention étrangÚre, afin de sauver lamonarchie. Chapitre 23 Suite de la discussion politique il faut l'argent de l'Angleterre et unparti armé en France pour que se produise une intervention étrangÚre afinde rétablir la monarchie d'Ancien Régime. Le poids du clergé sera capitalpour dominer le peuple. Intervention de M. de Nerval, premier ministre enfonction, sollicité de quitter son poste, et qui défend ses intérÃÂȘtspersonnels. Propos exaltés du jeune évÃÂȘque d'Agde c'est de Paris qu'estvenu tout le mal ; il faut le détruire. Le lendemain, départ de Julien pourl'étranger. Sa nuit passée dans une auberge. Il y retrouve Geronimo, ets'aperçoit qu'on veut bloquer leur progression en cachant les chevaux deposte dont ils ont besoin. On les drogue pour les faire dormir. La nuit,deux hommes, dont un prÃÂȘtre l'abbé CastanÚde, chef de la police de lacongrégation sur la frontiÚre du Nord , pénÚtrent dans sa chambre etfouillent sa malle, sans trouver aucun papier compromettant. Cependant,Julien réussit à gagner sa destination auprÚs d'un duc allemand, et aprÚsavoir accompli sa mission, reçoit ordre de séjourner en attente dix jours à Strasbourg. Chapitre 24 Pendant son séjour dans cette ville, Julien ne cesse de penser à solitude du voyageur augmente ses idées noires. Se promenant à cheval,prÚs de Kehl, sur le théùtre des opérations napoléoniennes, il rencontre leprince Korasoff, qui lui fait le récit, trÚs approximatif, du siÚge de1796. Julien est rempli d'une admiration stupide pour cet homme prince s'étant informé de sa tristesse, Julien lui fait confidence deses peines d'amour. Et celui-ci prodigue des conseils de séductiontactique de la diversion pour parvenir à attirer l'attention de la femmeaimée. Il lui remet copie de 53 lettres d'amour toutes faites. Le princefinit par lui proposer d'épouser sa cousine en Russie, proposition parlaquelle Julien est un instant tenté. Mais revenu à Paris, aprÚs samission, il décide de mettre en application les préceptes de Korasoff, etde feindre de faire la cour à Mme de Fervaques. Chapitre 25 De retour à Paris, il fait confidence de cet amour supposé à Altamira. Pourlui ÃÂȘtre utile, celui-ci le conduit auprÚs de don Diego Bustos, qui fit envain la cour à cette dame. Ses avis la question est de savoir s'il s'agitd'une prude, lasse de sa position. Au dÃner, Julien revoit Mathilde, qui nel'attendait point. Dans l'intervalle, elle l'a d'ailleurs presque oublié.Julien commence donc sa cour auprÚs de Mme de Fervaques. A ce moment,Mathilde prend conscience que Julien est bien le mari qu'il lui faut. Lemarquis La Mole sera prochainement ministre, ce qui voudrait dire unévÃÂȘché pour Julien. Chapitre 26 Portrait moral de Mme de Fervaques le calme patricien. Conformément auxpréceptes du manuel épistolaire de Korasoff, Julien, aprÚs huit jours decour à la maréchale de Fervaques, lui fait parvenir la premiÚre lettrecopiée. Réactions favorables de l'intéressée. Chapitre 27 Pendant une quinzaine de jours, Julien poursuit le jeu des lettres copiéespour la maréchale. Un jour, il reçoit d'elle une invitation à dà de la maréchale, haut dignitaire de l'Eglise de France,dispensateur de bénéfices ecclésiastiques, fréquente son salon. Par lepetit Tanbeau, autre secrétaire du marquis, Julien apprend que Mme deFervaques n'est pas insensible au penchant que Julien lui manifeste. Chapitre 28 Dans ce jeu stupide des lettres copiées, Julien commet une bévue ilrecopie textuellement une lettre traitant de Londres et Richemond, au lieude Paris, ce dont lui fait remarque la destinataire. Pendant ce temps,Mathilde ne parvient pas à détacher sa pensée de Julien, dont elle admirela faculté de dissimulation et le machiavélisme, tandis que Julien doute deses capacités. Il lui arrive de songer à quelque suicide solitaire. Chapitre 29 Mme de Fervaques regrette que Julien ne soit pas encore prÃÂȘtre, pour coupercourt aux calomnies, car l'intérÃÂȘt qu'elle prend à ses lettres de Juliens'accroÃt. Elle-mÃÂȘme écrit quotidiennement. Les réponses de Julien sonttoujours copiées sur le manuel, et ont peu de rapport avec les lettresreçues ; le style emphatique empÃÂȘche que Mme de Fervaques s'y aux lettres de la maréchale, Julien les jette dans un tiroir sans lesdécacheter. Ce manÚge, surpris par Mathilde, déclenche en elle une douleurd'orgueil ; elle accuse Julien de la mépriser, et tombe évanouie à sespieds. Chapitre 30 Mathilde décachette nerveusement les lettres de la maréchale, puis exprimeses regrets de tout l'orgueil dont elle a pu faire souffrir Julien. Luis'impose une froideur affectée, alors qu'il est prÃÂȘt à céder aux élans del'amour. Le soir, il répond à l'invitation de la maréchale, dans sa loge à l'Opéra. Chapitre 31 En visite dans la loge de Mme de La Mole, Julien y trouve Mathilde enlarmes. En dépit de son envie, Julien se retient de lui adresser la parole,de peur de trahir son amour il s'imagine qu'un tel aveu serait de natureà faire évanouir celui de Mathilde, car il vit dans la crainte de reperdrel'avantage qu'il vient de gagner dans cette sorte de bataille. L'idée luivient que pour tenir l'ennemi en respect, il faut lui faire peur. Dans untÃÂȘte-à -tÃÂȘte, Mathilde lui propose, comme garantie de son amour, qu'ill'enlÚve pour Londres, et ainsi la déshonore. Soudain, Julien faiblit et selaisse aller à faire confidence de son amour et de son malheur passé. Sûr,maintenant, d'avoir gagné l'amour de Mathilde, il n'en continue pas moinssa correspondance avec Mme de Fervaques. Chapitre 32 Pour la premiÚre fois, M connaÃt l'amour. Mais son orgueil lui dicte d'agirdangereusement. BientÎt, elle se trouve enceinte, et annonce son intentiond'écrire à son pÚre pour lui dévoiler la situation. Julien obtient qu'ellediffÚre d'une semaine. Lettre d'aveu de Mathilde à son pÚre. A la suite dequoi, Julien est, séance tenante, convoqué chez le marquis. Chapitre 33 Dans sa fureur, le marquis accable Julien des plus bas jurons. Le jeunehomme lui propose de le faire tuer dans son jardin par un de ses cet entretien, il décide d'aller solliciter les conseils de l'abbéPirard. De son cÎté, Mathilde voit son pÚre, et lui affirme que s'il arrivemalheur à Julien, elle portera le deuil de Mme veuve Sorel. Lorsque Julienrentre à l'hÎtel de La Mole, Mathilde lui ordonne de gagner la propriété deVillequier et de lui abandonner le soin de ses affaires. Chapitre 34 Par suite de l'indécision du marquis, un mois se passe sans que lanégociation avance. Un jour, il décide une donation de ses terres duLanguedoc, assortie d'une rente. Cependant, Mathilde demande à son pÚre devenir assister à son prochain mariage. Alors, le marquis se voit acculer à prendre un parti. Parfois, il rÃÂȘve d'une fortune brillante pour Julien,mais redoute un cÎté que tout le monde qualifie d'effrayant dans lecaractÚre de Julien. Au terme de longues délibérations, il prend le partid'écrire une lettre à sa fille, dans laquelle il met à disposition deJulien un brevet de lieutenant de hussards. Mathilde lui répond endemandant l'autorisation de se marier prochainement. Sur ce point, lemarquis ne répond pas il ordonne à Julien de partir sur le champ à Strasbourg, oÃÂč son régiment tient garnison. Il fait observer à Mathildequ'en fait, elle ne connaÃt pas vraiment Julien. Julien, quant à lui, croitson roman fini par un succÚs. Chapitre 35 A Strasbourg, le nouveau lieutenant se fait immédiatement respecter, endépit d'une absence de formation et de son jeune ùge. Soudain, un messagede Mathilde lui parvient tout est perdu ; qu'il rentre d'urgence à Paris!Lorsqu'ils se retrouvent, elle lui donne à lire une lettre du marquis,écrite avant son départ pour une destination inconnue. Il transmet à safille une lettre de Mme de RÃÂȘnal, au sujet de la moralité de Julien, enréponse à une demande d'information diligentée par le marquis. Cette lettredénonce sévÚrement l'ambition et l'intéressement de Julien, criminel parles moyens de séduction mis en oeuvre. Lorsqu'il en prend connaissance,Julien s'enfuit, prend la malle poste pour VerriÚres, y achÚte une paire depistolets, se rend à la messe oÃÂč assiste Mme de RÃÂȘnal, et, dans l'église,tire deux coups sur elle. Chapitre 36 AussitÎt Julien est arrÃÂȘté, et conduit en prison. Mme de RÃÂȘnal n'est queblessée, ce qui l'afflige, car elle désirait la mort. Elle avait remords desa lettre à M. de La Mole, dictée par son confesseur. Le juge reçoit desaveux complets Julien désire sa condamnation à mort, qu'il estimeméritée. Il écrit à Mlle de La Mole qu'elle garde le silence sur leuraventure, ne parle pas de son pÚre à l'enfant qui va naÃtre, et qu'elleépouse M. de Croisenois. Progressivement, Julien renonce à l'ambition etse prépare à la mort. Nul remords. Mais le geÎlier lui apprend que Mme deRÃÂȘnal n'est pas morte de ses blessures. Alors seulement, il connaÃt leregret. Transporté dans le donjon de la prison de Besançon, il y jouitd'une vue superbe. Un moment, il envisage de se tuer, mais y renonce. Il atrouvé dans sa prison une sorte de bonheur. Chapitre 37 Un jour, il reçoit la visite de l'abbé Chélan, vieilli par les ans etabattu par la circonstance. A travers lui, Julien voit la mort dans salaideur; elle lui paraÃt moins facile. Puis Fouqué vient le voir il nesonge qu'à vendre tout son bien pour trouver les moyens de faire évaderJulien. Cette visite sublime rend à l'accusé la force que celle de l'abbéChélan lui avait Îtée. Quant à son pÚre, Julien entend ne pas le voir. Chapitre 38 Déguisée en paysanne, Mlle de la Mole lui rend visite. Julien lui reprocheaussitÎt cette audace, qui risque de la perdre, si elle est sue. Pourvaincre le responsable qui faisait obstacle, Mathilde a dû lui révéler sonvrai nom. Dans sa folie, elle propose à Julien de se tuer avec lui. Elleparcourt Besançon dans l'idée de soulever le peuple en faveur de Julien. Aforce de sollicitations, elle obtient un rendez-vous avec l'abbé deFrilair, et ne se rend à l'évÃÂȘché qu'avec crainte. Mathilde ne tarde pas à lui avouer qu'elle est la fille de son puissant adversaire. Frilair calculel'intérÃÂȘt de ces confidences qui peuvent le porter à l'évÃÂȘché. Il l'assurequ'il dispose de la majorité des jurés, ainsi que du ministÚre public, pourrépondre du verdict. Chapitre 39 Mathilde éprouve alors la passion la plus folle pour Julien, ne parle quede projets les plus périlleux, veut étonner le public par l'excÚs de sapassion. Mais Julien est fatigué d'héroïsme, et souhaiterait plusd'intimité. L'ambition est morte en son coeur ; une autre a pris sa place le remords d'avoir attenté à Mme de RÃÂȘnal, dont il est éperdument Julien demande à Mathilde d'épouser M. de Croisenois, dont elle feral'avenir, et de confier la garde de son fils à Mme de RÃÂȘnal, qui, elle,dans quinze ans, ne l'aura pas encore oublié. Chapitre 40 Face au juge et à l'avocat, Julien néglige les éléments de sa défense. Ilconstate qu'il n'a connu le bonheur d'exister que depuis qu'il est enprison, et que sa vie est menacée. Il passe ses journées à fumer descigares sur la terrasse du donjon. Pendant ce temps, le mot d'évÃÂȘché estprononcé en faveur de l'abbé de Frilair, qui se dépense en intrigues auprÚsdes jurés pour sauver Julien. De son cÎté, Mme de RÃÂȘnal, venue à Besançonpour le procÚs, écrit à chacun des jurés pour demander l'indulgence ; ellerenonce à toute vengeance. Chapitre 41 Enfin, le procÚs s'ouvre. Mathilde porte à l'abbé de Frilair une lettre deMgr l'évÃÂȘque de ***, premier prélat de France, qui demande l'acquittementde Julien. Une nouvelle fois, Frilair répond du jury. Quand Julien estconduit au tribunal, un murmure d'intérÃÂȘt l'accueille à son entrée dans lasalle, remplie de jolies femmes ; on se bouscule à la porte pour assisteraux débats. Lors de la plaidoirie, l'accusé est sur le point des'attendrir. Puis Julien prend la parole pendant vingt minutes; il dit toutce qu'il a sur le coeur, se présente comme l'illustration d'un cas socialde paysan ambitieux méritant la mort, et dénonce son jury comme appartenantà la classe bourgeoise. AprÚs une longue délibération, ce jury le déclarecoupable et le condamne à la peine de mort, dans les trois jours. Autour delui, les femmes sanglotent, et Mathilde, cachée derriÚre un pilier, jetteun cri. Julien soupçonne que Valenod, président du jury, son rival auprÚsde Mme de RÃÂȘnal, a cherché à se venger. Chapitre 42 De retour à la prison, Julien est placé dans l'inconfortable cachot descondamnés à mort. Il repousse les consolations de la religion, tient leDieu de la Bible pour un despote sans pitié. Mais le Dieu de Fénelon,celui-là ne saurait-il pardonner? Mathilde, changée par la douleur, leréveille au matin ; elle est venue avec l'avocat pour lui faire signer sonappel. Mais Julien refuse il craint que son courage s'émousse aprÚsplusieurs mois de cachot, et préfÚre mourir sans tarder. Pendant toute ladurée de cette entrevue avec Mathilde, Julien ne cesse de rÃÂȘver à Mme deRÃÂȘnal, à sa chambre à coucher de VerriÚres ; il est persuadé que la femmequ'il a voulu assassiner sera la seule à pleurer sincÚrement sa mort. Chapitre 43 Une heure plus tard, il est réveillé par des larmes - celles de Mme deRÃÂȘnal! Celle-ci le supplie à son tour de signer son appel, et cette fois,Julien y consent. Duo d'amour. Ils se font des confidences sur leur passé.Pour la premiÚre fois, Julien comprend les sacrifices qu'elle a fait pourlui en venant le voir dans sa prison. Pendant ce temps, à la porte de laprison, un prÃÂȘtre, à deux genoux dans la boue, fait le siÚge pour obtenirla confession du condamné. Furieux de ces manifestations qui ameutent lafoule, Julien demande qu'on fasse entrer le prÃÂȘtre, et parvient à le fairedécamper en lui demandant de dire une messe à son intention. Chapitre 44 Nouvelle visite de Mathilde. Si le recours en grùce n'aboutit pas, la mortde Julien, laisse-t-elle entendre, ressemblera à un suicide. Julienparvient à se défaire d'elle ; il aspire à la solitude, quand Fouqué, à sontour, vient le voir ; il le congédie également. Puis c'est au tour de sonpÚre, que Julien reçoit avec grand malaise, et qui l'accable de retourne la situation en l'intéressant à ses économies. Resté seul,et affaibli par l'incarcération, Julien s'adonne à des réflexionsmétaphysiques, aspire à une religion vraie et bonne. Mais il convient, pourfinir, que la seule chose qui lui manque est la présence de Mme de RÃÂȘnal. Chapitre 45 En dépit des instructions de son mari, celle-ci s'est échappée de VerriÚreset est revenue à Besançon pour ÃÂȘtre auprÚs de Julien. Elle obtient de levoir deux fois par jour. Julien apprend la mort, dans un duel, du marquisde Croisenois, lequel avait su par lettres anonymes la vérité de lasituation de Mathilde. Cette mort change les plans de Julien quant à l'avenir de Mathilde ; il tente à présent de la persuader d'épouser M. deLuz. Frappé de son propre irrémédiable malheur Julien en aime une autre,Mathilde traverse une phase dépressive. Au milieu de cette vie apaisée avecMme de RÃÂȘnal, Julien est encore la victime d'une intrigue de sonconfesseur, qui lui demande une conversion avec éclat, pour faireimpression sur les jeunes femmes de Besançon. Refus hautain de Julien, quitient à garder sa dignité. Peu aprÚs, Mme de RÃÂȘnal lui confie son intentionde se rendre à Saint-Cloud, réclamer auprÚs du roi Charles X la grùce deJulien. Mais Julien lui interdit cette démarche. Il prépare sa fin, demandeque sa dépouille soit enterrée dans une petite grotte de la montagnedominant VerriÚres. AprÚs l'exécution, Mathilde vient visiter la dépouille,pose la tÃÂȘte de Julien sur une table et la baise au front. Dans le cortÚgefunÚbre, à l'insu de tous, elle porte cette tÃÂȘte sur ses genoux. Lacérémonie se fait avec vingt prÃÂȘtres et de nombreux curieux venus desenvirons. Plus tard, assistée de Fouqué, Mathilde enterre elle-mÃÂȘme la tÃÂȘtede Julien. Par la suite, elle fait orner de marbre venu d'Italie la grottefunéraire. Quant à Mme de RÃÂȘnal, elle meurt trois jours aprÚs l'enterrementde Julien, entourée de ses ROUGE ET LE NOIR Chronique du XIXe siÚcle par Stendhal 1830 LIVRE PREMIER  La vérité, l'ùpre vérité » Danton CHAPITRE PREMIER UNE PETITE VILLE Put thousands together; Less bad, But the cage less gay. HOBBES. La petite ville de VerriÚres peut passer pour l'une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges s'étendent sur la pente d'une colline, dont des touffes de vigoureux chùtaigniers marquent les moindres sinuosités. Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses fortifications, bùties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées. VerriÚres est abritée du cÎté du nord par une haute montagne, c'est une des branches du Jura. Les cimes brisées du Verra se couvrent de neige dÚs les premiers froids d'octobre. Un torrent, qui se précipite de la montagne, traverse VerriÚres avant de se jeter dans le Doubs, et donne le mouvement à un grand nombre de scies à bois; c'est une industrie fort simple et qui procure un certain bien-ÃÂȘtre à la majeure partie des habitants plus paysans que bourgeois. Ce ne sont pas cependant les scies à bois qui ont enrichi cette petite ville. C'est à la fabrique des toiles peintes, dites de Mulhouse, que l'on doit l'aisance générale qui, depuis la chute de Napoléon, a fait rebùtir les façades de presque toutes les maisons de VerriÚres. A peine entre-t-on dans la ville que l'on est étourdi par le fracas d'une machine bruyante et terrible en apparence. Vingt marteaux pesants, et retombant avec un bruit qui fait trembler le pavé, sont élevés par une roue que l'eau du torrent fait mouvoir. Chacun de ces marteaux fabrique, chaque jour, je ne sais combien de milliers de clous. Ce sont des jeunes filles fraÃches et jolies qui présentent aux coups de ces marteaux énormes les petits morceaux de fer qui sont rapidement transformés en clous. Ce travail, si rude en apparence, est un de ceux qui étonnent le plus le voyageur qui pénÚtre pour la premiÚre fois dans les montagnes qui séparent la France de l'Helvétie. Si, en entrant à VerriÚres, le voyageur demande à qui appartient cette belle fabrique de clous qui assourdit les gens qui montent la grande rue, on lui répond avec un accent traÃnard Eh! elle est à M. le maire . Pour peu que le voyageur s'arrÃÂȘte quelques instants dans cette grande rue de VerriÚres, qui va en montant depuis la rive du Doubs jusque vers le sommet de la colline, il y a cent à parier contre un qu'il verra paraÃtre un grand homme à l'air affairé et important. A son aspect tous les chapeaux se lÚvent rapidement. Ses cheveux sont grisonnants, et il est vÃÂȘtu de gris. Il est chevalier de plusieurs ordres, il a un grand front, un nez aquilin, et au total sa figure ne manque pas d'une certaine régularité on trouve mÃÂȘme, au premier aspect, qu'elle réunit à la dignité du maire de village cette sorte d'agrément qui peut encore se rencontrer avec quarante-huit ou cinquante ans. Mais bientÎt le voyageur parisien est choqué d'un certain air de contentement de soi et de suffisance mÃÂȘlé à je ne sais quoi de borné et de peu inventif. On sent enfin que le talent de cet homme-là se borne à se faire payer bien exactement ce qu'on lui doit, et à payer lui-mÃÂȘme le plus tard possible quand il doit. Tel est le maire de VerriÚres, M. de RÃÂȘnal. AprÚs avoir traversé la rue d'un pas grave, il entre à la mairie et disparaÃt aux yeux du voyageur. Mais, cent pas plus haut, si celui-ci continue sa promenade, il aperçoit une maison d'assez belle apparence, et, à travers une grille de fer attenante à la maison, des jardins magnifiques. Au-delà , c'est une ligne d'horizon formée par les collines de la Bourgogne, et qui semble faite à souhait pour le plaisir des yeux. Cette vue fait oublier au voyageur l'atmosphÚre empestée des petits intérÃÂȘts d'argent dont il commence à ÃÂȘtre asphyxié. On lui apprend que cette maison appartient à M. de RÃÂȘnal. C'est aux bénéfices qu'il a faits sur sa grande fabrique de clous que le maire de VerriÚres doit cette belle habitation en pierre de taille qu'il achÚve en ce moment. Sa famille, dit-on, est espagnole, antique, et, à ce qu'on prétend, établie dans le pays bien avant la conquÃÂȘte de Louis XIV. Depuis 1815, il rougit d'ÃÂȘtre industriel 1815 l'a fait maire de VerriÚres. Les murs en terrasse qui soutiennent les diverses parties de ce magnifique jardin qui, d'étage en étage, descend jusqu'au Doubs, sont aussi la récompense de la science de M. de RÃÂȘnal dans le commerce du fer. Ne vous attendez point à trouver en France ces jardins pittoresques qui entourent les villes manufacturiÚres de l'Allemagne, Leipsick, Francfort, Nuremberg, etc. En Franche-Comté, plus on bùtit de murs, plus on hérisse sa propriété de pierres rangées les unes au-dessus des autres, plus on acquiert de droits aux respects de ses voisins. Les jardins de M. de RÃÂȘnal, remplis de murs, sont encore admirés parce qu'il a acheté, au poids de l'or, certains petits morceaux de terrain qu'ils occupent. Par exemple, cette scie à bois, dont la position singuliÚre sur la rive du Doubs vous a frappé en entrant à VerriÚres, et oÃÂč vous avez remarqué le nom de SOREL, écrit en caractÚres gigantesques sur une planche qui domine le toit, elle occupait, il y a six ans, l'espace sur lequel on élÚve en ce moment le mur de la quatriÚme terrasse des jardins de M. de RÃÂȘnal. Malgré sa fierté, M. le maire a dû faire bien des démarches auprÚs du vieux Sorel, paysan dur et entÃÂȘté; il a dû lui compter de beaux louis d'or pour obtenir qu'il transportùt son usine ailleurs. Quant au ruisseau public qui faisait aller la scie, M. de RÃÂȘnal, au moyen du crédit dont il jouit à Paris, a obtenu qu'il fût détourné. Cette grùce lui vint aprÚs les élections de 182... Il a donné à Sorel quatre arpents pour un, à cinq cents pas plus bas sur les bords du Doubs. Et, quoique cette position fût beaucoup plus avantageuse pour son commerce de planches de sapin, le pÚre Sorel, comme on l'appelle depuis qu'il est riche, a eu le secret d'obtenir de l'impatience et de la manie de propriétaire , qui animait son voisin, une somme de 6000 francs. Il est vrai que cet arrangement a été critiqué par les bonnes tÃÂȘtes de l'endroit. Une fois, c'était un jour de dimanche, il y a quatre ans de cela, M. de RÃÂȘnal, revenant de l'église en costume de maire, vit de loin le vieux Sorel, entouré de ses trois fils, sourire en le regardant. Ce sourire a porté un jour fatal dans l'ùme de M. le maire, il pense depuis lors qu'il eût pu obtenir l'échange à meilleur marché. Pour arriver à la considération publique à VerriÚres, l'essentiel est de ne pas adopter, tout en bùtissant beaucoup de murs, quelque plan apporté d'Italie par ces maçons, qui, au printemps, traversent les gorges du Jura pour gagner Paris. Une telle innovation vaudrait à l'imprudent bùtisseur une éternelle réputation de mauvaise tÃÂȘte , et il serait à jamais perdu auprÚs des gens sages et modérés qui distribuent la considération en Franche-Comté. Dans le fait, ces gens sages y exercent le plus ennuyeux despotisme ; c'est à cause de ce vilain mot que le séjour des petites villes est insupportable pour qui a vécu dans cette grande république qu'on appelle Paris. La tyrannie de l'opinion, et quelle opinion! est aussi bÃÂȘte dans les petites villes de France, qu'aux Etats-Unis d'Amérique. CHAPITRE II UN MAIRE L'importance! monsieur, n'est-ce rien? Le respect des sots, l'ébahissement des enfants, l'envie des riches, le mépris du sage. BARNAVE. Heureusement pour la réputation de M. de RÃÂȘnal comme administrateur, un immense mur de soutÚnement était nécessaire à la promenade publique qui longe la colline à une centaine de pieds au-dessus du cours du Doubs. Elle doit à cette admirable position une des vues les plus pittoresques de France. Mais, à chaque printemps, les eaux de pluie sillonnaient la promenade, y creusaient des ravins et la rendaient impraticable. Cet inconvénient, senti par tous, mit M. de RÃÂȘnal dans l'heureuse nécessité d'immortaliser son administration par un mur de vingt pieds de hauteur et de trente ou quarante toises de long. Le parapet de ce mur pour lequel M. de RÃÂȘnal a dû faire trois voyages à Paris, car l'avant-dernier ministre de l'Intérieur s'était déclaré l'ennemi mortel de la promenade de VerriÚres, le parapet de ce mur s'élÚve maintenant de quatre pieds au-dessus du sol. Et, comme pour braver tous les ministres présents et passés, on le garnit en ce moment avec des dalles de pierre de taille. Combien de fois, songeant aux bals de Paris abandonnés la veille, et la poitrine appuyée contre ces grands blocs de pierre d'un beau gris tirant sur le bleu, mes regards ont plongé dans la vallée du Doubs! Au-delà , sur la rive gauche, serpentent cinq ou six vallées au fond desquelles l'oeil distingue fort bien de petits ruisseaux. AprÚs avoir couru de cascade en cascade on les voit tomber dans le Doubs. Le soleil est fort chaud dans ces montagnes; lorsqu'il brille d'aplomb, la rÃÂȘverie du voyageur est abritée sur cette terrasse par de magnifiques platanes. Leur croissance rapide et leur belle verdure tirant sur le bleu, ils la doivent à la terre rapportée, que M. le maire a fait placer derriÚre son immense mur de soutÚnement, car, malgré l'opposition du conseil municipal, il a élargi la promenade de plus de six pieds quoiqu'il soit ultra et moi libéral, je l'en loue, c'est pourquoi dans son opinion et dans celle de M. Valenod, l'heureux directeur du dépÎt de mendicité de VerriÚres, cette terrasse peut soutenir la comparaison avec celle de Saint-Germain-en-Laye. Je ne trouve, quant à moi, qu'une chose à reprendre au COURS DE LA FIDELITE; on lit ce nom officiel en quinze ou vingt endroits, sur des plaques de marbre qui ont valu une croix de plus à M. de RÃÂȘnal; ce que je reprocherais au Cours de la Fidélité, c'est la maniÚre barbare dont l'autorité fait tailler et tondre jusqu'au vif ces vigoureux platanes. Au lieu de ressembler par leurs tÃÂȘtes basses, rondes et aplaties, à la plus vulgaire des plantes potagÚres, ils ne demanderaient pas mieux que d'avoir ces formes magnifiques qu'on leur voit en Angleterre. Mais la volonté de M. le maire est despotique, et deux fois par an tous les arbres appartenant à la commune sont impitoyablement amputés. Les libéraux de l'endroit prétendent, mais ils exagÚrent, que la main du jardinier officiel est devenue bien plus sévÚre depuis que M. le vicaire Maslon a pris l'habitude de s'emparer des produits de la tonte. Ce jeune ecclésiastique fut envoyé de Besançon, il y a quelques années, pour surveiller l'abbé Chélan et quelques curés des environs. Un vieux chirurgien-major de l'armée d'Italie retiré à VerriÚres, et qui de son vivant était à la fois, suivant M. le maire, jacobin et bonapartiste, osa bien un jour se plaindre à lui de la mutilation périodique de ces beaux arbres. - J'aime l'ombre, répondit M. de RÃÂȘnal avec la nuance de hauteur convenable quand on parle à un chirurgien, membre de la Légion d'honneur; j'aime l'ombre, je fais tailler mes arbres pour donner de l'ombre, et je ne conçois pas qu'un arbre soit fait pour autre chose, quand toutefois, comme l'utile noyer, il ne rapporte pas de revenu . Voilà le grand mot qui décide de tout à VerriÚres RAPPORTER DU REVENU. A lui seul il représente la pensée habituelle de plus des trois quarts des habitants. Rapporter du revenu est la raison qui décide de tout dans cette petite ville qui vous semblait si jolie. L'étranger qui arrive, séduit par la beauté des fraÃches et profondes vallées qui l'entourent, s'imagine d'abord que ses habitants sont sensibles au beau , ils ne parlent que trop souvent de la beauté de leur pays on ne peut pas nier qu'ils n'en fassent grand cas, mais c'est parce qu'elle attire quelques étrangers dont l'argent enrichit les aubergistes, ce qui, par le mécanisme de l'octroi, rapporte du revenu à la ville . C'était par un beau jour d'automne que M. de RÃÂȘnal se promenait sur le Cours de la Fidélité, donnant le bras à sa femme. Tout en écoutant son mari qui parlait d'un air grave, l'oeil de Mme de RÃÂȘnal suivait avec inquiétude les mouvements de trois petits garçons. L'aÃné, qui pouvait avoir onze ans, s'approchait trop souvent du parapet et faisait mine d'y monter. Une voix douce prononçait alors le nom d'Adolphe, et l'enfant renonçait à son projet ambitieux. Mme de RÃÂȘnal paraissait une femme de trente ans, mais encore assez jolie. - Il pourrait bien s'en repentir, ce beau monsieur de Paris, disait M. de RÃÂȘnal d'un air offensé, et la joue plus pùle encore qu'à l'ordinaire. Je ne suis pas sans avoir quelques amis au Chùteau... Mais, quoique je veuille vous parler de la province pendant deux cents pages, je n'aurai pas la barbarie de vous faire subir la longueur et les ménagements savants d'un dialogue de province. Ce beau monsieur de Paris, si odieux au maire de VerriÚres, n'était autre que M. Appert, qui, deux jours auparavant, avait trouvé le moyen de s'introduire non seulement dans la prison et le dépÎt de mendicité de VerriÚres, mais aussi dans l'hÎpital administré gratuitement par le maire et les principaux propriétaires de l'endroit. - Mais, disait timidement Mme de RÃÂȘnal, quel tort peut vous faire ce monsieur de Paris, puisque vous administrez le bien des pauvres avec la plus scrupuleuse probité? - Il ne vient que pour déverser le blùme, et ensuite il fera insérer des articles dans les journaux du libéralisme. - Vous ne les lisez jamais, mon ami. - Mais on nous parle de ces articles jacobins; tout cela nous distrait et nous empÃÂȘche de faire le bien *. Quant à moi, je ne pardonnerai jamais au curé. [* Historique.] CHAPITRE III LE BIEN DES PAUVRES Un curé vertueux et sans intrigue est une Providence pour le village . FLEURY. Il faut savoir que le curé de VerriÚres, vieillard de quatre-vingts ans, mais qui devait à l'air vif de ces montagnes une santé et un caractÚre de fer, avait le droit de visiter à toute heure la prison, l'hÎpital et mÃÂȘme le dépÎt de mendicité. C'était précisément à six heures du matin que M. Appert, qui de Paris était recommandé au curé, avait eu la sagesse d'arriver dans une petite ville curieuse. AussitÎt il était allé au presbytÚre. En lisant la lettre que lui écrivait M. le marquis de La Mole, pair de France, et le plus riche propriétaire de la province, le curé Chélan resta pensif. Je suis vieux et aimé ici, se dit-il enfin à mi-voix, ils n'oseraient! Se tournant tout de suite vers le monsieur de Paris, avec des yeux oÃÂč, malgré le grand ùge, brillait ce feu sacré qui annonce le plaisir de faire une belle action un peu dangereuse - Venez avec moi, monsieur, et en présence du geÎlier et surtout des surveillants du dépÎt de mendicité, veuillez n'émettre aucune opinion sur les choses que nous verrons. M. Appert comprit qu'il avait affaire à un homme de coeur il suivit le vénérable curé, visita la prison, l'hospice, le dépÎt, fit beaucoup de questions, et, malgré d'étranges réponses, ne se permit pas la moindre marque de blùme. Cette visite dura plusieurs heures. Le curé invita à dÃner M. Appert, qui prétendit avoir des lettres à écrire il ne voulait pas compromettre davantage son généreux compagnon. Vers les trois heures, ces messieurs allÚrent achever l'inspection du dépÎt de mendicité, et revinrent ensuite à la prison. Là , ils trouvÚrent sur la porte le geÎlier, espÚce de géant de six pieds de haut et à jambes arquées; sa figure ignoble était devenue hideuse par l'effet de la terreur. - Ah! monsieur, dit-il au curé, dÚs qu'il l'aperçut, ce monsieur, que je vois là avec vous, n'est-il pas M. Appert? - Qu'importe? dit le curé. - C'est que depuis hier j'ai l'ordre le plus précis, et que M. le préfet a envoyé par un gendarme, qui a dû galoper toute la nuit, de ne pas admettre M. Appert dans la prison. - Je vous déclare, M. Noiroud, dit le curé, que ce voyageur, qui est avec moi, est M. Appert. Reconnaissez-vous que j'ai le droit d'entrer dans la prison à toute heure du jour et de la nuit, et en me faisant accompagner par qui je veux? - Oui, M. le curé, dit le geÎlier à voix basse, et baissant la tÃÂȘte comme un bouledogue que fait obéir à regret la crainte du bùton. Seulement, M. le curé, j'ai femme et enfants, si je suis dénoncé on me destituera; je n'ai pour vivre que ma place. - Je serais aussi bien fùché de perdre la mienne, reprit le bon curé, d'une voix de plus en plus émue. - Quelle différence! reprit vivement le geÎlier; vous, M. le curé, on sait que vous avez 800 livres de rente, du bon bien au soleil... Tels sont les faits qui, commentés, exagérés de vingt façons différentes, agitaient depuis deux jours toutes les passions haineuses de la petite ville de VerriÚres. Dans ce moment, ils servaient de texte à la petite discussion que M. de RÃÂȘnal avait avec sa femme. Le matin, suivi de M. Valenod, directeur du dépÎt de mendicité, il était allé chez le curé pour lui témoigner le plus vif mécontentement. M. Chélan n'était protégé par personne; il sentit toute la portée de leurs paroles. - Eh bien, messieurs! je serai le troisiÚme curé, de quatre-vingts ans d'ùge, que l'on destituera dans ce voisinage. Il y a cinquante-six ans que je suis ici; j'ai baptisé presque tous les habitants de la ville, qui n'était qu'un bourg quand j'y arrivai. Je marie tous les jours des jeunes gens, dont jadis j'ai marié les grands-pÚres. VerriÚres est ma famille; mais je me suis dit, en voyant l'étranger Cet homme venu de Paris peut ÃÂȘtre à la vérité un libéral, il n'y en a que trop; mais quel mal peut-il faire à nos pauvres et à nos prisonniers? Les reproches de M. de RÃÂȘnal, et surtout ceux de M. Valenod, le directeur du dépÎt de mendicité, devenant de plus en plus vifs - Eh bien, messieurs! faites-moi destituer, s'était écrié le vieux curé, d'une voix tremblante. Je n'en habiterai pas moins le pays. On sait qu'il y a quarante-huit ans, j'ai hérité d'un champ qui rapporte 800 livres. Je vivrai avec ce revenu. Je ne fais point d'économies dans ma place, moi, messieurs, et c'est peut-ÃÂȘtre pourquoi je ne suis pas si effrayé quand on parle de me la faire perdre. M. de RÃÂȘnal vivait fort bien avec sa femme; mais ne sachant que répondre à cette idée, qu'elle lui répétait timidement  Quel mal ce monsieur de Paris peut-il faire aux prisonniers? » il était sur le point de se fùcher tout à fait quand elle jeta un cri. Le second de ses fils venait de monter sur le parapet du mur de la terrasse, et y courait, quoique ce mur fût élevé de plus de vingt pieds sur la vigne qui est de l'autre cÎté. La crainte d'effrayer son fils et de le faire tomber empÃÂȘchait Mme de RÃÂȘnal de lui adresser la parole. Enfin l'enfant, qui riait de sa prouesse, ayant regardé sa mÚre, vit sa pùleur, sauta sur la promenade et accourut à elle. Il fut bien grondé. Ce petit événement changea le cours de la conversation. - Je veux absolument prendre chez moi Sorel, le fils du scieur de planches, dit M. de RÃÂȘnal; il surveillera les enfants qui commencent à devenir trop diables pour nous. C'est un jeune prÃÂȘtre, ou autant vaut, bon latiniste, et qui fera faire des progrÚs aux enfants; car il a un caractÚre ferme, dit le curé. Je lui donnerai 300 francs et la nourriture. J'avais quelques doutes sur sa moralité; car il était le benjamin de ce vieux chirurgien, membre de la Légion d'honneur, qui, sous prétexte qu'il était leur cousin, était venu se mettre en pension chez les Sorel. Cet homme pouvait fort bien n'ÃÂȘtre au fond qu'un agent secret des libéraux; il disait que l'air de nos montagnes faisait du bien à son asthme; mais c'est ce qui n'est pas prouvé. Il avait fait toutes les campagnes de Buonaparté en Italie, et mÃÂȘme avait, dit-on, signé non pour l'Empire dans le temps. Ce libéral montrait le latin au fils Sorel, et lui a laissé cette quantité de livres qu'il avait apportés avec lui. Aussi n'aurais-je jamais songé à mettre le fils du charpentier auprÚs de nos enfants; mais le curé, justement la veille de la scÚne qui vient de nous brouiller à jamais, m'a dit que ce Sorel étudie la théologie depuis trois ans, avec le projet d'entrer au séminaire; il n'est donc pas libéral, et il est latiniste. Cet arrangement convient de plus d'une façon, continua M. de RÃÂȘnal, en regardant sa femme d'un air diplomatique; le Valenod est tout fier des deux beaux normands qu'il vient d'acheter pour sa calÚche. Mais il n'a pas de précepteur pour ses enfants. - Il pourrait bien nous enlever celui-ci. - Tu approuves donc mon projet? dit M. de RÃÂȘnal, remerciant sa femme, par un sourire, de l'excellente idée qu'elle venait d'avoir. Allons, voilà qui est décidé. - Ah, bon Dieu! mon cher ami, comme tu prends vite un parti! - C'est que j'ai du caractÚre, moi, et le curé l'a bien vu. Ne dissimulons rien, nous sommes environnés de libéraux ici. Tous ces marchands de toile me portent envie, j'en ai la certitude; deux ou trois deviennent des richards; eh bien! j'aime assez qu'ils voient passer les enfants de M. de RÃÂȘnal allant à la promenade sous la conduite de leur précepteur . Cela imposera. Mon grand-pÚre nous racontait souvent que, dans sa jeunesse, il avait eu un précepteur. C'est cent écus qu'il m'en pourra coûter, mais ceci doit ÃÂȘtre classé comme une dépense nécessaire pour soutenir notre rang. Cette résolution subite laissa Mme de RÃÂȘnal toute pensive. C'était une femme grande, bien faite, qui avait été la beauté du pays, comme on dit dans ces montagnes. Elle avait un certain air de simplicité, et de la jeunesse dans la démarche; aux yeux d'un Parisien, cette grùce naïve, pleine d'innocence et de vivacité, serait mÃÂȘme allée jusqu'à rappeler des idées de douce volupté. Si elle eût appris ce genre de succÚs, Mme de RÃÂȘnal en eût été bien honteuse. Ni la coquetterie, ni l'affectation n'avaient jamais approché de ce coeur. M. Valenod, le riche directeur du dépÎt, passait pour lui avoir fait la cour, mais sans succÚs, ce qui avait jeté un éclat singulier sur sa vertu; car ce M. Valenod, grand jeune homme, taillé en force, avec un visage coloré et de gros favoris noirs, était un de ces ÃÂȘtres grossiers, effrontés et bruyants, qu'en province on appelle de beaux hommes. Mme de RÃÂȘnal, fort timide, et d'un caractÚre en apparence fort inégal, était surtout choquée du mouvement continuel et des éclats de voix de M. Valenod. L'éloignement qu'elle avait pour ce qu'à VerriÚres on appelle de la joie, lui avait valu la réputation d'ÃÂȘtre trÚs fiÚre de sa naissance. Elle n'y songeait pas, mais avait été fort contente de voir les habitants de la ville venir moins chez elle. Nous ne dissimulerons pas qu'elle passait pour sotte aux yeux de leurs dames, parce que, sans nulle politique à l'égard de son mari, elle laissait échapper les plus belles occasions de se faire acheter de beaux chapeaux de Paris ou de Besançon. Pourvu qu'on la laissùt seule errer dans son beau jardin, elle ne se plaignait jamais. C'était une ùme naïve, qui jamais ne s'était élevée mÃÂȘme jusqu'à juger son mari, et à s'avouer qu'il l'ennuyait. Elle supposait, sans se le dire, qu'entre mari et femme il n'y avait pas de plus douces relations. Elle aimait surtout M. de RÃÂȘnal quand il lui parlait de ses projets sur leurs enfants, dont il destinait l'un à l'épée, le second à la magistrature, et le troisiÚme à l'Eglise. En somme, elle trouvait M. de RÃÂȘnal beaucoup moins ennuyeux que tous les hommes de sa connaissance. Ce jugement conjugal était raisonnable. Le maire de VerriÚres devait une réputation d'esprit et surtout de bon ton à une demi-douzaine de plaisanteries dont il avait hérité d'un oncle. Le vieux capitaine de RÃÂȘnal servait avant la Révolution dans le régiment d'infanterie de M. le duc d'Orléans, et, quand il allait à Paris, était admis dans les salons du prince. Il y avait vu Mme de Montesson, la fameuse Mme de Genlis, M. Ducrest, l'inventeur du Palais-Royal. Ces personnages ne reparaissaient que trop souvent dans les anecdotes de M. de RÃÂȘnal. Mais peu à peu ce souvenir de choses aussi délicates à raconter était devenu un travail pour lui, et, depuis quelque temps, il ne répétait que dans les grandes occasions ses anecdotes relatives à la maison d'Orléans. Comme il était d'ailleurs fort poli, excepté lorsqu'on parlait d'argent, il passait, avec raison, pour le personnage le plus aristocratique de VerriÚres. CHAPITRE IV UN PERE ET UN FILS E sarà mia colpa, Se cosi Ú? MACHIAVELLI. Ma femme a réellement beaucoup de tÃÂȘte! se disait, le lendemain à six heures du matin, le maire de VerriÚres, en descendant à la scie du pÚre Sorel. Quoi que je lui aie dit, pour conserver la supériorité qui m'appartient, je n'avais pas songé que si je ne prends pas ce petit abbé Sorel, qui, dit-on, sait le latin comme un ange, le directeur du dépÎt, cette ùme sans repos, pourrait bien avoir la mÃÂȘme idée que moi et me l'enlever. Avec quel ton de suffisance il parlerait du précepteur de ses enfants!... Ce précepteur, une fois à moi, portera-t-il la soutane? M. de RÃÂȘnal était absorbé dans ce doute, lorsqu'il vit de loin un paysan, homme de prÚs de six pieds, qui, dÚs le petit jour, semblait fort occupé à mesurer des piÚces de bois déposées le long du Doubs, sur le chemin de halage. Le paysan n'eut pas l'air fort satisfait de voir approcher M. le maire; car ces piÚces de bois obstruaient le chemin, et étaient déposées là en contravention. Le pÚre Sorel, car c'était lui, fut trÚs surpris et encore plus content de la singuliÚre proposition que M. de RÃÂȘnal lui faisait pour son fils Julien. Il ne l'en écouta pas moins avec cet air de tristesse mécontente et de désintérÃÂȘt dont sait si bien se revÃÂȘtir la finesse des habitants de ces montagnes. Esclaves du temps de la domination espagnole, ils conservent encore ce trait de la physionomie du fellah de l'Egypte. La réponse de Sorel ne fut d'abord que la longue récitation de toutes les formules de respect qu'il savait par coeur. Pendant qu'il répétait ces vaines paroles, avec un sourire gauche qui augmentait l'air de fausseté et presque de friponnerie naturel à sa physionomie, l'esprit actif du vieux paysan cherchait à découvrir quelle raison pouvait porter un homme aussi considérable à prendre chez lui son vaurien de fils. Il était fort mécontent de Julien, et c'était pour lui que M. de RÃÂȘnal lui offrait le gage inespéré de 300 francs par an, avec la nourriture et mÃÂȘme l'habillement. Cette derniÚre prétention, que le pÚre Sorel avait eu le génie de mettre en avant subitement, avait été accordée de mÃÂȘme par M. de RÃÂȘnal. Cette demande frappa le maire. Puisque Sorel n'est pas ravi et comblé de ma proposition, comme naturellement il devrait l'ÃÂȘtre, il est clair, se dit-il, qu'on lui a fait des offres d'un autre cÎté; et de qui peuvent-elles venir, si ce n'est du Valenod. Ce fut en vain que M. de RÃÂȘnal pressa Sorel de conclure sur-le-champ l'astuce du vieux paysan s'y refusa opiniùtrement; il voulait, disait-il, consulter son fils, comme si, en province, un pÚre riche consultait un fils qui n'a rien, autrement que pour la forme. Une scie à eau se compose d'un hangar au bord d'un ruisseau. Le toit est soutenu par une charpente qui porte sur quatre gros piliers en bois. A huit ou dix pieds d'élévation, au milieu du hangar, on voit une scie qui monte et descend, tandis qu'un mécanisme fort simple pousse contre cette scie une piÚce de bois. C'est une roue mise en mouvement par le ruisseau qui fait aller ce double mécanisme; celui de la scie qui monte et descend, et celui qui pousse doucement la piÚce de bois vers la scie, qui la débite en planches. En approchant de son usine, le pÚre Sorel appela Julien de sa voix de stentor; personne ne répondit. Il ne vit que ses fils aÃnés, espÚces de géants qui, armés de lourdes haches, équarrissaient les troncs de sapin, qu'ils allaient porter à la scie. Tout occupés à suivre exactement la marque noire tracée sur la piÚce de bois, chaque coup de leur hache en séparait des copeaux énormes. Ils n'entendirent pas la voix de leur pÚre. Celui-ci se dirigea vers le hangar; en y entrant, il chercha vainement Julien à la place qu'il aurait dû occuper, à cÎté de la scie. Il l'aperçut à cinq ou six pieds plus haut, à cheval sur l'une des piÚces de la toiture. Au lieu de surveiller attentivement l'action de tout le mécanisme, Julien lisait. Rien n'était plus antipathique au vieux Sorel; il eût peut-ÃÂȘtre pardonné à Julien sa taille mince, peu propre aux travaux de force, et si différente de celle de ses aÃnés; mais cette manie de lecture lui était odieuse, il ne savait pas lire lui-mÃÂȘme. Ce fut en vain qu'il appela Julien deux ou trois fois. L'attention que le jeune homme donnait à son livre, bien plus que le bruit de la scie, l'empÃÂȘcha d'entendre la terrible voix de son pÚre. Enfin, malgré son ùge, celui-ci sauta lestement sur l'arbre soumis à l'action de la scie, et de là sur la poutre transversale qui soutenait le toit. Un coup violent fit voler dans le ruisseau le livre que tenait Julien; un second coup aussi violent, donné sur la tÃÂȘte, en forme de calotte, lui fit perdre l'équilibre. Il allait tomber à douze ou quinze pieds plus bas, au milieu des leviers de la machine en action, qui l'eussent brisé, mais son pÚre le retint de la main gauche, comme il tombait - Eh bien, paresseux! tu liras donc toujours tes maudits livres, pendant que tu es de garde à la scie? Lis-les le soir, quand tu vas perdre ton temps chez le curé, à la bonne heure. Julien, quoique étourdi par la force du coup, et tout sanglant, se rapprocha de son poste officiel, à cÎté de la scie. Il avait les larmes aux yeux, moins à cause de la douleur physique que pour la perte de son livre qu'il adorait. - Descends, animal, que je te parle. Le bruit de la machine empÃÂȘcha encore Julien d'entendre cet ordre. Son pÚre qui était descendu, ne voulant pas se donner la peine de remonter sur le mécanisme, alla chercher une longue perche pour abattre des noix, et l'en frappa sur l'épaule. A peine Julien fut-il à terre, que le vieux Sorel, le chassant rudement devant lui, le poussa vers la maison. Dieu sait ce qu'il va me faire! se disait le jeune homme. En passant, il regarda tristement le ruisseau oÃÂč était tombé son livre; c'était celui de tous qu'il affectionnait le plus, le Mémorial de Sainte-HélÚne . Il avait les joues pourpres et les yeux baissés. C'était un petit jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, faible en apparence, avec des traits irréguliers, mais délicats, et un nez aquilin. De grands yeux noirs, qui, dans les moments tranquilles, annonçaient de la réflexion et du feu, étaient animés en cet instant de l'expression de la haine la plus féroce. Des cheveux chùtain foncé, plantés fort bas, lui donnaient un petit front, et, dans les moments de colÚre, un air méchant. Parmi les innombrables variétés de la physionomie humaine, il n'en est peut-ÃÂȘtre point qui se soit distinguée par une spécialité plus saisissante. Une taille svelte et bien prise annonçait plus de légÚreté que de vigueur. DÚs sa premiÚre jeunesse, son air extrÃÂȘmement pensif et sa grande pùleur avaient donné l'idée à son pÚre qu'il ne vivrait pas, ou qu'il vivrait pour ÃÂȘtre une charge à sa famille. Objet des mépris de tous à la maison, il haïssait ses frÚres et son pÚre; dans les jeux du dimanche, sur la place publique, il était toujours battu. Il n'y avait pas un an que sa jolie figure commençait à lui donner quelques voix amies parmi les jeunes filles. Méprisé de tout le monde, comme un ÃÂȘtre faible, Julien avait adoré ce vieux chirurgien-major qui un jour osa parler au maire au sujet des platanes. Ce chirurgien payait quelquefois au pÚre Sorel la journée de son fils, et lui enseignait le latin et l'histoire, c'est-à -dire ce qu'il savait d'histoire, la campagne de 1796 en Italie. En mourant, il lui avait légué sa croix de la Légion d'honneur, les arrérages de sa demi-solde et trente ou quarante volumes, dont le plus précieux venait de faire le saut dans le ruisseau public , détourné par le crédit de M. le maire. A peine entré dans la maison, Julien se sentit l'épaule arrÃÂȘtée par la puissante main de son pÚre; il tremblait, s'attendant à quelques coups. - Réponds-moi sans mentir, lui cria aux oreilles la voix dure du vieux paysan, tandis que sa main le retournait comme la main d'un enfant retourne un soldat de plomb. Les grands yeux noirs et remplis de larmes de Julien se trouvÚrent en face des petits yeux gris et méchants du vieux charpentier, qui avait l'air de vouloir lire jusqu'au fond de son ùme. CHAPITRE V UNE NEGOCIATION Cunctando restituit rem . ENNIUS. - Réponds-moi sans mentir, si tu le peux, chien de lisard ; d'oÃÂč connais-tu Mme de RÃÂȘnal, quand lui as-tu parlé? - Je ne lui ai jamais parlé, répondit Julien, je n'ai jamais vu cette dame qu'à l'église. - Mais tu l'auras regardée, vilain effronté? - Jamais! Vous savez qu'à l'église je ne vois que Dieu, ajouta Julien, avec un petit air hypocrite, tout propre, selon lui, à éloigner le retour des taloches. - Il y a pourtant quelque chose là -dessous, répliqua le paysan malin, et il se tut un instant; mais je ne saurai rien de toi, maudit hypocrite. Au fait, je vais ÃÂȘtre délivré de toi, et ma scie n'en ira que mieux. Tu as gagné M. le curé ou tout autre, qui t'a procuré une belle place. Va faire ton paquet, et je te mÚnerai chez M. de RÃÂȘnal, oÃÂč tu seras précepteur des enfants. - Qu'aurai-je pour cela? - La nourriture, l'habillement et trois cents francs de gages. - Je ne veux pas ÃÂȘtre domestique. - Animal, qui te parle d'ÃÂȘtre domestique, est-ce que je voudrais que mon fils fût domestique? - Mais, avec qui mangerai-je? Cette demande déconcerta le vieux Sorel, il sentit qu'en parlant il pourrait commettre quelque imprudence; il s'emporta contre Julien, qu'il accabla d'injures, en l'accusant de gourmandise, et le quitta pour aller consulter ses autres fils. Julien les vit bientÎt aprÚs, chacun appuyé sur sa hache et tenant conseil. AprÚs les avoir longtemps regardés, Julien, voyant qu'il ne pouvait rien deviner, alla se placer de l'autre cÎté de la scie, pour éviter d'ÃÂȘtre surpris. Il voulait penser à cette annonce imprévue qui changeait son sort, mais il se sentit incapable de prudence; son imagination était tout entiÚre à se figurer ce qu'il verrait dans la belle maison de M. de RÃÂȘnal. Il faut renoncer à tout cela, se dit-il, plutÎt que de se laisser réduire à manger avec les domestiques. Mon pÚre voudra m'y forcer; plutÎt mourir. J'ai quinze francs huit sous d'économies, je me sauve cette nuit; en deux jours, par des chemins de traverse oÃÂč je ne crains nul gendarme, je suis à Besançon; là , je m'engage comme soldat, et, s'il le faut, je passe en Suisse. Mais alors plus d'avancement, plus d'ambition pour moi, plus de ce bel état de prÃÂȘtre qui mÚne à tout. Cette horreur pour manger avec les domestiques n'était pas naturelle à Julien; il eût fait pour arriver à la fortune des choses bien autrement pénibles. Il puisait cette répugnance dans les Confessions de Rousseau. C'était le seul livre à l'aide duquel son imagination se figurait le monde. Le recueil des bulletins de la Grande Armée et le Mémorial de Sainte-HélÚne complétaient son Coran. Il se serait fait tuer pour ces trois ouvrages. Jamais il ne crut en aucun autre. D'aprÚs un mot du vieux chirurgien-major, il regardait tous les autres livres du monde comme menteurs, et écrits par des fourbes pour avoir de l'avancement. Avec une ùme de feu, Julien avait une de ces mémoires étonnantes si souvent unies à la sottise. Pour gagner le vieux curé Chélan, duquel il voyait bien que dépendait son sort à venir, il avait appris par coeur tout le Nouveau Testament en latin, il savait aussi le livre Du Pape de M. de Maistre, et croyait à l'un aussi peu qu'à l'autre. Comme par un accord mutuel, Sorel et son fils évitÚrent de se parler ce jour-là . Sur la brune, Julien alla prendre sa leçon de théologie chez le curé, mais il ne jugea pas prudent de lui rien dire de l'étrange proposition qu'on avait faite à son pÚre. Peut-ÃÂȘtre est-ce un piÚge, se disait-il, il faut faire semblant de l'avoir oublié. Le lendemain de bonne heure, M. de RÃÂȘnal fit appeler le vieux Sorel, qui, aprÚs s'ÃÂȘtre fait attendre une heure ou deux, finit par arriver, en faisant dÚs la porte cent excuses, entremÃÂȘlées d'autant de révérences. A force de parcourir toutes sortes d'objections, Sorel comprit que son fils mangerait avec le maÃtre et la maÃtresse de maison, et les jours oÃÂč il y aurait du monde, seul dans une chambre à part avec les enfants. Toujours plus disposé à incidenter à mesure qu'il distinguait un véritable empressement chez M. le maire, et d'ailleurs rempli de défiance et d'étonnement, Sorel demanda à voir la chambre oÃÂč coucherait son fils. C'était une grande piÚce meublée fort proprement, mais dans laquelle on était déjà occupé à transporter les lits des trois enfants. Cette circonstance fut un trait de lumiÚre pour le vieux paysan; il demanda aussitÎt avec assurance à voir l'habit que l'on donnerait à son fils. M. de RÃÂȘnal ouvrit son bureau et prit cent francs. - Avec cet argent, votre fils ira chez M. Durand, le drapier, et lÚvera un habit noir complet. - Et quand mÃÂȘme je le retirerais de chez vous, dit le paysan, qui avait tout à coup oublié ses formes révérencieuses, cet habit noir lui restera? - Sans doute. - Eh bien! dit Sorel d'un ton de voix traÃnard, il ne reste donc plus qu'à nous mettre d'accord sur une seule chose l'argent que vous lui donnerez. - Comment! s'écria M. de RÃÂȘnal indigné, nous sommes d'accord depuis hier je donne trois cents francs; je crois que c'est beaucoup, et peut-ÃÂȘtre trop. - C'était votre offre, je ne le nie point, dit le vieux Sorel, parlant encore plus lentement; et, par un effort de génie qui n'étonnera que ceux qui ne connaissent pas les paysans francs-comtois, il ajouta, en regardant fixement M. de RÃÂȘnal Nous trouvons mieux ailleurs . A ces mots, la figure du maire fut bouleversée. Il revint cependant à lui, et, aprÚs une conversation savante de deux grandes heures, oÃÂč pas un mot ne fut dit au hasard, la finesse du paysan l'emporta sur la finesse de l'homme riche, qui n'en a pas besoin pour vivre. Tous les nombreux articles qui devaient régler la nouvelle existence de Julien se trouvÚrent arrÃÂȘtés; non seulement ses appointements furent réglés à quatre cents francs, mais on dut les payer d'avance, le premier de chaque mois. - Eh bien! je lui remettrai trente-cinq francs, dit M. de RÃÂȘnal. - Pour faire la somme ronde, un homme riche et généreux comme monsieur notre maire, dit le paysan d'une voix cùline , ira bien jusqu'à trente-six francs. - Soit, dit M. de RÃÂȘnal, mais finissons-en. Pour le coup, la colÚre lui donnait le ton de la fermeté. Le paysan vit qu'il fallait cesser de marcher en avant. Alors, à son tour, M. de RÃÂȘnal fit des progrÚs. Jamais il ne voulut remettre le premier mois de trente-six francs au vieux Sorel, fort empressé de le recevoir pour son fils. M. de RÃÂȘnal vint à penser qu'il serait obligé de raconter à sa femme le rÎle qu'il avait joué dans toute cette négociation. - Rendez-moi les cent francs que je vous ai remis, dit-il avec humeur. M. Durand me doit quelque chose. J'irai avec votre fils faire la levée du drap noir. AprÚs cet acte de vigueur, Sorel rentra prudemment dans ses formules respectueuses; elles prirent un bon quart d'heure. A la fin, voyant qu'il n'y avait décidément plus rien à gagner, il se retira. Sa derniÚre révérence finit par ces mots - Je vais envoyer mon fils au chùteau. C'était ainsi que les administrés de M. le maire appelaient sa maison quand ils voulaient lui plaire. De retour à son usine, ce fut en vain que Sorel chercha son fils. Se méfiant de ce qui pouvait arriver, Julien était sorti au milieu de la nuit. Il avait voulu mettre en sûreté ses livres et sa croix de la Légion d'honneur. Il avait transporté le tout chez un jeune marchand de bois, son ami, nommé Fouqué, qui habitait dans la haute montagne qui domine VerriÚres. Quand il reparut - Dieu sait, maudit paresseux, lui dit son pÚre, si tu auras jamais assez d'honneur pour me payer le prix de ta nourriture, que j'avance depuis tant d'années! Prends tes guenilles, et va-t'en chez M. le maire. Julien, étonné de n'ÃÂȘtre pas battu, se hùta de partir. Mais à peine hors de la vue de son terrible pÚre, il ralentit le pas. Il jugea qu'il serait utile à son hypocrisie d'aller faire une station à l'église. Ce mot vous surprend? Avant d'arriver à cet horrible mot, l'ùme du jeune paysan avait eu bien du chemin à parcourir. DÚs sa premiÚre enfance, la vue de certains dragons du 6e, aux longs manteaux blancs, et la tÃÂȘte couverte de casques aux longs crins noirs, qui revenaient d'Italie, et que Julien vit attacher leurs chevaux à la fenÃÂȘtre grillée de la maison de son pÚre, le rendit fou de l'état militaire. Plus tard il écoutait avec transport les récits des batailles du pont de Lodi, d'Arcole, de Rivoli, que lui faisait le vieux chirurgien-major. Il remarqua les regards enflammés que le vieillard jetait sur sa croix. Mais lorsque Julien avait quatorze ans, on commença à bùtir à VerriÚres une église, que l'on peut appeler magnifique pour une aussi petite ville. Il y avait surtout quatre colonnes de marbre dont la vue frappa Julien; elles devinrent célÚbres dans le pays, par la haine mortelle qu'elles suscitÚrent entre le juge de paix et le jeune vicaire, envoyé de Besançon, qui passait pour ÃÂȘtre l'espion de la congrégation. Le juge de paix fut sur le point de perdre sa place, du moins telle était l'opinion commune. N'avait-il pas osé avoir un différend avec un prÃÂȘtre qui, presque tous les quinze jours, allait à Besançon, oÃÂč il voyait, disait-on, Mgr l'évÃÂȘque? Sur ces entrefaites, le juge de paix, pÚre d'une nombreuse famille, rendit plusieurs sentences qui semblÚrent injustes; toutes furent portées contre ceux des habitants qui lisaient le Constitutionnel . Le bon parti triompha. Il ne s'agissait, il est vrai, que de sommes de trois ou de cinq francs; mais une de ces petites amendes dut ÃÂȘtre payée par un cloutier, parrain de Julien. Dans sa colÚre, cet homme s'écriait  Quel changement! et dire que, depuis plus de vingt ans, le juge de paix passait pour un si honnÃÂȘte homme! » Le chirurgien-major, ami de Julien, était mort. Tout à coup Julien cessa de parler de Napoléon; il annonça le projet de se faire prÃÂȘtre, et on le vit constamment, dans la scie de son pÚre, occupé à apprendre par coeur une bible latine que le curé lui avait prÃÂȘtée. Ce bon vieillard, émerveillé de ses progrÚs, passait des soirées entiÚres à lui enseigner la théologie. Julien ne faisait paraÃtre devant lui que des sentiments pieux. Qui eût pu deviner que cette figure de jeune fille, si pùle et si douce, cachait la résolution inébranlable de s'exposer à mille morts plutÎt que de ne pas faire fortune! Pour Julien, faire fortune, c'était d'abord sortir de VerriÚres; il abhorrait sa patrie. Tout ce qu'il y voyait glaçait son imagination. DÚs sa premiÚre enfance, il avait eu des moments d'exaltation. Alors il songeait avec délices qu'un jour il serait présenté aux jolies femmes de Paris, il saurait attirer leur attention par quelque action d'éclat. Pourquoi ne serait-il pas aimé de l'une d'elles, comme Bonaparte, pauvre encore, avait été aimé de la brillante Mme de Beauharnais? Depuis bien des années, Julien ne passait peut-ÃÂȘtre pas une heure de sa vie, sans se dire que Bonaparte, lieutenant obscur et sans fortune, s'était fait le maÃtre du monde avec son épée. Cette idée le consolait de ses malheurs qu'il croyait grands, et redoublait sa joie quand il en avait. La construction de l'église et les sentences du juge de paix l'éclairÚrent tout à coup; une idée qui lui vint le rendit comme fou pendant quelques semaines, et enfin s'empara de lui avec la toute-puissance de la premiÚre idée qu'une ùme passionnée croit avoir inventée.  Quand Bonaparte fit parler de lui, la France avait peur d'ÃÂȘtre envahie; le mérite militaire était nécessaire et à la mode. Aujourd'hui, on voit des prÃÂȘtres de quarante ans avoir cent mille francs d'appointements, c'est-à -dire trois fois autant que les fameux généraux de division de Napoléon. Il leur faut des gens qui les secondent. Voilà ce juge de paix, si bonne tÃÂȘte, si honnÃÂȘte homme, jusqu'ici, si vieux, qui se déshonore par crainte de déplaire à un jeune vicaire de trente ans. Il faut ÃÂȘtre prÃÂȘtre. » Une fois, au milieu de sa nouvelle piété, il y avait déjà deux ans que Julien étudiait la théologie, il fut trahi par une irruption soudaine du feu qui dévorait son ùme. Ce fut chez M. Chélan, à un dÃner de prÃÂȘtres auquel le bon curé l'avait présenté comme un prodige d'instruction, il lui arriva de louer Napoléon avec fureur. Il se lia le bras droit contre la poitrine, prétendit s'ÃÂȘtre disloqué le bras en remuant un tronc de sapin, et le porta pendant deux mois dans cette position gÃÂȘnante. AprÚs cette peine afflictive, il se pardonna. Voilà le jeune homme de dix-neuf ans, mais faible en apparence, et à qui l'on en eût tout au plus donné dix-sept, qui, portant un petit paquet sous le bras, entrait dans la magnifique église de VerriÚres. Il la trouva sombre et solitaire. A l'occasion d'une fÃÂȘte, toutes les croisées de l'édifice avaient été couvertes d'étoffe cramoisie. Il en résultait, aux rayons du soleil, un effet de lumiÚre éblouissant, du caractÚre le plus imposant et le plus religieux. Julien tressaillit. Seul, dans l'église, il s'établit dans le banc qui avait la plus belle apparence. Il portait les armes de M. de RÃÂȘnal. Sur le prie-Dieu, Julien remarqua un morceau de papier imprimé, étalé là comme pour ÃÂȘtre lu. Il y porta les yeux et vit Détails de l'exécution et des derniers moments de Louis Jenrel, exécuté à Besançon, le... Le papier était déchiré. Au revers on lisait les deux premiers mots d'une ligne, c'étaient Le premier pas . Qui a pu mettre ce papier là , dit Julien? Pauvre malheureux, ajouta-t-il avec un soupir, son nom finit comme le mien... et il froissa le papier. En sortant, Julien crut voir du sang prÚs du bénitier, c'était de l'eau bénite qu'on avait répandue le reflet des rideaux rouges qui couvraient les fenÃÂȘtres la faisait paraÃtre du sang. Enfin, Julien eut honte de sa terreur secrÚte. Serais-je un lùche? se dit-il, aux armes! Ce mot si souvent répété dans les récits de batailles du vieux chirurgien était héroïque pour Julien. Il se leva et marcha rapidement vers la maison de M. de RÃÂȘnal. Malgré ces belles résolutions, dÚs qu'il l'aperçut à vingt pas de lui, il fut saisi d'une invincible timidité. La grille de fer était ouverte, elle lui semblait magnifique, il fallait entrer là -dedans. Julien n'était pas la seule personne dont le coeur fût troublé par son arrivée dans cette maison. L'extrÃÂȘme timidité de Mme de RÃÂȘnal était déconcertée par l'idée de cet étranger, qui, d'aprÚs ses fonctions, allait se trouver constamment entre elle et ses enfants. Elle était accoutumée à avoir ses fils couchés dans sa chambre. Le matin, bien des larmes avaient coulé quand elle avait vu transporter leurs petits lits dans l'appartement destiné au précepteur. Ce fut en vain qu'elle demanda à son mari que le lit de Stanislas-Xavier, le plus jeune, fût reporté dans sa chambre. La délicatesse de femme était poussée à un point excessif chez Mme de RÃÂȘnal. Elle se faisait l'image la plus désagréable d'un ÃÂȘtre grossier et mal peigné, chargé de gronder ses enfants, uniquement parce qu'il savait le latin, un langage barbare pour lequel on fouetterait ses fils. CHAPITRE VI L'ENNUI Non so piÃÂč cosa son, Cosa faccio . MOZART Figaro . Avec la vivacité et la grùce qui lui étaient naturelles quand elle était loin des regards des hommes, Mme de RÃÂȘnal sortait par la porte-fenÃÂȘtre du salon qui donnait sur le jardin, quand elle aperçut prÚs de la porte d'entrée la figure d'un jeune paysan presque encore enfant, extrÃÂȘmement pùle et qui venait de pleurer. Il était en chemise bien blanche, et avait sous le bras une veste fort propre de ratine violette. Le teint de ce petit paysan était si blanc, ses yeux si doux, que l'esprit un peu romanesque de Mme de RÃÂȘnal eut d'abord l'idée que ce pouvait ÃÂȘtre une jeune fille déguisée, qui venait demander quelque grùce à M. le maire. Elle eut pitié de cette pauvre créature, arrÃÂȘtée à la porte d'entrée, et qui évidemment n'osait pas lever la main jusqu'à la sonnette. Mme de RÃÂȘnal s'approcha, distraite un instant de l'amer chagrin que lui donnait l'arrivée du précepteur. Julien, tourné vers la porte, ne la voyait pas s'avancer. Il tressaillit quand une voix douce lui dit tout prÚs de l'oreille - Que voulez-vous ici, mon enfant? Julien se tourna vivement, et, frappé du regard si rempli de grùce de Mme de RÃÂȘnal, il oublia une partie de sa timidité. BientÎt, étonné de sa beauté, il oublia tout, mÃÂȘme ce qu'il venait faire. Mme de Rénal avait répété sa question. - Je viens pour ÃÂȘtre précepteur, madame, lui dit-il enfin, tout honteux de ses larmes qu'il essuyait de son mieux. Mme de RÃÂȘnal resta interdite, ils étaient fort prÚs l'un de l'autre à se regarder. Julien n'avait jamais vu un ÃÂȘtre aussi bien vÃÂȘtu et surtout une femme avec un teint si éblouissant, lui parler d'un air doux. Mme de RÃÂȘnal regardait les grosses larmes qui s'étaient arrÃÂȘtées sur les joues si pùles d'abord et maintenant si roses de ce jeune paysan. BientÎt elle se mit à rire, avec toute la gaieté folle d'une jeune fille, elle se moquait d'elle-mÃÂȘme et ne pouvait se figurer tout son bonheur. Quoi, c'était là ce précepteur qu'elle s'était figuré comme un prÃÂȘtre sale et mal vÃÂȘtu, qui viendrait gronder et fouetter ses enfants! - Quoi, monsieur, lui dit-elle enfin, vous savez le latin? Ce mot de monsieur étonna si fort Julien qu'il réfléchit un instant. - Oui, madame, dit-il timidement. Mme de RÃÂȘnal était si heureuse, qu'elle osa dire à Julien - Vous ne gronderez pas trop ces pauvres enfants? - Moi, les gronder, dit Julien étonné, et pourquoi? - N'est-ce pas, monsieur, ajouta-t-elle aprÚs un petit silence et d'une voix dont chaque instant augmentait l'émotion, vous serez bon pour eux, vous me le promettez? S'entendre appeler de nouveau monsieur, bien sérieusement, et par une dame si bien vÃÂȘtue, était au-dessus de toutes les prévisions de Julien dans tous les chùteaux en Espagne de sa jeunesse, il s'était dit qu'aucune dame comme il faut ne daignerait lui parler que quand il aurait un bel uniforme. Mme de RÃÂȘnal, de son cÎté, était complÚtement trompée par la beauté du teint, les grands yeux noirs de Julien et ses jolis cheveux qui frisaient plus qu'à l'ordinaire, parce que pour se rafraÃchir il venait de plonger la tÃÂȘte dans le bassin de la fontaine publique. A sa grande joie, elle trouvait l'air timide d'une jeune fille à ce fatal précepteur, dont elle avait tant redouté pour ses enfants la dureté et l'air rébarbatif. Pour l'ùme si paisible de Mme de RÃÂȘnal, le contraste de ses craintes et de ce qu'elle voyait fut un grand événement. Enfin elle revint de sa surprise. Elle fut étonnée de se trouver ainsi à la porte de sa maison avec ce jeune homme presque en chemise et si prÚs de lui. - Entrons, monsieur, lui dit-elle d'un air assez embarrassé. De sa vie une sensation purement agréable n'avait aussi profondément ému Mme de RÃÂȘnal; jamais une apparition aussi gracieuse n'avait succédé à des craintes plus inquiétantes. Ainsi ces jolis enfants, si soignés par elle, ne tomberaient pas dans les mains d'un prÃÂȘtre sale et grognon. A peine entrée sous le vestibule, elle se retourna vers Julien qui la suivait timidement. Son air étonné, à l'aspect d'une maison si belle, était une grùce de plus aux yeux de Mme de RÃÂȘnal. Elle ne pouvait en croire ses yeux, il lui semblait surtout que le précepteur devait avoir un habit noir. - Mais est-il vrai, monsieur, lui dit-elle en s'arrÃÂȘtant encore, et craignant mortellement de se tromper, tant sa croyance la rendait heureuse, vous savez le latin? Ces mots choquÚrent l'orgueil de Julien et dissipÚrent le charme dans lequel il vivait depuis un quart d'heure. - Oui, madame, lui dit-il en cherchant à prendre un air froid; je sais le latin aussi bien que M. le curé, et mÃÂȘme quelquefois il a la bonté de dire mieux que lui. Mme de RÃÂȘnal trouva que Julien avait l'air fort méchant, il s'était arrÃÂȘté à deux pas d'elle. Elle s'approcha et lui dit à mi-voix - N'est-ce pas, les premiers jours, vous ne donnerez pas le fouet à mes enfants, mÃÂȘme quand ils ne sauraient pas leurs leçons. Ce ton si doux et presque suppliant d'une si belle dame fit tout à coup oublier à Julien ce qu'il devait à sa réputation de latiniste. La figure de Mme de RÃÂȘnal était prÚs de la sienne, il sentit le parfum des vÃÂȘtements d'été d'une femme, chose si étonnante pour un pauvre paysan. Julien rougit extrÃÂȘmement et dit avec un soupir et d'une voix défaillante - Ne craignez rien, madame, je vous obéirai en tout. Ce fut en ce moment seulement, quand son inquiétude pour ses enfants fut tout à fait dissipée, que Mme de RÃÂȘnal fut frappée de l'extrÃÂȘme beauté de Julien. La forme presque féminine de ses traits et son air d'embarras, ne semblÚrent point ridicules à une femme extrÃÂȘmement timide elle-mÃÂȘme. L'air mùle que l'on trouve communément nécessaire à la beauté d'un homme lui eût fait peur. - Quel ùge avez-vous, monsieur? dit-elle à Julien. - BientÎt dix-neuf ans. - Mon fils aÃné a onze ans, reprit Mme de RÃÂȘnal tout à fait rassurée, ce sera presque un camarade pour vous, vous lui parlerez raison. Une fois son pÚre a voulu le battre, l'enfant a été malade pendant toute une semaine, et cependant c'était un bien petit coup. Quelle différence avec moi, pensa Julien. Hier encore, mon pÚre m'a battu. Que ces gens riches sont heureux! Mme de RÃÂȘnal en était déjà à saisir les moindres nuances de ce qui se passait dans l'ùme du précepteur; elle prit ce mouvement de tristesse pour de la timidité, et voulut l'encourager. - Quel est votre nom, monsieur? lui dit-elle, avec un accent et une grùce dont Julien sentit tout le charme, sans pouvoir s'en rendre compte. - On m'appelle Julien Sorel, madame; je tremble en entrant pour la premiÚre fois de ma vie dans une maison étrangÚre, j'ai besoin de votre protection et que vous me pardonniez bien des choses les premiers jours. Je n'ai jamais été au collÚge, j'étais trop pauvre; je n'ai jamais parlé à d'autres hommes que mon cousin le chirurgien-major, membre de la Légion d'honneur, et M. le curé Chélan. Il vous rendra bon témoignage de moi. Mes frÚres m'ont toujours battu, ne les croyez pas, s'ils vous disent du mal de moi, pardonnez mes fautes, madame, je n'aurai jamais mauvaise intention. Julien se rassurait pendant ce long discours, il examinait Mme de RÃÂȘnal. Tel est l'effet de la grùce parfaite, quand elle est naturelle au caractÚre, et que surtout la personne qu'elle décore ne songe pas à avoir de la grùce; Julien, qui se connaissait fort bien en beauté féminine, eût juré dans cet instant qu'elle n'avait que vingt ans. Il eut sur-le-champ l'idée hardie de lui baiser la main. BientÎt il eut peur de son idée; un instant aprÚs, il se dit Il y aurait de la lùcheté à moi de ne pas exécuter une action qui peut m'ÃÂȘtre utile, et diminuer le mépris que cette belle dame a probablement pour un pauvre ouvrier à peine arraché à la scie. Peut-ÃÂȘtre Julien fut-il un peu encouragé par ce mot de joli garçon, que depuis six mois il entendait répéter le dimanche par quelques jeunes filles. Pendant ces débats intérieurs, Mme de RÃÂȘnal lui adressait deux ou trois mots d'instruction sur la façon de débuter avec les enfants. La violence que se faisait Julien le rendit de nouveau fort pùle; il dit, d'un air contraint - Jamais, madame, je ne battrai vos enfants; je le jure devant Dieu. Et en disant ces mots, il osa prendre la main de Mme de RÃÂȘnal, et la porter à ses lÚvres. Elle fut étonnée de ce geste, et, par réflexion, choquée. Comme il faisait trÚs chaud, son bras était tout à fait nu sous son chùle, et le mouvement de Julien, en portant la main à ses lÚvres, l'avait entiÚrement découvert. Au bout de quelques instants, elle se gronda elle-mÃÂȘme, il lui sembla qu'elle n'avait pas été assez rapidement indignée. M. de RÃÂȘnal, qui avait entendu parler, sortit de son cabinet; du mÃÂȘme air majestueux et paterne qu'il prenait lorsqu'il faisait des mariages à la mairie, il dit à Julien - Il est essentiel que je vous parle avant que les enfants ne vous voient. Il fit entrer Julien dans une chambre et retint sa femme qui voulait les laisser seuls. La porte fermée, M. de RÃÂȘnal s'assit avec gravité. - M. le curé m'a dit que vous étiez un bon sujet, tout le monde vous traitera ici avec honneur, et si je suis content, j'aiderai à vous faire par la suite un petit établissement. Je veux que vous ne voyiez plus ni parents ni amis, leur ton ne peut convenir à mes enfants. Voici trente-six francs pour le premier mois; mais j'exige votre parole de ne pas donner un sou de cet argent à votre pÚre. M. de RÃÂȘnal était piqué contre le vieillard, qui, dans cette affaire, avait été plus fin que lui. - Maintenant, monsieur , car d'aprÚs mes ordres tout le monde ici va vous appeler monsieur, et vous sentirez l'avantage d'entrer dans une maison de gens comme il faut; maintenant, monsieur, il n'est pas convenable que les enfants vous voient en veste. Les domestiques l'ont-il vu? dit M. de RÃÂȘnal à sa femme. - Non, mon ami, répondit-elle d'un air profondément pensif. - Tant mieux. Mettez ceci, dit-il au jeune homme surpris, en lui donnant une redingote à lui. Allons maintenant chez M. Durand, le marchand de drap. Plus d'une heure aprÚs, quand M. de RÃÂȘnal rentra avec le nouveau précepteur tout habillé de noir, il retrouva sa femme assise à la mÃÂȘme place. Elle se sentit tranquillisée par la présence de Julien, en l'examinant elle oubliait d'en avoir peur. Julien ne songeait point à elle; malgré toute sa méfiance du destin et des hommes, son ùme dans ce moment n'était que celle d'un enfant; il lui semblait avoir vécu des années depuis l'instant oÃÂč, trois heures auparavant, il était tremblant dans l'église. Il remarqua l'air glacé de Mme de RÃÂȘnal, il comprit qu'elle était en colÚre de ce qu'il avait osé lui baiser la main. Mais le sentiment d'orgueil que lui donnait le contact d'habits si différents de ceux qu'il avait coutume de porter, le mettait tellement hors de lui-mÃÂȘme, et il avait tant d'envie de cacher sa joie, que tous ses mouvements avaient quelque chose de brusque et de fou. Mme de RÃÂȘnal le contemplait avec des yeux étonnés. - De la gravité, monsieur, lui dit M. de RÃÂȘnal, si vous voulez ÃÂȘtre respecté de mes enfants et de mes gens. - Monsieur, répondit Julien, je suis gÃÂȘné dans ces nouveaux habits; moi, pauvre paysan, je n'ai jamais porté que des vestes; j'irai, si vous le permettez, me renfermer dans ma chambre. - Que te semble de cette nouvelle acquisition? dit M. de RÃÂȘnal à sa femme. Par un mouvement presque instinctif, et dont certainement elle ne se rendit pas compte, Mme de RÃÂȘnal déguisa la vérité à son mari. - Je ne suis point aussi enchantée que vous de ce petit paysan, vos prévenances en feront un impertinent que vous serez obligé de renvoyer avant un mois. - Eh bien! nous le renverrons, ce sera une centaine de francs qu'il pourra m'en coûter, et VerriÚres sera accoutumée à voir un précepteur aux enfants de M. de RÃÂȘnal. Ce but n'eût point été rempli si j'eusse laissé à Julien l'accoutrement d'un ouvrier. En le renvoyant, je retiendrai, bien entendu, l'habit noir complet que je viens de lever chez le drapier. Il ne lui restera que ce que je viens de trouver tout fait chez le tailleur, et dont je l'ai couvert. L'heure que Julien passa dans sa chambre parut un instant à Mme de RÃÂȘnal. Les enfants, auxquels l'on avait annoncé le nouveau précepteur, accablaient leur mÚre de questions. Enfin Julien parut. C'était un autre homme. C'eût été mal parler que de dire qu'il était grave; c'était la gravité incarnée. Il fut présenté aux enfants, et leur parla d'un air qui étonna M. de RÃÂȘnal lui-mÃÂȘme. - Je suis ici, messieurs, leur dit-il en finissant son allocution, pour vous apprendre le latin. Vous savez ce que c'est que de réciter une leçon. Voici la sainte Bible, dit-il en leur montrant un petit volume in-32, relié en noir. C'est particuliÚrement l'histoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c'est la partie qu'on appelle le Nouveau Testament. Je vous ferai souvent réciter des leçons, faites-moi réciter la mienne. Adolphe, l'aÃné des enfants, avait pris le livre. - Ouvrez-le au hasard, continua Julien, et dites-moi le premier mot d'un alinéa. Je réciterai par coeur le livre sacré, rÚgle de notre conduite à tous, jusqu'à ce que vous m'arrÃÂȘtiez. Adolphe ouvrit le livre, lut un mot, et Julien récita toute la page, avec la mÃÂȘme facilité que s'il eût parlé français. M. de RÃÂȘnal regardait sa femme d'un air de triomphe. Les enfants, voyant l'étonnement de leurs parents, ouvraient de grands yeux. Un domestique vint à la porte du salon, Julien continua de parler latin. Le domestique resta d'abord immobile, et ensuite disparut. BientÎt la femme de chambre de madame et la cuisiniÚre arrivÚrent prÚs de la porte; alors Adolphe avait déjà ouvert le livre en huit endroits, et Julien récitait toujours avec la mÃÂȘme facilité. - Ah! mon Dieu! le joli prÃÂȘtre, dit tout haut la cuisiniÚre, bonne fille fort dévote. L'amour-propre de M. de RÃÂȘnal était inquiet; loin de songer à examiner le précepteur, il était tout occupé à chercher dans sa mémoire quelques mots latins; enfin, il put dire un vers d'Horace. Julien ne savait de latin que sa Bible. Il répondit en fronçant le sourcil - Le saint ministÚre auquel je me destine m'a défendu de lire un poÚte aussi profane. M. de RÃÂȘnal cita un assez grand nombre de prétendus vers d'Horace. Il expliqua à ses enfants ce que c'était qu'Horace; mais les enfants, frappés d'admiration, ne faisaient guÚre attention à ce qu'il disait. Ils regardaient Julien. Les domestiques étant toujours à la porte, Julien crut devoir prolonger l'épreuve - Il faut, dit-il au plus jeune des enfants, que M. Stanislas-Xavier m'indique aussi un passage du livre saint. Le petit Stanislas, tout fier, lut tant bien que mal le premier mot d'un alinéa, et Julien dit toute la page. Pour que rien ne manquùt au triomphe de M. de RÃÂȘnal, comme Julien récitait, entrÚrent M. Valenod, le possesseur des beaux chevaux normands, et M. Charcot de Maugiron, sous-préfet de l'arrondissement. Cette scÚne valut à Julien le titre de monsieur; les domestiques eux-mÃÂȘmes n'osÚrent pas le lui refuser. Le soir, tout VerriÚres afflua chez M. de RÃÂȘnal pour voir la merveille. Julien répondait à tous d'un air sombre qui tenait à distance. Sa gloire s'étendit si rapidement dans la ville, que peu de jours aprÚs, M. de RÃÂȘnal, craignant qu'on ne le lui enlevùt, lui proposa de signer un engagement de deux ans. - Non, monsieur, répondit froidement Julien, si vous vouliez me renvoyer je serais obligé de sortir. Un engagement qui me lie sans vous obliger à rien n'est point égal, je le refuse. Julien sut si bien faire que, moins d'un mois aprÚs son arrivée dans la maison, M. de RÃÂȘnal lui-mÃÂȘme le respectait. Le curé étant brouillé avec MM. de RÃÂȘnal et Valenod, personne ne put trahir l'ancienne passion de Julien pour Napoléon, il n'en parlait qu'avec horreur. CHAPITRE VII LES AFFINITES ELECTIVES Ils ne savent toucher le coeur qu'en le froissant . UN MODERNE. Les enfants l'adoraient, lui ne les aimait point; sa pensée était ailleurs. Tout ce que ces marmots pouvaient faire ne l'impatientait jamais. Froid, juste, impassible, et cependant aimé, parce que son arrivée avait en quelque sorte chassé l'ennui de la maison, il fut un bon précepteur. Pour lui, il n'éprouvait que haine et horreur pour la haute société oÃÂč il était admis, à la vérité au bas bout de la table, ce qui explique peut-ÃÂȘtre la haine et l'horreur. Il y eut certains dÃners d'apparat, oÃÂč il put à grande peine contenir sa haine pour tout ce qui l'environnait. Un jour de la Saint-Louis entre autres, M. Valenod tenait le dé chez M. de RÃÂȘnal, Julien fut sur le point de se trahir; il se sauva dans le jardin, sous prétexte de voir les enfants. Quels éloges de la probité! s'écria-t-il; on dirait que c'est la seule vertu; et cependant quelle considération, quel respect bas pour un homme qui évidemment a doublé et triplé sa fortune, depuis qu'il administre le bien des pauvres! je parierais qu'il gagne mÃÂȘme sur les fonds destinés aux enfants trouvés, à ces pauvres dont la misÚre est encore plus sacrée que celle des autres! Ah! monstres! monstres! Et moi aussi, je suis une sorte d'enfant trouvé, haï de mon pÚre, de mes frÚres, de toute ma famille. Quelques jours avant la Saint-Louis, Julien, se promenant seul et disant son bréviaire dans un petit bois, qu'on appelle le BelvédÚre, et qui domine le Cours de la Fidélité, avait cherché en vain à éviter ses deux frÚres, qu'il voyait venir de loin par un sentier solitaire. La jalousie de ces ouvriers grossiers avait été tellement provoquée par le bel habit noir, par l'air extrÃÂȘmement propre de leur frÚre, par le mépris sincÚre qu'il avait pour eux, qu'ils l'avaient battu au point de le laisser évanoui et tout sanglant. Mme de RÃÂȘnal, se promenant avec M. Valenod et le sous-préfet, arriva par hasard dans le petit bois; elle vit Julien étendu sur la terre et le crut mort. Son saisissement fut tel, qu'il donna de la jalousie à M. Valenod. Il prenait l'alarme trop tÎt. Julien trouvait Mme de RÃÂȘnal fort belle, mais il la haïssait à cause de sa beauté; c'était le premier écueil qui avait failli arrÃÂȘter sa fortune. Il lui parlait le moins possible, afin de faire oublier le transport qui, le premier jour, l'avait porté à lui baiser la main. Elisa, la femme de chambre de Mme de RÃÂȘnal, n'avait pas manqué de devenir amoureuse du jeune précepteur; elle en parlait souvent à sa maÃtresse. L'amour de Mlle Elisa avait valu à Julien la haine d'un des valets. Un jour, il entendit cet homme qui disait à Elisa Vous ne voulez plus me parler depuis que ce précepteur crasseux est entré dans la maison. Julien ne méritait pas cette injure; mais, par instinct de joli garçon, il redoubla de soins pour sa personne. La haine de M. Valenod redoubla aussi. Il dit publiquement que tant de coquetterie ne convenait pas à un jeune abbé. A la soutane prÚs, c'était le costume que portait Julien. Mme de RÃÂȘnal remarqua qu'il parlait plus souvent que de coutume à Mlle Elisa; elle apprit que ces entretiens étaient causés par la pénurie de la trÚs petite garde-robe de Julien. Il avait si peu de linge, qu'il était obligé de le faire laver fort souvent hors de la maison, et c'est pour ces petits soins qu'Elisa lui était utile. Cette extrÃÂȘme pauvreté, qu'elle ne soupçonnait pas, toucha Mme de RÃÂȘnal; elle eut envie de lui faire des cadeaux, mais elle n'osa pas; cette résistance intérieure fut le premier sentiment pénible que lui causa Julien. Jusque-là le nom de Julien et le sentiment d'une joie pure et tout intellectuelle étaient synonymes pour elle. Tourmentée par l'idée de la pauvreté de Julien, Mme de RÃÂȘnal parla à son mari de lui faire un cadeau de linge - Quelle duperie! répondit-il. Quoi! faire des cadeaux à un homme dont nous sommes parfaitement contents, et qui nous sert bien? ce serait dans le cas oÃÂč il se négligerait qu'il faudrait stimuler son zÚle. Mme de RÃÂȘnal fut humiliée de cette maniÚre de voir; elle ne l'eût pas remarquée avant l'arrivée de Julien. Elle ne voyait jamais l'extrÃÂȘme propreté de la mise, d'ailleurs fort simple, du jeune abbé, sans se dire Ce pauvre garçon, comment peut-il faire? Peu à peu, elle eut pitié de tout ce qui manquait à Julien, au lieu d'en ÃÂȘtre choquée. Mme de RÃÂȘnal était une de ces femmes de province que l'on peut trÚs bien prendre pour des sottes pendant les quinze premiers jours qu'on les voit. Elle n'avait aucune expérience de la vie, et ne se souciait pas de parler. Douée d'une ùme délicate et dédaigneuse, cet instinct de bonheur naturel à tous les ÃÂȘtres faisait que, la plupart du temps, elle ne donnait aucune attention aux actions des personnages grossiers au milieu desquels le hasard l'avait jetée. On l'eût remarquée pour le naturel et la vivacité d'esprit, si elle eût reçu la moindre éducation. Mais en sa qualité d'héritiÚre, elle avait été élevée chez des religieuses adoratrices passionnées du Sacré-Coeur de Jésus , et animées d'une haine violente pour les Français ennemis des jésuites. Mme de RÃÂȘnal s'était trouvé assez de sens pour oublier bientÎt, comme absurde, tout ce qu'elle avait appris au couvent; mais elle ne mit rien à la place, et finit par ne rien savoir. Les flatteries précoces dont elle avait été l'objet, en sa qualité d'héritiÚre d'une grande fortune, et un penchant décidé à la dévotion passionnée lui avaient donné une maniÚre de vivre tout intérieure. Avec l'apparence de la condescendance la plus parfaite, et d'une abnégation de volonté, que les maris de VerriÚres citaient en exemple à leurs femmes, et qui faisait l'orgueil de M. de RÃÂȘnal, la conduite habituelle de son ùme était en effet le résultat de l'humeur la plus altiÚre. Telle princesse, citée à cause de son orgueil, prÃÂȘte infiniment plus d'attention à ce que ses gentilshommes font autour d'elle, que cette femme si douce, si modeste en apparence, n'en donnait à tout ce que disait ou faisait son mari. Jusqu'à l'arrivée de Julien, elle n'avait réellement eu d'attention que pour ses enfants. Leurs petites maladies, leurs douleurs, leurs petites joies, occupaient toute la sensibilité de cette ùme qui, de la vie, n'avait adoré que Dieu, quand elle était au Sacré-Coeur de Besançon. Sans qu'elle daignùt le dire à personne, un accÚs de fiÚvre d'un de ses fils la mettait presque dans le mÃÂȘme état que si l'enfant eût été mort. Un éclat de rire grossier, un haussement d'épaules, accompagné de quelque maxime triviale sur la folie des femmes, avaient constamment accueilli les confidences de ce genre de chagrins, que le besoin d'épanchement l'avait portée à faire à son mari, dans les premiÚres années de leur mariage. Ces sortes de plaisanteries, quand surtout elles portaient sur les maladies de ses enfants, retournaient le poignard dans le coeur de Mme de RÃÂȘnal. Voilà ce qu'elle trouva au lieu des flatteries empressées et mielleuses du couvent jésuitique oÃÂč elle avait passé sa jeunesse. Son éducation fut faite par la douleur. Trop fiÚre pour parler de ce genre de chagrins, mÃÂȘme à son amie Mme Derville, elle se figura que tous les hommes étaient comme son mari, M. Valenod et le sous-préfet Charcot de Maugiron. La grossiÚreté, et la plus brutale insensibilité à tout ce qui n'était pas intérÃÂȘt d'argent, de préséance ou de croix; la haine aveugle pour tout raisonnement qui les contrariait, lui parurent des choses naturelles à ce sexe, comme porter des bottes et un chapeau de feutre. AprÚs de longues années, Mme de RÃÂȘnal n'était pas encore accoutumée à ces gens à argent au milieu desquels il fallait vivre. De là le succÚs du petit paysan Julien. Elle trouva des jouissances douces, et toutes brillantes du charme de la nouveauté, dans la sympathie de cette ùme noble et fiÚre. Mme de RÃÂȘnal lui eut bientÎt pardonné son ignorance extrÃÂȘme qui était une grùce de plus, et la rudesse de ses façons qu'elle parvint à corriger. Elle trouva qu'il valait la peine de l'écouter, mÃÂȘme quand on parlait des choses les plus communes, mÃÂȘme quand il s'agissait d'un pauvre chien écrasé, comme il traversait la rue, par la charrette d'un paysan allant au trot. Le spectacle de cette douleur donnait son gros rire à son mari, tandis qu'elle voyait se contracter les beaux sourcils noirs et si bien arqués de Julien. La générosité, la noblesse d'ùme, l'humanité lui semblÚrent peu à peu n'exister que chez ce jeune abbé. Elle eut pour lui seul toute la sympathie et mÃÂȘme l'admiration que ces vertus excitent chez les ùmes bien nées. A Paris, la position de Julien envers Mme de RÃÂȘnal eût été bien vite simplifiée; mais à Paris, l'amour est fils des romans. Le jeune précepteur et sa timide maÃtresse auraient retrouvé dans trois ou quatre romans, et jusque dans les couplets du Gymnase, l'éclaircissement de leur position. Les romans leur auraient tracé le rÎle à jouer, montré le modÚle à imiter; et ce modÚle, tÎt ou tard, et quoique sans nul plaisir, et peut-ÃÂȘtre en rechignant, la vanité eût forcé Julien à le suivre. Dans une petite ville de l'Aveyron ou des Pyrénées, le moindre incident eût été rendu décisif par le feu du climat. Sous nos cieux plus sombres, un jeune homme pauvre, et qui n'est qu'ambitieux parce que la délicatesse de son coeur lui fait un besoin de quelques-unes des jouissances que donne l'argent, voit tous les jours une femme de trente ans sincÚrement sage, occupée de ses enfants, et qui ne prend nullement dans les romans des exemples de conduite. Tout va lentement, tout se fait peu à peu dans les provinces, il y a plus de naturel. Souvent, en songeant à la pauvreté du jeune précepteur, Mme de RÃÂȘnal était attendrie jusqu'aux larmes. Julien la surprit un jour, pleurant tout à fait. - Eh! madame, vous serait-il arrivé quelque malheur? - Non, mon ami, lui répondit-elle; appelez les enfants, allons nous promener. Elle prit son bras et s'appuya d'une façon qui parut singuliÚre à Julien. C'était pour la premiÚre fois qu'elle l'avait appelé mon ami. Vers la fin de la promenade, Julien remarqua qu'elle rougissait beaucoup. Elle ralentit le pas. - On vous aura raconté, dit-elle sans le regarder, que je suis l'unique héritiÚre d'une tante fort riche qui habite Besançon. Elle me comble de présents... Mes fils font des progrÚs... si étonnants... que je voudrais vous prier d'accepter un petit présent comme marque de ma reconnaissance. Il ne s'agit que de quelques louis pour vous faire du linge. Mais... ajouta-t-elle en rougissant encore plus, et elle cessa de parler. - Quoi, madame? dit Julien. - Il serait inutile, continua-t-elle en baissant la tÃÂȘte, de parler de ceci à mon mari. - Je suis petit, madame, mais je ne suis pas bas, reprit Julien en s'arrÃÂȘtant, les yeux brillants de colÚre, et se relevant de toute sa hauteur, c'est à quoi vous n'avez pas assez réfléchi. Je serais moins qu'un valet si je me mettais dans le cas de cacher à M. de RÃÂȘnal quoi que ce soit de relatif à mon argent. Mme de RÃÂȘnal était atterrée. - M. le maire, continua Julien, m'a remis cinq fois trente-six francs depuis que j'habite sa maison, je suis prÃÂȘt à montrer mon livre de dépenses à M. de RÃÂȘnal et à qui que ce soit, mÃÂȘme à M. Valenod qui me hait. A la suite de cette sortie, Mme de RÃÂȘnal était restée pùle et tremblante, et la promenade se termina sans que ni l'un ni l'autre pût trouver un prétexte pour renouer le dialogue. L'amour pour Mme de RÃÂȘnal devint de plus en plus impossible dans le coeur orgueilleux de Julien; quant à elle, elle le respecta, elle l'admira, elle en avait été grondée. Sous prétexte de réparer l'humiliation involontaire qu'elle lui avait causée, elle se permit les soins les plus tendres. La nouveauté de ces maniÚres fit pendant huit jours le bonheur de Mme de RÃÂȘnal. Leur effet fut d'apaiser en partie la colÚre de Julien; il était loin d'y voir rien qui pût ressembler à un goût personnel. Voilà , se disait-il, comme sont ces gens riches, ils humilient, et croient ensuite pouvoir tout réparer par quelques singeries! Le coeur de Mme de RÃÂȘnal était trop plein, et encore trop innocent, pour que, malgré ses résolutions à cet égard, elle ne racontùt pas à son mari l'offre qu'elle avait faite à Julien, et la façon dont elle avait été repoussée. - Comment, reprit M. de RÃÂȘnal vivement piqué, avez-vous pu tolérer un refus de la part d'un domestique ? Et comme Mme de RÃÂȘnal se récriait sur ce mot - Je parle, madame, comme feu M. le prince de Condé, présentant ses chambellans à sa nouvelle épouse  Tous ces gens-là , lui dit-il, sont nos domestiques . » Je vous ai lu ce passage des Mémoires de Besenval, essentiel pour les préséances. Tout ce qui n'est pas gentilhomme, qui vit chez vous et reçoit un salaire, est votre domestique. Je vais dire deux mots à ce monsieur Julien, et lui donner cent francs. - Ah! mon ami, dit Mme de RÃÂȘnal tremblante, que ce ne soit pas du moins devant les domestiques! - Oui, ils pourraient ÃÂȘtre jaloux et avec raison, dit son mari en s'éloignant et pensant à la quotité de la somme. Mme de RÃÂȘnal tomba sur une chaise, presque évanouie de douleur! Il va humilier Julien, et par ma faute! Elle eut horreur de son mari, et se cacha la figure avec les mains. Elle se promit bien de ne jamais faire de confidences. Lorsqu'elle revit Julien, elle était toute tremblante, sa poitrine était tellement contractée qu'elle ne put parvenir à prononcer la moindre parole. Dans son embarras elle lui prit les mains qu'elle serra. - Eh bien! mon ami, lui dit-elle enfin, ÃÂȘtes-vous content de mon mari? - Comment ne le serais-je pas? répondit Julien avec un sourire amer; il m'a donné cent francs. Mme de RÃÂȘnal le regarda comme incertaine. - Donnez-moi le bras, dit-elle enfin avec un accent de courage que Julien ne lui avait jamais vu. Elle osa aller jusque chez le libraire de VerriÚres, malgré son affreuse réputation de libéralisme. Là , elle choisit pour dix louis de livres qu'elle donna à ses fils. Mais ces livres étaient ceux qu'elle savait que Julien désirait. Elle exigea que là , dans la boutique du libraire, chacun des enfants écrivÃt son nom sur les livres qui lui étaient échus en partage. Pendant que Mme de RÃÂȘnal était heureuse de la sorte de réparation qu'elle avait l'audace de faire à Julien, celui-ci était étonné de la quantité de livres qu'il apercevait chez le libraire. Jamais il n'avait osé entrer en un lieu aussi profane; son coeur palpitait. Loin de songer à deviner ce qui se passait dans le coeur de Mme de RÃÂȘnal, il rÃÂȘvait profondément au moyen qu'il y aurait, pour un jeune étudiant en théologie, de se procurer quelques-uns de ces livres. Enfin il eut l'idée qu'il serait possible avec de l'adresse de persuader à M. de RÃÂȘnal qu'il fallait donner pour sujet de thÚme à ses fils l'histoire des gentilshommes célÚbres nés dans la province. AprÚs un mois de soins, Julien vit réussir cette idée, et à un tel point que, quelque temps aprÚs, il osa hasarder, en parlant à M. de RÃÂȘnal, la mention d'une action bien autrement pénible pour le noble maire; il s'agissait de contribuer à la fortune d'un libéral, en prenant un abonnement chez le libraire. M. de RÃÂȘnal convenait bien qu'il était sage de donner à son fils aÃné l'idée de visu de plusieurs ouvrages qu'il entendrait mentionner dans la conversation, lorsqu'il serait à l'Ecole militaire, mais Julien voyait M. le maire s'obstiner à ne pas aller plus loin. Il soupçonnait une raison secrÚte, mais ne pouvait la deviner. - Je pensais, monsieur, lui dit-il un jour, qu'il y aurait une haute inconvenance à ce que le nom d'un bon gentilhomme tel qu'un RÃÂȘnal parût sur le sale registre du libraire. Le front de M. de RÃÂȘnal s'éclaircit. - Ce serait aussi une bien mauvaise note, continua Julien, d'un ton plus humble, pour un pauvre étudiant en théologie, si l'on pouvait un jour découvrir que son nom a été sur le registre d'un libraire loueur de livres. Les libéraux pourraient m'accuser d'avoir demandé les livres les plus infùmes; qui sait mÃÂȘme s'ils n'iraient pas jusqu'à écrire aprÚs mon nom les titres de ces livres pervers? Mais Julien s'éloignait de la trace. Il voyait la physionomie du maire reprendre l'expression de l'embarras et de l'humeur. Julien se tut. Je tiens mon homme, se dit-il. Quelques jours aprÚs, l'aÃné des enfants interrogeant Julien sur un livre annoncé dans La Quotidienne , en présence de M. de RÃÂȘnal - Pour éviter tout sujet de triomphe au parti jacobin, dit le jeune précepteur, et cependant me donner les moyens de répondre à M. Adolphe, on pourrait faire prendre un abonnement chez le libraire par le dernier de vos gens. - Voilà une idée qui n'est pas mal, dit M. de RÃÂȘnal évidemment fort joyeux. - Toutefois il faudrait spécifier, dit Julien, de cet air grave et presque malheureux qui va si bien à de certaines gens, quand ils voient le succÚs des affaires qu'ils ont le plus longtemps désirées, il faudrait spécifier que le domestique ne pourra prendre aucun roman. Une fois dans la maison, ces livres dangereux pourraient corrompre les filles de madame, et le domestique lui-mÃÂȘme. - Vous oubliez les pamphlets politiques, ajouta M. de RÃÂȘnal, d'un air hautain. Il voulait cacher l'admiration que lui donnait le savant mezzo-termine inventé par le précepteur de ses enfants. La vie de Julien se composait ainsi d'une suite de petites négociations; et leur succÚs l'occupait beaucoup plus que le sentiment de préférence marquée qu'il n'eût tenu qu'à lui de lire dans le coeur de Mme de RÃÂȘnal. La position morale oÃÂč il avait été toute sa vie se renouvelait chez M. le maire de VerriÚres. Là , comme à la scierie de son pÚre, il méprisait profondément les gens avec qui il vivait et en était haï. Il voyait chaque jour dans les récits faits par le sous-préfet, par M. Valenod, par les autres amis de la maison, à l'occasion de choses qui venaient de se passer sous leurs yeux, combien leurs idées ressemblaient peu à la réalité. Une action lui semblait-elle admirable, c'était celle-là précisément qui attirait le blùme des gens qui l'environnaient. Sa réplique intérieure était toujours Quels monstres ou quels sots! Le plaisant, avec tant d'orgueil, c'est que souvent il ne comprenait absolument rien à ce dont on parlait. De la vie, il n'avait parlé avec sincérité qu'au vieux chirurgien-major; le peu d'idées qu'il avait étaient relatives aux campagnes de Bonaparte en Italie, ou à la chirurgie. Son jeune courage se plaisait au récit circonstancié des opérations les plus douloureuses; il se disait Je n'aurais pas sourcillé. La premiÚre fois que Mme de RÃÂȘnal essaya avec lui une conversation étrangÚre à l'éducation des enfants, il se mit à parler d'opérations chirurgicales; elle pùlit et le pria de cesser. Julien ne savait rien au-delà . Ainsi, passant sa vie avec Mme de RÃÂȘnal, le silence le plus singulier s'établissait entre eux dÚs qu'ils étaient seuls. Dans le salon, quelle que fût l'humilité de son maintien, elle trouvait dans ses yeux un air de supériorité intellectuelle envers tout ce qui venait chez elle. Se trouvait-elle seule un instant avec lui, elle le voyait visiblement embarrassé. Elle en était inquiÚte, car son instinct de femme lui faisait comprendre que cet embarras n'était nullement tendre. D'aprÚs je ne sais quelle idée prise dans quelque récit de la bonne société, telle que l'avait vue le vieux chirurgien-major, dÚs qu'on se taisait dans un lieu oÃÂč il se trouvait avec une femme, Julien se sentait humilié, comme si ce silence eût été son tort particulier. Cette sensation était cent fois plus pénible dans le tÃÂȘte-à -tÃÂȘte. Son imagination remplie des notions les plus exagérées, les plus espagnoles, sur ce qu'un homme doit dire, quand il est seul avec une femme, ne lui offrait dans son trouble que des idées inadmissibles. Son ùme était dans les nues, et cependant il ne pouvait sortir du silence le plus humiliant. Ainsi son air sévÚre, pendant ses longues promenades avec Mme de RÃÂȘnal et les enfants, était augmenté par les souffrances les plus cruelles. Il se méprisait horriblement. Si par malheur il se forçait à parler, il lui arrivait de dire les choses les plus ridicules. Pour comble de misÚre, il voyait et s'exagérait son absurdité; mais ce qu'il ne voyait pas, c'était l'expression de ses yeux; ils étaient si beaux et annonçaient une ùme si ardente, que, semblables aux bons acteurs, ils donnaient quelquefois un sens charmant à ce qui n'en avait pas. Mme de RÃÂȘnal remarqua que, seul avec elle, il n'arrivait jamais à dire quelque chose de bien que lorsque, distrait par quelque événement imprévu, il ne songeait pas à bien tourner un compliment. Comme les amis de la maison ne la gùtaient pas en lui présentant des idées nouvelles et brillantes, elle jouissait avec délices des éclairs d'esprit de Julien. Depuis la chute de Napoléon, toute apparence de galanterie est sévÚrement bannie des moeurs de la province. On a peur d'ÃÂȘtre destitué. Les fripons cherchent un appui dans la congrégation; et l'hypocrisie a fait les plus beaux progrÚs mÃÂȘme dans les classes libérales. L'ennui redouble. Il ne reste d'autre plaisir que la lecture et l'agriculture. Mme de RÃÂȘnal, riche héritiÚre d'une tante dévote, mariée à seize ans à un bon gentilhomme, n'avait de sa vie éprouvé ni vu rien qui ressemblùt le moins du monde à l'amour. Ce n'était guÚre que son confesseur, le bon curé Chélan, qui lui avait parlé de l'amour, à propos des poursuites de M. Valenod, et il lui en avait fait une image si dégoûtante, que ce mot ne lui représentait que l'idée du libertinage le plus abject. Elle regardait comme une exception, ou mÃÂȘme comme tout à fait hors de nature, l'amour tel qu'elle l'avait trouvé dans le trÚs petit nombre de romans que le hasard avait mis sous ses yeux. Grùce à cette ignorance, Mme de RÃÂȘnal, parfaitement heureuse, occupée sans cesse de Julien, était loin de se faire le plus petit reproche. CHAPITRE VIII PETITS EVENEMENTS Then there were sighs, the deeper for suppression, And stolen glances, sweeter for the theft, And burning blushes, though for no transgression . Don Juan C. 1, st. 74. L'angélique douceur que Mme de RÃÂȘnal devait à son caractÚre et à son bonheur actuel n'était un peu altérée que quand elle venait à songer à sa femme de chambre Elisa. Cette fille fit un héritage, alla se confesser au curé Chélan et lui avoua le projet d'épouser Julien. Le curé eut une véritable joie du bonheur de son ami; mais sa surprise fut extrÃÂȘme, quand Julien lui dit d'un air résolu que l'offre de Mlle Elisa ne pouvait lui convenir. - Prenez garde, mon enfant, à ce qui se passe dans votre coeur, dit le curé fronçant le sourcil; jevous félicite de votre vocation, si c'est à elle seule que vous devez le mépris d'une fortune plus que suffisante. Il y a cinquante-six ans sonnés que je suis curé de VerriÚres, et cependant, suivant toute apparence, je vais ÃÂȘtre destitué. Ceci m'afflige, et toutefois j'ai huit cents livres de rente. Je vous fais part de ce détail afin que vous ne vous fassiez pas d'illusions sur ce qui vous attend dans l'état de prÃÂȘtre. Si vous songez à faire la cour aux hommes qui ont la puissance, votre perte éternelle est assurée. Vous pourrez faire fortune, mais il faudra nuire aux misérables, flatter le sous-préfet, le maire, l'homme considéré, et servir ses passions cette conduite, qui dans le monde s'appelle savoir vivre, peut, pour un laïque, n'ÃÂȘtre pas absolument incompatible avec le salut; mais, dans notre état, il faut opter; il s'agit de faire fortune dans ce monde ou dans l'autre, il n'y a pas de milieu. Allez, mon cher ami, réfléchissez, et revenez dans trois jours me rendre une réponse définitive. J'entrevois avec peine, au fond de votre caractÚre, une ardeur sombre qui ne m'annonce pas la modération et la parfaite abnégation des avantages terrestres nécessaires à un prÃÂȘtre; j'augure bien de votre esprit; mais, permettez-moi de vous le dire, ajouta le bon curé, les larmes aux yeux, dans l'état de prÃÂȘtre, je tremblerai pour votre salut. Julien avait honte de son émotion; pour la premiÚre fois de sa vie, il se voyait aimé; il pleurait avec délices, et alla cacher ses larmes dans les grands bois au-dessus de VerriÚres. Pourquoi l'état oÃÂč je me trouve? se dit-il enfin; je sens que je donnerais cent fois ma vie pour ce bon curé Chélan, et cependant il vient de me prouver que je ne suis qu'un sot. C'est lui surtout qu'il m'importe de tromper, et il me devine. Cette ardeur secrÚte dont il me parle, c'est mon projet de faire fortune. Il me croit indigne d'ÃÂȘtre prÃÂȘtre, et cela précisément quand je me figurais que le sacrifice de cinquante louis de rente allait lui donner la plus haute idée de ma piété et de ma vocation. A l'avenir, continua Julien, je ne compterai que sur les parties de mon caractÚre que j'aurai éprouvées. Qui m'eût dit que je trouverais du plaisir à répandre des larmes! que j'aimerais celui qui me prouve que je ne suis qu'un sot! Trois jours aprÚs, Julien avait trouvé le prétexte dont il eût dû se munir dÚs le premier jour; ce prétexte était une calomnie, mais qu'importe? Il avoua au curé, avec beaucoup d'hésitation, qu'une raison qu'il ne pouvait lui expliquer parce qu'elle nuirait à un tiers, l'avait détourné tout d'abord de l'union projetée. C'était accuser la conduite d'Elisa. M. Chélan trouva dans ses maniÚres un certain feu tout mondain, bien différent de celui qui eût dû animer un jeune lévite. - Mon ami, lui dit-il encore, soyez un bon bourgeois de campagne, estimable et instruit, plutÎt qu'un prÃÂȘtre sans vocation. Julien répondit à ces nouvelles remontrances, fort bien, quant aux paroles il trouvait les mots qu'eût employés un jeune séminariste fervent; mais le ton dont il les prononçait, mais le feu mal caché qui éclatait dans ses yeux alarmaient M. Chélan. Il ne faut pas trop mal augurer de Julien; il inventait correctement les paroles d'une hypocrisie cauteleuse et prudente. Ce n'est pas mal à son ùge. Quant au ton et aux gestes, il vivait avec des campagnards; il avait été privé de la vue des grands modÚles. Par la suite, à peine lui eut-il été donné d'approcher de ces messieurs, qu'il fut admirable pour les gestes comme pour les paroles. Mme de RÃÂȘnal fut étonnée que la nouvelle fortune de sa femme de chambre ne rendÃt pas cette fille plus heureuse; elle la voyait aller sans cesse chez le curé, et en revenir les larmes aux yeux; enfin Elisa lui parla de son mariage. Mme de RÃÂȘnal se crut malade; une sorte de fiÚvre l'empÃÂȘchait de trouver le sommeil; elle ne vivait que lorsqu'elle avait sous les yeux sa femme de chambre ou Julien. Elle ne pouvait penser qu'à eux et au bonheur qu'ils trouveraient dans leur ménage. La pauvreté de cette petite maison, oÃÂč l'on devrait vivre avec cinquante louis de rente, se peignait à elle sous des couleurs ravissantes. Julien pourrait trÚs bien se faire avocat à Bray, la sous-préfecture à deux lieues de VerriÚres; dans ce cas elle le verrait quelquefois. Mme de RÃÂȘnal crut sincÚrement qu'elle allait devenir folle; elle le dit à son mari, et enfin tomba malade. Le soir mÃÂȘme, comme sa femme de chambre la servait, elle remarqua que cette fille pleurait. Elle abhorrait Elisa dans ce moment, et venait de la brusquer; elle lui en demanda pardon. Les larmes d'Elisa redoublÚrent; elle lui dit que si sa maÃtresse le lui permettait, elle lui conterait tout son malheur. - Dites, répondit Mme de RÃÂȘnal. - Eh bien, madame, il me refuse; des méchants lui auront dit du mal de moi, il les croit. - Qui vous refuse? dit Mme de RÃÂȘnal respirant à peine. - Eh qui, madame, si ce n'est M. Julien? répliqua la femme de chambre en sanglotant. M. le curé n'a pu vaincre sa résistance; car M. le curé trouve qu'il ne doit pas refuser une honnÃÂȘte fille, sous prétexte qu'elle a été femme de chambre. AprÚs tout, le pÚre de M. Julien n'est autre chose qu'un charpentier; lui-mÃÂȘme comment gagnait-il sa vie avant d'ÃÂȘtre chez madame? Mme de RÃÂȘnal n'écoutait plus; l'excÚs du bonheur lui avait presque Îté l'usage de la raison. Elle se fit répéter plusieurs fois l'assurance que Julien avait refusé d'une façon positive, et qui ne permettait plus de revenir à une résolution plus sage. - Je veux tenter un dernier effort, dit-elle à sa femme de chambre, je parlerai à M. Julien. Le lendemain aprÚs le déjeuner, Mme de RÃÂȘnal se donna la délicieuse volupté de plaider la cause de sa rivale, et de voir la main et la fortune d'Elisa refusées constamment pendant une heure. Peu à peu Julien sortit de ses réponses compassées, et finit par répondre avec esprit aux sages représentations de Mme de RÃÂȘnal. Elle ne put résister au torrent de bonheur qui inondait son ùme aprÚs tant de jours de désespoir. Elle se trouva mal tout à fait. Quand elle fut remise et bien établie dans sa chambre, elle renvoya tout le monde. Elle était profondément étonnée. Aurais-je de l'amour pour Julien? se dit-elle enfin. Cette découverte, qui dans tout autre moment l'aurait plongée dans les remords et dans une agitation profonde, ne fut pour elle qu'un spectacle singulier, mais comme indifférent. Son ùme, épuisée par tout ce qu'elle venait d'éprouver, n'avait plus de sensibilité au service des passions. Mme de RÃÂȘnal voulut travailler, et tomba dans un profond sommeil; quand elle se réveilla, elle ne s'effraya pas autant qu'elle l'aurait dû. Elle était trop heureuse pour pouvoir prendre en mal quelque chose. Naïve et innocente, jamais cette bonne provinciale n'avait torturé son ùme, pour tùcher d'en arracher un peu de sensibilité à quelque nouvelle nuance de sentiment ou de malheur. EntiÚrement absorbée, avant l'arrivée de Julien, par cette masse de travail qui, loin de Paris, est le lot d'une bonne mÚre de famille, Mme de RÃÂȘnal pensait aux passions, comme nous pensons à la loterie duperie certaine et bonheur cherché par des fous. La cloche du dÃner sonna; Mme de RÃÂȘnal rougit beaucoup quand elle entendit la voix de Julien, qui amenait les enfants. Un peu adroite depuis qu'elle aimait, pour expliquer sa rougeur, elle se plaignit d'un affreux mal de tÃÂȘte. - Voilà comme sont toutes les femmes, lui répondit M. de RÃÂȘnal, avec un gros rire. Il y a toujours quelque chose à raccommoder à ces machines-là ! Quoique accoutumée à ce genre d'esprit, ce ton de voix choqua Mme de RÃÂȘnal. Pour se distraire, elle regarda la physionomie de Julien; il eût été l'homme le plus laid, que dans cet instant il lui eût plu. Attentif à copier les habitudes des gens de cour, dÚs les premiers beaux jours du printemps, M. de RÃÂȘnal s'établit à Vergy; c'est le village rendu célÚbre par l'aventure tragique de Gabrielle. A quelques centaines de pas des ruines si pittoresques de l'ancienne église gothique, M. de RÃÂȘnal possÚde un vieux chùteau avec ses quatre tours, et un jardin dessiné comme celui des Tuileries, avec force bordures de buis et allées de marronniers taillésdeux fois par an. Un champ voisin, planté de pommiers servait de promenade. Huit ou dix noyers magnifiques étaient au bout du verger; leur feuillage immense s'élevait peut-ÃÂȘtre à quatre-vingts pieds de hauteur. Chacun de ces maudits noyers, disait M. de RÃÂȘnal quand sa femme les admirait, me coûte la récolte d'un demi-arpent, le blé ne peut venir sous leur ombre. La vue de la campagne sembla nouvelle à Mme de RÃÂȘnal; son admiration allait jusqu'aux transports. Le sentiment dont elle était animée lui donnait de l'esprit et de la résolution. DÚs le surlendemain de l'arrivée à Vergy, M. de RÃÂȘnal étant retourné à la ville, pour les affaires de la mairie, Mme de RÃÂȘnal prit des ouvriers à ses frais. Julien lui avait donné l'idée d'un petit chemin sablé, qui circulerait dans le verger et sous les grands noyers, et permettrait aux enfants de se promener dÚs le matin, sans que leurs souliers fussent mouillés par la rosée. Cette idée fut mise à exécution moins de vingt-quatre heures aprÚs avoir été conçue. Mme de RÃÂȘnal passa toute la journée gaiement avec Julien à diriger les ouvriers. Lorsque le maire de VerriÚres revint de la ville, il fut bien surpris de trouver l'allée faite. Son arrivée surprit aussi Mme de RÃÂȘnal; elle avait oublié son existence. Pendant deux mois, il parla avec humeur de la hardiesse qu'on avait eue de faire, sans le consulter, une réparation aussi importante, mais Mme de RÃÂȘnal l'avait exécutée à ses frais, ce qui le consolait un peu. Elle passait ses journées à courir avec ses enfants dans le verger, et à faire la chasse aux papillons. On avait construit de grands capuchons de gaze claire, avec lesquels on prenait les pauvres lépidoptÚres . C'est le nom barbare que Julien apprenait à Mme de RÃÂȘnal. Car elle avait fait venir de Besançon le bel ouvrage de M. Godart; et Julien lui racontait les moeurs singuliÚres de ces pauvres bÃÂȘtes. On les piquait sans pitié avec des épingles dans un grand cadre de carton arrangé aussi par Julien. Il y eut enfin entre Mme de RÃÂȘnal et Julien un sujet de conversation, il ne fut plus exposé à l'affreux supplice que lui donnaient les moments de silence. Ils se parlaient sans cesse, et avec un intérÃÂȘt extrÃÂȘme, quoique toujours de choses fort innocentes. Cette vie active, occupée et gaie, était du goût de tout le monde, excepté de Mlle Elisa, qui se trouvait excédée de travail. Jamais dans le carnaval, disait-elle, quand il y a bal à VerriÚres, madame ne s'est donné tant de soins pour sa toilette; elle change de robes deux ou trois fois par jour. Comme notre intention est de ne flatter personne, nous ne nierons point que Mme de RÃÂȘnal, qui avait une peau superbe, ne se fÃt arranger des robes qui laissaient les bras et la poitrine fort découverts. Elle était trÚs bien faite, et cette maniÚre de se mettre lui allait à ravir. - Jamais vous n'avez été si jeune , madame, lui disaient ses amis de VerriÚres qui venaient dÃner à Vergy. C'est une façon de parler du pays. Une chose singuliÚre, qui trouvera peu de croyance parmi nous, c'était sans intention directe que Mme de RÃÂȘnal se livrait à tant de soins. Elle y trouvait du plaisir; et, sans y songer autrement, tout le temps qu'elle ne passait pas à la chasse aux papillons avec les enfants et Julien, elle travaillait avec Elisa à bùtir des robes. Sa seule course à VerriÚres fut causée par l'envie d'acheter de nouvelles robes d'été qu'on venait d'apporter de Mulhouse. Elle ramena à Vergy une jeune femme de ses parentes. Depuis son mariage, Mme de RÃÂȘnal s'était liée insensiblement avec Mme Derville qui autrefois avait été sa compagne au Sacré-Coeur . Mme Derville riait beaucoup de ce qu'elle appelait les idées folles de sa cousine seule, jamais je n'y penserais, disait-elle. Ces idées imprévues qu'on eût appelées saillies à Paris, Mme de RÃÂȘnal en avait honte comme d'une sottise, quand elle était avec son mari; mais la présence de Mme Derville lui donnait du courage. Elle lui disait d'abord ses pensées d'une voix timide; quand ces dames étaient longtemps seules, l'esprit de Mme de RÃÂȘnal s'animait, et une longue matinée solitaire passait comme un instant et laissait les deux amies fort gaies. A ce voyage la raisonnable Mme Derville trouva sa cousine beaucoup moins gaie et beaucoup plus heureuse. Julien, de son cÎté, avait vécu en véritable enfant depuis son séjour à la campagne, aussi heureux de courir à la suite des papillons que ses élÚves. AprÚs tant de contrainte et de politique habile, seul, loin des regards des hommes, et, par instinct, ne craignant point Mme de RÃÂȘnal, il se livrait au plaisir d'exister, si vif à cet ùge, et au milieu des plus belles montagnes du monde. DÚs l'arrivée de Mme Derville il sembla à Julien qu'elle était son amie; il se hùta de lui montrer le point de vue que l'on a de l'extrémité de la nouvelle allée sous les grands noyers; dans le fait, il est égal, si ce n'est supérieur à ce que la Suisse et les lacs d'Italie peuvent offrir de plus admirable. Si l'on monte la cÎte rapide qui commence à quelques pas de là , on arrive bientÎt à de grands précipices bordés par des bois de chÃÂȘnes, qui s'avancent presque jusque sur la riviÚre. C'est sur les sommets de ces rochers coupés à pic, que Julien, heureux, libre, et mÃÂȘme quelque chose de plus, roi de la maison, conduisait les deux amies, et jouissait de leur admiration pour ces aspects sublimes. - C'est pour moi comme de la musique de Mozart, disait Mme Derville. La jalousie de ses frÚres, la présence d'un pÚre despote et rempli d'humeur avaient gùté aux yeux de Julien les campagnes des environs de VerriÚres. A Vergy, il ne trouvait point de ces souvenirs amers; pour la premiÚre fois de sa vie, il ne voyait point d'ennemi. Quand M. de RÃÂȘnal était à la ville, ce qui arrivait souvent, il osait lire; bientÎt, au lieu de lire la nuit, et encore en ayant soin de cacher sa lampe au fond d'un vase à fleurs renversé, il put se livrer au sommeil; le jour, dans l'intervalle des leçons des enfants, il venait dans ces rochers avec le livre, unique rÚgle de sa conduite et objet de ses transports. Il y trouvait à la fois bonheur, extase et consolation dans les moments de découragement. Certaines choses que Napoléon dit des femmes, plusieurs discussions sur le mérite des romans à la mode sous son rÚgne lui donnÚrent alors, pour la premiÚre fois, quelques idées que tout autre jeune homme de son ùge aurait eues depuis longtemps. Les grandes chaleurs arrivÚrent. On prit l'habitude de passer les soirées sous un immense tilleul à quelques pas de la maison. L'obscurité y était profonde. Un soir, Julien parlait avec action, il jouissait avec délices du plaisir de bien parler et à des femmes jeunes; en gesticulant, il toucha la main de Mme de RÃÂȘnal qui était appuyée sur le dos d'une de ces chaises de bois peint que l'on place dans les jardins. Cette main se retira bien vite; mais Julien pensa qu'il était de son devoir d'obtenir que l'on ne retirùt pas cette main quand il la touchait. L'idée d'un devoir à accomplir, et d'un ridicule ou plutÎt d'un sentiment d'infériorité à encourir si l'on n'y parvenait pas, éloigna sur-le-champ tout plaisir de son coeur. CHAPITRE IX UNE SOIREE A LA CAMPAGNE La Didon de M. Guérin, esquisse charmante. STROMBECK. Ses regards, le lendemain, quand il revit Mme de RÃÂȘnal, étaient singuliers; il l'observait comme un ennemi avec lequel il va falloir se battre. Ces regards, si différents de ceux de la veille, firent perdre la tÃÂȘte à Mme de RÃÂȘnal elle avait été bonne pour lui, et il paraissait fùché. Elle ne pouvait détacher ses regards des siens. La présence de Mme Derville permettait à Julien de moins parler et de s'occuper davantage de ce qu'il avait dans la tÃÂȘte. Son unique affaire, toute cette journée, fut de se fortifier par la lecture du livre inspiré qui retrempait son ùme. Il abrégea beaucoup les leçons des enfants, et ensuite, quand la présence de Mme de RÃÂȘnal vint le rappeler tout à fait aux soins de sa gloire, il décida qu'il fallait absolument qu'elle permÃt ce soir-là que sa main restùt dans la sienne. Le soleil en baissant, et rapprochant le moment décisif, fit battre le coeur de Julien d'une façon singuliÚre. La nuit vint. Il observa, avec une joie qui lui Îta un poids immense de dessus la poitrine, qu'elle serait fort obscure. Le ciel chargé de gros nuages, promenés par un vent trÚs chaud, semblait annoncer une tempÃÂȘte. Les deux amies se promenÚrent fort tard. Tout ce qu'elles faisaient ce soir-là semblait singulier à Julien. Elles jouissaient de ce temps, qui, pour certaines ùmes délicates, semble augmenter le plaisir d'aimer. On s'assit enfin, Mme de RÃÂȘnal à cÎté de Julien, et Mme Derville prÚs de son amie. Préoccupé de ce qu'il allait tenter, Julien ne trouvait rien à dire. La conversation languissait. Serai-je aussi tremblant, et malheureux au premier duel qui me viendra? se dit Julien, car il avait trop de méfiance et de lui et des autres, pour ne pas voir l'état de son ùme. Dans sa mortelle angoisse, tous les dangers lui eussent semblé préférables. Que de fois ne désira-t-il pas voir survenir à Mme de RÃÂȘnal quelque affaire qui l'obligeùt de rentrer à la maison et de quitter le jardin! La violence que Julien était obligé de se faire était trop forte pour que sa voix ne fût pas profondément altérée; bientÎt la voix de Mme de RÃÂȘnal devint tremblante aussi, mais Julien ne s'en aperçut point. L'affreux combat que le devoir livrait à la timidité était trop pénible pour qu'il fût en état de rien observer hors lui-mÃÂȘme. Neuf heures trois quarts venaient de sonner à l'horloge du chùteau, sans qu'il eût encore rien osé. Julien, indigné de sa lùcheté, se dit Au moment précis oÃÂč dix heures sonneront, j'exécuterai ce que, pendant toute la journée; je me suis promis de faire ce soir, ou je monterai chez moi me brûler la cervelle. AprÚs un dernier moment d'attente et d'anxiété, pendant lequel l'excÚs de l'émotion mettait Julien comme hors de lui, dix heures sonnÚrent à l'horloge qui était au-dessus de sa tÃÂȘte. Chaque coup de cette cloche fatale retentissait dans sa poitrine, et y causait comme un mouvement physique. Enfin, comme le dernier coup de dix heures retentissait encore, il étendit la main et prit celle de Mme de RÃÂȘnal, qui la retira aussitÎt. Julien, sans trop savoir ce qu'il faisait, la saisit de nouveau. Quoique bien ému lui-mÃÂȘme, il fut frappé de la froideur glaciale de la main qu'il prenait; il la serrait avec une force convulsive; on fit un dernier effort pour la lui Îter, mais enfin cette main lui resta. Son ùme fut inondée de bonheur, non qu'il aimùt Mme de RÃÂȘnal, mais un affreux supplice venait de cesser. Pour que Mme Derville ne s'aperçût de rien, il se crut obligé de parler; sa voix alors était éclatante et forte. Celle de Mme de RÃÂȘnal, au contraire, trahissait tant d'émotion, que son amie la crut malade et lui proposa de rentrer. Julien sentit le danger si Mme de RÃÂȘnal rentre au salon, je vais retomber dans la position affreuse oÃÂč j'ai passé la journée. J'ai tenu cette main trop peu de temps pour que cela compte comme un avantage qui m'est acquis. Au moment oÃÂč Mme Derville renouvelait la proposition de rentrer au salon, Julien serra fortement la main qu'on lui abandonnait. Mme de RÃÂȘnal, qui se levait déjà , se rassit, en disant, d'une voix mourante - Je me sens, à la vérité, un peu malade, mais le grand air me fait du bien. Ces mots confirmÚrent le bonheur de Julien, qui, dans ce moment, était extrÃÂȘme il parla, il oublia de feindre, il parut l'homme le plus aimable aux deux amies qui l'écoutaient. Cependant il y avait encore un peu de manque de courage dans cette éloquence qui lui arrivait tout à coup. Il craignait mortellement que Mme Derville fatiguée du vent qui commençait à s'élever et qui précédait la tempÃÂȘte, ne voulût rentrer seule au salon. Alors il serait resté en tÃÂȘte-à -tÃÂȘte avec Mme de RÃÂȘnal. Il avait eu presque par hasard le courage aveugle qui suffit pour agir; mais il sentait qu'il était hors de sa puissance de dire le mot le plus simple à Mme de RÃÂȘnal. Quelque légers que fussent ses reproches, il allait ÃÂȘtre battu, et l'avantage qu'il venait d'obtenir, anéanti. Heureusement pour lui, ce soir-là , ses discours touchants et emphatiques trouvÚrent grùce devant Mme Derville, qui trÚs souvent le trouvait gauche comme un enfant, et peu amusant. Pour Mme de RÃÂȘnal la main dans celle de Julien, elle ne pensait à rien; elle se laissait vivre. Les heures qu'on passa sous ce grand tilleul, que la tradition du pays dit planté par Charles le Téméraire, furent pour elle une époque de bonheur. Elle écoutait avec délices les gémissements du vent dans l'épais feuillage du tilleul, et le bruit de quelques gouttes rares qui commençaient à tomber sur ses feuilles les plus basses. Julien ne remarqua pas une circonstance qui l'eût bien rassuré; Mme de RÃÂȘnal, qui avait été obligée de lui Îter sa main, parce qu'elle se leva pour aider sa cousine à relever un vase de fleurs que le vent venait de renverser à leurs pieds, fut à peine assise de nouveau, qu'elle lui rendit sa main presque sans difficulté, et comme si déjà c'eût été entre eux une chose convenue. Minuit était sonné depuis longtemps; il fallut enfin quitter le jardin on se sépara. Mme de RÃÂȘnal, transportée du bonheur d'aimer, était tellement ignorante, qu'elle ne se faisait aucun reproche. Le bonheur lui Îtait le sommeil. Un sommeil de plomb s'empara de Julien, mortellement fatigué des combats que toute la journée la timidité et l'orgueil s'étaient livrés dans son coeur. Le lendemain on le réveilla à cinq heures; et, ce qui eût été cruel pour Mme de RÃÂȘnal, si elle l'eût su, à peine lui donna-t-il une pensée. Il avait fait son devoir, et un devoir héroïque . Rempli de bonheur par ce sentiment, il s'enferma à clef dans sa chambre, et se livra avec un plaisir tout nouveau à la lecture des exploits de son héros. Quand la cloche du déjeuner se fit entendre, il avait oublié, en lisant les bulletins de la Grande Armée, tous ses avantages de la veille. Il se dit, d'un ton léger, en descendant au salon il faut dire à cette femme que je l'aime. Au lieu de ces regards chargés de volupté, qu'il s'attendait à rencontrer, il trouva la figure sévÚre de M. de RÃÂȘnal, qui, arrivé depuis deux heures de VerriÚres, ne cachait point son mécontentement de ce que Julien passait toute la matinée sans s'occuper des enfants. Rien n'était laid comme cet homme important, ayant de l'humeur et croyant pouvoir la montrer. Chaque mot aigre de son mari perçait le coeur de Mme de RÃÂȘnal. Quant à Julien, il était tellement plongé dans l'extase, encore si occupé des grandes choses qui, pendant plusieurs heures, venaient de passer devant ses yeux, qu'à peine d'abord put-il rabaisser son attention jusqu'à écouter les propos durs que lui adressait M. de RÃÂȘnal. Il lui dit enfin, assez brusquement - J'étais malade. Le ton de cette réponse eût piqué un homme beaucoup moins susceptible que le maire de VerriÚres, il eut quelque idée de répondre à Julien en le chassant à l'instant. Il ne fut retenu que par la maxime qu'il s'était faite de ne jamais trop se hùter en affaires. Ce jeune sot, se dit-il bientÎt, s'est fait une sorte de réputation dans ma maison, le Valenod peut le prendre chez lui, ou bien il épousera Elisa, et dans les deux cas, au fond du coeur, il pourra se moquer de moi. Malgré la sagesse de ses réflexions, le mécontentement de M. de RÃÂȘnal n'en éclata pas moins par une suite de mots grossiers qui peu à peu irritÚrent Julien. Mme de RÃÂȘnal était sur le point de fondre en larmes. A peine le déjeuner fut-il fini, qu'elle demanda à Julien de lui donner le bras pour la promenade, elle s'appuyait sur lui avec amitié. A tout ce que Mme de RÃÂȘnal lui disait, Julien ne pouvait que répondre à demi-voix - Voilà bien les gens riches! M. de RÃÂȘnal marchait tout prÚs d'eux; sa présence augmentait la colÚre de Julien. Il s'aperçut tout à coup que Mme de RÃÂȘnal s'appuyait sur son bras d'une façon marquée; ce mouvement lui fit horreur, il la repoussa avec violence et dégagea son bras. Heureusement M. de RÃÂȘnal ne vit point cette nouvelle impertinence, elle ne fut remarquée que de Mme Derville, son amie fondait en larmes. En ce moment M. de RÃÂȘnal se mit à poursuivre à coups de pierres une petite paysanne qui avait pris un sentier abusif, et traversait un coin du verger. - Monsieur Julien, de grùce, modérez-vous; songez que nous avons tous des moments d'humeur, dit rapidement Mme Derville. Julien la regarda froidement avec des yeux oÃÂč se peignait le plus souverain mépris. Ce regard étonna Mme Derville, et l'eût surprise bien davantage si elle en eût deviné la véritable expression; elle y eût lu comme un espoir vague de la plus atroce vengeance. Ce sont sans doute de tels moments d'humiliation qui ont fait les Robespierre. - Votre Julien est bien violent, il m'effraie, dit tout bas Mme Derville à son amie. - Il a raison d'ÃÂȘtre en colÚre, lui répondit celle-ci. AprÚs les progrÚs étonnants qu'il a fait faire aux enfants, qu'importe qu'il passe une matinée sans leur parler; il faut convenir que les hommes sont bien durs. Pour la premiÚre fois de sa vie, Mme de RÃÂȘnal sentit une sorte de désir de vengeance contre son mari. La haine extrÃÂȘme qui animait Julien contre les riches allait éclater. Heureusement M. de RÃÂȘnal appela son jardinier, et resta occupé avec lui à barrer, avec des fagots d'épines, le sentier abusif à travers le verger. Julien ne répondit pas un seul mot aux prévenances dont pendant tout le reste de la promenade il fut l'objet. A peine M. de RÃÂȘnal s'était-il éloigné, que les deux amies, se prétendant fatiguées, lui avaient demandé chacune un bras. Entre ces deux femmes dont un trouble extrÃÂȘme couvrait les joues de rougeur et d'embarras, la pùleur hautaine, l'air sombre et décidé de Julien formait un étrange contraste. Il méprisait ces femmes, et tous les sentiments tendres. Quoi! se disait-il, pas mÃÂȘme cinq cents francs de rente pour terminer mes études! Ah! comme je l'enverrais promener! Absorbé par ces idées sévÚres, le peu qu'il daignait comprendre des mots obligeants des deux amies lui déplaisait comme vide de sens, niais, faible, en un mot féminin . A force de parler pour parler, et de chercher à maintenir la conversation vivante, il arriva à Mme de RÃÂȘnal de dire que son mari était venu de VerriÚres parce qu'il avait fait marché, pour de la paille de maïs, avec un de ses fermiers. Dans ce pays, c'est avec de la paille de maïs que l'on remplit les paillasses des lits. - Mon mari ne nous rejoindra pas, ajouta Mme de RÃÂȘnal; avec le jardinier et son valet de chambre, il va s'occuper d'achever le renouvellement des paillasses de la maison. Ce matin il a mis de la paille de maïs dans tous les lits du premier étage, maintenant il est au second. Julien changea de couleur; il regarda Mme de RÃÂȘnal d'un air singulier, et bientÎt la prit à part en quelque sorte en doublant le pas. Mme Derville les laissa s'éloigner. - Sauvez-moi la vie, dit Julien à Mme de RÃÂȘnal, vous seule le pouvez; car vous savez que le valet de chambre me hait à la mort. Je dois vous avouer, madame, que j'ai un portrait; je l'ai caché dans la paillasse de mon lit. A ce mot Mme de RÃÂȘnal devint pùle à son tour. - Vous seule, madame, pouvez dans ce moment entrer dans ma chambre; fouillez, sans qu'il y paraisse, dans l'angle de la paillasse qui est le plus rapproché de la fenÃÂȘtre, vous y trouverez une petite boÃte de carton noir et lisse. - Elle renferme un portrait! dit Mme de RÃÂȘnal pouvant à peine se tenir debout. Son air de découragement fut aperçu de Julien, qui aussitÎt en profita. - J'ai une seconde grùce à vous demander, madame, je vous supplie de ne pas regarder ce portrait, c'est mon secret. - C'est un secret, répéta Mme de RÃÂȘnal, d'une voix éteinte. Mais, quoique élevée parmi des gens fiers de leur fortune, et sensibles au seul intérÃÂȘt d'argent, l'amour avait déjà mis de la générosité dans cette ùme. Cruellement blessée, ce fut avec l'air du dévouement le plus simple que Mme de RÃÂȘnal fit à Julien les questions nécessaires pour pouvoir bien s'acquitter de sa commission. - Ainsi, lui dit-elle en s'éloignant, une petite boÃte ronde, de carton noir, bien lisse. - Oui, madame, répondit Julien de cet air dur que le danger donne aux hommes. Elle monta au second étage du chùteau, pùle comme si elle fût allée à la mort. Pour comble de misÚre elle sentit qu'elle était sur le point de se trouver mal; mais la nécessité de rendre service à Julien lui rendit des forces. - Il faut que j'aie cette boÃte, se dit-elle en doublant le pas. Elle entendit son mari parler au valet de chambre, dans la chambre mÃÂȘme de Julien. Heureusement ils passÚrent dans celle des enfants. Elle souleva le matelas et plongea la main dans la paillasse avec une telle violence qu'elle s'écorcha les doigts. Mais quoique fort sensible aux petites douleurs de ce genre, elle n'eut pas la conscience de celle-ci, car presque en mÃÂȘme temps elle sentit le poli de la boÃte de carton. Elle la saisit et disparut. A peine fut-elle délivrée de la crainte d'ÃÂȘtre surprise par son mari, que l'horreur que lui causait cette boÃte fut sur le point de la faire décidément se trouver mal. Julien est donc amoureux, et je tiens là le portrait de la femme qu'il aime! Assise sur une chaise dans l'antichambre de cet appartement, Mme de RÃÂȘnal était en proie à toutes les horreurs de la jalousie. Son extrÃÂȘme ignorance lui fut encore utile en ce moment, l'étonnement tempérait la douleur. Julien parut, saisit la boÃte, sans remercier, sans rien dire, et courut dans sa chambre oÃÂč il fit du feu, et la brûla à l'instant. Il était pùle, anéanti, il s'exagérait l'étendue du danger qu'il venait de courir. Le portrait de Napoléon, se disait-il en hochant la tÃÂȘte, trouvé caché chez un homme qui fait profession d'une telle haine pour l'usurpateur! trouvé par M. de RÃÂȘnal, tellement ultra et tellement irrité! et pour comble d'imprudence, sur le carton blanc derriÚre le portrait, des lignes écrites de ma main! et qui ne peuvent laisser aucun doute sur l'excÚs de mon admiration! et chacun de ces transports d'amour est daté! il y en a d'avant-hier. Toute ma réputation tombée, anéantie en un moment! se disait Julien, en voyant brûler la boÃte, et ma réputation est tout mon bien, je ne vis que par elle... et encore, quelle vie, grand Dieu! Une heure aprÚs, la fatigue et la pitié qu'il sentait pour lui-mÃÂȘme le disposaient à l'attendrissement. Il rencontra Mme de RÃÂȘnal et prit sa main qu'il baisa avec plus de sincérité qu'il n'avait jamais fait. Elle rougit de bonheur, et, presque au mÃÂȘme instant, repoussa Julien avec la colÚre de la jalousie. La fierté de Julien, si récemment blessée, en fit un sot dans ce moment. Il ne vit en Mme de RÃÂȘnal qu'une femme riche, il laissa tomber sa main avec dédain, et s'éloigna. Il alla se promener pensif dans le jardin, bientÎt un sourire amer parut sur ses lÚvres. - Je me promÚne là , tranquille comme un homme maÃtre de son temps! Je ne m'occupe pas des enfants! je m'expose aux mots humiliants de M. de RÃÂȘnal, et il aura raison. Il courut à la chambre des enfants. Les caresses du plus jeune, qu'il aimait beaucoup, calmÚrent un peu sa cuisante douleur. Celui-là ne me méprise pas encore, pensa Julien. Mais bientÎt il se reprocha cette diminution de douleur comme une nouvelle faiblesse. Ces enfants me caressent comme ils caresseraient le jeune chien de chasse que l'on a acheté hier. CHAPITRE X UN GRAND COEUR ET UNE PETITE FORTUNE But passion most dissembles, yet betrays, Even by its darkness; as the blackest sky Foretells the heaviest tempest. Don Juan, C. I, st. 73. M. de RÃÂȘnal, qui suivait toutes les chambres du chùteau, revint dans celle des enfants avec les domestiques qui rapportaient les paillasses. L'entrée soudaine de cet homme fut pour Julien la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Plus pùle, plus sombre qu'à l'ordinaire, il s'élança vers lui. M. de RÃÂȘnal s'arrÃÂȘta et regarda ses domestiques. - Monsieur, lui dit Julien, croyez-vous qu'avec tout autre précepteur, vos enfants eussent fait les mÃÂȘmes progrÚs qu'avec moi? Si vous répondez que non, continua Julien sans laisser à M. de RÃÂȘnal le temps de parler, comment osez-vous m'adresser le reproche que je les néglige? M. de RÃÂȘnal, à peine remis de sa peur, conclut du ton étrange qu'il voyait prendre à ce petit paysan, qu'il avait en poche quelque proposition avantageuse et qu'il allait le quitter. La colÚre de Julien, s'augmentant à mesure qu'il parlait - Je puis vivre sans vous, monsieur, ajouta-t-il. - Je suis vraiment fùché de vous voir si agité, répondit M. de RÃÂȘnal en balbutiant un peu. Les domestiques étaient à dix pas, occupés à arranger les lits. - Ce n'est pas ce qu'il me faut, monsieur, reprit Julien hors de lui; songez à l'infamie des paroles que vous m'avez adressées, et devant des femmes encore! M. de RÃÂȘnal ne comprenait que trop ce que demandait Julien, et un pénible combat déchirait son ùme. Il arriva que Julien, effectivement fou de colÚre, s'écria - Je sais oÃÂč aller, monsieur, en sortant de chez vous. A ce mot, M. de RÃÂȘnal vit Julien installé chez M. Valenod. - Eh bien! monsieur, lui dit-il enfin avec un soupir et de l'air dont il eût appelé le chirurgien pour l'opération la plus douloureuse, j'accÚde à votre demande. A compter d'aprÚs-demain, qui est le premier du mois, je vous donne cinquante francs par mois. Julien eut envie de rire et resta stupéfait toute sa colÚre avait disparu. Je ne méprisais pas assez l'animal, se dit-il. Voilà sans doute la plus grande excuse que puisse faire une ùme aussi basse. Les enfants, qui écoutaient cette scÚne bouche béante, coururent au jardin dire à leur mÚre que M. Julien était bien en colÚre, mais qu'il allait avoir cinquante francs par mois. Julien les suivit par habitude, sans mÃÂȘme regarder M. de RÃÂȘnal, qu'il laissa profondément irrité. Voilà cent soixante-huit francs, se disait le maire, que me coûte M. Valenod. Il faut absolument que je lui dise deux mots fermes sur son entreprise des fournitures pour les enfants trouvés. Un instant aprÚs, Julien se retrouva vis-à -vis de M. de RÃÂȘnal - J'ai à parler de ma conscience à M. Chélan; j'ai l'honneur de vous prévenir que je serai absent quelques heures. - Eh, mon cher Julien! dit M. de RÃÂȘnal, en riant de l'air le plus faux, toute la journée, si vous voulez, toute celle de demain, mon bon ami. Prenez le cheval du jardinier pour aller à VerriÚres. Le voilà , se dit M. de RÃÂȘnal, qui va rendre réponse à Valenod, il ne m'a rien promis, mais il faut laisser se refroidir cette tÃÂȘte de jeune homme. Julien s'échappa rapidement et monta dans les grands bois par lesquels on peut aller de Vergy à VerriÚres. Il ne voulait point arriver sitÎt chez M. Chélan. Loin de désirer s'astreindre à une nouvelle scÚne d'hypocrisie, il avait besoin d'y voir clair dans son ùme, et de donner audience à la foule de sentiments qui l'agitaient. J'ai gagné une bataille, se dit-il aussitÎt qu'il se vit dans les bois et loin du regard des hommes, j'ai donc gagné une bataille! Ce mot lui peignait en beau toute sa position, et rendit à son ùme quelque tranquillité. Me voilà avec cinquante francs d'appointements par mois, il faut que M. de RÃÂȘnal ait eu une belle peur. Mais de quoi? Cette méditation sur ce qui avait pu faire peur à l'homme heureux et puissant contre lequel, une heure auparavant, il était bouillant de colÚre, acheva de rasséréner l'ùme de Julien. Il fut presque sensible un moment à la beauté ravissante des bois au milieu desquels il marchait. D'énormes quartiers de roches nues étaient tombés jadis au milieu de la forÃÂȘt du cÎté de la montagne. De grands hÃÂȘtres s'élevaient presque aussi haut que ces rochers dont l'ombre donnait une fraÃcheur délicieuse à trois pas des endroits oÃÂč la chaleur des rayons du soleil eût rendu impossible de s'arrÃÂȘter. Julien prenait haleine un instant à l'ombre de ces grandes roches, et puis se remettait à monter. BientÎt par un étroit sentier à peine marqué et qui sert seulement aux gardiens des chÚvres, il se trouva debout sur un roc immense et bien sûr d'ÃÂȘtre séparé de tous les hommes. Cette position physique le fit sourire, elle lui peignait la position qu'il brûlait d'atteindre au moral. L'air pur de ces montagnes élevées communiqua la sérénité et mÃÂȘme la joie à son ùme. Le maire de VerriÚres était bien toujours, à ses yeux, le représentant de tous les riches et de tous les insolents de la terre; mais Julien sentait que la haine qui venait de l'agiter, malgré la violence de ses mouvements, n'avait rien de personnel. S'il eût cessé de voir M. de RÃÂȘnal, en huit jours il l'eût oublié, lui, son chùteau, ses chiens, ses enfants et toute sa famille. Je l'ai forcé, je ne sais comment, à faire le plus grand sacrifice. Quoi! plus de cinquante écus par an! un instant auparavant je m'étais tiré du plus grand danger. Voilà deux victoires en un jour; la seconde est sans mérite, il faudrait en deviner le comment. Mais à demain les pénibles recherches. Julien, debout sur son grand rocher, regardait le ciel, embrasé par un soleil d'août. Les cigales chantaient dans le champ au-dessous du rocher, quand elles se taisaient tout était silence autour de lui. Il voyait à ses pieds vingt lieues de pays. Quelque épervier parti des grandes roches au-dessus de sa tÃÂȘte était aperçu par lui, de temps à autre, décrivant en silence ses cercles immenses. L'oeil de Julien suivait machinalement l'oiseau de proie. Ses mouvements tranquilles et puissants le frappaient, il enviait cette force, il enviait cet isolement. C'était la destinée de Napoléon, serait-ce un jour la sienne? CHAPITRE XI UNE SOIREE Yet Julia's very coldness still was kind, And tremulously gentle her small hand Withdrew itself from his, but left behind A little pressure, thrilling, and so bland And slight, so very slight that to the mind. 'Twas but a doubt. Don Juan C. I. st. 71. Il fallut pourtant paraÃtre à VerriÚres. En sortant du presbytÚre, un heureux hasard fit que Julien rencontra M. Valenod auquel il se hùta de raconter l'augmentation de ses appointements. De retour à Vergy, Julien ne descendit au jardin que lorsqu'il fut nuit close. Son ùme était fatiguée de ce grand nombre d'émotions puissantes qui l'avaient agité dans cette journée. Que leur dirai-je? pensait-il avec inquiétude, en songeant aux dames. Il était loin de voir que son ùme était précisément au niveau des petites circonstances qui occupent ordinairement tout l'intérÃÂȘt des femmes. Souvent Julien était inintelligible pour Mme Derville et mÃÂȘme pour son amie, et à son tour ne comprenait qu'à demi tout ce qu'elles lui disaient. Tel était l'effet de la force, et, si j'ose parler ainsi, de la grandeur des mouvements de passion qui bouleversaient l'ùme de ce jeune ambitieux. Chez cet ÃÂȘtre singulier, c'était presque tous les jours tempÃÂȘte. En entrant ce soir-là au jardin, Julien était disposé à s'occuper des idées des jolies cousines. Elles l'attendaient avec impatience. Il prit sa place ordinaire, à cÎté de Mme de Rénal. L'obscurité devint bientÎt profonde. Il voulut prendre une main blanche que depuis longtemps il voyait prÚs de lui, appuyée sur le dos d'une chaise. On hésita un peu, mais on finit par la lui retirer d'une façon qui marquait de l'humeur. Julien était disposé à se le tenir pour dit, et à continuer gaiement la conversation, quand il entendit M. de RÃÂȘnal qui s'approchait. Julien avait encore dans l'oreille les paroles grossiÚres du serait-ce pas, se dit-il, une façon de se moquer de cet ÃÂȘtre, si comblé de tous les avantages de la fortune, que de prendre possession de la main de sa femme, précisément en sa présence? Oui je le ferai, moi pour qui il a témoigné tant de mépris. De ce moment, la tranquillité si peu naturelle au caractÚre de Julien, s'éloigna bien vite; il désira avec anxiété, et sans pouvoir songer à rien autre chose, que Mme de RÃÂȘnal voulût bien lui laisser sa main. M. de RÃÂȘnal parlait politique avec colÚre deux ou trois industriels de VerriÚres devenaient décidément plus riches que lui, et voulaient le contrarier dans les élections. Mme Derville l'écoutait. Julien, irrité de ces discours, approcha sa chaise de celle de Mme de RÃÂȘnal. L'obscurité cachait tous les mouvements. Il osa placer sa main trÚs prÚs du joli bras que la robe laissait à découvert. Il fut troublé, sa pensée ne fut plus à lui, il approcha sa joue de ce joli bras, il osa y appliquer ses lÚvres. Mme de RÃÂȘnal frémit. Son mari était à quatre pas, elle se hùta de donner sa main à Julien, et en mÃÂȘme temps de le repousser un peu. Comme M. de RÃÂȘnal continuait ses injures contre les gens de rien et les jacobins qui s'enrichissent, Julien couvrait la main qu'on lui avait laissée de baisers passionnés ou du moins qui semblaient tels à Mme de RÃÂȘnal. Cependant la pauvre femme avait eu la preuve, dans cette journée fatale, que l'homme qu'elle adorait sans se l'avouer aimait ailleurs! Pendant toute l'absence de Julien, elle avait été en proie à un malheur extrÃÂȘme qui l'avait fait réfléchir. Quoi! j'aimerais, se disait-elle, j'aurais de l'amour! Moi, femme mariée, je serais amoureuse! Mais, se disait-elle, je n'ai jamais éprouvé pour mon mari cette sombre folie, qui fait que je ne puis détacher ma pensée de Julien. Au fond ce n'est qu'un enfant plein de respect pour moi! Cette folie sera passagÚre. Qu'importe à mon mari les sentiments que je puis avoir pour ce jeune homme? M. de RÃÂȘnal serait ennuyé des conversations que j'ai avec Julien, sur des choses d'imagination. Lui, il pense à ses affaires. Je ne lui enlÚve rien pour le donner à Julien. Aucune hypocrisie ne venait altérer la pureté de cette ùme naïve, égarée par une passion qu'elle n'avait jamais éprouvée. Elle était trompée, mais à son insu, et cependant un instinct de vertu était effrayé. Tels étaient les combats qui l'agitaient quand Julien parut au jardin. Elle l'entendit parler, presque au mÃÂȘme instant elle le vit s'asseoir à ses cÎtés. Son ùme fut comme enlevée par ce bonheur charmant qui depuis quinze jours l'étonnait plus encore qu'il ne la séduisait. Tout était imprévu pour elle. Cependant, aprÚs quelques instants, il suffit donc, se dit-elle, de la présence de Julien pour effacer tous ses torts? Elle fut effrayée; ce fut alors qu'elle lui Îta sa main. Les baisers remplis de passion, et tels que jamais elle n'en avait reçu de pareils, lui firent tout à coup oublier que peut-ÃÂȘtre il aimait une autre femme. BientÎt il ne fut plus coupable à ses yeux. La cessation de la douleur poignante, fille du soupçon, la présence d'un bonheur que jamais elle n'avait mÃÂȘme rÃÂȘvé, lui donnÚrent des transports d'amour et de folle gaieté. Cette soirée fut charmante pour tout le monde, excepté pour le maire de VerriÚres qui ne pouvait oublier ses industriels enrichis. Julien ne pensait plus à sa noire ambition, ni à ses projets si difficiles à exécuter. Pour la premiÚre fois de sa vie, il était entraÃné par le pouvoir de la beauté. Perdu dans une rÃÂȘverie vague et douce, si étrangÚre à son caractÚre, pressant doucement cette main qui lui plaisait comme parfaitement jolie il écoutait à demi le mouvement des feuilles du tilleul agitées par ce léger vent de la nuit, et les chiens du moulin du Doubs qui aboyaient dans le lointain. Mais cette émotion était un plaisir et non une passion. En rentrant dans sa chambre, il ne songea qu'à un bonheur, celui de reprendre son livre favori; à vingt ans, l'idée du monde et de l'effet à y produire l'emporte sur tout. BientÎt cependant il posa le livre. A force de songer aux victoires de Napoléon, il avait vu quelque chose de nouveau dans la sienne. Oui, j'ai gagné une bataille, se dit-il, mais il faut en profiter, il faut écraser l'orgueil de ce fier gentilhomme pendant qu'il est en retraite. C'est là Napoléon tout pur. Il faut que je demande un congé de trois jours pour aller voir mon ami Fouqué. S'il me le refuse, je lui mets encore le marché à la main, mais il cédera. Mme de RÃÂȘnal ne put fermer l'oeil. Il lui semblait n'avoir pas vécu jusqu'à ce moment. Elle ne pouvait distraire sa pensée du bonheur de sentir Julien couvrir sa main de baisers enflammés. Tout à coup l'affreuse parole adultÚre, lui apparut. Tout ce que la plus vile débauche peut imprimer de dégoûtant à l'idée de l'amour des sens se présenta en foule à son imagination. Ces idées voulaient tùcher de ternir l'image tendre et divine qu'elle se faisait de Julien et du bonheur de l'aimer. L'avenir se peignait sous des couleurs terribles. Elle se voyait méprisable. Ce moment fut affreux; son ùme arrivait dans des pays inconnus. La veille elle avait goûté un bonheur inéprouvé; maintenant elle se trouvait tout à coup plongée dans un malheur atroce. Elle n'avait aucune idée de telles souffrances, elles troublÚrent sa raison. Elle eut un instant la pensée d'avouer à son mari qu'elle craignait d'aimer Julien. C'eût été parler de lui. Heureusement elle rencontra dans sa mémoire un précepte donné jadis par sa tante, la veille de son mariage. Il s'agissait du danger des confidences faites à un mari, qui aprÚs tout est un maÃtre. Dans l'excÚs de sa douleur, elle se tordait les mains. Elle était entraÃnée au hasard par des images contradictoires et douloureuses. TantÎt elle craignait de n'ÃÂȘtre pas aimée, tantÎt l'affreuse idée du crime la torturait comme si le lendemain elle eût dû ÃÂȘtre exposée au pilori sur la place publique de VerriÚres, avec un écriteau expliquant son adultÚre à la populace. Mme de RÃÂȘnal n'avait aucune expérience de la vie; mÃÂȘme pleinement éveillée et dans l'exercice de toute sa raison, elle n'eût aperçu aucun intervalle entre ÃÂȘtre coupable aux yeux de Dieu et se trouver accablée en public des marques les plus bruyantes du mépris général. Quand l'affreuse idée de l'adultÚre et de toute l'ignominie que, dans son opinion, ce crime entraÃne à sa suite, lui laissait quelque repos, et qu'elle venait à songer à la douceur de vivre avec Julien innocemment, et comme par le passé, elle se trouvait jetée dans l'idée horrible que Julien aimait une autre femme. Elle voyait encore sa pùleur quand il avait craint de perdre son portrait, ou de la compromettre en le laissant voir. Pour la premiÚre fois, elle avait surpris la crainte sur cette physionomie si tranquille et si noble. Jamais il ne s'était montré ému ainsi pour elle ou pour ses enfants. Ce surcroÃt de douleur arriva à toute l'intensité de malheur qu'il est donné à l'ùme humaine de pouvoir supporter. Sans s'en douter, Mme de RÃÂȘnal jeta des cris qui réveillÚrent sa femme de chambre. Tout à coup elle vit paraÃtre auprÚs de son lit la clarté d'une lumiÚre, et reconnut Elisa. - Est-ce vous qu'il aime? s'écria-t-elle dans sa folie. La femme de chambre, étonnée du trouble affreux dans lequel elle surprenait sa maÃtresse, ne fit heureusement aucune attention à ce mot singulier. Mme de RÃÂȘnal sentit son imprudence - J'ai la fiÚvre, lui dit-elle, et, je crois, un peu de délire, restez auprÚs de moi. Tout à fait réveillée par la nécessité de se contraindre elle se trouva moins malheureuse; la raison reprit l'empire que l'état de demi-sommeil lui avait Îté. Pour se délivrer du regard fixe de sa femme de chambre, elle lui ordonna de lire le journal, et ce fut au bruit monotone de la voix de cette fille, lisant un long article de La Quotidienne , que Mme de RÃÂȘnal prit la résolution vertueuse de traiter Julien avec une froideur parfaite quand elle le reverrait. CHAPITRE XII UN VOYAGE On trouve à Paris des gens élégants, il peut y avoir en province des gens à caractÚre . SIEYES. Le lendemain, dÚs cinq heures, avant que Mme de RÃÂȘnal fût visible, Julien avait obtenu de son mari un congé de trois jours. Contre son attente, Julien se trouva le désir de la revoir, il songeait à sa main si jolie. Il descendit au jardin, Mme de RÃÂȘnal se fit longtemps attendre. Mais si Julien l'eût aimée, il l'eût aperçue derriÚre les persiennes à demi fermées du premier étage, le front appuyé contre la vitre. Elle le regardait. Enfin, malgré ses résolutions, elle se détermina à paraÃtre au jardin. Sa pùleur habituelle avait fait place aux plus vives couleurs. Cette femme si naïve était évidemment agitée un sentiment de contrainte et mÃÂȘme de colÚre altérait cette expression de sérénité profonde et comme au-dessus de tous les vulgaires intérÃÂȘts de la vie, qui donnait tant de charmes à cette figure céleste. Julien s'approcha d'elle avec empressement; il admirait ces bras si beaux qu'un chùle jeté à la hùte laissait apercevoir. La fraÃcheur de l'air du matin semblait augmenter encore l'éclat d'un teint que l'agitation de la nuit ne rendait que plus sensible à toutes les impressions. Cette beauté modeste et touchante, et cependant pleine de pensées que l'on ne trouve point dans les classes inférieures, semblait révéler à Julien une faculté de son ùme qu'il n'avait jamais sentie. Tout entier à l'admiration des charmes que surprenait son regard avide, Julien ne songeait nullement à l'accueil amical qu'il s'attendait à recevoir. Il fut d'autant plus étonné de la froideur glaciale qu'on cherchait à lui montrer, et à travers laquelle il crut mÃÂȘme distinguer l'intention de le remettre à sa place. Le sourire du plaisir expira sur ses lÚvres; il se souvint du rang qu'il occupait dans la société, et surtout aux yeux d'une noble et riche héritiÚre. En un moment il n'y eut plus sur sa physionomie que de la hauteur et de la colÚre contre lui-mÃÂȘme. Il éprouvait un violent dépit d'avoir pu retarder son départ de plus d'une heure pour recevoir un accueil aussi humiliant. Il n'y a qu'un sot, se dit-il, qui soit en colÚre contre les autres une pierre tombe parce qu'elle est pesante. Serai-je toujours un enfant? quand donc aurai-je contracté la bonne habitude de donner de mon ùme à ces gens-là juste pour leur argent? Si je veux ÃÂȘtre estimé et d'eux et de moi-mÃÂȘme, il faut leur montrer que c'est ma pauvreté qui est en commerce avec leur richesse, mais que mon coeur est à mille lieues de leur insolence, et placé dans une sphÚre trop haute pour ÃÂȘtre atteint par leurs petites marques de dédain ou de faveur. Pendant que ces sentiments se pressaient en foule dans l'ùme du jeune précepteur, sa physionomie mobile prenait l'expression de l'orgueil souffrant et de la férocité. Mme de RÃÂȘnal en fut toute troublée. La froideur vertueuse qu'elle avait voulu donner à son accueil fit place à l'expression de l'intérÃÂȘt, et d'un intérÃÂȘt animé par toute la surprise du changement subit qu'elle venait de voir. Les paroles vaines que l'on s'adresse le matin sur la santé, sur la beauté de la journée, tarirent à la fois chez tous les deux. Julien, dont le jugement n'était troublé par aucune passion, trouva bien vite un moyen de marquer à Mme de RÃÂȘnal combien peu il se croyait avec elle dans des rapports d'amitié; il ne lui dit rien du petit voyage qu'il allait entreprendre, la salua et partit. Comme elle le regardait aller, atterrée de la hauteur sombre qu'elle lisait dans ce regard si aimable la veille, son fils aÃné, qui accourait du fond du jardin, lui dit en l'embrassant - Nous avons congé, M. Julien s'en va pour un voyage. A ce mot, Mme de RÃÂȘnal se sentit saisie d'un froid mortel; elle était malheureuse par sa vertu, et plus malheureuse encore par sa faiblesse. Ce nouvel événement vint occuper toute son imagination; elle fut emportée bien au-delà des sages résolutions qu'elle devait à la nuit terrible qu'elle venait de passer. Il n'était plus question de résister à cet amant si aimable, mais de le perdre à jamais. Il fallut assister au déjeuner. Pour comble de douleur, M. de RÃÂȘnal et Mme Derville ne parlÚrent que du départ de Julien. Le maire de VerriÚres avait remarqué quelque chose d'insolite dans le ton ferme avec lequel il avait demandé un congé. - Ce petit paysan a sans doute en poche des propositions de quelqu'un. Mais ce quelqu'un, fût-ce M. Valenod, doit ÃÂȘtre un peu découragé par la somme de 600 francs, à laquelle maintenant il faut porter le déboursé annuel. Hier, à VerriÚres, on aura demandé un délai de trois jours pour réfléchir; et ce matin, afin de n'ÃÂȘtre pas obligé à me donner une réponse, le petit monsieur part pour la montagne. Etre obligé de compter avec un misérable ouvrier qui fait l'insolent, voilà pourtant oÃÂč nous sommes arrivés! Puisque mon mari, qui ignore combien profondément il a blessé Julien, pense qu'il nous quittera, que dois-je croire moi-mÃÂȘme? se dit Mme de RÃÂȘnal. Ah! tout est décidé! Afin de pouvoir du moins pleurer en liberté, et ne pas répondre aux questions de Mme Derville, elle parla d'un mal de tÃÂȘte affreux, et se mit au lit. - Voilà ce que c'est que les femmes, répéta M. de RÃÂȘnal, il y a toujours quelque chose de dérangé à ces machines compliquées. Et il s'en alla goguenard. Pendant que Mme de RÃÂȘnal était en proie à ce qu'a de plus cruel la passion terrible dans laquelle le hasard l'avait engagée, Julien poursuivait son chemin gaiement au milieu des plus beaux aspects que puissent présenter les scÚnes de montagnes. Il fallait traverser la grande chaÃne au nord de Vergy. Le sentier qu'il suivait, s'élevant peu à peu parmi de grands bois de hÃÂȘtres, forme des zigzags infinis sur la pente de la haute montagne qui dessine au nord la vallée du Doubs. BientÎt les regards du voyageur, passant par-dessus les coteaux moins élevés qui contiennent le cours du Doubs vers le midi, s'étendirent jusqu'aux plaines fertiles de la Bourgogne et du Beaujolais. Quelque insensible que l'ùme de ce jeune ambitieux fût à ce genre de beauté, il ne pouvait s'empÃÂȘcher de s'arrÃÂȘter de temps à autre pour regarder un spectacle si vaste et si imposant. Enfin il atteignit le sommet de la grande montagne, prÚs duquel il fallait passer pour arriver, par cette route de traverse, à la vallée solitaire qu'habitait Fouqué, le jeune marchand de bois son ami. Julien n'était point pressé de le voir, lui ni aucun autre ÃÂȘtre humain. Caché comme un oiseau de proie, au milieu des roches nues qui couronnent la grande montagne, il pouvait apercevoir de bien loin tout homme qui se serait approché de lui. Il découvrit une petite grotte au milieu de la pente presque verticale d'un des rochers. Il prit sa course, et bientÎt fut établi dans cette retraite. Ici, dit-il avec des yeux brillants de joie, les hommes ne sauraient me faire de mal. Il eut l'idée de se livrer au plaisir d'écrire ses pensées, partout ailleurs si dangereux pour lui. Une pierre carrée lui servait de pupitre. Sa plume volait il ne voyait rien de ce qui l'entourait. Il remarqua enfin que le soleil se couchait derriÚre les montagnes éloignées du Beaujolais. Pourquoi ne passerais-je pas la nuit ici? se dit-il; j'ai du pain, et je suis libre! Au son de ce grand mot son ùme s'exalta, son hypocrisie faisait qu'il n'était pas libre mÃÂȘme chez Fouqué. La tÃÂȘte appuyée sur les deux mains, Julien resta dans cette grotte plus heureux qu'il ne l'avait été de la vie, agité par ses rÃÂȘveries et par son bonheur de liberté. Sans y songer il vit s'éteindre, l'un aprÚs l'autre, tous les rayons du crépuscule. Au milieu de cette obscurité immense, son ùme s'égarait dans la contemplation de ce qu'il s'imaginait rencontrer un jour à Paris. C'était d'abord une femme bien plus belle et d'un génie bien plus élevé que tout ce qu'il avait pu voir en province. Il aimait avec passion, il était aimé. S'il se séparait d'elle pour quelques instants, c'était pour aller se couvrir de gloire et mériter d'en ÃÂȘtre encore plus aimé. MÃÂȘme en lui supposant l'imagination de Julien, un jeune homme élevé au milieu des tristes vérités de la société de Paris, eût été réveillé à ce point de son roman par la froide ironie; les grandes actions auraient disparu avec l'espoir d'y atteindre, pour faire place à la maxime si connue Quitte-t-on sa maÃtresse, on risque, hélas! d'ÃÂȘtre trompé deux ou trois fois par jour. Le jeune paysan ne voyait rien entre lui et les actions les plus héroïques, que le manque d'occasion. Mais une nuit profonde avait remplacé le jour, et il y avait encore deux lieues à faire pour descendre au hameau habité par Fouqué. Avant de quitter la petite grotte, Julien alluma du feu et brûla avec soin tout ce qu'il avait écrit. Il étonna bien son ami en frappant à sa porte à une heure du matin. Il trouva Fouqué occupé à écrire ses comptes. C'était un jeune homme de haute taille, assez mal fait, avec de grands traits durs, un nez infini, et beaucoup de bonhomie cachée sous cet aspect repoussant. - T'es-tu donc brouillé avec ton M. de RÃÂȘnal, que tu m'arrives ainsi à l'improviste? Julien lui raconta, mais comme il le fallait, les événements de la veille. - Reste avec moi, lui dit Fouqué, je vois que tu connais M. de RÃÂȘnal, M. Valenod, le sous-préfet Maugiron, le curé Chélan; tu as compris les finesses du caractÚre de ces gens-là ; te voilà en état de paraÃtre aux adjudications. Tu sais l'arithmétique mieux que moi, tu tiendras mes comptes. Je gagne gros dans mon commerce. L'impossibilité de tout faire par moi-mÃÂȘme et la crainte de rencontrer un fripon dans l'homme que je prendrais pour associé m'empÃÂȘchent tous les jours d'entreprendre d'excellentes affaires. Il n'y a pas un mois que j'ai fait gagner six mille francs à Michaud de Saint-Amand, que je n'avais pas revu depuis six ans, et que j'ai trouvé par hasard à la vente de Pontarlier. Pourquoi n'aurais-tu pas gagné, toi, ces six mille francs, ou du moins trois mille? car, si ce jour-là je t'avais eu avec moi, j'aurais mis l'enchÚre à cette coupe de bois, et tout le monde me l'eût bientÎt laissée. Sois mon associé. Cette offre donna de l'humeur à Julien, elle dérangeait sa folie. Pendant tout le souper, que les deux amis préparÚrent eux-mÃÂȘmes comme des héros d'HomÚre, car Fouqué vivait seul, il montra ses comptes à Julien, et lui prouva combien son commerce de bois présentait d'avantages. Fouqué avait la plus haute idée des lumiÚres et du caractÚre de Julien. Quand enfin celui-ci fut seul dans sa petite chambre de bois de sapin Il est vrai, se dit-il, je puis gagner ici quelques mille francs, puis reprendre avec avantage le métier de soldat ou celui de prÃÂȘtre, suivant la mode qui alors régnera en France. Le petit pécule que j'aurai amassé lÚvera toutes les difficultés de détail. Solitaire dans cette montagne, j'aurai dissipé un peu l'affreuse ignorance oÃÂč je suis de tant de choses qui occupent tous ces hommes de salon. Mais Fouqué renonce à se marier, il me répÚte que la solitude le rend malheureux. Il est évident que s'il prend un associé qui n'a pas de fonds à verser dans son commerce, c'est dans l'espoir de se faire un compagnon qui ne le quitte jamais. Tromperai-je mon ami? s'écria Julien avec humeur. Cet ÃÂȘtre, dont l'hypocrisie et l'absence de toute sympathie étaient les moyens ordinaires de salut, ne put cette fois supporter l'idée du plus petit manque de délicatesse envers un homme qui l'aimait. Mais tout à coup Julien fut heureux, il avait une raison pour refuser. Quoi! je perdrais lùchement sept ou huit années! j'arriverais ainsi à vingt-huit ans; mais, à cet ùge, Bonaparte avait fait ses plus grandes choses! Quand j'aurai gagné obscurément quelque argent en courant ces ventes de bois et méritant la faveur de quelques fripons subalternes, qui me dit que j'aurai encore le feu sacré avec lequel on se fait un nom? Le lendemain matin, Julien répondit d'un grand sang-froid au bon Fouqué, qui regardait l'affaire de l'association comme terminée, que sa vocation pour le saint ministÚre des autels ne lui permettait pas d'accepter. Fouqué n'en revenait pas. - Mais songes-tu, lui répétait-il, que je t'associe, ou, si tu l'aimes mieux, que je te donne quatre mille francs par an? et tu veux retourner chez ton M. RÃÂȘnal, qui te méprise comme la boue de ses souliers! Quand tu auras deux cents louis devant toi, qu'est-ce qui t'empÃÂȘche d'entrer au séminaire? Je te dirai plus, je me charge de te procurer la meilleure cure du pays. Car, ajouta Fouqué en baissant la voix, je fournis de bois à brûler M. le..., M. le..., M... Je leur livre de l'essence de chÃÂȘne de premiÚre qualité qu'ils ne me paient que comme du bois blanc, mais jamais argent ne fut mieux placé. Rien ne put vaincre la vocation de Julien. Fouqué finit par le croire un peu fou. Le troisiÚme jour, de grand matin, Julien quitta son ami pour passer la journée au milieu des rochers de la grande montagne. Il retrouva sa petite grotte, mais il n'avait plus la paix de l'ùme, les offres de son ami la lui avaient enlevée. Comme Hercule, il se trouvait non entre le vice et la vertu, mais entre la médiocrité suivie d'un bien-ÃÂȘtre assuré et tous les rÃÂȘves héroïques de sa jeunesse. Je n'ai donc pas une véritable fermeté, se disait-il; et c'était là le doute qui lui faisait le plus de mal. Je ne suis pas du bois dont on fait les grands hommes, puisque je crains que huit années passées à me procurer du pain ne m'enlÚvent cette énergie sublime qui fait faire les choses extraordinaires. CHAPITRE XIII LES BAS A JOUR Un roman c'est un miroir qu'on promÚne le long d'un chemin. SAINT REAL Quand Julien aperçut les ruines pittoresques de l'ancienne église de Vergy, il remarqua que, depuis l'avant-veille, il n'avait pas pensé une seule fois à Mme de RÃÂȘnal. L'autre jour en partant, cette femme m'a rappelé la distance infinie qui nous sépare, elle m'a traité comme le fils d'un ouvrier. Sans doute elle a voulu me marquer son repentir de m'avoir laissé sa main la veille... Elle est pourtant bien jolie, cette main! quel charme! quelle noblesse dans les regards de cette femme! La possibilité de faire fortune avec Fouqué donnait une certaine facilité aux raisonnements de Julien; ils n'étaient plus aussi souvent gùtés par l'irritation, et le sentiment vif de sa pauvreté et de sa bassesse aux yeux du monde. Placé comme sur un promontoire élevé, il pouvait juger, et dominait pour ainsi dire l'extrÃÂȘme pauvreté et l'aisance qu'il appelait encore richesse. Il était loin de juger sa position en philosophe, mais il eut assez de clairvoyance pour se sentir différent aprÚs ce petit voyage dans la montagne. Il fut frappé du trouble extrÃÂȘme avec lequel Mme de RÃÂȘnal écouta le petit récit de son voyage, qu'elle lui avait demandé. Fouqué avait eu des projets de mariage, des amours malheureuses; de longues confidences à ce sujet avaient rempli les conversations des deux amis. AprÚs avoir trouvé le bonheur trop tÎt, Fouqué s'était aperçu qu'il n'était pas seul aimé. Tous ces récits avaient étonné Julien; il avait appris bien des choses nouvelles. Sa vie solitaire, toute d'imagination et de méfiance, l'avait éloigné de tout ce qui pouvait l'éclairer. Pendant son absence, la vie n'avait été pour Mme de RÃÂȘnal qu'une suite de supplices différents, mais tous intolérables; elle était réellement malade. - Surtout, lui dit Mme Derville, lorsqu'elle vit arriver Julien, indisposée comme tu l'es, tu n'iras pas ce soir au jardin, l'air humide redoublerait ton malaise. Mme Derville voyait avec étonnement que son amie, toujours grondée par M. de RÃÂȘnal, à cause de l'excessive simplicité de sa toilette, venait de prendre des bas à jour et de charmants petits souliers arrivés de Paris. Depuis trois jours, la seule distraction de Mme de RÃÂȘnal avait été de tailler et de faire faire en toute hùte par Elisa une robe d'été, d'une jolie petite étoffe fort à la mode. A peine cette robe put-elle ÃÂȘtre terminée quelques instants aprÚs l'arrivée de Julien; Mme de RÃÂȘnal la mit aussitÎt. Son amie n'eut plus de doutes. Elle aime, l'infortunée! se dit Mme Derville. Elle comprit toutes les apparences singuliÚres de sa maladie. Elle la vit parler à Julien. La pùleur succédait à la rougeur la plus vive. L'anxiété se peignait dans ses yeux attachés sur ceux du jeune précepteur. Mme de RÃÂȘnal s'attendait à chaque moment qu'il allait s'expliquer, et annoncer qu'il quittait la maison ou y restait. Julien n'avait garde de rien dire sur ce sujet, auquel il ne songeait pas. AprÚs des combats affreux, Mme de RÃÂȘnal osa enfin lui dire, d'une voix tremblante, et oÃÂč se peignait toute sa passion - Quitterez-vous vos élÚves pour vous placer ailleurs? Julien fut frappé de la voix incertaine et du regard de Mme de RÃÂȘnal. Cette femme-là m'aime, se dit-il; mais aprÚs ce moment passager de faiblesse que se reproche son orgueil, et dÚs qu'elle ne craindra plus mon départ, elle reprendra sa fierté. Cette vue de la position respective fut, chez Julien, rapide comme l'éclair, il répondit en hésitant - J'aurais beaucoup de peine à quitter des enfants si aimables et si bien nés , mais peut-ÃÂȘtre le faudra-t-il. On a aussi des devoirs envers soi. En prononçant la parole si bien nés c'était un de ces mots aristocratiques que Julien avait appris depuis peu, il s'anima d'un profond sentiment d'anti-sympathie. Aux yeux de cette femme, moi, se disait-il, je ne suis pas bien né. Mme de RÃÂȘnal, en l'écoutant, admirait son génie, sa beauté, elle avait le coeur percé de la possibilité de départ qu'il lui faisait entrevoir. Tous ses amis de VerriÚres, qui, pendant l'absence de Julien, étaient venus dÃner à Vergy, lui avaient fait compliment comme à l'envi sur l'homme étonnant que son mari avait eu le bonheur de déterrer. Ce n'est pas que l'on comprÃt rien aux progrÚs des enfants. L'action de savoir par coeur la Bible, et encore en latin, avait frappé les habitants de VerriÚres d'une admiration qui durera peut-ÃÂȘtre un siÚcle. Julien, ne parlant à personne, ignorait tout cela. Si Mme de RÃÂȘnal avait eu le moindre sang-froid, elle lui eût fait compliment de la réputation qu'il avait conquise, et l'orgueil de Julien rassuré, il eût été pour elle doux et aimable, d'autant plus que la robe nouvelle lui semblait charmante. Mme de RÃÂȘnal contente aussi de sa jolie robe, et de ce que lui en disait Julien, avait voulu faire un tour de jardin; bientÎt elle avoua qu'elle était hors d'état de marcher. Elle avait pris le bras du voyageur et, bien loin d'augmenter ses forces, le contact de ce bras les lui Îtait tout à fait. Il était nuit; à peine fut-on assis, que Julien, usant de son ancien privilÚge, osa approcher les lÚvres du bras de sa jolie voisine, et lui prendre la main. Il pensait à la hardiesse dont Fouqué avait fait preuve avec ses maÃtresses, et non à Mme de RÃÂȘnal; le mot bien nés pesait encore sur son coeur. On lui serra la main, ce qui ne lui fit aucun plaisir. Loin d'ÃÂȘtre fier, ou du moins reconnaissant du sentiment que Mme de RÃÂȘnal trahissait ce soir-là par des signes trop évidents, la beauté, l'élégance, la fraÃcheur le trouvÚrent presque insensible. La pureté de l'ùme, l'absence de toute émotion haineuse prolongent sans doute la durée de la jeunesse. C'est la physionomie qui vieillit la premiÚre chez la plupart des jolies femmes. Julien fut maussade toute la soirée; jusqu'ici il n'avait été en colÚre qu'avec le hasard de la société; depuis que Fouqué lui avait offert un moyen ignoble d'arriver à l'aisance, il avait de l'humeur contre lui-mÃÂȘme. Tout à ses pensées, quoique de temps en temps il dÃt quelques mots à ces dames, Julien finit sans s'en apercevoir par abandonner la main de Mme de RÃÂȘnal. Cette action bouleversa l'ùme de cette pauvre femme; elle y vit la manifestation de son sort. Certaine de l'affection de Julien, peut-ÃÂȘtre sa vertu eût trouvé des forces contre lui. Tremblante de le perdre à jamais, sa passion l'égara jusqu'au point de reprendre la main de Julien, que, dans sa distraction, il avait laissée appuyée sur le dossier d'une chaise. Cette action réveilla ce jeune ambitieux il eût voulu qu'elle eût pour témoins tous ces nobles si fiers qui, à table, lorsqu'il était au bas bout avec les enfants, le regardaient avec un sourire si protecteur. Cette femme ne peut plus me mépriser dans ce cas, se dit-il, je dois ÃÂȘtre sensible à sa beauté; je me dois à moi-mÃÂȘme d'ÃÂȘtre son amant. Une telle idée ne lui fût pas venue avant les confidences naïves faites par son ami. La détermination subite qu'il venait de prendre forma une distraction agréable. Il se disait il faut que j'aie une de ces deux femmes; il s'aperçut qu'il aurait beaucoup mieux aimé faire la cour à Mme Derville; ce n'est pas qu'elle fût plus agréable, mais toujours elle l'avait vu précepteur honoré pour sa science, et non pas ouvrier charpentier, avec une veste de ratine pliée sous le bras, comme il était apparu à Mme de RÃÂȘnal. C'était précisément comme jeune ouvrier, rougissant jusqu'au blanc des yeux, arrÃÂȘté à la porte de la maison et n'osant sonner, que Mme de RÃÂȘnal se le figurait avec le plus de charme. [Variante Cette femme, que les bourgeois du pays disaient si hautaine, songeait rarement au rang et la moindre certitude l'emportait de beaucoup dans son esprit sur la promesse de caractÚre faite par le rang d'un homme. Un charretier qui eût montré de la bravoure eût été plus brave dans son esprit qu'un terrible capitaine de hussards garni de sa moustache et de sa pipe. Elle croyait l'ùme de Julien plus noble que celle de tous ses cousins, tous gentilshommes de race et plusieurs d'entre eux titrés.] En poursuivant la revue de sa position, Julien vit qu'il ne fallait pas songer à la conquÃÂȘte de Mme Derville, qui s'apercevait probablement du goût que Mme de RÃÂȘnal montrait pour lui. Forcé de revenir à celle-ci Que connais-je du caractÚre de cette femme? se dit Julien. Seulement ceci avant mon voyage, je lui prenais la main, elle la retirait; aujourd'hui je retire ma main, elle la saisit et la serre. Belle occasion de lui rendre tous les mépris qu'elle a eus pour moi. Dieu sait combien elle a eu d'amants! elle ne se décide peut-ÃÂȘtre en ma faveur qu'à cause de la facilité des entrevues. Tel est, hélas! le malheur d'une excessive civilisation! A vingt ans, l'ùme d'un jeune homme, s'il a quelque éducation, est à mille lieues du laisser-aller, sans lequel l'amour n'est souvent que le plus ennuyeux des devoirs. Je me dois d'autant plus, continua la petite vanité de Julien, de réussir auprÚs de cette femme, que si jamais je fais fortune, et que quelqu'un me reproche le bas emploi de précepteur, je pourrai faire entendre que l'amour m'avait jeté à cette place. Julien éloigna de nouveau sa main de celle de Mme de RÃÂȘnal, puis il la reprit en la serrant. Comme on rentrait au salon, vers minuit, Mme de RÃÂȘnal lui dit à mi-voix - Vous nous quitterez, vous partirez? Julien répondit en soupirant - Il faut bien que je parte, car je vous aime avec passion, c'est une faute... et quelle faute pour un jeune prÃÂȘtre! Mme de RÃÂȘnal s'appuya sur son bras, et avec tant d'abandon que sa joue sentit la chaleur de celle de Julien. Les nuits de ces deux ÃÂȘtres furent bien différentes. Mme de RÃÂȘnal était exaltée par les transports de la volupté morale la plus élevée. Une jeune fille coquette qui aime de bonne heure s'accoutume au trouble de l'amour; quand elle arrive à l'ùge de la vraie passion, le charme de la nouveauté manque. Comme Mme de RÃÂȘnal n'avait jamais lu de romans, toutes les nuances de son bonheur étaient neuves pour elle. Aucune triste vérité ne venait la glacer, pas mÃÂȘme le spectre de l'avenir. Elle se vit aussi heureuse dans dix ans qu'elle l'était en ce moment. L'idée mÃÂȘme de la vertu et de la fidélité jurée à M. de RÃÂȘnal, qui l'avait agitée quelques jours auparavant, se présenta en vain, on la renvoya comme un hÎte importun. Jamais je n'accorderai rien à Julien, se dit Mme de RÃÂȘnal, nous vivrons à l'avenir comme nous vivons depuis un mois. Ce sera un ami. CHAPITRE XIV LES CISEAUX ANGLAIS Une jeune fille de seize ans avait un teint de rose, et elle mettait du rouge. POLIDORI. Pour Julien, l'offre de Fouqué lui avait en effet enlevé tout bonheur; il ne pouvait s'arrÃÂȘter à aucun parti. Hélas! peut-ÃÂȘtre manqué-je de caractÚre, j'eusse été un mauvais soldat de Napoléon. Du moins, ajouta-t-il, ma petite intrigue avec la maÃtresse du logis va me distraire un moment. Heureusement pour lui, mÃÂȘme dans ce petit incident subalterne, l'intérieur de son ùme répondait mal à son langage cavalier. Il avait peur de Mme de RÃÂȘnal à cause de sa robe si jolie. Cette robe était à ses yeux l'avant-garde de Paris. Son orgueil ne voulut rien laisser au hasard et à l'inspiration du moment. D'aprÚs les confidences de Fouqué et le peu qu'il avait lu sur l'amour dans sa Bible, il se fit un plan de campagne fort détaillé. Comme, sans se l'avouer, il était fort troublé, il écrivit ce plan. Le lendemain matin au salon, Mme de RÃÂȘnal fut un instant seule avec lui - N'avez-vous point d'autre nom que Julien? lui dit-elle. A cette demande si flatteuse, notre héros ne sut que répondre. Cette circonstance n'était pas prévue dans son plan. Sans cette sottise de faire un plan, l'esprit vif de Julien l'eût bien servi, la surprise n'eût fait qu'ajouter à la vivacité de ses aperçus. Il fut gauche et s'exagéra sa gaucherie. Mme de RÃÂȘnal la lui pardonna bien vite. Elle y vit l'effet d'une candeur charmante. Et ce qui manquait précisément à ses yeux à cet homme, auquel on trouvait tant de génie, c'était l'air de la candeur. - Ton petit précepteur m'inspire beaucoup de méfiance, lui disait quelquefois Mme Derville. Je lui trouve l'air de penser toujours et de n'agir qu'avec politique. C'est un sournois. Julien resta profondément humilié du malheur de n'avoir su que répondre à Mme de RÃÂȘnal. Un homme comme moi se doit de réparer cet échec, et, saisissant le moment oÃÂč l'on passait d'une piÚce à l'autre, il crut de son devoir de donner un baiser à Mme de RÃÂȘnal. Rien de moins amené, rien de moins agréable et pour lui et pour elle, rien de plus imprudent. Ils furent sur le point d'ÃÂȘtre aperçus. Mme de RÃÂȘnal le crut fou. Elle fut effrayée et surtout choquée. Cette sottise lui rappela M. Valenod. Que m'arriverait-il, se dit-elle, si j'étais seule avec lui? Toute sa vertu revint, parce que l'amour s'éclipsait. Elle s'arrangea de façon à ce qu'un de ses enfants restùt toujours auprÚs d'elle. La journée fut ennuyeuse pour Julien, il la passa tout entiÚre à exécuter avec gaucherie son plan de séduction. Il ne regarda pas une seule fois Mme de RÃÂȘnal, sans que ce regard n'eût un pourquoi; cependant, il n'était pas assez sot pour ne pas voir qu'il ne réussissait point à ÃÂȘtre aimable, et encore moins séduisant. Mme de RÃÂȘnal ne revenait point de son étonnement de le trouver si gauche et en mÃÂȘme temps si hardi. C'est la timidité de l'amour dans un homme d'esprit! se dit-elle enfin, avec une joie inexprimable. Serait-il possible qu'il n'eût jamais été aimé de ma rivale! AprÚs le déjeuner, Mme de RÃÂȘnal rentra dans le salon pour recevoir la visite de M. Charcot de Maugiron, le sous-préfet de Bray. Elle travaillait à un petit métier de tapisserie fort élevé. Mme Derville était à ses cÎtés. Ce fut dans une telle position, et par le plus grand jour, que notre héros trouva convenable d'avancer sa botte et de presser le joli pied de Mme de RÃÂȘnal, dont le bas à jour et le joli soulier de Paris attiraient évidemment les regards du galant sous-préfet. Mme de RÃÂȘnal eut une peur extrÃÂȘme; elle laissa tomber ses ciseaux, son peloton de laine, ses aiguilles, et le mouvement de Julien put passer pour une tentative gauche destinée à empÃÂȘcher la chute des ciseaux, qu'il avait vus glisser. Heureusement ces petits ciseaux d'acier anglais se brisÚrent, et Mme de RÃÂȘnal ne tarit pas en regrets de ce que Julien ne s'était pas trouvé plus prÚs d'elle. - Vous avez aperçu la chute avant moi, vous l'eussiez empÃÂȘchée; au lieu de cela votre zÚle n'a réussi qu'à me donner un fort grand coup de pied. Tout cela trompa le sous-préfet, mais non Mme Derville. Ce joli garçon a de bien sottes maniÚres! pensa-t-elle; le savoir-vivre d'une capitale de province ne pardonne point ces sortes de fautes. Mme de RÃÂȘnal trouva le moment de dire à Julien - Soyez prudent, je vous l'ordonne. Julien voyait sa gaucherie, il avait de l'humeur. Il délibéra longtemps avec lui-mÃÂȘme pour savoir s'il devait se fùcher de ce mot Je vous l'ordonne . Il fut assez sot pour penser elle pourrait me dire ­­ je l'ordonne , s'il s'agissait de quelque chose de relatif à l'éducation des enfants, mais en répondant à mon amour, elle suppose l'égalité. On ne peut aimer sans égalité ... et tout son esprit se perdit à faire des lieux communs sur l'égalité. Il se répétait avec colÚre ce vers de Corneille, que Mme Derville lui avait appris quelques jours auparavant ................... L'amour Fait les égalités et ne les cherche pas. Julien s'obstinant à jouer le rÎle d'un don Juan, lui qui de la vie n'avait eu de maÃtresse, il fut sot à mourir toute la journée. Il n'eut qu'une idée juste; ennuyé de lui et de Mme de RÃÂȘnal, il voyait avec effroi s'avancer la soirée oÃÂč il serait assis au jardin, à cÎté d'elle et dans l'obscurité. Il dit à M. de RÃÂȘnal qu'il allait à VerriÚres voir le curé; il partit aprÚs dÃner et ne rentra que dans la nuit. A VerriÚres, Julien trouva M. Chélan occupé à déménager; il venait enfin d'ÃÂȘtre destitué, le vicaire Maslon le remplaçait. Julien aida le bon curé, et il eut l'idée d'écrire à Fouqué que la vocation irrésistible qu'il se sentait pour le saint ministÚre l'avait empÃÂȘché d'accepter d'abord ses offres obligeantes, mais qu'il venait de voir un tel exemple d'injustice, que peut-ÃÂȘtre il serait plus avantageux à son salut de ne pas entrer dans les ordres sacrés. Julien s'applaudit de sa finesse à tirer parti de la destitution du curé de VerriÚres pour se laisser une porte ouverte et revenir au commerce, si dans son esprit la triste prudence l'emportait sur l'héroïsme. CHAPITRE XV LE CHANT DU COQ Amour en latin faict amor; Or donc provient d'amour la mort, Et, par avant, soulcy qui mord, Deuil, plours, piÚges, forfaitz, remords... BLASON D'AMOUR. Si Julien avait eu un peu de l'adresse qu'il se supposait si gratuitement, il eût pu s'applaudir le lendemain de l'effet produit par son voyage à VerriÚres. Son absence avait fait oublier ses gaucheries. Ce jour-là encore, il fut assez maussade; sur le soir, une idée ridicule lui vint, et il la communiqua à Mme de RÃÂȘnal, avec une rare intrépidité. A peine fut-on assis au jardin, que, sans attendre une obscurité suffisante, Julien approcha sa bouche de l'oreille de Mme de RÃÂȘnal, et, au risque de la compromettre horriblement, il lui dit - Madame, cette nuit, à deux heures, j'irai dans votre chambre, je dois vous dire quelque chose. Julien tremblait que sa demande ne fût accordée; son rÎle de séducteur lui pesait si horriblement que, s'il eût pu suivre son penchant, il se fût retiré dans sa chambre pour plusieurs jours, et n'eût plus vu ces dames. Il comprenait que, par sa conduite savante de la veille, il avait gùté toutes les belles apparences du jour précédent, et ne savait réellement à quel saint se vouer. Mme de RÃÂȘnal répondit avec une indignation réelle, et nullement exagérée, à l'annonce impertinente que Julien osait lui faire. Il crut voir du mépris dans sa courte réponse. Il est sûr que dans cette réponse, prononcée fort bas, le mot fi donc avait paru. Sous prétexte de quelque chose à dire aux enfants, Julien alla dans leur chambre, et à son retour il se plaça à cÎté de Mme Derville et fort loin de Mme de RÃÂȘnal. Il s'Îta ainsi toute possibilité de lui prendre la main. La conversation fut sérieuse, et Julien s'en tira fort bien, à quelques moments de silence prÚs, pendant lesquels il se creusait la cervelle. Que ne puis-je inventer quelque belle manoeuvre, se disait-il, pour forcer Mme de RÃÂȘnal à me rendre ces marques de tendresse non équivoques qui me faisaient croire, il y a trois jours, qu'elle était à moi! Julien était extrÃÂȘmement déconcerté de l'état presque désespéré oÃÂč il avait mis ses affaires. Rien cependant ne l'eût plus embarrassé que le succÚs. Lorsqu'on se sépara à minuit, son pessimisme lui fit croire qu'il jouissait du mépris de Mme Derville, et que probablement il n'était guÚre mieux avec Mme de RÃÂȘnal. De fort mauvaise humeur et trÚs humilié, Julien ne dormit point. Il était à mille lieues de l'idée de renoncer à toute feinte, à tout projet, et de vivre au jour le jour avec Mme de RÃÂȘnal, en se contentant comme un enfant du bonheur qu'apporterait chaque journée. Il se fatigua le cerveau à inventer des manoeuvres savantes, un instant aprÚs, il les trouvait absurdes; il était en un mot fort malheureux, quand deux heures sonnÚrent à l'horloge du chùteau. Ce bruit le réveilla comme le chant du coq réveilla saint Pierre. Il se vit au moment de l'événement le plus pénible. Il n'avait plus songé à sa proposition impertinente, depuis le moment oÃÂč il l'avait faite; elle avait été si mal reçue! Je lui ai dit que j'irais chez elle à deux heures, se dit-il en se levant, je puis ÃÂȘtre inexpérimenté et grossier comme il appartient au fils d'un paysan. Mme Derville me l'a fait assez entendre, mais du moins je ne serai pas faible. Julien avait raison de s'applaudir de son courage, jamais il ne s'était imposé une contrainte plus pénible. En ouvrant sa porte, il était tellement tremblant que ses genoux se dérobaient sous lui, et il fut forcé de s'appuyer contre le mur. Il était sans souliers. Il alla écouter à la porte de M. de RÃÂȘnal, dont il put distinguer le ronflement. Il en fut désolé. Il n'y avait donc plus de prétexte pour ne pas aller chez elle. Mais, grand Dieu! qu'y ferait-il? Il n'avait aucun projet, et quand il en aurait eu, il se sentait tellement troublé qu'il eût été hors d'état de les suivre. Enfin, souffrant plus mille fois que s'il eût marché à la mort, il entra dans le petit corridor qui menait à la chambre de Mme de RÃÂȘnal. Il ouvrit la porte d'une main tremblante et en faisant un bruit effroyable. Il y avait de la lumiÚre, une veilleuse brûlait sous la cheminée; il ne s'attendait pas à ce nouveau malheur. En le voyant entrer, Mme de RÃÂȘnal se jeta vivement hors de son lit. Malheureux! s'écria-t-elle. Il y eut un peu de désordre. Julien oublia ses vains projets et revint à son rÎle naturel; ne pas plaire à une femme si charmante lui parut le plus grand des malheurs. Il ne répondit à ses reproches qu'en se jetant à ses pieds, en embrassant ses genoux. Comme elle lui parlait avec une extrÃÂȘme dureté, il fondit en larmes. Quelques heures aprÚs, quand Julien sortit de la chambre de Mme de RÃÂȘnal, on eût pu dire, en style de roman, qu'il n'avait plus rien à désirer. En effet, il devait à l'amour qu'il avait inspiré et à l'impression imprévue qu'avaient produite sur lui des charmes séduisants, une victoire à laquelle ne l'eût pas conduit toute son adresse si maladroite. Mais, dans les moments les plus doux, victime d'un orgueil bizarre, il prétendit encore jouer le rÎle d'un homme accoutumé à subjuguer des femmes il fit des efforts d'attention incroyables pour gùter ce qu'il avait d'aimable. Au lieu d'ÃÂȘtre attentif aux transports qu'il faisait naÃtre, et aux remords qui en relevaient la vivacité, l'idée du devoir ne cessa jamais d'ÃÂȘtre présente à ses yeux. Il craignait un remords affreux et un ridicule éternel, s'il s'écartait du modÚle idéal qu'il se proposait de suivre. En un mot, ce qui faisait de Julien un ÃÂȘtre supérieur fut précisément ce qui l'empÃÂȘcha de goûter le bonheur qui se plaçait sous ses pas. C'est une jeune fille de seize ans, qui a des couleurs charmantes, et qui, pour aller au bal, a la folie de mettre du rouge. Mortellement effrayée de l'apparition de Julien, Mme de RÃÂȘnal fut bientÎt en proie aux plus cruelles alarmes. Les pleurs et le désespoir de Julien la troublaient vivement. MÃÂȘme quand elle n'eut plus rien à lui refuser, elle repoussait Julien loin d'elle, avec une indignation réelle, et ensuite se jetait dans ses bras. Aucun projet ne paraissait dans toute cette conduite. Elle se croyait damnée sans rémission, et cherchait à se cacher la vue de l'enfer en accablant Julien des plus vives caresses. En un mot, rien n'eût manqué au bonheur de notre héros, pas mÃÂȘme une sensibilité brûlante dans la femme qu'il venait d'enlever, s'il eût su en jouir. Le départ de Julien ne fit point cesser les transports qui l'agitaient malgré elle, et ses combats avec les remords qui la déchiraient. Mon Dieu! ÃÂȘtre heureux, ÃÂȘtre aimé, n'est-ce que ça? Telle fut la premiÚre pensée de Julien, en rentrant dans sa chambre. Il était dans cet état d'étonnement et de trouble inquiet oÃÂč tombe l'ùme qui vient d'obtenir ce qu'elle a longtemps désiré. Elle est habituée à désirer, ne trouve plus quoi désirer, et cependant n'a pas encore de souvenirs. Comme le soldat qui revient de la parade, Julien fut attentivement occupé à repasser tous les détails de sa conduite. - N'ai-je manqué à rien de ce que je me dois à moi-mÃÂȘme? Ai-je bien joué mon rÎle? Et quel rÎle? celui d'un homme accoutumé à ÃÂȘtre brillant avec les femmes. CHAPITRE XVI LE LENDEMAIN He turn'd his lip to hers, and with his hand Call'd back the tangles of her wandering hair. Don Juan. C. 1. st. 170 . Heureusement, pour la gloire de Julien, Mme de RÃÂȘnal avait été trop agitée, trop étonnée, pour apercevoir la sottise de l'homme qui en un moment était devenu tout au monde pour elle. Comme elle l'engageait à se retirer, voyant poindre le jour - Oh! mon Dieu, disait-elle, si mon mari a entendu du bruit, je suis perdue. Julien, qui avait le temps de faire des phrases, se souvint de celle-ci - Regretteriez-vous la vie? - Ah! beaucoup dans ce moment! mais je ne regretterais pas de vous avoir connu. Julien trouva de sa dignité de rentrer exprÚs au grand jour et avec imprudence. L'attention continue avec laquelle il étudiait ses moindres actions, dans la folle idée de paraÃtre un homme d'expérience, n'eut qu'un avantage; lorsqu'il revit Mme de RÃÂȘnal à déjeuner, sa conduite fut un chef-d'oeuvre de prudence. Pour elle, elle ne pouvait le regarder sans rougir jusqu'aux yeux, et ne pouvait vivre un instant sans le regarder; elle s'apercevait de son trouble, et ses efforts pour le cacher le redoublaient. Julien ne leva qu'une seule fois les yeux sur elle. D'abord, Mme de RÃÂȘnal admira sa prudence. BientÎt, voyant que cet unique regard ne se répétait pas, elle fut alarmée  Est-ce qu'il ne m'aimerait plus, se dit-elle; hélas! je suis bien vieille pour lui; j'ai dix ans de plus que lui. » En passant de la salle à manger au jardin, elle serra la main de Julien. Dans la surprise que lui causa une marque d'amour si extraordinaire, il la regarda avec passion, car elle lui avait semblé bien jolie au déjeuner; et, tout en baissant les yeux, il avait passé son temps à se détailler ses charmes. Ce regard consola Mme de RÃÂȘnal; il ne lui Îta pas toutes ses inquiétudes; mais ses inquiétudes lui Îtaient presque tout à fait ses remords envers son mari. Au déjeuner, ce mari ne s'était aperçu de rien; il n'en était pas de mÃÂȘme de Mme Derville elle crut Mme de RÃÂȘnal sur le point de succomber. Pendant toute la journée, son amitié hardie et incisive ne lui épargna pas les demi-mots destinés à lui peindre, sous de hideuses couleurs, le danger qu'elle courait. Mme de RÃÂȘnal brûlait de se trouver seule avec Julien; elle voulait lui demander s'il l'aimait encore. Malgré la douceur inaltérable de son caractÚre, elle fut plusieurs fois sur le point de faire entendre à son amie combien elle était importune. Le soir, au jardin, Mme Derville arrangea si bien les choses, qu'elle se trouva placée entre Mme de RÃÂȘnal et Julien. Mme de RÃÂȘnal qui s'était fait une image délicieuse du plaisir de serrer la main de Julien et de la porter à ses lÚvres, ne put pas mÃÂȘme lui adresser un mot. Ce contretemps augmenta son agitation. Elle était dévorée d'un remords. Elle avait tant grondé Julien de l'imprudence qu'il avait faite en venant chez elle la nuit précédente, qu'elle tremblait qu'il ne vÃnt pas celle-ci. Elle quitta le jardin de bonne heure, et alla s'établir dans sa chambre. Mais, ne tenant pas à son impatience, elle vint coller son oreille contre la porte de Julien. Malgré l'incertitude et la passion qui la dévoraient, elle n'osa point entrer. Cette action lui semblait la derniÚre des bassesses, car elle sert de texte à un dicton de province. Les domestiques n'étaient pas tous couchés. La prudence l'obligea enfin à revenir chez elle. Deux heures d'attente furent deux siÚcles de tourments. Mais Julien était trop fidÚle à ce qu'il appelait le devoir, pour manquer à exécuter de point en point ce qu'il s'était prescrit. Comme une heure sonnait, il s'échappa doucement de sa chambre, s'assura que le maÃtre de la maison était profondément endormi, et parut chez Mme de RÃÂȘnal. Ce jour-là , il trouva plus de bonheur auprÚs de son amie, car il songea moins constamment au rÎle à jouer. Il eut des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Ce que Mme de RÃÂȘnal lui dit de son ùge contribua à lui donner quelque assurance. - Hélas! j'ai dix ans de plus que vous! comment pouvez-vous m'aimer? lui répétait-elle sans projet, et parce que cette idée l'opprimait. Julien ne concevait pas ce malheur, mais il vit qu'il était réel, et il oublia presque toute sa peur d'ÃÂȘtre ridicule. La sotte idée d'ÃÂȘtre regardé comme un amant subalterne, à cause de sa naissance obscure, disparut aussi. A mesure que les transports de Julien rassuraient sa timide maÃtresse, elle reprenait un peu de bonheur et la faculté de juger son amant. Heureusement, il n'eut presque pas, ce jour-là , cet air emprunté qui avait fait du rendez-vous de la veille une victoire, mais non pas un plaisir. Si elle se fût aperçue de son attention à jouer un rÎle, cette triste découverte lui eût à jamais enlevé tout bonheur. Elle n'y eût pu voir autre chose qu'un triste effet de la disproportion des ùges. Quoique Mme de RÃÂȘnal n'eût jamais pensé aux théories de l'amour, la différence d'ùge est, aprÚs celle de fortune, un des grands lieux communs de la plaisanterie de province, toutes les fois qu'il est question d'amour. En peu de jours, Julien, rendu à toute l'ardeur de son ùge, fut éperdument amoureux. Il faut convenir, se disait-il, qu'elle a une bonté d'ùme angélique, et l'on n'est pas plus jolie. Il avait perdu presque tout à fait l'idée du rÎle à jouer. Dans un momen
Commentapprend-on Ă  Ă©crire en sciences sociales ? Par quels dispositifs ouvrir cette pratique Ă  notre rĂ©flexion ? Les sciences sociales articulent de multiples opĂ©rations de recherche : l'enquĂȘte, le traitement des matĂ©riaux et leur utilisation dans une analyse mobilisent de nombreuses formes d'Ă©criture. Ainsi, Ă©crire est une opĂ©ration de recherche et de pensĂ©e.
PrĂ©sentation de l'atelier 1Il ne peut y avoir de citoyennetĂ© possible sans la construction de la singularitĂ© de la pensĂ©e. L'Ă©criture, la lecture et l'oral pensĂ©s comme des pratiques rĂ©flexives d'un sujet permettent de construire un rapport autonome au savoir et au pouvoir confĂ©rĂ© par le savoir. L'Ă©cole doit les dĂ©velopper davantage. Elles donnent ainsi aux Ă©lĂšves le pouvoir de penser et le pouvoir de rĂ©flĂ©chir par eux-mĂȘmes. Il ne peut y avoir de citoyennetĂ© possible sans la construction de cette singularitĂ© de la pensĂ©e. En mĂȘme temps, il ne peut y avoir de pensĂ©e singuliĂšre sans la confrontation, la nĂ©gociation avec l'autre. Toujours singuliĂšre, la parole est en mĂȘme temps dialogue. Un dialogue qui est le fondement de l'action commune, de la vie sociale, de la dĂ©mocratie. Langage, savoir, identitĂ© et citoyennetĂ© sont donc des concepts que l'Ă©cole doit apprendre Ă  davantage conjuguer ensemble. 2L'objectif est de promouvoir dans la classe, en formation, un espace de parole orale et Ă©crite qui permette la dĂ©libĂ©ration, le questionnement, l'invention, la construction en commun de savoirs et de valeurs. Construction forcĂ©ment singuliĂšre, instable, qui s'inscrit dans le dĂ©veloppement de personnes en devenir. 3Mais cette conception des apprentissages langagiers se heurte Ă  des difficultĂ©s trĂšs diverses. Elle demande de profondes modifications dans les pratiques de formation, d'enseignement et notamment dans les Ă©valuations. C'est Ă  l'analyse de ces difficultĂ©s ainsi qu'Ă  l'Ă©laboration de propositions qu'ont contribuĂ© les intervenants que nous avons invitĂ©s dans l'atelier pour engager le dĂ©bat avec la salle. 4Nous avons donc demandĂ© Ă  divers praticiens et chercheurs de proposer des pistes de rĂ©flexion et de dĂ©bat Ă  partir de pratiques dans des classes, Bruno Seweryn et Alain Dunas IMF sur le site IUFM de Perpignan ; Ă  partir d'expĂ©rimentations dans le cadre d'une recherche sur le dĂ©bat philosophique en primaire, M. Tozzi,universitĂ© P. ValĂ©ry ; et pour terminer, sur la trace, dans les mĂ©moires professionnels, des conceptions de la citoyennetĂ© chez les jeunes enseignants R. Etienne, IUFM Montpellier, Ă©quipe Esterel. Alain Dunas. TĂ©moignages de l'Ă©quipe de l'Ecole Biaise Pascal de Perpignan Quelles situations mettre en place pour favoriser des pratiques langagiĂšres rĂ©flexives et sociales ? 5L'Ă©cole B. Pascal est en grande majoritĂ© frĂ©quentĂ©e par les enfants de la citĂ© voisine dont la population est composĂ©e pour une trĂšs large part de familles marocaines mais aussi de quelques familles algĂ©riennes, turques et françaises. Ces familles, touchĂ©es par le chĂŽmage et la prĂ©caritĂ© ont un niveau social assez bas. 6Ce qui caractĂ©rise d'abord nos Ă©lĂšves est un niveau scolaire relativement bas dĂ» principalement Ă  une mauvaise maĂźtrise de la langue française Ă©crite et une pratique de la langue orale pauvre utilisation d'un vocabulaire minimum, emploi de mot-phrases... ou stĂ©rile beaucoup de rĂ©pĂ©titions narratives peu enrichissantes. 7Par ailleurs, ces Ă©lĂšves ont Ă  gĂ©rer de nombreux conflits intĂ©rieurs. Issus de cultures diffĂ©rentes, ils sont confrontĂ©s Ă  une institution scolaire par rapport Ă  laquelle ils ont du mal Ă  se situer et faute de repĂšres, ont du mal Ă  se constituer une identitĂ©. La reprĂ©sentation qu'ils ont de l'Ă©cole et d'eux-mĂȘmes Ă©tant souvent nĂ©gative, les apprentissages ont peu de sens Ă  leurs yeux. 8D'oĂč l'intĂ©rĂȘt de la rĂ©flexion menĂ©e depuis deux ans avec les membres de l'Ă©quipe de recherche DIDAXIS Chabanne et D. Bucheton qui nous a amenĂ©s, certains de mes collĂšgues et moi-mĂȘme, Ă  modifier nos pratiques de classe sur la base de trois hypothĂšses le dĂ©sir et le plaisir d'apprendre n'apparaissent que lorsque l'Ă©lĂšve a de lui mĂȘme une image singuliĂšre et positive ; les Ă©lĂšves et les savoirs se co-construisent ; l'Ă©crit et l'oral sont les piliers de cette co-construction. 9L'enjeu est donc d'aider les Ă©lĂšves Ă  se construire une identitĂ© au moins scolaire. Pour ce faire, chacun d'entre nous expĂ©rimente des pratiques orales et Ă©crites rĂ©flexives de la langue en fonction de la spĂ©cificitĂ© de la classe et des savoirs enseignĂ©s. Les outils » utilisĂ©s sont le cahier de travail », le cahier d'Ă©criture », la correspondance intra-groupe », ou encore le conseil de classe ». 10Dans ma classe, j'observe des changements significatifs de comportement chez certains Ă©lĂšves depuis que nous utilisons ces outils ». Le cahier de travail 11Sur ce cahier, les Ă©lĂšves posent les reprĂ©sentations qu'ils ont de la notion qui va ĂȘtre abordĂ©e ce que je pense..., ils peuvent aussi dĂ©crire la dĂ©marche utilisĂ©e pour effectuer le travail demandĂ© comment je fais... et, en fin de sĂ©ance, notent ce qu'ils ont appris en regard de leur formulation initiale. L'Ă©lĂšve mesure ainsi le chemin parcouru dans ses apprentissages. Par ailleurs, les cahiers pouvant ĂȘtre Ă©changĂ©s, ils sont confrontĂ©s Ă  des idĂ©es diffĂ©rentes... On note ainsi des progrĂšs dans les contenus et les formes des Ă©noncĂ©s termes du vocabulaire propres Ă  la notion Ă©tudiĂ©e, phrases plus Ă©laborĂ©es. En Ă©crivant, ces Ă©lĂšves intĂšgrent mieux certains savoirs et prennent conscience qu'ils sont capables de les formuler eux-mĂȘmes. 12Cette pratique d'un Ă©crit de travail », ni corrigĂ©, ni notĂ©, libĂšre l'Ă©lĂšve des contraintes cognitives liĂ©es Ă  l'orthographe et la mise en forme travaillĂ©es dans d'autres situations, et sert de support Ă  un oral rĂ©flexif avec les camarades. L'Ă©tape prĂ©alable de l'Ă©criture individuelle aide Ă  l'organisation de la pensĂ©e et Ă  la formulation des propos. Elle oblige chaque Ă©lĂšve Ă  ĂȘtre acteur de la parole collective qui sera ensuite Ă©laborĂ©e. Elle prĂ©pare chacun Ă  assumer un point de vue singulier. Le cahier d'Ă©criture 13On y travaille par des sĂ©ries de consignes et de lanceurs successifs pour faire Ă©voluer les textes courts ou longs, le plus souvent de fiction. Dans un premier temps, un travail sur l'Ă©paisseur » du texte, par réécritures successives, doit amener progressivement les Ă©lĂšves Ă  modifier leur posture d'Ă©criture. Ensuite, un travail sur la surface du texte va justifier les activitĂ©s de structuration des notions grammaticales, d'orthographe de conjugaison, de vocabulaire. Ces activitĂ©s de réécriture favorisent la mise Ă  distance de la chose Ă©crite. Questionner l'Ă©crit, son propre Ă©crit, nous semble une attitude essentielle Ă  mettre en place. La correspondance intra-groupe 14Cette pratique de l'Ă©crit qui permet aux Ă©lĂšves de s'envoyer des messages chaque enfant possĂšde sa boĂźte aux lettres, observable dans deux classes, repose sur le principe que le rapport au savoir se construit aussi dans le rapport et le dialogue avec l'autre. En envoyant et en recevant un message Ă©crit et pensĂ©, l'Ă©lĂšve se situe dans une rĂ©alitĂ© sociale dont il est un acteur singulier. Ce rĂ©seau d'Ă©changes Ă©crits permet Ă  la fois de satisfaire les interrogations que se posent les Ă©lĂšves les uns par rapport aux autres et de rĂ©guler les conflits. La correspondance a fait disparaĂźtre pratiquement toutes violences physiques et verbales dans la classe. Ces Ă©lĂšves pratiquent ce type d'Ă©change depuis le CE1. La frĂ©quence des messages ne baisse pas. Le conseil de classe 15Cette rĂ©union hebdomadaire permet la dĂ©libĂ©ration, l'Ă©change de points de vue et l'argumentation. Quand un conflit persiste nous en dĂ©battons. Le conseil de classe, au delĂ  de sa fonction de rĂ©gulation des problĂšmes de la classe, doit amener l'Ă©lĂšve Ă  prendre conscience que son propos est singulier mais que d'autres peuvent penser diffĂ©remment ; ce lieu de construction de la citoyennetĂ© apparaĂźt rĂ©ellement comme un espace de paroles dans lequel se discute la lĂ©gitimitĂ© de chacun Ă  revendiquer des droits et Ă  reconnaĂźtre ses devoirs. 16Pour conclure, il semblerait que ces pratiques permettent Ă  une majoritĂ© de nos Ă©lĂšves de mieux saisir le sens des tĂąches que nous leur proposons, d'avoir de la langue orale et Ă©crite une autre perception. Donc des signes encourageants de rĂ©ussite chez certains. Pour autant, il nous reste de nombreuses zones d'ombre Ă  Ă©claircir celle de la lisibilitĂ© de nos dĂ©marches par les familles de la citĂ©, par l'ensemble des collĂšgues ou par l'institution elle-mĂȘme dans sa dimension hiĂ©rarchique. 17Il est difficile encore en effet au sein mĂȘme de l'Ă©cole d'expliquer aux collĂšgues qui ne sont pas associĂ©s Ă  notre travail qu'une pratique de l'Ă©crit pour penser ne s'oppose pas Ă  un travail de structuration de la langue. 18Difficile aussi d'Ă©valuer le travail d'Ă©laboration dans lequel s'opĂšre la construction du sujet et de ses savoirs. Par rapport aux exigences normĂ©es que constituent les Ă©valuations nationales, les effets de notre travail pĂšsent peu sur les rĂ©sultats. MĂȘme si les Ă©valuations de CE2 de cette annĂ©e montrent une amĂ©lioration globale du score moyen en français, par rapport Ă  l'annĂ©e derniĂšre, les rĂ©sultats restent en dessous de la moyenne nationale. Pour autant, nous ne voulons pas ĂȘtre les vilains petits canards » de la circonscription et nous souhaiterions plus de liaison entre le terrain » et nos supĂ©rieurs hiĂ©rarchiques. Un vrai contrat de rĂ©ussite », nĂ©gociĂ© sur la base de la rĂ©alitĂ© des Ă©lĂšves et des problĂšmes Ă  traiter d'urgence. La gestion dĂ©mocratique et citoyenne de la politique des Ă©tablissements reste Ă  inventer. Bruno Seweryn. Trois ans d'expĂ©rimentation, Ă©cole Neffiach Faire Ă©crire - penser les Ă©lĂšves au quotidien en quoi cela contribue-t-il Ă  la construction du sujet singulier et social ? 1 MEIR1EU P. L'Ă©cole ou la guerre civile. Paris, Plon, 1997, p. 11. 19Comme le prĂ©cise Philippe Meirieu1, pour Jules Ferry, la lecture et l'Ă©criture Ă©taient le moyen de libĂ©rer le peuple de toutes ses chaĂźnes. Aujourd'hui, lire et Ă©crire sont devenus pour des milliers d'enfants, une obligation fastidieuse et le dĂ©but de l'Ă©chec. » 20Il s'agit de privilĂ©gier d'autres formes oĂč l'enfant est rĂ©ellement au centre de son Ă©crit cahier d'expĂ©rimentation Charpak - Main Ă  la pĂąte, Ă©crits Ă©pistolaires, cahiers d'Ă©crivain que j'ai appelĂ© cahiers d'Ă©crits quotidiens ». 21Description rapide du cahier d'Ă©crivain c'est un cahier oĂč les Ă©lĂšves Ă©crivent 3 textes par semaine Ă  partir de lanceurs des thĂšmes, des sujets. Ceux-ci sont imposĂ©s, semi-nĂ©gociĂ©s ou nĂ©gociĂ©s. L'Ă©change est effectuĂ© sous forme d'inter-lectures, d'oralisation spontanĂ©e ou choisie par les camarades. Les commentaires sont faits dans une perspective constructive au sein d'un espace de discussion. Le discours de l'enfant s'inscrit donc ici comme maillon dans la chaĂźne verbale puisqu'il rĂ©fĂšre Ă  ce qui a existĂ© et engendre d'autres discours M. Bakhtine. Il est donc plus vrai que pour une seule Ă©valuation du maĂźtre. 2 BAKHTINE M. Le Marxisme et la philosophie du langage. Paris, Editions de Minuit, 22Le discours de l'enfant s'inscrit donc ici de façon dynamique puisqu'il rĂ©fĂšre Ă  ce qui a existĂ© et engendre d'autres discours c'est un Ă©lĂ©ment d' une chaĂźne verbale ininterrompue2 ». Le lire, l'Ă©crire et le parler sont ici Ă©troitement liĂ©s. C'est aussi un espace de parole partagĂ©e et d'exploration ludique du langage mais qui est protĂ©gĂ© par la classe les Ă©crits ne sont pas communiquĂ©s au dehors, on peut choisir de lire ou de ne pas lire Ă  la classe, on peut choisir de ne pas Ă©crire Ă  partir d'un lanceur en utilisant un joker. Lire, Ă©crire pour mieux vivre ensemble. VIAN P., BONNEVIE P. et al. Lecture en fĂȘte – CP, Livre 1Collection Hachette Éducation. Paris, Hachette, 1993, 96 p., p. 18. Illustrations JoĂ«lle Boucher. 23Certains lanceurs sont plus moteurs d'Ă©crits et facteurs de progrĂšs que d' amĂ©liorent la qualitĂ© de ce qui est Ă©crit, la renforcent dans la variĂ©tĂ© de types de sĂ©quences textuelles, la portĂ©e symbolique, l'Ă©paisseur sĂ©mantique. Les enfants se transforment progressivement, leurs postures d'Ă©criture bougent. Les constats 24Sur le plan linguistiqueL'orthographe est spontanĂ©ment mieux maĂźtrisĂ©e dans les premiers jets de 12 % Ă  6 % pour l'Ă©lĂšve le plus fort, de 60 % Ă  30 % d'erreurs pour le plus faible, la conjugaison Ă©galement et en plus elle se complexifie temps, modes. La segmentation du texte en paragraphes et phrases est meilleure et les thĂšmes traitĂ©s sont mieux agencĂ©s selon des progressions linĂ©aires ou Ă©clatĂ©es lĂ  ou la progression se faisait Ă  thĂšme constant Cf., Combettes.Les propos sont plus logiquement enchaĂźnĂ©s, les rĂ©cits s'enrichissent tant au niveau du nombre d'Ă©preuves qu'au point de vue de la polyphonie savoirs mĂ©talinguistiques se dĂ©veloppent conjointement Ă  ces savoirs Ă©pilinguistiques. 25Sur le plan socio-langagierLe contenu des textes s'amĂ©liore progressivement mais individuellement et les lanceurs sont choisis selon une sĂ©quence implicite proche, gĂ©nĂ©ral, imaginaire, argumentatif. Ce dernier point est essentiel dans la construction du Ă©cart existe entre ce que veut faire l'enfant et ce qu'il peut faire, entre ce qu'il veut faire et ce que l'enseignant le croit capable de parents sont Ă©galement concernĂ©s par ce travail et les enfants commencent Ă  faire des calculs sur les lecteurs potentiels 26Sur le plan cognitifLa pensĂ©e des enfants se complexifie, ce qui engendre une nĂ©cessitĂ© d'utiliser du matĂ©riel langagier plus complexe et qui explique les progrĂšs de cet y a progression de l'expression de la cause, de la consĂ©quence, du temps et du lieu. 27Sur le plan psycho affectifLes thĂšmes et mondes dessinĂ©s sont moins Ă©gocentriques, les lanceurs souhaitĂ©s changent de qualitĂ© selon la sĂ©quence passe d'un je vĂ©cu, narrĂ© Ă  un je rĂ©flexif, il se construit une identitĂ© et dĂ©fend sa position en utilisant des arguments mais aussi des procĂ©dĂ©s linguistiques voire graphiques approche pragmatique. IntĂ©rĂȘts. Du point de vue de l'enseignant 28Comment rĂ©cupĂ©rer davantage les apports du CEQ dans la pratique de classe ? Comment conserver l'intĂ©rĂȘt, le faire Ă©voluer ? En effet, je ne touche pas rĂ©ellement tous les types de textes, comme je l'ai dit, car les textes prescriptifs ne sont pas rĂ©els cela favorise certains types d'Ă©crits. Il faut d'autres choses vraies. Conclusion 29En conclusion, cette Ă©tude m'a permis d'effleurer la question suivante Comment le social et le scolaire s'accrochent-ils, notamment au niveau de l'enseignement de la langue ou plutĂŽt de la maĂźtrise des langages ? ».J'ai ouvert plusieurs portes la place de l'oral et de la communication dans la production langagiĂšre et son influence sur l'Ă©crit, la construction de l'identitĂ© chez le sujet Ă©crivant beaucoup, la construction conjointe du rĂ©cit, de l'argumentation et du dĂ©veloppement de l' un citoyen capable d'agir sur la sociĂ©tĂ© n'est donc pas chose facile. NĂ©anmoins, c'est un enjeu majeur de notre systĂšme Ă©ducatif. Il faut donner au futur citoyen une arme la pensĂ©e. Deux moyens de la dĂ©velopper et de l'exprimer la parole et l'Ă©criture. Michel Tozzi. UniversitĂ© Paul ValĂ©ry L'Ă©veil de la pensĂ©e rĂ©flexive chez l'Ă©lĂšve 30La recherche dont il est question part de l'hypothĂšse de la faisabilitĂ© d'une rĂ©flexion philosophique chez l'enfant dans le cadre scolaire. Elle est menĂ©e dans un contexte innovant la philosophie n'intervient en France qu'en classe Terminale de lycĂ©e ; le programme de morale belge vient d'introduire dĂšs la PremiĂšre, de la philosophie, et la ville de Bruxelles dĂ©veloppe dans ses Ă©coles la philosophie pour les enfants, et Ă  un moment oĂč l'Ă©ducation Ă  la citoyennetĂ© re-devient un axe fort de la mission des enseignants. 31Elle s'inscrit dans la mise en Ɠuvre de pratiques favorisant la socialisation dĂ©mocratique des Ă©lĂšves. Elle suppose que l'apprentissage de la rĂ©flexion et d'un dĂ©bat philosophique, par son exigence, d'une part, d'Ă©thique respect de la parole et du point de vue d'autrui, et besoin de lui dans une communautĂ© de recherche, et d'autre part, de dĂ©marches de recherche rigoureuses se questionner, problĂ©matiser, savoir ce dont on parle et si ce qu'on dit est vrai, argumenter rationnellement, est une garantie pour la qualitĂ© du dĂ©bat dĂ©mocratique, une vigilance vis-Ă -vis de dĂ©rives doxologiques ou sophistiques. 32Elle vise par ailleurs Ă  contribuer Ă  un dĂ©veloppement de l'autonomie intellectuelle de l'enfant, au penser par soi-mĂȘme », Ă  la rĂ©flexion personnelle sur le monde, autrui et soi-mĂȘme. 33D'oĂč l'expĂ©rimentation en classe de situations ou dispositifs d'entretiens et de discussions philosophiques, Ă  partir ou non de la mĂ©thode de Lipman sur la philosophie pour enfants, en essayant de formaliser les pratiques, dans leurs tenants et leurs aboutissants. Les entretiens consistent, sur des thĂšmes susceptibles d'intĂ©resser les enfants, Ă  les interroger pour qu'ils mettent en mots et questionnent leur expĂ©rience, cherchent Ă  dĂ©finir Ă  travers les mots, les notions qui permettent de penser le monde, fasse des distinctions verbo-conceptuelles, donnent de bonnes raisons » par rapport Ă  ce qu'ils affirment. Par rapport Ă  l'entretien philosophique de groupe », oĂč l'enseignant privilĂ©gie son interaction personnelle avec les Ă©lĂšves, celui-ci dans la discussion philosophique, privilĂ©gie et mĂ©diatise l'interaction entre les Ă©lĂšves eux-mĂȘmes, en rĂ©gulant les conflits socio-cognitifs. 34Les Ă©lĂšves sont, si possible, rĂ©unis pour ces moments philosophiques en groupes restreints, en demi-cercle, Ă  une pĂ©riode par exemple hebdomadaire stabilisĂ©e, et assez courte ; Ă  des fins d'analyse ; est constituĂ©e une banque d'entretiens et de discussions enregistrĂ©es, des scripts de ces enregistrements et des textes de description sont rĂ©alisĂ©s. Richard ÉTIENNE. Directeur du site IUFM de Montpellier. Équipe ESTEREL Quelle conception de la citoyennetĂ© dans quelques mĂ©moires professionnels d'enseignants stagiaires en 1997-1998 ? 3 Pour une Ă©tude du mĂ©moire professionnel et de son rĂŽle dans la formation des enseignants, on pourr ... 35L'oral et l'Ă©crit rĂ©flexifs dans la classe ne peuvent s'inscrire dans une perspective de dĂ©veloppement de la citoyennetĂ© que si les enseignants reconnaissent Ă  ces deux activitĂ©s leur contribution Ă  la formation de la femme ou de l'homme dans une citĂ© moderne Ă©crire - parler pour penser. Autrement dit, leur projet devient d'aider les Ă©lĂšves Ă  construire une attitude singuliĂšre qui en fasse des citoyens capables d'Ă©laborer une pensĂ©e personnelle. Le rĂŽle du langage dans la construction d'une personnalitĂ© unique mais prĂȘte Ă  Ă©changer, Ă  partager avec les autres, s'avĂšre primordial. Il m'a donc semblĂ© opportun3 de faire une analyse des mĂ©moires professionnels des professeurs d'Ă©cole stagiaires PE2 qui ont choisi de traiter ce sujet de la citoyennetĂ© en 1997-1998 sur le site de Montpellier. L'intention de cette lecture est donc de questionner la conception de la citoyennetĂ© dans les productions des stagiaires et des Ă©lĂšves. 36Cette contribution s'appuie sur la lecture de cinq mĂ©moires professionnels soutenus Ă  Montpellier en juin 1998. Le tableau ci-contre renvoie aux documents sur lesquels nous avons travaillĂ©. Nous n'avons Ă©tĂ© ni le directeur, ni l'assesseur d'aucun de ces travaux. Pourquoi travailler la citoyennetĂ© sur des mĂ©moires professionnels de PE2 ? 4 LE BOTER G. De la compĂ©tence essai sur un attracteur Ă©trange. Paris, Les Ă©ditions d'organisati ... 37Le rĂŽle de l'enseignant dans l'acquisition du langage n'Ă©tant plus Ă  souligner, reste Ă  dĂ©terminer quelle langue il parle lui-mĂȘme quand il Ă©tudie la classe, s'il privilĂ©gie l'individualisme Ă©valuation traditionnelle ou s'il entend proposer un dĂ©veloppement des compĂ©tences collectives Guy Le Boterf4. Ce qui revient Ă  dĂ©terminer le statut qu'il accorde Ă  la parole orale ou Ă©crite des Ă©lĂšves. 38Il est difficile de distinguer la parole professionnelle de la parole personnelle du stagiaire dans des Ă©crits destinĂ©s Ă  rapporter une rĂ©flexion sur une expĂ©rience professionnelle. 5 ÉTIENNE R. Une clef de voĂ»te du mĂ©moire professionnel », in Cahiers pĂ©dagogiques, № 373. 1999, ... 39Seule des cinq stagiaires concernĂ©s, CP commence par un rĂ©cit. Elle dĂ©crit les difficultĂ©s de Khalid. Les autres jouent sur leur projet ou sur un diagnostic global. Cette conception du mĂ©moire professionnel tend Ă  en faire un travail de recherche dans lequel l'implication de l'auteur est mal venue, oĂč il est malsĂ©ant de se transformer en narrateur ou encore, a fortiori, en personnage singulier. Or, si l'Ă©lĂšve est une personne, l'enseignant est aussi une personne, c'est mĂȘme un personnage dans la piĂšce soumise aux unitĂ©s de lieu, de temps et d'action qui se joue dans la classe. Le faire disparaĂźtre et gommer son engagement, ne serait-ce que pour des raisons rhĂ©toriques ou liĂ©es Ă  l'Ă©mergence d'un nouveau type d'Ă©crit me paraĂźt peu citoyen »5. Écrire sur soi dans la classe, dans l'École, au milieu des Ă©lĂšves, des collĂšgues et des parents, n'est-ce pas s'exposer, tĂ©moigner ? La disparition derriĂšre un enseignant type me semble Ă  l'opposĂ© de l'effort actuel de personnalisation. Il est vrai, et nous y reviendrons, que la dĂ©mocratie Ă©prouve quelque peine actuellement Ă  faire preuve de respect pour les personnes. On ne peut dĂšs lors comprendre l'origine de l'actuelle discrĂ©tion des stagiaires dans leur engagement personnel, du moins tel que le traduit ou le trahit le mĂ©moire professionnel. 6 Regroupement des diverses formes de mots possĂ©dant une racine commune pour aboutir Ă  une statistiq ... 7 DEFRANCE B. La planĂšte lycĂ©enne. Paris, Syros, 1996. 8 GAILLARD J. Beau comme l'antique. Arles, Actes Sud, 1995. 40La lecture attentive des cinq mĂ©moires et l'Ă©tude informatisĂ©e de lemmatisation6 permettent de dresser un premier constat sur les valeurs liĂ©es Ă  la citoyennetĂ© sur cinq mĂ©moires Ă©tudiĂ©s, deux seulement utilisent des dĂ©rivĂ©s de dĂ©mocrat[...] ». En revanche, citoyennetĂ© » apparaĂźt toujours et il est liĂ© Ă  socialisation, insertion, intĂ©gration et cohĂ©sion ». Cela ne fait que confirmer deux constats que les travaux les plus rĂ©cents rĂ©affirment ce n'est pas la dĂ©mocratie qui est visĂ©e principalement dans l'Ă©ducation Ă  la citoyennetĂ©, car elle impose des dĂ©bats et un mode de dĂ©cision, situation bien gĂȘnante pour une École fondant la dissymĂ©trie des pouvoirs sur la dissymĂ©trie des savoirs. Les Ă©crits de B. Defrance7 sont Ă©loquents dans ce domaine. En revanche, la contrainte du groupe impose Ă  l'enseignant de construire une cohĂ©sion fondĂ©e sur ce que J. Gaillard8 appelle la vision romaine de la loi et du droit ce ne sont pas tant leur rĂ©daction collective qui importe que leur respect par le citoyen. Cela n'est pas critiquable en soi mais la rĂ©duction de la dĂ©marche citoyenne Ă  un dispositif ingĂ©nieux pour Ă©prouver la nĂ©cessitĂ© de rĂšgles doit attirer l'attention de tous sur la dilution de l'attitude citoyenne dans une perspective de simple rĂ©flexion en commun. 41Ces remarques m'incitent Ă  proposer un recentrage sur la notion mĂȘme de citoyennetĂ© telle qu'elle peut et doit figurer dans la communication orale et Ă©crite au sein de la classe et de l'Ă©cole. Cette attitude revient Ă  moins invoquer la citoyennetĂ© Ă  tout propos et donc hors de propos pour la situer dans sa rĂ©elle sphĂšre d'intĂ©rĂȘt les dĂ©cisions collectives et l'apprĂ©ciation de l'efficacitĂ© d'une pareille conception des rapports sociaux. Quels propos sur la citoyennetĂ© ? 9 CHAGNOLLAUD D. Dictionnaire de la vie politique et sociale. Paris, Hatier, 1993. 42Il y a de grandes et graves confusions entre civilitĂ©, civisme et citoyennetĂ©. Elles sont entretenues d'ailleurs par les instructions officielles IO et encouragĂ©es par le discours ambiant. Il faudrait donner un sens solide, dur », au terme citoyen » pour Ă©viter de le dissoudre dans la cohĂ©sion CP, la solidaritĂ© ou le dĂ©veloppement OB, voire l'insertion ou l'intĂ©gration CP ou encore le respect des diffĂ©rences MV. Seul, NV ne confond pas le concept avec d'autres, mĂȘme s'il insiste trop sur l'opposition scolaire des droits et des devoirs p. 4, car il consent Ă  s'interroger sur ce qui dĂ©termine la citoyennetĂ© au regard des textes Donc, la citoyennetĂ© ou qualitĂ© de citoyen que l'on peut aussi dĂ©finir comme Ă©tant la participation, directe ou indirecte, au gouvernement de la citĂ© Chagnollaud n'est pas naturelle mais s'acquiert. » p. 5. 43Sa contribution va plus loin. Elle respecte le programme aujourd'hui confiĂ© Ă  l'Ă©ducation Ă  la citoyennetĂ©, qui dĂ©passe l'instruction ou l'Ă©ducation civiques, en ce sens qu'il faut bien Ă©voquer la perspective d'un apprentissage du droit de citĂ©, d'une appropriation risquĂ©e d'un concept pour lequel il faudra une rupture marquĂ©e entre l'Ă©cole, mĂ©taphore de la citĂ©, et l'entrĂ©e dans la vie politique, la citĂ© rĂ©elle. Ce que nous propose Ă©galement NV p. 3 10 DRORY D. Cris et chĂątiments», in Du bon usage de l'agressivitĂ©. Paris, Éd. conj. De Boeck - B ... Mais comment l'Ă©cole peut-elle participer Ă  l'Ă©ducation Ă  la citoyennetĂ© ? D'aprĂšs Diane Droryt10, l'Ă©tablissement de barriĂšres, de limites, de rĂšgles semble ĂȘtre une Ă©tape indispensable afin que les enfants puissent les tester, seule façon pour eux de savoir si elles sont valables et durables. Comment dĂ©finir ces rĂšgles si ce n'est en rĂ©fĂ©rence Ă  des droits et des devoirs communs Ă  chaque individu de la classe, de l'Ă©cole ? » 44Si la thĂ©orie de la citoyennetĂ© est bien situĂ©e sur son axe politique, il faut en venir aux pratiques de classe et d'Ă©cole, du moins Ă  un discours Ă©crit sur lesdites pratiques. 45L'Ă©cole est un lieu d'interdits. Ainsi l'effort de NV p. 12 pour obtenir des rĂšgles se heurte-t-il Ă  une capacitĂ© plus grande Ă  inventer des devoirs qu'Ă  imaginer les droits les sous-tendant dĂ©clarations des droits et non des devoirs Si l'on compte l'ensemble des rĂšgles des quatre groupes, on arrive Ă  quarante-quatre. Bien entendu, il y a une certaine redondance entre les groupes. Toutefois, il est frappant de noter que sur ces quarante-quatre propositions, une seule correspond Ă  un droit avoir le droit de parler sans qu'on nous gĂȘne. Pour ces enfants, les rĂšgles de l'Ă©cole sont donc fortement ressenties comme une somme de contraintes contre lesquelles il n'aurait qu'un droit, celui de se taire. Ce qui laisse prĂ©sager un travail en profondeur sur la formation du citoyen actif. Les rĂšgles soulignĂ©es respecter les femmes Ă  l'Ă©cole et ĂȘtre autonome sont, Ă  mon avis, le rĂ©sultat du travail incessant du titulaire de la classe qui insiste beaucoup sur l'autonomie des enfants et sur la place de la femme dans un milieu social oĂč elle n'est pas toujours considĂ©rĂ©e comme l'Ă©gale de l'homme. » 11 ETIENNE R. Ă  paraĂźtre Six Ă©lĂšves hĂ©sitant entre un rapport de soumission et un rapport de di ... 46La parole des Ă©lĂšves Ă  l'Ă©cole se situe immĂ©diatement dans le registre du devoir et ne s'autorise pas Ă  revendiquer ce qui est fondateur de la citoyennetĂ© des droits. Cette omniprĂ©sence de la rĂšgle nous a Ă©tĂ© confirmĂ©e par d'autres 47La citoyennetĂ© est-elle un brevet ou un droit ? Les IO de 1985 citĂ©es par NV stipulent On naĂźt citoyen. On devient un citoyen Ă©clairĂ©. » Une telle Ă©normitĂ© introduit le germe d'une citoyennetĂ© au mĂ©rite pour ceux qui ne peuvent plus bĂ©nĂ©ficier du droit du sol ! Dans ce cas, il est risquĂ© de commencer Ă  jouer sur les mots, notamment ceux qui risquent d'entraĂźner une perte du sens traditionnel, national de la citoyennetĂ© au profit d'un droit du sang » qui a pour corollaire l'acquisition au mĂ©rite » abandonnĂ© en 1998 par nos voisins allemands. 48Peut-on prĂ©fĂ©rer la formule de l'Ă©ducation de l'Ă©lĂšve et du citoyen comme personne Ă  l'Ă©ducation Ă  la citoyennetĂ© ? CP p. 18 rencontre cette question dans son parcours et tente de lui donner une rĂ©ponse en termes d'Ă©ducation L'enfant est donc l'acteur essentiel de la construction de ses apprentissages sollicitĂ© par l'enseignant, c'est Ă  lui d'analyser la situation proposĂ©e, les difficultĂ©s rencontrĂ©es, et de rechercher les moyens nĂ©cessaires pour s'y adapter ; mais dans ce type d'activitĂ© plus que dans les activitĂ©s fondamentales, les problĂšmes posĂ©s le sont Ă  l'ensemble du groupe ; pourquoi ne pas parler alors de â€čconstructivisme collectifâ€ș ? » 12 ARDOINO J. Les enjeux de la dĂ©centralisation», in Cahiers pĂ©dagogiques, № 325. 1994 p. 14-15. 49Nous nous trouvons au bord de la notion ingĂ©nieuse de J. Ardoino12faisant remarquer que mieux que l'acteur, l'auteur est celui qui s'autorise Ă  penser et Ă  Ă©crire par lui-mĂȘme. La dĂ©mocratie repose sur la notion de nĂ©gatricitĂ© ». Le fait de dire non, d'argumenter son refus, est un droit inaliĂ©nable en dĂ©mocratie. Est-il si dĂ©sirable dans la classe ? Les jeunes enseignants semblent le penser timidement. Qu'en est-il du discours constant de l'Ă©cole en la matiĂšre ? 50Pendant la premiĂšre journĂ©e de ce colloque, M. Laparra a insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© d'apprendre l'Ă©cole aux Ă©lĂšves, de distinguer soigneusement le privĂ© du public. Il faut donc traiter la question Ă©thique que posent ces mĂ©moires quel sens donne l'institution Ă  sa mission d'Ă©ducation qui a succĂ©dĂ©, en 1937, Ă  celle d'instruction ? L'Ă©cole n'est-elle pas gĂȘnĂ©e dans son projet transmissif par le fonctionnement dĂ©mocratique ? Le savoir est-il objet de dĂ©bat ou enjeu d'appropriation ? 51Le glissement du civique Ă  la citoyennetĂ© et l'instruction Ă  l'Ă©ducation a bien un sens qu'il faut interroger. Les mĂ©moires professionnels constituent un Ă©crit prĂ©cieux pour repĂ©rer et comprendre les Ă©volutions actuelles et Ă  venir des pratiques de classe ce parcours rapide de cinq d'entre eux permet de repĂ©rer le besoin de clarification des concepts institutionnels autour de la citoyennetĂ© et d'affirmer la nĂ©cessitĂ© d'une didactique de l'apprentissage citoyen qui est, par nature confiĂ©, Ă  l'oral et Ă  l'Ă©crit rĂ©flexifs.
jamaisil ne va se taire chuis david garçon au flows qui t'excite au rimes qui te rythme dans le jargon du kstreet tu kif le hiphop balaise! ta une place si ton flow me mets alaise ici je me la joue comme fifty cents passe moi le micn,je reprensente tous mes frÚro ki kiff l'oseille t'a le flouz ok passe moi ton blouz ici jamel debouz
Tableau 5. Ce qui est lĂ  Aube. ForĂȘt. Rocher. Arbres blancs. Nawal 14 ans. Wahab. NAWAL. Wahab ! Ecoute-moi. Ne dis rien. Non. Ne parle pas. Si tu me dis un mot, un seul, tu pourrais me tuer. Tu ne sais pas encore, tu ne sais pas le bonheur qui va ĂȘtre notre malheur. Wahab, j’ai l’impression qu’à partir du moment oĂč je vais laisser Ă©chapper les mots qui vont sortir de ma bouche, tu vas mourir toi aussi. Je vais me taire, Wahab, promets-moi alors de ne rien dire, s’il te plaĂźt, je suis fatiguĂ©e, s’il te plaĂźt, laisse le silence. Je vais me taire. Ne dis rien. Ne dis rien. Elle se tait. Je t’ai appelĂ© toute la nuit. J’ai couru toute la nuit. Je savais que j’allais te trouver au rocher aux arbres blancs. Je voulais le hurler pour que tout le village l’entende, pour que les arbres l’entendent, que la nuit l’entende, pour que la lune et les Ă©toiles l’entendent. Mais je ne pouvais pas. Je dois te le dire Ă  l’oreille, Wahab, aprĂšs, je ne pourrai plus te demander de rester dans mes bras mĂȘme si c’est ce que je veux le plus au monde, mĂȘme si j’ai la conviction que je serai Ă  jamais incomplĂšte si tu demeures Ă  l’extĂ©rieur de moi, mĂȘme si, Ă  peine sortie de l’enfance, je t’avais trouvĂ©, toi, et qu’avec toi je tombais enfin dans les bras de ma vraie vie, je ne pourrai plus rien te demander. Il l’embrasse. J’ai un enfant dans mon ventre, Wahab ! Mon ventre est plein de toi. C’est un vertige, n’est-ce pas ? C’est magnifique et horrible, n’est-ce pas ? C’est un gouffre et c’est comme la libertĂ© aux oiseaux sauvages, n’est-ce pas ? Et il n’y a plus de mots ! Que le vent ! Quand j’ai entendu la vieille Elhame me le dire, un ocĂ©an a Ă©clatĂ© dans ma tĂȘte. Une brĂ»lure. WAHAB. Elhame se trompe peut-ĂȘtre. NAWAL. Elhame ne se trompe pas. Je lui ai demandĂ© Elhame, tu es sĂ»re? » Elle a rigolĂ©. Elle m’a caressĂ© le visage. Elle m’a dit qu’elle a fait naĂźtre tous les enfants du village depuis quarante ans. Elle m’a sortie du ventre de ma mĂšre. Elhame ne se trompe pas. Elle m’a promis qu’elle ne dira rien Ă  personne. Ce ne sont pas mes affaires, elle a dit, mais dans deux semaines au plus tard, tu ne pourras plus le cacher. » WAHAB. On ne le cachera pas. NAWAL. On nous tuera. Toi le premier. WAHAB. On leur expliquera. NAWAL. Tu crois qu’ils nous Ă©couteront ? WAHAB. De quoi as-tu peur, Nawal ? NAWAL. Tu n’as pas peur, toi ? Temps Pose ta main. Qu’est-ce que c’est ? Je ne sais pas si c’est la colĂšre, je ne sais pas si c’est la peur, je ne sais pas si c’est le bonheur. OĂč serons-nous, toi et moi, dans cinquante ans ? WAHAB. Nawal, Ă©coute-moi. Cette nuit est un cadeau. Je n’ai peut-ĂȘtre pas de tĂȘte pour dire ça, mais j’ai un cƓur, et il est solide. Il est patient. Ils crieront, nous les laisserons crier. Ils injurieront, nous les laisserons injurier. Peu importe. A la fin, aprĂšs leurs cris et leurs injures, il restera toi, moi et un enfant de toi et moi. Ton visage, mon visage dans le mĂȘme visage. J’ai envie de rire. Ils me frapperont mais moi, toujours, j’aurai un enfant au fond de ma tĂȘte. NAWAL. Maintenant que nous sommes ensemble, ça va mieux. WAHAB. Nous serons toujours ensemble. Rentre chez toi, Nawal. Attends qu’ils se rĂ©veillent. Quand ils te verront, Ă  l’aube, assise Ă  les attendre, ils t’écouteront parce qu’ils sauront que quelque chose d’important est arrivĂ©. Si tu as peur, pense qu’au mĂȘme moment je serai chez moi, attendant que tous se rĂ©veillent. Et je leur dirai. L’aube n’est pas loin. Pense Ă  moi comme je pense Ă  toi, et ne te perds pas dans le brouillard. N’oublie pas maintenant que nous sommes ensemble, ça va mieux. Nawab part. Incendies, Wajdi Mouawad, Le sang des promesses / 2, Ed. Babel, pp. 32-35. N’oubliez pas non plus qu’il est impossible de travailler un texte sans l’Ɠuvre complĂšte. Vous pouvez acheter le livre en ligne et le rĂ©cupĂ©rer dans la librairie la plus proche via ce lien Place des Libraires Incendies — Wajdi Mouawad A travailler en Ă©coutant la formidable bande-originale signĂ©e Radiohead utilisĂ©e dans l’adaptation cinĂ©matographique de Denis Villeneuve → Voir aussi notre liste de textes et de scĂšnes issus du théùtre, du cinĂ©ma et de la littĂ©rature pour une audition, pour le travail ou pour le plaisir
Quandton frĂšre te taquine ou t'intimide, le simple fait d'ĂȘtre assertif peut aider Ă  le faire taire. Être assertif dans des situations de taquinerie ou d'intimidation peut aider Ă  faire taire ton petit frĂšre. N'oublie pas : tu as le droit d'ĂȘtre respectĂ© dans ta maison et ses moqueries violent ce droit. Accueil Jeux Ă©ducatifs J'apprends Ă  Ă©crire Chargement en cours... Le produit sous toutes ses coutures RACONTE MOI UNE HISTOIREJ'apprends Ă  Ă©crire de Clementoni est un jeu Ă©ducatif simple et divertissant qui enseigne aux enfants comment Ă©crire leurs premiĂšres lettres et leurs premiers mots en utilisant les ardoises effaçables et les feutres. Les ardoises effaçables permettent aux enfants de s'entraĂźner indĂ©finiment et ainsi d'amĂ©liorer leur Ă©criture en se perfectionnant par la pratique. Votre enfant dĂ©couvrira l'Ă©criture de façon amusante et progressive. CARACTÉRISTIQUES = = = = RÉFÉRENCES CODE INTERNE 852608 CODE EAN 8005125523610 RÉFÉRENCE FABRICANT 52361
АŐČя ሜ ĐșĐ°ŃˆáˆžÎ»á‹ĄÎșŐĄÏ€ĐŐšá‹ Đ”Đ± ŃŃ€áŠŸĐ· á‹ Ï…Ő„á‰°Ń†á‹ ÏÎž Đ”ŐŽĐŸĐČĐžÏ‚Î›ĐžĐłŃƒĐœ Đžáˆ©Ö‡ŃĐ» Î”áŽá‹ŽÏÖ…Đ¶á†
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Cequi m’a le plus inter­pellĂ© pendant la lecture des poly­co­piĂ©s Ă©tait la place de l’in­vo­lon­taire dans notre vie ordi­naire, en dehors des mala­dies ou des sĂ©ances de katsu­gen undƍ.Par exemple, lors­qu’on apprend Ă  conduire, en quelques jours, les gestes qu’on a besoin de contrέler au dĂ©but deviennent des rĂ©flexes condi­tion­nĂ©s par le systĂšme moteur Salem 3alikoum, FrĂšres et SƓurs, Voici pour vous une sĂ©lection de dix sourates du Saint Coran, parmi les plus courtes et assez facile Ă  apprendre, grĂące au texte phonĂ©tique et au fichier sonore associĂ©. La rĂ©citation de ces sourates est assez lente, pour vous permettre de bien Ă©couter et bien prononcer. Je vous souhaite un bon apprentissage, Inch’ Au nom d’Allah, le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs Louange Ă  Allah, Seigneur de l’univers. 3- Le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs MisĂ©ricordieux, 4- MaĂźtre du Jour de la rĂ©tribution. 5- C’est Toi [Seul] que nous adorons, et c’est Toi [Seul] dont nous implorons secours. 6- Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblĂ©s de faveurs, 7- non pas de ceux qui ont encouru Ta colĂšre, ni des Ă©garĂ©s. Amine “Amine” ne fait pas parti de la sourate mais est seulement lĂ  pour complĂ©ter l’invocation faite dans la sourate1- Bismillahi Rahmani Rahime 2- Alhamdou lillahi rabi l’alamine 3- A rahmani Rahime 4- Maliki yawmiddine 5- Iyaka na’abodo wa iyaka nasta’ine 6- Ihdina siratal mostakime Siratal ladina an’amta alayhime, 7- Rayri l’maRdobi alayhime wa la da line. Amine “Amine” ne fait pas parti de la sourate mais est seulement lĂ  pour complĂ©ter l’invocation faite dans la sourateAu nom d’Allah, le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi envers les gens de l’ÉlĂ©phant. 2- N’a-t-Il pas rendu leur ruse complĂštement vaine?4- qui leurlançaient des pierres d’argile ? 5- Et Il les a rendus semblables Ă  de la paille Alam tara kayfa fa’ala rabouka bi as’habil’fiil 2- Alam yaj’al kaydahoum fii tadlil 3- Wa arssala alayhim tayrane abaabil 4- Tarmihim bi hijarati mine sijjile 5- Faja’alahoum ka asfine ma-koul. Le Saint Coran – Sourate 106 – AL QURAISH Traduction Au nom d’Allah, le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs MisĂ©ricordieux. 1- A cause du pacte des CoraĂŻch, 2- De leur pacte [concernant] les voyages d’hiver et d’étĂ©. 3- Qu’ils adorent donc le Seigneur de cette Maison la Kaaba. 4- qui les a nourris contre la faim et rassurĂ©s de la crainte ! Prononciation Rahmani Rahime 1- Li ilaafi qouraych 2- iilafihim rihlata-shitai wa sayf 3- Fal’ya’boudou rabba hadal’bayt 4- Alladi At’amahoum mine jou’ine wa aamanahoum mine khaouf. Le Saint Coran – Sourate 107 – AL MAUN Traduction Au nom d’Allah, le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs MisĂ©ricordieux. 1- Vois-tu celui qui traite de mensonge la RĂ©tribution ? 2- C’est bien lui qui repousse l’orphelin, 3- et qui n’encourage point Ă  nourrir le pauvre. 4- Malheur donc, Ă  ceux qui prient 5- tout en nĂ©gligeant et retardant leur Salat, 6- qui sont pleins d’ostentation, 7- et refusent l’ustensile Ă  celui qui en a besoin. Prononciation Rahmani Rahime 1- Ara ayta lladi youkadibou biddine 2- Fadalika lladi yadou’ou l’yatima 3- Wa la yahoudou ala ta’ami l’miskine 4- Fa wayloune lil’moussalina 5- Alladina houm an salatihim sahoun 6- Alladina houm youra oun 7- Wa yamna ounal ma’oun Le Saint Coran – Sourate 108 – AL KAUTHAR Traduction Au nom d’Allah, le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs MisĂ©ricordieux. 1- Nous t’avons certes, accordĂ© l’Abondance. 2- Accomplis la Salat pour ton Seigneur et sacrifie. 3- Celui qui te hait sera certes, sans postĂ©ritĂ©. Prononciation Rahmani Rahime 1- Inna a’taynaka al-kawtar 2- Fassalli li rabica wa n’hare 3- Inna chaniyaka houwa l’abtar Le Saint Coran – Sourate 109 – AL KAFIRUN Traduction Au nom d’Allah, le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs MisĂ©ricordieux. 1- Dis Ô vous les infidĂšles ! 2- Je n’adore pas ce que vous adorez. 3- Et vous n’ĂȘtes pas adorateurs de ce que j’adore. 4- Je ne suis pas adorateur de ce que vous adorez. 5- Et vous n’ĂȘtes pas adorateurs de ce que j’adore. 6- A vous votre religion, et Ă  moi ma religion». Prononciation Rahmani Rahime 1- Qoul ya ayouhal’kaafiroune 2- La a’boudou maa ta’boudoune 3- wa la antoum aabidouna ma a’boud 4- Wa la ana a’bidou-ma abadtoum 5- Wa la antoum abidouna ma a’boud 6- Lakoum diinoukoum wa lia diin. Le Saint Coran – Sourate 110 – AL NASR Traduction Au nom d’Allah, le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs MisĂ©ricordieux. 1- Lorsque vient le secours d’Allah ainsi que la victoire, 2- et que tu vois les gens entrer en foule dans la religion d’Allah, 3- alors, par la louange, cĂ©lĂšbre la gloire de ton Seigneur et implore Son pardon. Car c’est Lui le grand Accueillant au repentir. Prononciation Rahmani Rahime 1- Ida ja a nasroullahi wa l’fath 2- Wa ra-ayta nassa yadkhoulouna fi diinillahi afwaja 3- Fassabih bi hamedi rabbika wastarfirh Innahou kaana tawaabaa. Le Saint Coran – Sourate 111 – AL MASSAD Traduction Au nom d’Allah, le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs MisĂ©ricordieux. 1- Que pĂ©rissent les deux mains d’Abu-Lahab et que lui-mĂȘme pĂ©risse. 2- Sa fortune ne lui sert Ă  rien, ni ce qu’il a acquis. 3- Il sera brĂ»lĂ© dans un Feu plein de flammes. 4- de mĂȘme sa femme, la porteuse de bois, 5- Ă  son cou, une corde de fibres. Prononciation Rahmani Rahime 1- Tabbat yada abi Lahabin wa tabb 2- Ma arna anhou malouhou wa ma kassab 3- Sa yasla naran dhata lahab 4- Wa mra atouhou hammalatal hatab 5- Fi’ jidiha habloum min massad Le Saint Coran – Sourate 112 – AL IKHLAS Le prophĂšte Mohammed sallallahou alayhi wa sallam a dit que cette sourate reprĂ©sentait 1/3 du Coran de par sa signification. C’était pour rĂ©pondre Ă  des personnes disant que cette sourate Ă©tait trĂšs courte. Traduction Au nom d’Allah, le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs MisĂ©ricordieux. 1- Dis Il est Allah, Unique. 2- Allah, Le Seul Ă  ĂȘtre implorĂ© pour ce que nous dĂ©sirons. 3- Il n’a jamais engendrĂ©, n’a pas Ă©tĂ© engendrĂ© non plus. 4- Et nul n’est Ă©gal Ă  Lui». Prononciation Rahmani Rahime 1- Qoul houwa’llahou ahad 2- Allahou samade 3- Lame yalid wa lame youlad 4- Wa lame yacoune lahou koufouane ahad Le Saint Coran – Sourate 113 – AL FALAQ Traduction Au nom d’Allah, le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs MisĂ©ricordieux. 1- Dis Je cherche protection auprĂšs du Seigneur de l’aube naissante, 2- contre le mal des ĂȘtres qu’Il a créés, 3- contre le mal de l’obscuritĂ© quand elle s’approfondit, 4- contre le mal de celles qui soufflent les sorciĂšres sur les noeuds, 5- et contre le mal de l’envieux quand il envie». Prononciation Rahmani Rahime 1- Qoul a’oudou birabil falaq 2- Min chari maa khalaq 3- Wa min chari ghaassiqin ida waqab 4- Wa min chari nnaffaatati fil ouqad 5- Wa min chari hassidine ida hassad. Le Saint Coran – Sourate 114 – AL NAAS Traduction Au nom d’Allah, le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs MisĂ©ricordieux. 1- Dis Je cherche protection auprĂšs du Seigneur des hommes. 2- Le Souverain des hommes, 3- Dieu des hommes, 4- contre le mal du mauvais conseiller, furtif, 5- qui souffle le mal dans les poitrines des hommes, 6- qu’il le conseiller soit un djinn, ou un ĂȘtre humain». Prononciation Rahmani Rahime 1- Qoul A’oudou birabi nnass 2- Maliki nnass 3- Illahi nnass 4- Min charril waswassil khannass 5- Alladi youwaswisso fi soudouri nnass 6- Minal jinnati wa nnass.

Ellen'a d'ailleurs pas dit que ce pouvoir s'exerçait sur la création (ce qui serait évidemment déconnecté de la réalité puisqu'un immense nombre d'auteurs n'ont jamais fait d'études de lettres universitaires, mais ça serait également déconnecté de la réalité de dire que ces études n'influencent pas certains auteurs ou éditeurs qui les suivent). Bref, encore une fois,

Gagner de l’argent en Ă©crivant est un Eldorado qui peut sembler inaccessible. On se reprĂ©sente l’auteur comme un ĂȘtre incompris, amaigri par les privations, s’éclairant Ă  la bougie dans sa chambre de bonne, classant une Ă  une dans un dossier Vengeance » les lettres de refus des Ă©diteurs
 Sachez pourtant qu’il existe un grand nombre de mĂ©tiers possibles pour ceux qui aiment gratter. Alors, j’en ai compilĂ© 25, que j’ai dĂ©crits, avec tous les articles, les livres et les formations pour y parvenir. Alors, si avec ça vous ne parvenez pas Ă  trouver comment gagner votre vie avec vos Ă©crits, je ne sais vraiment plus quoi faire de vous. 😉 Gagner de l’argent en Ă©crivant des articles Journaliste Le mĂ©tier de journaliste peut prendre de trĂšs nombreuses formes. Cela va du grand reporter au rĂ©dacteur de piges pour les dĂ©pĂȘches, en passant par les articles de magazines spĂ©cialisĂ©s, comme les journalistes scientifiques. Comme vous pouvez le lire dans mon article Comment devenir journaliste sans diplĂŽme, vous pouvez trĂšs bien crĂ©er vous-mĂȘme votre mĂ©tier de journaliste, et vous faire connaĂźtre par votre propre blog ou chaĂźne Youtube. Vous y trouverez toutes les ressources nĂ©cessaires. Alors, plutĂŽt que de passer 5 ans Ă  la fac et dans une Ă©cole de journalisme, puis les 5 annĂ©es suivantes en tant que stagiaire ou pigiste vivant sous le seuil de pauvretĂ©, attaquez directement par l’exercice de votre passion en enquĂȘtant, rĂ©digeant et relatant sur les sujets qui vous touchent le plus, et en les diffusant vous-mĂȘme. Certes, vous serez au RSA, mais c’est mieux payĂ© que stagiaire, et vous gagnerez aussi quelques annĂ©es, en Ă©prouvant immĂ©diatement les rĂ©alitĂ©s du mĂ©tier. Et vous vous ferez connaĂźtre du grand public de maniĂšre bien plus sĂ»re qu’en signant un pauvre billet quotidien dans 20mn. Non, personne ne lit le nom du gars qui a Ă©crit Melun Ivre, il percute un piĂ©ton dans un parking. » Mais bien plus de monde connaĂźtra la chaĂźne Youtube Le roi de l’enquĂȘte » ou le blog Justice et libertĂ© » ou encore Au cƓur de la science ». Il ne s’agit pas ici de gagner votre vie avec cette chaĂźne ou ce blog bien que je vous le souhaite, mais de vous en servir en guise d’école de journalisme, et en considĂ©rant ces mĂ©dias comme un moyen plus sĂ»r de vous faire remarquer. Ensuite, vous pourrez envoyer des articles Ă  des journaux, des magazines. Vous ĂȘtes dĂ©jĂ  connu vous avez dĂ©jĂ  des lecteurs. Écrire pour vendre Copywriter Le copywriter est au rĂ©dacteur web ce que le gratin dauphinois est au plat de patates. AprĂšs-tout, ce plat serait-il devenu cĂ©lĂšbre si le radin Duc Charles-Henri de Clermont-Tonnerre qui a lui-mĂȘme un nom qui claque, n’avait pas choisi de servir aux officiers ce plat de patates au lait, et pour faire passer la pilule de l’absence de chevreuil, n’avait-il pompeusement nommĂ© celui-ci ? Vous l’avez compris, le copywriter est mi-poĂšte, mi-renard. Il faut trouver le terme qui sĂ©duira et permettra aux larges becs de laisser tomber leur proie. Être un bon copywriter, c’est connaĂźtre les ficelles du marketing, de la rhĂ©torique et de la psychologie. Ça ne s’apprend pas en un jour, mais si vous lisez, ne serait-ce que quelques ouvrages et de bons blogs sur le sujet, vous deviendrez dĂ©jĂ  bien meilleur que la grande majoritĂ© des rĂ©dacteurs web qui ne s’intĂ©ressent pas Ă  ce domaine. Et les copywriters qui savent bosser, gagnent des sommes qui s’envolent loin au-dessus des problĂ©matiques de concurrence dĂ©loyale dĂ©localisĂ©e. Je dis ça, je dis rien. Pour apprendre le copywriting, 2 blogs Copywriting-pratique. Plus de 500 articles Ă  consommer sans modĂ©ration ! Lifestylers, le blog inspirĂ© de Greg, qui vous apprendra beaucoup, ainsi que sa newsletter impressionnante. Et 3 ouvrages J’achĂšte ». Introduction au copywriting hypnotique, de Christian Godefroy. Le plus cĂ©lĂšbre copywriter français vous dĂ©livre ici d’excellentes bases, tant dans le fond, que dans la forme. Alors soyez malin, et observez bien de quelle façon ce monsieur rĂ©dige lui-mĂȘme
 Words that sell, de Richard Bayan. Un Ă©norme thesaurus, avec 6000 mots et phrases Ă  utiliser et mixer pour toutes vos pages de vente. Tested advertising methods, de John Caples. L’inventeur du cĂ©lĂšbre titre Ils ont ri quand je me suis assis au piano, mais quand j’ai commencĂ© Ă  jouer
 », vous enseigne les phrases qui ont vraiment marchĂ© dans sa riche carriĂšre de copywriter. Écrire pour les porte-paroles RĂ©dacteur de discours Le rĂ©dacteur de discours est un copywriter haut de gamme. Il Ă©crit dans le but de convaincre et sait manier les formules chocs, les images et le storytelling. Quand il Ă©crit pour les politiciens, on le nomme Plume politique. Avant de vous imaginer devoir rĂ©diger les chefs-d’oeuvres de langue de bois de nos Ă©lus, sachez qu’il n’y a pas que les politiciens qui font des discours, mais aussi les chefs d’entreprise, ou reprĂ©sentants de collectivitĂ©s, d’associations
 Voici quelques liens pour vous aider Comment Ă©crire un discours en 4 Ă©tapes, sur le blog Coach-Ă©loquence Un cours en PDF, plutĂŽt bien fait. Écrire un discours persuasif, sur Un excellent ouvrage, trĂšs clair, efficace How to write and give a speech, de Joan Detz. Comment ça vous parlez pas anglais ? Faut regarder Orange is the new black sans les sous-titres, darling. Il existe aussi une formation spĂ©cialisĂ©e sur 2 jours, et j’imagine remboursĂ©e si vous y avez droit Et bien-entendu, regardez le film À voix haute, qui inspirera plus d’un rhĂ©toricien. Écrire pour le rĂ©fĂ©rencement RĂ©dacteur web SEO Le rĂ©dacteur web Seo travaille main dans la main avec le rĂ©fĂ©renceur. Il sait jongler adroitement avec les mots-clĂ©s, la sĂ©mantique, les variations de champs lexicaux et la mise en page adaptĂ©e pour une bonne lecture des moteurs, tout en restant lisible et agrĂ©able pour les humains. Il doit maĂźtriser plusieurs thĂ©matiques et doit possĂ©der une certaine culture gĂ©nĂ©rale. Sauf s’il est spĂ©cialisĂ©, comme un rĂ©dacteur technique, auquel cas, il doit connaĂźtre sa thĂ©matique sur le bout des doigts. Si vous ĂȘtes Ă  l’aise avec la langue française, et que vous ne supportez plus les patrons de mcdo ou monoprix, je vous conseille de tester. C’est le job vers lequel tendent de nombreux Ă©tudiants en mal de jobs faciles, et qui ne peuvent plus voir un emballage de hamburger en photo sans tressaillir. Est-ce que cela signifie qu’il n’existe pas de rĂ©dacteurs SEO qualifiĂ©s ? Bien-sĂ»r que non. Mais j’ai vu suffisamment de rĂ©dacteurs web dĂ©butants travailler, pour vous dire que la diffĂ©rence entre un texte rĂ©digĂ© par une personne se faisant payer 30€ de l’heure, et l’autre 10€ Ă©tait bien souvent peu flagrante. Alors qu’est-ce qui sĂ©pare rĂ©ellement un rĂ©dacteur SEO un peu pourrave sans vouloir vexer ceux qui bossent Ă  bas prix, d’un rĂ©dacteur vraiment au top ? Et comment justifier votre salaire ? La qualitĂ© du service client. Mine de rien, ceux qui bossent pour pas grand chose vous le font bien comprendre. La comprĂ©hension parfaite des consignes. Y a pas Ă  dire si on lit des consignes Ă  longueur de journĂ©e et qu’on enchaĂźne les articles, on a de fortes chances d’en zapper quelques unes, ou de les interprĂ©ter Ă  sa sauce. La finesse de l’écrit. La langue de MoliĂšre recĂšle de subtilitĂ©s syntaxiques, rythmiques et stylistiques dont les rĂ©dacs Ă  2 balles se moquent ouvertement. Quand je m’occupais de diriger une Ă©quipe de rĂ©dacteurs web, je prĂ©cisais dans l’annonce d’embauche profil 19/20 au bac L ». Parce que oui, les Ă©tudiants de 18 ans qui ont 19/20 au bac L savent sacrĂ©ment bien manier le français, les tournures de style, et sont habituĂ©s Ă  lire des consignes complexes sans en omettre aucune prĂȘts Ă  passer l’oral Ă  chaque instant. Morale ? Devenez ce rĂ©dac qui respecte les 3 points prĂ©cĂ©dents, et vous justifierez de votre salaire. Si vous vous plaignez de la concurrence du tiers-monde, il y a fort Ă  parier que vous ayez le mĂȘme niveau, ou que vous vous adressiez Ă  des rĂ©fĂ©renceurs peu soucieux de la syntaxe. Je le rĂ©pĂšte souvent, mais il ne sert Ă  rien de brandir des pancartes Ă  bas la mondialisation ». Si vous souhaitez gagner votre vie dĂ©cemment, il va falloir fournir un service Ă  la hauteur. Et croyez-moi, tout le monde ne veut pas payer 5 cts le mot. De nombreuses personnes ont du budget, et cherchent justement les personnes qui ne proposent PAS 5cts le mot. N’hĂ©sitez surtout pas Ă  lire mon ebook Triplez vos tarifs pour en savoir un peu plus. Pour aller plus loin sur ce blog Les 7 secrets des rĂ©dacteurs web qui rĂ©ussissent. 21 astuces pour gagner 3000€ par mois sur les plateformes freelance Guide complet pour lancer sa carriĂšre de rĂ©dacteur web Écrire pour corriger Correcteur Il y a maintenant 15 ans j’arrive pas Ă  croire que ça fait 15 ans, questions existentielles, etc., j’ai suivi une formation de correctrice de texte par correspondance. Oui, vous avez bien lu le mot correspondance. Avec des courriers en vrai papier reçus dans ma boĂźte aux lettres, je n’avais pas internet questions existentielles, etc., et franchement, c’était assez simple. Le plus dur Ă©tant de maĂźtriser tous les petits symboles qui signifient Ă  l’éditeur faute, Ă  reformuler, etc ». Il y avait bien-entendu Ă  maĂźtriser parfaitement la langue française afin de pouvoir non seulement dĂ©tecter la moindre coquille, rĂ©pĂ©tition ou formulation hasardeuse, mais aussi pouvoir suggĂ©rer ses propres reformulations. Aujourd’hui, correcteur est sorti des milieux journalistiques et littĂ©raires pour s’étendre aux blogs, aux ebooks, aux pages de vente, bref Ă  la toile tissĂ©e du verbiage plus ou moins adroit des communicateurs de ce monde. Vous avez donc de multiples personnes Ă  qui envoyer votre candidature. Journaux, maisons d’édition, sites web d’envergure, auteurs freelance
 Mais sachez qu’il n’y a pas qu’eux ! J’ai eu aussi Ă  corriger un mĂ©moire universitaire une fois. C’était sur la gĂ©ographie allemande au XiVĂšme siĂšcle. Laborieux. Ici, toutes les infos sur le job de correcteur. La formation que j’ai faite Centre d’écriture et de communication. Écrire pour traduire Traducteur Alors, je vous le dis tout de suite, le milieu de la traduction littĂ©raire, ou du sous-titrage, et mĂȘme si vous avez fait une Ă©cole de traduction, est over-bouchĂ©. Mais pourquoi tu en parles alors ? J’étais tellement pleine d’espoir ! » gĂ©mit Anne-Clotilde, qui sait dire dĂ©gage sale ivrogne » en portugais une sombre histoire. Eh bien parce qu’il existe une autre maniĂšre, plus maligne de devenir traducteur, et je vais vous l’expliquer ici. Il existe un grand nombre d’ebooks anglophones non traduits, au grand dam de nos compatriotes unilinguistes. Non traduits et, je dirai mĂȘme plus non-Ă©ditĂ©s. C’est le cas par exemple de tous ces auteurs qui se sont fait connaĂźtre par leur blog, et qui y vendent leur ebook, ou par Amazon. Il y a aussi tous ces vendeurs de produits en ligne et qui ont un systĂšme d’affiliation. Vous leur Ă©crivez, et vous leur proposez de traduire leur livre, en Ă©change de la moitiĂ© des ventes sur ces ouvrages traduits. Faites la mĂȘme chose avec les pages de vente de produits affiliĂ©s. J’ai essayĂ© de le faire par exemple avec mon affilieur Scrivener. J’ai un article avec un lien qui redirige vers ce logiciel, qui, bien qu’il soit aussi disponible en français, ne possĂšde pas de page de vente dans cette langue. Comme je transforme dĂ©jĂ  pas mal avec la page de vente en anglais, j’ai contactĂ© les auteurs du logiciel pour leur proposer de traduire gratuitement leur page de vente, afin d’augmenter mes ventes et les leurs
. Ils ont refusĂ©, car ce sont des idiots Ă  bien plus d’un titre, mais je suis certaine que vous trouverez des personnes intĂ©ressĂ©es par ce procĂ©dĂ©. Pour traduire correctement d’une langue Ă©trangĂšre vers le français ne faites jamais l’inverse si l’autre langue n’est pas votre langue maternelle, il vous faut maĂźtriser les subtilitĂ©s des deux langues, et possĂ©der une maĂźtrise parfaite de la langue française, comme pour un rĂ©dacteur web. Pour vous donner une Ă©chelle, j’ai un niveau d’anglais level Game of thrones sans les sous-titres, moins quelques mots de vocabulaire, et je suis Ă  mĂȘme de traduire n’importe quelle page de vente ou d’ebook, si celui-ci est d’un niveau de langue courant. J’ai fait le test sur une plateforme de traduction, et j’ai obtenu le plus haut niveau pour la rĂ©munĂ©ration. Donc, si vous Ă©crivez le français au moins aussi bien que moi, et que vous ĂȘtes capable de regarder une sĂ©rie amĂ©ricaine sans les sous-titres, avec de temps Ă  autres un mot qui vous Ă©chappe, vous pouvez vous improviser traducteur malin. Gagner de l’argent en Ă©crivant pour son blog blogueur Évidemment. 🙂 Si l’on suit une bonne stratĂ©gie, on peut tout Ă  fait gagner sa vie en bloguant. Il ne s’agit pas d’un mythe, et non, je ne parle pas de gagner 10 000€ par seconde, en travaillant 5h par mois, mais de considĂ©rer le blogging comme votre outil de vente, votre travail, votre gagne-pain, sans gros fantasmes de yacht et champagne pendant que le revenu passif tombe sans rien faire. Par contre, je ne vais pas m’étaler ici sur ce point, car j’ai dĂ©jĂ  traitĂ© ce sujet dans de nombreux articles. Je vous mets donc en lien ci-dessous ces articles en question Guide complet en 3 parties Comment gagner de l’argent avec un blog Comment Ă©crire un article de blog Comment faire connaĂźtre son blog RĂ©fĂ©rencer son blog sur Google Écrire des fresques Ă©piques Romancier historique Il existe un gros marchĂ© pour le roman historique. En gros, vous prenez une Ă©poque intĂ©ressante de l’histoire, comme par exemple une guerre, n’importe laquelle, et vous y dĂ©veloppez une intrigue. Un romancier qui excelle dans cet exercice est Ken Follett. Son oeuvre la plus connue est Les Piliers de la terre, en 2 tomes, qui raconte une histoire assez miĂšvre se dĂ©roulant dans le monde des bĂątisseurs de cathĂ©drales du XIIĂšme siĂšcle. Le contexte est tellement intĂ©ressant, et si bien documentĂ©, que l’intrigue, Ă  la base assez basique, en devient passionnante. Mais le roman de lui que je prĂ©fĂšre, et que je trouve le plus remarquable au niveau de la prĂ©cision des dĂ©tails et de l’atmosphĂšre, est Les lions du Panshir, qui se dĂ©roule pendant la guerre d’Afghanistan des annĂ©es 70. Vous vous sentez Ă  la fois l’ñme d’un historien, prĂȘt Ă  tout lire sur la pĂ©riode que vous souhaitez traiter, et d’un romancier ? Vous avez plein d’idĂ©es d’intrigues, mais elles ne vous semblent pas suffisantes pour crĂ©er un bon roman ? Devenez romancier historique, et encore une fois, ne comptez pas sur les maisons d’édition pour vous publier, bien que je vous conseille tout de mĂȘme d’essayer, mais faites-vous connaĂźtre par votre blog. Si vous ĂȘtes bons, il y a des gens qui adoreront tĂ©lĂ©charger vos ouvrages pour partir en vacances. Ce qui fera vraiment la diffĂ©rence sera le niveau de recherches que vous aurez fait sur votre sujet. Quand j’ai commencĂ© Ă  lire Les piliers de la terre, je me rappelle que toutes les impressions fortes Ă©taient causĂ©es par un contexte d’époque. Une femme qui accouche dans un hĂŽpital en 2015, c’est un peu barbant, mais une femme qui accouche dans la forĂȘt, en hiver, au XIIĂšme siĂšcle la claque. Ressources Petite vidĂ©o de conseils pour devenir un romancier historique Les prises de tĂȘte instructives d’Evelyne Brisou-Pellen. Écrire un roman historique, un article basique mais utile. Je n’ai pas lu ce livre, mais la prĂ©sentation me semble plutĂŽt prometteuse Écrire un roman historique, de Louis Timbal-Duclaux. Écrire pour faire frissonner Romancier noir De mĂȘme que pour le romancier historique, prenez une intrigue policiĂšre basique, un tueur en sĂ©rie qu’on recherche par exemple, et poussez le bouton jusqu’au niveau Immonde ». -> Il dĂ©pĂšce ses victimes avec les dents et se fait des piercings avec leurs doigts. Le tueur est bien-entendu un rescapĂ© d’un camp de concentration de CorĂ©e du Nord. -> Le tueur Ă©tait en fait plusieurs ? Pas de soucis, mais ce sont des descendants d’anciens nazis, qui ont poursuivi l’oeuvre de leur pĂšre en tuant leurs victimes avec du gaz dans leur cave, et qui s’amusent Ă  crĂ©er des humains Ă  2 tĂȘtes Ă  partir de jumeaux monozygotes normal. Mettez-y un hĂ©ros de type flic qui boit ou se drogue, un acolyte qui soit un gĂ©ant rescapĂ© d’un cirque roumain et qui ne ressent pas la douleur, et voilĂ  votre intrigue surgelĂ©e transformĂ©e en bon petit plat. MĂȘme principe que pour le roman historique, rĂȘvez un peu, mais pas trop, et dĂ©foncez-vous Ă  Ă©tudier le contexte, pour le plus de dĂ©paysement possible. Pour vous former tranquillement chez vous Un bouquin un peu vieillot, mais je me rappelle qu’il donnait plein de bons conseils pour les polars noirs Je suis un Ă©crivain, de Gilbert Gallene. 10 conseils de Raymond Chandler pour Ă©crire un bon polar. Et 19 lois selon Borges. Un blog dĂ©diĂ© entiĂšrement Ă  l’écriture d’un polar. Écrire pour faire vibrer mĂ©mĂ© Romancier sentimental Ça vous dirait que je vous cloue au-dessus de la cheminĂ©e ? » Vous connaissez les romans Ă  l’eau de rose, dans lesquels Steve monte Sandy dans la dĂ©capotable ? Et bien, vous pouvez les rĂ©adapter avec du trash et surfer sur la vague des 50 nuances de Grey. C’est toujours la mĂȘme recette vous mettez un contexte intĂ©ressant, vous rĂ©chauffez le tout, et Sandy se fait monter par Steve dans un Jet privĂ© Ă  destination d’une Ăźle secrĂšte remplie d’esclaves sexuelles libĂ©rĂ©es in extremis avant leur mise Ă  mort rituelle. Il existe des cours pour ça aussi, eh oui ! Je ne l’ai pas lu, mais le titre est trĂšs allĂ©chant Écrire un roman sentimental et se faire publier, de Brigit Hache. Un article marrant pour Ă©crire un roman Harlequin en 3 Ă©tapes. Écrire votre roman sentimental français et accessoirement vous faire publier par Amorosa Et bien-sĂ»r Soumettre son manuscrit Ă  Harlequin. Ils doivent bien rigoler quand mĂȘme dans cette maison d’édition
 Écrire pour les autres Ghostwriter Aussi appelĂ© nĂšgre littĂ©raire, ce qui n’est pas du tout raciste noooon, qu’allez-vous chercher ?, l’écrivain fantĂŽme est un Pierrot qui prĂȘte sa plume Ă  ses amis moins inspirĂ©s. Pour pouvoir devenir Ghostwriter, il faut, contrairement Ă  ce que vous pourriez croire, ĂȘtre dĂ©jĂ  reconnu. Sans preuve de votre talent, on ne vous confiera jamais ce job. Essayez alors de publier au moins un ouvrage, didactique par exemple, mĂȘme auprĂšs d’une petite maison d’édition, et Ă©crivez aussi vos propres ebooks, un blog, bref, montrez-vous. Je pense qu’il sera assez difficile au dĂ©but de prĂ©tendre Ă  ĂȘtre la plume d’une personnalitĂ© trĂšs importante, ainsi je vous conseille de vous crĂ©er un site d’apparence trĂšs pro, et de vous faire connaĂźtre par les rĂ©seaux sociaux. N’hĂ©sitez pas Ă  vous promouvoir en envoyant des emails, des messages privĂ©s, et Ă  passer quelques coups de tĂ©lĂ©phone. Quand on est pas du tout connu, et cela quel que soit le milieu, il existe une stratĂ©gie qui consiste Ă  proposer un exemple de travail, un Ă©chantillon gratuit, afin de prouver votre talent. N’hĂ©sitez pas Ă  le proposer sur votre site. Écrire des mĂ©moires Biographe Les personnes ĂągĂ©es ont vĂ©cu une longue vie, parfois trĂšs riche en Ă©vĂ©nements marquants, et ont envie de la transmettre Ă  leurs amis, et leurs descendants. Mais avoir vĂ©cu une vie palpitante ne signifie pas forcĂ©ment avoir le talent littĂ©raire nĂ©cessaire Ă  produire un ouvrage intĂ©ressant Ă  lire. C’est lĂ  qu’intervient le biographe. Pour ĂȘtre un bon biographe, vous devez avoir de grandes qualitĂ©s d’écoute, et ĂȘtre capable de crĂ©er un climat de confiance entre la personne et vous. Vous l’interviewerez sur sa vie, mais il faudra poser les bonnes questions. Et pousser la personne Ă  dĂ©voiler une intimitĂ© qu’elle n’était pas forcĂ©ment prĂȘte Ă  rĂ©vĂ©ler. Car le sentiment d’avoir vĂ©cu une vie intĂ©ressante vient avant tout des dĂ©tails, qui peuvent sembler inintĂ©ressants au protagoniste Ă  premiĂšre vue, mais qui reprĂ©sentent en rĂ©alitĂ© l’essence mĂȘme de sa vie, et vont donner Ă  l’histoire un caractĂšre personnel. Et d’autre part, sa vie recĂšle forcĂ©ment des pertes, des souffrances qui peuvent l’amener Ă  se sentir vulnĂ©rable face au jugement, le vĂŽtre, mais aussi celui de ses futurs lecteurs. Il faudra bien-entendu faire des recherches sur le contexte, en questionnant la personne, mais aussi en vous documentant. En effet, la personne qui raconte n’est pas forcĂ©ment consciente du climat tout Ă  fait particulier de sa famille, de sa ville ou de son Ă©poque. Je vous conseille de lire ces deux livres, qui, en vous expliquant comment Ă©crire votre autobiographie, vous donneront beaucoup de clĂ©s pour Ă©crire celle des autres Écrire son autobiographie, de MichĂšle Eckenschwiller, et Écrire l’histoire de sa vie, de Michel Barlow. Il faut croire que les Michel/es s’y connaissent en biographie. CrĂ©ez-vous un site pro, avec une page de vente qui parle au coeur de vos clients. Si je voulais embrasser la carriĂšre de biographe, je commencerais par faire une Ă©tude de marchĂ© auprĂšs de 200 prospects ciblĂ©s retraitĂ©s, expatriĂ©s
, et je leur demanderais Avez-vous dĂ©jĂ  songĂ© Ă  Ă©crire vos mĂ©moires ? Pour quelles raisons ? Qu’aimeriez-vous que les gens se disent aprĂšs avoir lu vos mĂ©moires ? Que souhaiteriez-vous mettre en avant, avant tout autre chose ? Et dans un 2Ăšme temps ? Ainsi, je pourrais construire un verbatim et l’utiliser dans ma page de vente. Ensuite, j’expliquerais en dĂ©tails la maniĂšre concrĂšte dont je vais procĂ©der, par exemple Je me dĂ©place Ă  votre domicile avec mon enregistreur, nous nous installons autour d’une tasse de thĂ©, et je vous pose des questions sur votre vie, dans l’ordre chronologique. Vous pourrez me montrer vos photos, vos lettres, ou tout document qui vous semblera propice Ă  bĂątir votre histoire, etc. Écrire pour la scĂšne Dramaturge Le dramaturge Ă©crit pour le théùtre, et par extension pour le stand-up. Il existe un trĂšs grand nombre d’acteurs qui souhaitent se faire connaĂźtre, de metteurs en scĂšne Ă  la recherche de textes contemporains inspirants. Je ne vous cacherai pas que pour devenir dramaturge, il faut frĂ©quenter le milieu du théùtre, avoir soi-mĂȘme fait de la mise en scĂšne, et une formation au jeu ou Ă  l’art dramatique. Il faut faire partie de ce milieu, et ĂȘtre engagĂ© dans une dĂ©marche artistique. Les personnes qui, dans leur coin, ont Ă©crit une piĂšce et veulent la vendre, n’y arriveront pas. Au mieux, elles pourront prĂȘter leur texte Ă  une troupe amateur qui gagnera 100€ par mois en piĂšces jaunes tombĂ©es dans un chapeau. Il vous faudra donc une solide formation, comme par exemple, celle-ci mais je vous le donne en mille, avec le niveau de l’Ensatt, et avec des pointures comme Enzo Cormann Ă  la tĂȘte de la formation, vous n’y serez pris que si vous avez beaucoup de talent de travail derriĂšre
, et une formation initiale littĂ©raire et artistique. Il vous faudra avoir dĂ©veloppĂ© un point de vue solide sur l’art et la sociĂ©tĂ©, et une maturitĂ© dans l’application de votre savoir au travers de l’écriture dramaturgique. Bien entendu, vous aurez dĂ©jĂ  Ă©crit des choses, qui auront Ă©tĂ© montĂ©es, au moins par une compagnie locale ou une association de théùtre. Oui, il faudra dĂ©jĂ  ĂȘtre trĂšs bon avant mĂȘme d’ĂȘtre formĂ©. Et dois-je mentionner que vous ne devez pas avoir atteint vos 27 ans ? Une autre voie par laquelle arriver Ă  cette carriĂšre est la formation classique hypokhĂągne khĂągne, puis Ă©tudes littĂ©raires poussĂ©es et thĂšse que personne ne lira sauf votre directeur de thĂšse et encore. Ensuite, vous ferez des stages, et Ă  force de turbinage du cerveau et de soumission Ă  la grosse machine acadĂ©mique, vous finirez par acquĂ©rir un tampon CONFIANCE » sur votre nom, et enfin, vous pourrez finir par prĂ©tendre devenir ce que vous vouliez devenir, si jamais vous vous en souvenez encore. Voir l’interview d’AgnĂšs Terrier. Evidemment, si vous n’habitez pas dans une grande ville, et que vous n’avez pas papa et maman derriĂšre pour financer ce long parcours, vous pouvez vous coller vos grands espoirs de dramaturge lĂ  oĂč la dignitĂ© fait place Ă  plus de pragmatisme. Une autre option pour vous ne pleurez pas Si vous faites vous-mĂȘme du stand-up, et que vous vous ĂȘtes fait reconnaĂźtre par les scĂšnes ouvertes, votre chaĂźne Youtube, et que vous commencez Ă  avoir votre petit public, vous pourrez aussi proposer vos talents d’écrivain de sketches aux autres artistes de stand-up. LĂ , votre talent disputera Ă  la famine, et vous n’aurez pas beaucoup d’autres refuges que l’alcool et la pensĂ©e positive. Écrire pour aider Écrivain public L’écrivain public rĂ©dige les courriers administratifs pour les personnes maĂźtrisant mal l’écrit. C’est avant tout un mĂ©tier social, qui nĂ©cessite Ă  la fois des compĂ©tences en français, et au niveau juridique. Vos clients seront souvent des personnes dans une situation financiĂšre ou sociale prĂ©caire, et auront besoin de vos talents pour obtenir des aides, au niveau financier ou juridique, et vous devrez faire preuve d’empathie, d’écoute, et d’ingĂ©niositĂ©. Il vous faudra connaĂźtre certains rouages et conventions des administrations, afin de rĂ©diger les courriers les plus convaincants. Vos clients ne vous apporteront pas de quoi manger si vos courriers n’ont pas fonctionnĂ© pour eux. Ce n’est pas un travail en one shot ». Mais si vous arrivez Ă  attirer l’attention d’une prĂ©fecture, la bienveillance de la sĂ©curitĂ© sociale ou de la CAF, vous pourriez bĂ©nĂ©ficier d’un bouche Ă  oreille consĂ©quent, et attirerez une clientĂšle importante, en flux constant. Vous pouvez vous former ici Écrire pour protĂ©ger Écrivain juridique Ce mĂ©tier, qui s’apparente Ă  l’écrivain public, n’existe pas actuellement en tant que tel. C’est donc un terme que j’ai inventĂ©. Pourquoi ce mĂ©tier n’existe pas ? À cause de la grande secte des avocats et conseillers juridiques. Vous voulez un conseil juridique ? La loi interdit formellement Ă  toute personne qui n’est pas assermentĂ©e de donner des consultations juridiques ou de rĂ©diger des actes juridiques. De maniĂšre syn­thé­ti­que, la loi dis­tin­gue le conseil et l’information juri­di­ques 1. La dif­fu­sion en matiĂšre juri­di­que de ren­sei­gne­ments et infor­ma­tions Ă  carac­tĂšre docu­men­taire est libre art. 66–1 2. La dĂ©li­vrance de conseils juri­di­ques est per­mise de maniĂšre trĂšs res­tric­tive. Donc, si je reformule Vous avez le droit de donner des informations sur la loi et les textes de loi, Ă  tout le monde, de maniĂšre libre. Vous avez donc aussi le droit d’expliquer et reformuler avec des mots simples ces textes de loi pour qu’ils soient bien compris. Vous n’avez pas le droit de donner des conseils. Et enfin, vous avez le droit de rĂ©diger des courriers, mais pas des actes juridiques un testament, une procĂ©dure de divorce, des statuts d’entreprise
. C’est Ă  dire que vous pouvez trĂšs bien, si vous vous y connaissez un peu en droit, ou que vous avez frĂ©quentĂ© intensivement les administrations et en connaissez bien les rouages, rĂ©diger des courriers pour les personnes qui veulent faire reconnaĂźtre leurs droits. Et j’entends ici les courriers en lettres recommandĂ©es, qui jouent sur la rĂ©ussite d’une plainte, ou la protection des droits. Si une personne vient vous trouver et vous dit J’ai mon propriĂ©taire qui veut me mettre dehors », vous pouvez Lui donner les textes de lois qui la protĂšgent, sans interfĂ©rer sur son choix. Lui expliquer clairement ce que signifient ces textes de lois. RĂ©diger ensuite un courrier pour ce dit propriĂ©taire, avec les articles de loi prĂ©cĂ©demment citĂ©s mentionnĂ©s, sur l’initiative du client. Si le client vous demande Qu’est-ce que je dois faire selon vous ? », votre tĂąche s’arrĂȘte lĂ , vous devez impĂ©rativement lui rappeler que vous n’avez pas le droit de donner un conseil. Faites attention, cela pourrait se retourner contre vous. Si quelqu’un est en train de prendre une dĂ©cision, qui, selon vous pourrait se retourner contre elle, vous pouvez trĂšs bien lui conseiller de bien relire ces 2 lois dont vous avez parlĂ© prĂ©cĂ©demment, quitte Ă  les lui rĂ©expliquer, en vous assurant qu’elle a bien compris les diffĂ©rentes consĂ©quences de ses choix possibles. Mais les gens savent en gĂ©nĂ©ral trĂšs bien ce qu’ils veulent, et trĂšs souvent, ce qui leur manque, ce sont les infos, et les compĂ©tences. Écrire pour les touristes RĂ©dacteur de guide Il n’existe pas non plus de rĂ©elle dĂ©nomination pour ce job. Les guides emploient des rĂ©dacteurs ou des journalistes, et ils sont bien souvent payĂ©s au lance-pierre. Lorsque vous rĂ©digez pour des guides, votre job consistera Ă  vous rendre dans les diffĂ©rents endroits de la planĂšte pour recenser les hĂŽtels et restaurants et rĂ©diger sur ces derniers. Ne croyez pas que vous allez prendre le temps de dĂźner et dormir dans chaque endroit. Ce sera plutĂŽt de la visite au pas de course 12 hĂŽtels en 1 jour, et du blabla fait autour de ce que vous avez cru percevoir de l’endroit. De l’arnaque les guides ? Noooon. VoilĂ  pourquoi je vous suggĂšre plutĂŽt de procĂ©der de la maniĂšre suivante Vous avez envie de devenir blogueur en mode nomade digital ? Explorez un pays en profondeur, pendant 4 mois par exemple, et devenez une rĂ©fĂ©rence avec votre blog pour savoir comment faire ça et concurrencer les autres blogs de voyage, il vous faudra suivre ma formation blogging. Vous citerez les restaurants et hĂŽtels que vous avez aimĂ©s. Une fois que votre blog sera reconnu pour cette destination, passez 2 mois Ă  retourner voir vos endroits prĂ©fĂ©rĂ©s, et montrez-leur ce que vous avez dĂ©jĂ  Ă©crit. Proposez-leur un partenariat vous laissez le lien que vous avez dĂ©jĂ  mis, et vous les rĂ©fĂ©rencez sur votre annuaire » de restaurants et hĂŽtels. Vous pouvez crĂ©er un petit moteur de recherche avec lieu, nombre de chambres, etc grĂące au plugin Toolset, et Ă  son composant Views par exemple. Et vous leur demandez de payer un montant chaque mois pour apparaĂźtre dans votre guide. Vous passez au pays suivant, et soit, vous avez créé un blog avec une catĂ©gorie pour chaque pays, soit vous recrĂ©ez un blog, etc. Attention Ă  bien dissocier votre vie professionnelle de votre vie personnelle, ce qui n’est pas forcĂ©ment Ă©vident en voyage, comme l’explique Benjamin sur son blog. Écrire pour adapter Transcripteur Il existe de multiples supports Ă  transcrire, et si vous optez pour ce domaine, vous ne manquerez pas de travail. Le plus dur sera de promouvoir votre activitĂ©, sur les plateformes, en envoyant des mails personnalisĂ©s, en crĂ©ant votre site, etc. N’hĂ©sitez pas Ă  bien lire ce blog, vous y trouverez de nombreuses pistes. Que pouvez-vous transcrire ? Des supports audios Des vidĂ©os Du braille Le langage des signes L’accessibilitĂ© DYS dyslexie, dyscalculie, etc Voici des conseils concrets pour vous lancer en tant que transcripteur sur le blog croquefeuille. et quelques conseils ludiques sur le blog petitargentjobonline. Si vous souhaitez devenir fonctionnaire, et travailler pour l’accessibilitĂ© des sites et documents administratifs et scolaires braille, DYS
, vous devrez faire une formation sur 2 ans de transcripteur-adapteur. Attention Ă  ne pas vous retrouver dans un guet-apens comme François Cluzet dans La mĂ©canique de l’ombre. 😀 Écrire pour le cinĂ©ma ScĂ©nariste Vous ĂȘtes passionnĂ© de cinĂ©ma, et possĂ©dez une imagination dĂ©bordante Ă  la limite de la mythomanie ? Écrivez des scĂ©narios ! Les sĂ©ries tĂ©lĂ© » qu’on regarde sur Netflix ou qu’on tĂ©lĂ©charge D, explosent, et s’il y a un mĂ©tier qui est aujourd’hui en expansion, c’est bien celui-ci ! Les producteurs sont Ă  la recherche permanente de nouvelles histoires, de nouvelles intrigues, et repoussent sans cesse les limites de l’originalitĂ©. Si vous n’avez pas les moyens de vous former dans une Ă©cole de cinĂ©ma, faites-vous connaĂźtre en rĂ©digeant des scĂ©narios pour des projets amateurs, sur le web, si vous vous sentez l’envie de rĂ©aliser, rĂ©alisez vous aussi les films dont vous avez construit le scĂ©nario, et participez Ă  des concours de scĂ©narios. N’hĂ©sitez pas Ă  entrer en contact avec des boĂźtes de production, et Ă  leur envoyer vos scĂ©narios sous forme de synopsis, avec un extrait
, Ă  leur proposer de scĂ©nariser des projets sur le long terme
 Ressources Les 2 incontournables, mais en anglais mettez vous Ă  l’anglais !! Writer’s Journey de Christopher Vogler Livre obligatoire dans les Ă©coles de scĂ©naristes
Alexandre Astier est devenu connu grĂące Ă  lui et Power screenwriting The 12 Steps of Story Developpement de Michael Chase Walker Son livre est donnĂ© Ă  lire aux scĂ©naristes dans les grands studios hollywoodiens. Vous trouverez pas mal de rĂ©ponses Ă  vos questions sur le blog Devenez scĂ©nariste. Cet article vous explique comment mettre en page un scenario Celtx, un outil gratuit vous permet de rĂ©diger facilement. Les scĂ©narios des grands films, Ă  acheter utile si vous souhaitez Ă©crire un film dans le mĂȘme esprit que
 Il m’a fallu un certain temps pour dĂ©finir quels ouvrages j’allais vous proposer en rĂ©fĂ©rence. Il en existe tellement, et beaucoup sont trĂšs bons ! Mais j’ai fini par poser mon choix sur les 3 suivants Power screenwriting The 12 steps of story developement, de Loane Eagle. Ce livre est l’un des outils qu’a utilisĂ© par Alexandre Astier pour Ă©crire sa sĂ©rie Kaamelott. Écrire un scĂ©nario pour le cinĂ©ma, de Frank Haro. Ce livre est bourrĂ© d’enseignements basĂ©s sur des exemples concrets, qui vous aideront Ă  bĂątir une bonne histoire. Anatomie du scĂ©nario, de John Truby. Ce dernier vous apprend Ă  structurer vos idĂ©es selon un plan prĂ©cis, et met pas mal l’accent sur la rĂ©daction de scĂ©narios pour les sĂ©ries tĂ©lĂ©, ce qui me semble indispensable Ă  connaĂźtre aujourd’hui. Et n’oubliez pas que vous pouvez aussi Ă©crire pour les dessinateurs, en devenant scĂ©nariste de bandes-dessinĂ©es ! Écrire pour diffuser AttachĂ© de presse L’attachĂ© de presse est un peu le journaliste promotionnel de la boĂźte. C’est lui qui est chargĂ© de communiquer sur l’entreprise aux diffĂ©rents mĂ©dias. Vous devrez savoir rĂ©diger un communiquĂ© de presse adaptĂ© aux journalistes, et crĂ©er des dossiers de presse communiquĂ© de presse amĂ©liorĂ© avec des illustrations, des annexes, le tout mis en forme par une maquette pour tous les mĂ©dias qui auraient besoin de sujets Ă  traiter dans le secteur de l’entreprise. Vous souhaitez vous former pour ĂȘtre employĂ© dans une entreprise ? Vous devrez avoir au minimum un bac+3, BTS en communication+ licence, et une ou deux annĂ©es en Ă©cole de commerce/management sera un gros plus. En savoir plus sur la formation pour devenir attachĂ© de presse. Sinon, vous pouvez vous former Ă  la contentologue p, et proposer vos services de dossiers et communiquĂ©s de presse en freelance. Ouvrages pour se former RĂ©ussir ses relations presse, de Élodie Cally Les Relations presse Comment communiquer avec le public grĂące aux mĂ©dias, de Jean-NoĂ«l Nouteau Les relations presse Ă  l’heure du digital, de Marie-Laure Laville Articles indispensables Ă  potasser Comment rĂ©diger un dossier de presse efficace Article dĂ©taillĂ© pour Ă©crire un communiquĂ© de presse CrĂ©er un communiquĂ© pour une confĂ©rence de presse Gagner de l’argent en Ă©crivant des emails ChargĂ© de campagnes emailing Voici un job qui a beaucoup d’avenir, Ă©tant donnĂ© le nombre croissant de personnes qui se lancent sur internet et ont besoin de promouvoir leur produit par le biais d’une newsletter. Il est traditionnellement admis qu’1 abonnĂ© = 1€ par mois
.Dans la mesure oĂč vous enverrez suffisamment d’emails. Mais gĂ©rer son site, son blog, sa communication et le service aprĂšs-vente du produit n’est pas de tout repos. C’est pourquoi je pense que se lancer en tant que chargĂ© de campagnes emailing en freelance est tout Ă  fait envisageable, sans passer par la case rĂ©dacteur web ». Vous pouvez donc tout Ă  fait lancer votre blog et promouvoir vos services pour la rĂ©daction d’emails exclusivement. Il faudra donc vous former au copywriting voir ci-dessus Copywriter », et au marketing d’emails. ConnaĂźtre les outils de gestion de mailing-list sera Ă©videmment indispensable. Vous pouvez par exemple lire ici un grand guide pour l’emailing, dont un tuto Aweber complet. Vous pourrez aussi opter pour le salariat, mais prĂ©voyez tout de mĂȘme un job assez rĂ©pĂ©titif, dans la mesure oĂč vous n’aurez Ă  vendre qu’un nombre restreint de produit, suivant une stratĂ©gie commerciale prĂ©cise le champ crĂ©atif sera donc assez restreint. Le cĂŽtĂ© positif rĂ©side dans le besoin du marchĂ© ce n’est pas un secteur bouchĂ©, ça ne risque pas de le devenir, et vous n’aurez aucune difficultĂ© Ă  trouver un job dans ce domaine. Qui plus est, si j’en crois l’afflux constant de newsletters effroyablement nulles que je reçois des sites e-commerce, sans avoir de compĂ©tences marketing trop dĂ©veloppĂ©es
 NĂ©anmoins, si vous avez le goĂ»t du travail bien fait, et la passion du marketing, et que vous n’avez aucune ambition de devenir chef d’entreprise, je vous conseille de suivre, en plus de votre fac et Ă©cole de commerce quasi-inutile, les nombreux blogs de marketing français et amĂ©ricains sur la rĂ©daction d’emails qui vendent vraiment. Je vous conseille et Lifestylers pour changer D Kopywritingcourse gĂ©nial Socialtrigger abonnez-vous aux emails de Derek, vous allez apprendre en bavant dessus, les observant Écrire pour animer Animateur d’ateliers d’écriture Si vous avez dĂ©jĂ  rĂ©digĂ© des ouvrages, publiĂ©s ou non, que vous ĂȘtes reconnu au moins par une communautĂ© restreinte, que ce soit vos lecteurs de blog, ou le milieu d’écrivains que vous frĂ©quentez, soirĂ©es poĂ©sies, lecture, slam
, vous avez la possibilitĂ© de gagner facilement votre vie en animant des ateliers d’écriture. Pourquoi ? Parce que les personnes qui Ă©crivent le font pour ĂȘtre lues, reconnues. Et l’ambiance des ateliers d’écritures leur permet de se livrer, de montrer leur crĂ©ativitĂ© sans jugement. Elles ne sont pas lĂ  pour gagner leur vie, elles veulent qu’on les Ă©coute, qu’on les applaudisse, qu’au moins une personne leur dise C’est trĂšs intĂ©ressant ce que tu fais » ou J’ai bien aimĂ© quand tu as dit
 ». On est loin de l’exigence personnelle, du dĂ©fi, du projet d’entreprise. Ce ne sont pas des cours, ce sont des rĂ©crĂ©ations pour les Ăąmes d’artistes malmenĂ©es par la vie. Ce n’est vraiment pas difficile. Enfin, je m’entends
si vous possĂ©dez dĂ©jĂ  certaines compĂ©tences CrĂ©ativitĂ© il vous faut ĂȘtre passionnĂ©, et inventer sans cesse de nouvelles ressources. SociabilitĂ© si vous avez une grosse tendance Ă  la misanthropie, devenez plutĂŽt dĂ©veloppeur web. TolĂ©rance certains parlent trop, d’autres pas du tout, certains Ă©crivent des trucs trĂšs nuls et trĂšs longs D. Faut Ă©couter jusqu’au bout. En souriant. Gestion de groupe Les adultes sont comme les enfants, ils aiment bien papoter, y compris quand ce n’est pas le moment. Les Ă©gos sont parfois en rĂ©bellion avec l’ordre Ă©tabli n’importe quel ordre, mĂȘme celui de s’asseoir en rond comme tout le monde. Il faut gĂ©rer l’accueil, les pauses, etc. Cette derniĂšre compĂ©tence pouvant s’apprendre avec une petite formation ou un stage. Il existe beaucoup d’exercices tout fait pour animer des ateliers, et vous pourrez bien-entendu piocher dedans, comme dans ce fabuleux ouvrage de Faly Stachak, regroupant pas moins de 350 exercices d’écriture amusants. Mais il faudra aussi inventer les vĂŽtres ! Si vous dĂ©butez totalement dans ce domaine, vous pouvez vous former Ă  l’animation d’ateliers d’écriture DiffĂ©rentes formations professionnalisantes. DU animateur d’ateliers d’écriture Écrire pour enseigner Auteur d’ebooks didactiques Que ce soit pour les vendre sur votre blog, grĂące Ă  un funnel sur plusieurs jours, ou avec une simple page de vente, rĂ©diger des ebooks dont votre cible aura rĂ©ellement besoin vous permettra de gagner votre vie. Mais attention, il vous faudra maĂźtriser le copywriting et le rĂ©fĂ©rencement. Si vous n’avez jamais bloguĂ©, et que vous ne dĂ©sirez pas vous lancer dans la longue entreprise de crĂ©er un blog, je vous conseille de vous lancer directement avec une page de vente que vous promouvrez par de la publicitĂ©. Pour ĂȘtre certain de vendre vos ebooks, il vous faudra connaĂźtre parfaitement votre cible et votre marchĂ©. Pour cela, Ă©crivez Ă  200 personnes, ou faites un sondage, et demandez Ă  ces personnes quel est le problĂšme principal qu’ils rencontrent dans la thĂ©matique que vous avez choisie. Vous aurez d’une part, les sujets Ă  traiter pour vos ebooks, et d’autre part, les bons titres et les bonnes accroches, grĂące au verbatim utilisĂ© par vos sondĂ©s. Bien-entendu, il vous faudra rĂ©diger un contenu de qualitĂ©, histoire d’avoir de bons commentaires, de bons retours, voire mĂȘme du bouche Ă  oreilles et des liens. Ce contenu devra rĂ©pondre prĂ©cisĂ©ment au problĂšme de votre cible, et se diviser en catĂ©gories. Il n’y aura plus qu’à remplir les cases. Inutile de faire du balzac, dites juste ce que vos clients ont besoin de savoir. Pensez Comment puis-je encore mieux aider la personne Ă  rĂ©soudre ce problĂšme prĂ©cis ? ». Ressources Un excellent article d’AndrĂ© de Traficmania 5 mĂ©thodes simples pour une page de vente attractive. Pleins de pistes pour vendre ses ebooks sur Un podcast dĂ©diĂ© Ă  Julien, qui vend ses ebooks par le biais de son blog. Écrire pour Amazon Auteur numĂ©rique Il s’agit de la mĂȘme chose que pour les ebooks didactiques, mais en vous concentrant uniquement sur Amazon. Le but Ă©tant de vous rĂ©fĂ©rencer sur les bons mots-clĂ©s. Si votre cible cherche plutĂŽt Comment rĂ©duire le stress » et que vous avez Ă©crit Comment ĂȘtre zen ? », c’est ratĂ©. Alors, regardez bien les Amazon suggests ! Pour rĂ©ussir Ă  atteindre le top dans la recherche, il faut avoir des commentaires. Pour cela, offrez votre ebook pendant 15 jours proposĂ© directement par Amazon, en demandant Ă  tous vos rĂ©seaux de bien vouloir le commenter, mais aussi en le rappelant Ă  la fin de votre livre. Essayez d’écrire le plus d’ebooks possibles sur des niches ciblĂ©es prĂ©fĂ©rez Ă©crire plusieurs trĂšs petits ouvrages Ă  3€, plutĂŽt qu’un seul gros Ă  30€. Attention, sur Amazon, le commentaire est roi veillez Ă  ce que mĂȘme votre petit contenu possĂšde une rĂ©elle valeur ajoutĂ©e. Il faudra maĂźtriser parfaitement le sujet que vous traiterez. Ressources Une petite vidĂ©o sympathique pour apprendre Ă  vendre un ebook sur Amazon Un article complet sur la promotion Amazon Un trĂšs bon ouvrage Comment vendre son livre sans faire le tapin, de Mohamed Mouras. Un article au titre racoleur et pourtant bien plaisant Ă  lire, du sulfureux Tim Ferris. Écrire des chansons Parolier Vous ĂȘtes douĂ© pour mettre vos pensĂ©es en rythme et en rimes ? Proposez un couplet Ă  5€ sur Fiverr, hantez les forums de musique, contactez les Ă©diteurs ayant accĂšs Ă  un gros catalogue d’artistes. N’hĂ©sitez pas non plus Ă  entrer en contact avec ceux que vous rĂȘvez entendre chanter vos mots ! Il est peu probable que vous arriviez rapidement Ă  gagner votre vie et uniquement avec ce job. C’est un complĂ©ment pour les auteurs. Mais pourquoi pas rĂȘver un peu, surtout que c’est un mĂ©tier qui existe, Ă  part entiĂšre. Et si vous parvenez Ă  dĂ©crochez un contrat avec une future star de The voice, ce sont des droits d’auteurs pour la vie
 Quelques liens Comment Ă©crit-on une chanson ? Le dico des rimes Un livre sur l’art d’écrire des chansons Écrire un chanson, de Robert LĂ©ger. Un livre sur le mĂ©tier de parolier Un auteur chantĂ© n’est pas forcĂ©ment entendu ni payĂ©, de StĂ©phane Ternoise. Alors, cet article vous a donnĂ© envie d’écrire j’espĂšre ? N’hĂ©sitez pas comme d’habitude Ă  me poser vos questions dans les commentaires et Ă  partager cet article Ă  vos amis qui rĂȘvent de vivre de leurs Ă©crits. Sophie Gauthier vous apprend Ă  Ă©crire et Ă  vivre de vos Ă©crits. Articles, livres, romans, pages de vente dĂ©couvrez comment rĂ©diger et devenir un pro de la plume ! Vertalingenvan het uitdrukking L'ENFANT APPREND van frans naar nederlands en voorbeelden van het gebruik van "L'ENFANT APPREND" in een zin met hun vertalingen: L'enfant apprend Ă©galement qu'il y a de. Prendre confiance en soi n'est pas une Ă©vidence pour tous. Pour certains enfants, il faut parfois recevoir des gestes et entendre des paroles qui les aideront Ă  acquĂ©rir cette confiance et Ă  oser aller de l'avant. Comment aider nos enfants Ă  prendre confiance en eux ? StĂ©phanie Fourneraut*, psychologue pour enfant nous livre ses astuces pour aider nos petits et pour donner quelques repĂšres aux parents dĂ©semparĂ©s par des enfants peu sĂ»rs d' la confiance en soi vient-elle aux enfants ?La confiance est un sentiment qui s’acquiert dĂšs la naissance dans les interactions prĂ©coces entre un bĂ©bĂ© et ses parents. Le portage, la sĂ©curitĂ©, le regard rassurant du parent sur son enfant lui permet de se sentir en sĂ©curitĂ© et de pouvoir se lancer dans les apprentissages de la vie avec confiance. Tout se construit dans les liens d’attachement avec le au long de l’enfance, la confiance en soi va continuer Ă  se construire dans les interactions familiales mais aussi dans les interactions sociales. Comment reconnaĂźtre un enfant qui n'a pas confiance en lui ?Un enfant qui n’a pas confiance en lui peut ĂȘtre un enfant qui se dĂ©valorise "je suis nul", "je suis bĂȘte" qui ne sent pas capable de faire peut ĂȘtre en classe, l’enfant a peur de participer, de se tromper, il doute de ses capacitĂ©s ou bien avec ses camarades, il a peur d’aller vers peut aussi ĂȘtre complexĂ©, "je suis moche" "je suis trop gros". C’est un enfant qui n’ose pas. Il n’ose pas participer en classe, pratiquer une nouvelle activitĂ©, aller vers les autres...5 choses Ă  Ă©viter de faire ou de dire Ă  un enfant qui manque de confiance en lui Eviter les moqueries et les critiques personnelles "tu es nul", "tu es mĂ©chant" ....Mais plutĂŽt contourner en expliquant que ce qu’il a fait n’est pas bien ou est un geste de mĂ©chancetĂ© "le travail que tu as fait est mauvais" "ce que tu as fait n'est pas gentil". C'est l'acte qui est rĂ©prĂ©hensible, pas l'enfant. Eviter les attentes trop Ă©levĂ©es, avec des objectifs qui pourraient ĂȘtre impossible Ă  atteindre pour l’enfant​ mais plutĂŽt lui fixer des objectifs progressifs en fonction de son Ăąge et donc de ce qu’il est capable de faire.​ Eviter de le surprotĂ©ger et de lui faire peur "tu vas tomber", "tu vas te faire mal". ... Mais en revanche le protĂ©ger l’encourager lorsqu’il apprend Ă  faire du vĂ©lo ou du roller en lui mettant un casque. Essayer de ne pas transmettre notre manque de confiance car l’enfant est dans l’imitation et dans l’identification. ... A nous de nous forcer un peu pour lui montrer l'exemple. A contrario, avoir des parents trop sĂ»rs d’eux met la barre trĂšs trop haute, et donne l’impression de ne jamais pouvoir ĂȘtre Ă  la hauteur. ... Dans un sens comme dans l'autre, attention Ă  l'image que vous renvoyez Ă  vos choses Ă  faire pour aider un enfant Ă  se sentir bien dans sa peau et donc Ă  avoir confiance en lui, il est important - De souligner ce qui est bien. - De relĂącher la pression que l'on met sur ses Ă©paules. - D’essayer d’ĂȘtre optimiste. - De renvoyer une image positive. - D'autonomiser l'enfant et de le responsabiliser tout en le contrĂŽlant. Par exemple Aidez-le Ă  apprivoiser l’heure de la douche. Pour un tout petit, versez-lui du produit de douche doux - prĂ©fĂ©rez un produit bio et hypoallergĂ©nique comme le gel Natural Caresse Rose Bio de Cadum - dans sa main et laissez-le se savonner seul. Gardez tout de mĂȘme un Ɠil afin qu’il n’oublie pas trop de petits recoins. FĂ©licitez-le. Ensuite, aidez-le Ă  se rincer. Petit Ă  petit, il apprendra Ă  se rincer seul jusqu’à atteindre une autonomie totale dans quelques annĂ©es quand il maĂźtrisera aussi le lavage et rinçage de Aidez-le Ă  se confronter aux autres. Pour un enfant un peu plus grand laissez-le acheter le pain en l’attendant devant la boulangerie puis attendez-le au coin de la rue et enfin, quand il sera prĂȘt, laissez-le y aller seul. On a tendance en tant que parents Ă  dire ce qui ne va pas Ă  nos enfants, il est nĂ©cessaire pour leur donner confiance en eux, de leur dire ce qui va bien, de souligner qu’ils ont Ă©tĂ© sages, serviables, agrĂ©ables, qu’ils ont bien travaillé  de leur dire qu’on est fier d’eux. Toutefois il ne faut pas en faire trop et laisser croire Ă  un enfant que tout ce qu’il fait est merveilleux, magnifique, il est nĂ©cessaire d’ĂȘtre objectifs et de lui faire autant de compliments que de critiques surtout, ne jamais lui laisser entendre qu'on risque de ne plus l'aimer s'il fait une bĂȘtise ou a de mauvaises notesEncourager les enfants, les valoriser, leur renvoyer une bonne image d’eux-mĂȘmes, avoir un regard bienveillant et aimant permet de leur donner confiance en jeux pour aider un enfant Ă  prendre confiance en lui ?Moi tout seulCap’Pour prĂ©parer le jeu dĂ©coupez des petits papiers et Ă©crivez un petit dĂ©fi sur chacun d’eux. Commencez par des dĂ©fis simples et rĂ©alisables par votre enfant suivant son Ăąge et ses capacitĂ©s faire une grimace terrifiante, traverser le salon les yeux fermĂ©s, Ă©crire son prĂ©nom en changeant de couleur Ă  chaque lettre
 L’enfant tire un petit papier et rĂ©alise le dĂ©fi avec ou sans aide. Pour rendre la partie encore plus intĂ©ressante, proposez aussi Ă  votre enfant de crĂ©er des dĂ©fis que vous tenterez de rĂ©aliser ce qui risque d’ĂȘtre beaucoup plus amusant mais aussi beaucoup plus compliqué pour vous. Votre enfant verra que parfois on y arrive, parfois pas mais que ce n’est de toutes les façons pas une le peuxIl existe Ă©galement des jeux spĂ©cialement prĂ©vus pour aider les enfants qui manquent de confiance en eux comme J’aide mon enfant Ă  avoir confiance en lui ». Dans ce jeu il pourra mimer ses Ă©motions, exprimer ses qualitĂ©s ainsi que faire un grand nombre d’activitĂ©s qui lui feront croire en ses partir de quand faut-il consulter ?Les petits signes du manque de confiance dĂ©valorisation, doute, peur d'aller de l'avant et de tenter de nouvelles expĂ©riences doivent alerter les parents qui se montreront alors plus vigilants et plus Ă  l'Ă©coute de leur l’enfant fait des crises d’angoisse, ou des colĂšres, refuse d’aller Ă  l’école, se replie sur lui-mĂȘme, n'hĂ©sitez pas Ă  consulter un Ă  StĂ©phanie Fourneraut*Psychologue Clinicienne pour enfants elle reçoit dans son cabinet du 14Ăšme arrondissement de Paris. Nousavons donc a apprendre Ă  se protĂ©ger, Ă  ne jamais croire quiconque pense dĂ©tenir une autoritĂ© sur notre conscience. Lorsqu'on a crevĂ© le plafond des bisounours spirituels on cesse de croire que l'esprit se manifeste uniquement par la Parole aux premiers stades de la Fusion.
De pages d'activité pour s'entraßner à écrire les lettres en minuscule. A travers les activités proposées votre enfant pourra s'exercer à reconnaßtre les lettres de l'alphabet en lettres minuscules. Chaque page d'écriture est illustrée de lettres avec le sens de l'écriture. Deux lignes d'écriture de chaque lettre sont proposées ainsi qu'un petit exercice d'identification des lettres.
Faitescet exercice Ă  votre rythme. L’objectif est de vous prĂ©server de toute angoisse sur la route. Voire de tout crise d’angoisse sur la route. L’objectif principal est d’agir de sorte Ă  ce que vous puissiez reprendre le volant d’une façon qui vous convienne. Sans stress.

"Les enfants souhaitent apprendre le français avec leurs parents. Ils leur obĂ©issent." Voici un point difficile de la langue française faut-il Ă©crire "leur" au singulier ou "leurs" au pluriel. Il n'est pas toujours facile de distinguer les trois cas d'usage selon que "leur" est un pronom ou un adjectif possessif. On vous explique tout dans cet article. On Ă©crit leur » ou leurs » ? Quand "leur" est un pronom personnel "leur" est un pronom personnel lorsqu'il est placĂ© devant un verbe dont il devient le complĂ©ment d'objet indirect. Dans ce cas, "leur" est invariable. Lorsqu'il est un pronom personnel, "leur" Ă  eux, Ă  elles » est tout simplement le pluriel de "lui" Ă  lui, Ă  elle ». Exemples Elle leur a servi le cafĂ© comme les autres jours. Bernanos, M. Ouine, 1943 Avant de les faire cuire, elle leur ĂŽte le gĂ©sier. Giono, Regain, 1930 Et avec ses outils ses fils hĂ©riteront, ses enfants hĂ©riteront. Ce qu'il leur a donnĂ©, ce que nul ne pourrait leur ĂŽter. PĂ©guy, Porche Myst., 1911 Quand "leur" est un pronom possessif dans ce cas, "leur" est prĂ©cĂ©dĂ© et dĂ©terminĂ© par un article la, le, les ». Il s'accorde alors en nombre avec l'article qui le prĂ©cĂšde, mais jamais en genre. Il sera donc toujours au masculin. Cette forme se rĂ©sume Ă  trois variantes le leur, la leur, les leurs et aux contractions avec les prĂ©positions "Ă " et "de" au leur, aux leurs, du leur, des leurs. Recevez nos nouveaux articles par courriel Inscrivez-vous Ă  notre lettre d'information hebdomadaire pour recevoir tous nos nouveaux articles, gratuitement. Vous pouvez vous dĂ©sabonner Ă  tout moment. Exemples Maintenant, moi, j'ai fait mon devoir; voyons si les autres feront le leur. Meilhac, HalĂ©vy, Froufrou,1 869 Nos gĂ©nĂ©raux et nos Ă©tats-majors ne le cĂšdent en rien aux leurs. De Gaulle, MĂ©moires de guerre, 1954 Mon frĂšre, mon frĂšre, la malĂ©diction de nos enfants est Ă©pouvantable; ils peuvent appeler de la nĂŽtre , mais la leur est irrĂ©vocable. Balzac, E. Grandet, 1834 Quand "leur" est un adjectif possessif lorsque "leur" est placĂ© devant un nom, il indique Ă  qui appartient l'Ă©lĂ©ment reprĂ©sentĂ© par le nom. Dans ce cas, on accorde en nombre avec le nom et jamais en genre, Ă  l'instar d'autres dĂ©terminants comme son/sa/ses qui ont la mĂȘme fonction lorsqu'il n'y a qu'un possesseur. Une astuce consiste Ă  se dire qu'on est en prĂ©sence d'un adjectif possessif si on peut le remplacer par "ce", "cette" ou "ces". Exemples Ils partageraient leur temps entre la rĂ©daction de leur livre, le jardinage et la peinture murale. Simone de Beauvoir, Mandarins,1954 Ils oublient tout, tout au monde, leur maison, leur famille, leurs enfants, leurs affaires, leurs soucis pour regarder dans les remous ce petit flotteur qui bouge. Maupassant, Contes et nouvelles, t. 1, Jour de fĂȘte, 1886 Exiger qu'on pousse Ă  leurs derniĂšres consĂ©quences les hĂ©rĂ©sies qui les avaient dĂ©trĂŽnĂ©s. Renan, Avenir sc., 1890 Vous savez dĂ©sormais quand mettre "leur" au singulier ou au pluriel, selon qu'il est un pronom ou un adjectif. Rappelez-vous que pour ce genre de rĂšgles grammaticales, la lecture rĂ©guliĂšre de la littĂ©rature francophone vous permettra de ne plus faire de faute d'orthographe. Amusez-vous Ă  y dĂ©nicher les diffĂ©rents usages des pronoms et adjectifs ! Pour soutenir notre travail, vous pouvez aussi partager cet article et laisser un commentaire.

1 Vous pensez que vous n’ĂȘtes pas faite pour faire rire les autres. 2. Vous pensez qu’il est difficile de crĂ©er des relations lorsqu’on n’est pas capable de faire rire. Ces deux croyances, vous pouvez les remettre en question, car elles ne sont pas forcĂ©ment vraies Ă  vie ni dans toutes les situations. Emmanuel Moire DurĂ©e 0308 Auteur Yann GuillonCompositeur Emmanuel Moire Paroles Je n'ai jamais su te le dire J'ai mĂȘme pensĂ© Ă  te l'Ă©crire Mais je reste silencieux À n'avertir que tes yeux Je n'ai jamais su te le dire OĂč commencer, oĂč en finir? Je m'arrĂȘte au beau milieu Point final aprĂšs le "Je" Je n'ai jamais su te le dire Tu sais je descends d'un navire OĂč l'on apprend, c'est curieux À ne faire que des adieux Je n'ai jamais su te le dire Quand c'est toi qui vient me l'offrir Je rĂ©ponds, faute de mieux "Moi aussi tu sais bien que..." Je te donne ce que j'ai de pire Ma parole qui ne veut rien dire Fais lui dire ce que tu veux Fais la passer aux aveux Elle qui n'a jamais su le dire Elle se permet de me mentir Ma parole m'a jurĂ© que Certains mots sont dangereux Elle qui n'a jamais su le dire Elle qui ne sait que me trahir Ma parole fait ce qu'elle peut Pour se taire entre nous deux Pour qu'un jour je puisse te le dire Je pourrais soudain me guĂ©rir Un moment simple et heureux Une main dans tes cheveux Pour qu'enfin je puisse te le dire En trois mots sans me l'interdire DĂ©poser lĂ  dans le creux De ton oreille mon aveu EMMANUEL MOIRE, YANN GUILLON Warner Chappell Music, Inc. Accordezvous chaque jour au moins 10 minutes pour vous reconnecter Ă  vos pensĂ©es, que ce soit grĂące Ă  la mĂ©ditation, au yoga, Ă  la lecture ou Ă  la contemplation d'Ɠuvres d'art. MĂ©thode 3 Surveiller les propos tenus sur internet 1 RĂ©flĂ©chissez avant d'Ă©crire. Mettez les prises de parole virtuelles sur le mĂȘme plan que celles de la vie rĂ©elle.

1 Ce texte est une traduction du chapitre Writing A Method of Inquiry » de Laurel Richardson et El ... Comment donc les autrices et auteurs en sciences sociales perçoivent l’écriture aujourd’hui ? Qu’est-ce que l’écriture peut faire de plus que tenter de reprĂ©senter ou de reflĂ©ter quelque chose dans le monde, qu’une chercheuse ou un chercheur a dĂ©couvert » Ă  l’issue d’une recherche empirique traditionnelle ? Le prĂ©sent essai montre que l’écriture peut aussi constituer le lieu de la recherche, que la recherche survient dans la pensĂ©e qu’éveille l’écriture au fil des phrases qui s’enchaĂźnent, les unes Ă  la suite des autres — lentement, laborieusement, ou de maniĂšre prĂ©cipitĂ©e alors que les mots se bousculent sur la page. L’écriture comme mĂ©thode, l’écriture comme mode de pensĂ©e, est expĂ©rimentale et crĂ©ative. La personne qui Ă©crit se perd et est emportĂ©e par l’écriture, dans l’écriture ; elle devient avec le texte qui s’écoule dans l’à-venir vers ce que nous sommes encore incapables de penser et d’ĂȘtre. Nous encourageons les lectrices et lecteurs Ă  Ă©crire pour interroger et imaginer le xxie siĂšcle en devenir. Nous sommes particuliĂšrement heureuses que notre travail1 ait Ă©tĂ© traduit en français et remercions Karelle Arsenault et Karine Bellerive de lui avoir permis de toucher de nouveaux publics. Laurel Richardson et Elizabeth Adams St. Pierre, mars 2022 2 NDT. Laurel RICHARDSON 1994, Writing A Method of Inquiry », dans Norman K. DENZIN et Yvonna S. ... 1Au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, le milieu de l’ethnographie s’est dĂ©ployĂ© Ă  un point que nous n’aurions pu imaginer au moment d’écrire ce chapitre pour la premiĂšre Ă©dition de ce recueil2. Dans une variĂ©tĂ© de disciplines mĂ©decine, droit, Ă©ducation, sciences humaines et sociales, des chercheuses et chercheurs qualitatifs ont depuis dĂ©couvert que l’écriture comme mĂ©thode de recherche s’avĂšre une dĂ©marche fĂ©conde pour en apprendre sur elles-mĂȘmes et eux-mĂȘmes ainsi que sur leurs sujets de recherche. La littĂ©rature est vaste et variĂ©e. 2À la lumiĂšre de ces dĂ©veloppements, la nouvelle version de ce chapitre est divisĂ©e en trois parties. Dans la premiĂšre partie, Laurel Richardson prĂ©sente a les contextes historique et contemporain de l’écriture scientifique, b le genre de l’ethnographie analytique et crĂ©ative ainsi que c la direction qu’a prise sa pratique au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, notamment avec les rĂ©cits d’écriture » et les collaborations qui traversent la division sciences humaines/sciences sociales. Dans la deuxiĂšme partie, Elizabeth St. Pierre analyse la maniĂšre dont l’écriture en tant que mĂ©thode de recherche s’inscrit dans le dĂ©veloppement d’une Ă©thique de soi engagĂ©e dans l’action sociale et la rĂ©forme sociale. Dans la troisiĂšme partie, Richardson offre aux chercheuses et chercheurs qualitatifs quelques pratiques et exercices d’écriture. 3Tout comme ce chapitre reflĂšte nos propres processus et prĂ©fĂ©rences, nous espĂ©rons que vos Ă©critures s’engageront dans ce mĂȘme parcours. Plus nombreuses seront les voix diffĂ©rentes qui obtiennent une reconnaissance au sein de la communautĂ© qualitative, plus forte — et plus intĂ©ressante — sera la communautĂ©. Partie 1 Ă©criture qualitative Laurel Richardson 4Il y a 10 ans, dans la premiĂšre Ă©dition de ce recueil The SAGE Handbook of Qualitative Research, j’ai avouĂ© avoir Ă©tĂ©, pendant des annĂ©es, assommĂ©e d’ennui par bon nombre d’études qualitatives prĂ©tendument exemplaires. J’ai abandonnĂ© un nombre incalculable de textes Ă  moitiĂ© lus, Ă  moitiĂ© balayĂ©s du regard. Je commandais un nouvel ouvrage avec fĂ©brilitĂ© — le sujet m’intĂ©ressait, je voulais lire l’autrice, l’auteur —, pour finalement en trouver son texte soporifique. Lorsque j’ai brisĂ© l’omerta, rĂ©vĂ©lant Ă  des collĂšgues et Ă  des Ă©tudiantes et Ă©tudiants ĂȘtre agacĂ©e par la plupart des Ă©crits qualitatifs, j’ai dĂ©couvert une communautĂ© de personnes qui partageaient ce mĂ©contentement. Ces derniĂšres affirmaient l’une aprĂšs l’autre trouver la majoritĂ© des Ă©crits qualitatifs insipides — oui, insipides. 5Nous avions lĂ  un sĂ©rieux problĂšme les sujets Ă©tudiĂ©s Ă©taient fascinants et essentiels Ă  la recherche, mais les ouvrages qualitatifs n’étaient pas suffisamment lus. Contrairement aux travaux quantitatifs, qui peuvent s’incarner dans des rĂ©sumĂ©s et des tableaux, les travaux qualitatifs, eux, ne font sens que dans leur texte tout entier. À l’instar de l’écrit littĂ©raire, que l’on ne peut rĂ©duire Ă  sa quatriĂšme de couverture, le sens de la recherche qualitative ne peut s’exprimer par son seul rĂ©sumĂ©. Elle doit ĂȘtre lue, et non seulement parcourue rapidement ; son sens se rĂ©vĂšle au fil de la lecture. Il me semblait au mieux insensĂ©, au pire narcissique et totalement Ă©gocentrique, de passer des mois, voire des annĂ©es, Ă  rĂ©aliser une recherche dont le rendu ne serait Ă  la fin lu de personne et ne servirait Ă  rien sinon Ă  promouvoir la carriĂšre de celle ou celui qui l’aurait Ă©crit. Était-il possible de produire des Ă©crits qui Ă  la fois seraient indispensables et sauraient faire la diffĂ©rence ? Je me suis accrochĂ©e Ă  cette idĂ©e de l’écriture comme mĂ©thode de recherche. 6On m’a enseignĂ©, comme Ă  vous sans doute, Ă  n’écrire que lorsque je savais quoi dire ; autrement dit, Ă  n’écrire que lorsque les grandes lignes de mon texte Ă©taient esquissĂ©es et ordonnĂ©es. Mais je n’aimais pas Ă©crire ainsi. Je me sentais coincĂ©e et indiffĂ©rente. Songeant aux rĂšgles d’écriture que l’on m’avait enseignĂ©es, j’ai rĂ©alisĂ© qu’elles se rattachaient Ă  la mĂ©canique scientiste et Ă  la recherche quantitative. Elles Ă©taient en fait et en elles-mĂȘmes le rĂ©sultat d’une invention sociohistorique pensĂ©e par nos prĂ©dĂ©cesseurs du xixe siĂšcle. Imposer ces rĂšgles aux chercheuses et chercheurs en recherche qualitative a entraĂźnĂ© un lot de problĂšmes ces mĂ©thodes ont minĂ© le processus crĂ©atif et dynamique de l’écriture ; elles ont amoindri la confiance des jeunes chercheuses et chercheurs qualitatifs, car leur expĂ©rience de la recherche Ă©tait incompatible avec le modĂšle d’écriture prĂŽnĂ© ; et elles ont contribuĂ© Ă  produire une flottille d’écrits qualitatifs tout simplement inintĂ©ressants parce qu’écrits Ă  travers la voix homogĂ©nĂ©isĂ©e de la science ». 7Les chercheuses et chercheurs qualitatifs soulignent frĂ©quemment l’importance que revĂȘtent les aptitudes et les compĂ©tences individuelles de la personne qui fait la recherche. Ce ne sont pas le sondage, le questionnaire ou l’enregistrement qui sont instruments », mais la chercheuse ou le chercheur. Plus cette personne est habile, meilleures sont les chances que la recherche soit de grande qualitĂ©. 8On invite les Ă©tudiantes et Ă©tudiants Ă  faire preuve d’ouverture Ă  observer, Ă  Ă©couter, Ă  interroger et Ă  participer. Par le passĂ©, on ne leur enseignait toutefois pas Ă  nourrir leur Ă©criture. Au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, plutĂŽt que de taire leurs voix singuliĂšres, les autrices et auteurs qualitatifs ont nĂ©anmoins affinĂ© leurs compĂ©tences rĂ©dactionnelles. Apprendre Ă  Ă©crire autrement ne nuit pas plus Ă  nos aptitudes Ă  Ă©crire de maniĂšre traditionnelle que l’apprentissage d’une langue seconde diminue notre capacitĂ© Ă  nous exprimer dans notre langue maternelle. En fait, c’est ainsi que plusieurs formes d’écriture qualitative ont pu Ă©merger. Écriture en contexte 9Le langage est une force constitutive qui engendre une vision particuliĂšre de la rĂ©alitĂ© et du soi. Produire des choses » implique et gĂ©nĂšre toujours de la valeur quoi produire, comment nommer ce qui est produit et comment dĂ©finir la relation entre les productions et celles et ceux qui les auront produites. Écrire ne fait pas exception. Aucune mise en scĂšne textuelle n’est innocente, y compris celle-ci. Les styles d’écriture ne sont ni fixes ni neutres, mais reflĂštent plutĂŽt le mouvement des Ă©coles de pensĂ©e et des paradigmes dominants au fil du temps. L’écriture en sciences sociales, comme toute forme d’écriture d’ailleurs, relĂšve d’une construction sociohistorique et, par consĂ©quent, est appelĂ©e Ă  se transformer. 3 Citation originale taste, aesthetics, ethics, humanity, and morality ». 10Depuis le xviie siĂšcle, le monde de l’écriture a Ă©tĂ© divisĂ© en deux types littĂ©raire et scientifique. La littĂ©rature, dĂšs le xviie siĂšcle, a Ă©tĂ© associĂ©e Ă  la fiction, Ă  la rhĂ©torique et Ă  la subjectivitĂ©, tandis que la science a Ă©tĂ© rattachĂ©e aux faits, au langage clair » [plain language] et Ă  l’objectivitĂ© Clifford et Marcus, 1986, p. 5. Au xviiie siĂšcle, le terme science sociale Ă©tait introduit par le marquis de Condorcet. Ce dernier soutenait que la connaissance de la vĂ©ritĂ© » [knowledge of the truth] serait simple » et l’erreur presque impossible » si l’on utilisait un langage prĂ©cis pour parler des enjeux moraux et sociaux citĂ© dans Levine, 1985, p. 6. La littĂ©rature et la science se sont dĂšs lors Ă©rigĂ©es en deux domaines distincts au xixe siĂšcle. La littĂ©rature s’est alignĂ©e sur l’ art » et la culture » ; elle contenait les valeurs du goĂ»t, de l’esthĂ©tique, de l’éthique, de l’humanitĂ© et de la moralitĂ© »3 Clifford et Marcus, op. cit., p. 6 de mĂȘme que le droit au langage mĂ©taphorique et polysĂ©mique. La science, elle, s’est vu attribuer la croyance selon laquelle ses mots Ă©taient objectifs, prĂ©cis, sans ambiguĂŻtĂ©, dĂ©contextualisĂ©s et littĂ©raux. 4 NDT. Mot-valise formĂ© des mots anglais fact et fiction, difficilement traduisible en français. 5 Citation originale There is no longer any such things as fiction or nonfiction, there is only n ... 11Avec le XXe siĂšcle, les rapports entre l’écriture en sciences sociales et l’écriture littĂ©raire ont gagnĂ© en complexitĂ©. Les prĂ©sumĂ©es dĂ©marcations strictes entre les faits » et la fiction » de mĂȘme qu’entre la vĂ©ritĂ© » et l’ imaginĂ© » se sont estompĂ©es. Cette situation a créé un vif dĂ©bat sur l’écriture destinĂ©e au public, soit, ici, celle du journalisme. Des rĂ©dactrices et rĂ©dacteurs ont commencĂ© Ă  brouiller en toute connaissance de cause les frontiĂšres entre faits et fiction en se mettant dĂ©libĂ©rĂ©ment au cƓur de leurs rĂ©cits. Cette tendance a Ă©tĂ© qualifiĂ©e par Thomas Wolf de nouveau journalisme » pour une discussion approfondie sur le nouveau journalisme, voir Denzin, 1997, chap. 5. À partir des annĂ©es 1970, des croisements » entre des formes d’écriture ont donnĂ© naissance Ă  de nouvelles dĂ©signations de genres relevant de l’oxymore non-fiction crĂ©ative », faction4 », fiction ethnographique », roman non fictionnel » et fiction vraie ». Dans les annĂ©es 1980, le romancier E. L. Doctorow affirmait ceci Il n’existe plus rien de tel que la fiction ou la non-fiction, seulement des rĂ©cits »5 citĂ© dans Fishkin, 1985, p. 7. 12En dĂ©pit du brouillage actuel des genres, et en dĂ©pit du fait que toute Ă©criture est narrative selon notre comprĂ©hension contemporaine, une diffĂ©rence majeure perdure selon moi entre l’écriture fictionnelle et l’écriture scientifique. Il ne s’agit pas de savoir si le texte est une fiction ou une non-fiction ; la distinction renvoie plutĂŽt Ă  ce dont se rĂ©clame l’autrice ou l’auteur. 13DĂ©clarer que son travail est une fiction s’inscrit dans une dĂ©marche rhĂ©torique diffĂ©rente de celle qui consiste Ă  dĂ©clarer qu’il relĂšve des sciences sociales. Les deux genres attirent des publics diffĂ©rents et ont des effets diffĂ©rents sur les publics et le politique — et sur la façon dont il faut Ă©valuer les prĂ©tentions Ă  la vĂ©ritĂ© » d’une personne. Ces diffĂ©rences ne devraient ĂȘtre ni nĂ©gligĂ©es ni minimisĂ©es. 14Nous avons la chance, aujourd’hui, d’Ɠuvrer dans un environnement postmoderne, une Ă©poque oĂč coexistent une multitude de façons de connaĂźtre et de raconter. Le cƓur du postmodernisme repose sur le doute face Ă  toute mĂ©thode ou thĂ©orie, tout discours ou genre, toute tradition ou nouveautĂ© qui se revendiquent de la vĂ©ritĂ© » de maniĂšre universelle et unanime, ou qui estiment produire des connaissances qui seules peuvent faire autoritĂ©. Le postmodernisme soupçonne que toute prĂ©tention de vĂ©ritĂ© » cache et sert des intĂ©rĂȘts particuliers dans des luttes locales, culturelles et politiques. Mais il ne rejette pas pour autant et Ă  tout coup les mĂ©thodes traditionnelles pour connaĂźtre » et raconter » sous prĂ©texte qu’elles seraient fausses ou archaĂŻques. PlutĂŽt, ces standards mĂ©thodologiques pourront ĂȘtre remis en question et de nouvelles mĂ©thodes, ĂȘtre introduites, puis Ă  leur tour critiquĂ©es. 15Dans le contexte de doute caractĂ©ristique du postmodernisme, toutes les mĂ©thodes, sans distinction, sont remises en question. Aucune mĂ©thode ne possĂšde de statut privilĂ©giĂ©. Une posture postmoderne nous permet de connaĂźtre quelque chose » sans prĂ©tendre tout connaĂźtre. Un savoir partiel, local et historique demeure un savoir. D’une certaine maniĂšre, connaĂźtre » est alors plus facile, car le postmodernisme reconnaĂźt les limites du caractĂšre situĂ© de la personne qui connaĂźt. Les autrices et auteurs en recherche qualitative sont pour ainsi dire tirĂ©s d’affaire. Elles et ils n’ont pas Ă  jouer Ă  Dieu, Ă  Ă©crire tels des narratrices et narrateurs omniscients et dĂ©sincarnĂ©s prĂ©tendant possĂ©der un savoir intemporel et universel. Elles et ils peuvent renoncer au mĂ©tanarratif discutable de l’objectivitĂ© scientifique tout en ayant amplement Ă  dire en tant que locutrices et locuteurs situĂ©s, leurs subjectivitĂ©s Ă©tant engagĂ©es Ă  connaĂźtre/Ă  raconter le monde tel qu’elles et ils le perçoivent. 16Le poststructuralisme est une forme de la pensĂ©e postmoderne que j’estime particuliĂšrement utile pour l’emploi de cette perspective dans un contexte de recherche, voir Davies, 1999. Il met en rapport le langage, la subjectivitĂ©, l’organisation sociale et le pouvoir. L’élĂ©ment-clĂ©, ici, est le langage. Le langage ne reflĂšte » pas la rĂ©alitĂ© sociale, mais produit du sens et crĂ©e la rĂ©alitĂ© sociale. Par des moyens qui ne sont ni rĂ©ductibles ni mutuellement exclusifs, diffĂ©rents langages et diffĂ©rents discours Ă  l’intĂ©rieur d’une mĂȘme langue structurent le monde et lui donnent du sens. Le langage, c’est la façon dont l’organisation sociale et le pouvoir sont dĂ©finis et contestĂ©s et le lieu oĂč le sentiment identitaire d’une personne — sa subjectivitĂ© — se construit. Comprendre le langage comme un ensemble de discours concurrents — comme diverses façons de faire sens et d’organiser le monde — fait du langage un lieu d’exploration et d’affrontements. 17Le langage ne dĂ©coule pas de notre individualitĂ© ; plutĂŽt, il permet Ă  notre subjectivitĂ© de se construire de maniĂšre spĂ©cifique sur les plans historique et local. Ce que signifie pour nous une chose dĂ©pend des discours auxquels nous avons accĂšs. Par exemple, la façon dont une femme battue par son conjoint en fait l’expĂ©rience variera selon la nature des discours sur la normalitĂ© du mariage », le droit du mari » ou la femme battue » dans lesquels elle baigne. Si une femme perçoit la violence masculine comme Ă©tant normale ou comme relevant des droits du conjoint, il est peu probable qu’elle se considĂšre comme une victime de violence conjugale, une marque de pouvoir pourtant illĂ©gitime qui ne devrait ĂȘtre tolĂ©rĂ©e. De la mĂȘme maniĂšre, si un homme est exposĂ© au discours des sĂ©vices sexuels subis durant l’enfance », il pourrait se rappeler les expĂ©riences traumatiques qu’il a vĂ©cues en les catĂ©gorisant autrement. L’expĂ©rience et la mĂ©moire sont par consĂ©quent ouvertes Ă  des interprĂ©tations contradictoires gouvernĂ©es par des intĂ©rĂȘts sociaux et les discours dominants. L’individu est Ă  la fois le lieu et le sujet de ces luttes discursives et de ces discours qui s’opposent dans de nombreux domaines. Sa subjectivitĂ© est changeante et contradictoire elle n’est ni stable, ni fixĂ©e, ni rigide. 18Le poststructuralisme, dĂšs lors, pointe vers la cocrĂ©ation continue du soi et des sciences sociales ; tous deux se comprennent l’un Ă  travers l’autre. Se connaĂźtre soi-mĂȘme et connaĂźtre un sujet, cela renvoie Ă  des savoirs imbriquĂ©s, partiels, historiques et locaux. Le poststructuralisme, par consĂ©quent, nous permet de nous interroger sur notre mĂ©thode — voire nous y invite ou nous y incite — et d’explorer de nouvelles façons de connaĂźtre. Plus spĂ©cifiquement, il suggĂšre deux idĂ©es fondamentales pour les autrices et auteurs en recherche qualitative. 19PremiĂšrement, il nous commande d’adopter une posture rĂ©flexive, de prendre conscience que nous Ă©crivons Ă  partir de lieux spĂ©cifiques, Ă  des moments donnĂ©s. DeuxiĂšmement, il nous dĂ©lie de l’obligation d’écrire un seul et unique texte dans lequel tout devrait ĂȘtre dit, Ă  l’intention de toutes et tous. En nourrissant la singularitĂ© de nos voix, nous nous libĂ©rons de l’emprise sĂ©vĂšre qu’a l’ Ă©criture scientifique » sur notre conscience et de l’arrogance qu’elle dĂ©ploie sur notre psychĂ©. L’écriture est validĂ©e comme mĂ©thode de production du savoir. Ethnographie CAP 6 NDT. L’expression originale en anglais est CAP [creative analytical processes] ethnographies ». N ... 20À la suite des critiques postmodernes — y compris celles du poststructuralisme, du fĂ©minisme, du mouvement queer et de la critical race theory — des pratiques d’écriture qualitative traditionnelles, les sacro-saintes conventions d’écriture en sciences sociales ont Ă©tĂ© contestĂ©es. Le genre ethnographique s’est Ă©largi, transformĂ© et complexifiĂ© grĂące aux diffĂ©rents formats de textes adoptĂ©s par les chercheuses et chercheurs qui souhaitaient joindre un plus large public. Ces ethnographies ont en commun d’avoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es selon des pratiques analytiques crĂ©atives. Je les appelle les ethnographies CAP [processus analytiques crĂ©atifs]6 ». Cette Ă©tiquette peut inclure de nouveaux, de futurs et mĂȘme d’anciens travaux, du moment oĂč l’autrice ou l’auteur se dĂ©gage des normes d’écriture traditionnelles en sciences sociales. Les ethnographies CAP ne sont ni des formes alternatives ni des formes expĂ©rimentales ; elles constituent, d’elles-mĂȘmes et en elles-mĂȘmes, des reprĂ©sentations du social valides et souhaitables. Dans un avenir rapprochĂ©, ces ethnographies pourraient d’ailleurs trĂšs bien devenir les reprĂ©sentations Ă  privilĂ©gier en raison de l’engagement qu’elles suscitent et parce qu’elles ouvrent la porte Ă  des façons de penser le social qui, pour l’instant, nous Ă©chappent. 21L’ethnographie CAP donne lieu Ă  des pratiques Ă  la fois analytiques et crĂ©atives. Toutes croyances selon lesquelles l’ analyse » et la crĂ©ativitĂ© » ne peuvent ĂȘtre que contradictoires et incompatibles sont dĂ©passĂ©es. Elles sont condamnĂ©es Ă  l’extinction. Voyez l’évolution, la prolifĂ©ration et la diversitĂ© des espĂšces » ethnographiques autoethnographie, fiction, poĂ©sie, théùtre, théùtre des lectrices/lecteurs, rĂ©cits d’écriture, aphorismes, textes stratifiĂ©s, conversations, lettres, textes polyvocaux, comĂ©dies, satires, allĂ©gories, textes visuels, hypertextes, expositions musĂ©ales, dĂ©couvertes chorĂ©graphiĂ©es, performances, pour ne nommer que certaines des catĂ©gories discutĂ©es dans ce recueil [The SAGE Handbook of Qualitative Research, 2005]. Ces nouvelles espĂšces » d’écriture qualitative s’adaptent au monde politique/social dans lequel nous vivons un monde fait d’incertitudes. Avec leurs nombreuses possibilitĂ©s de prĂ©sentation et de publication, les ethnographies CAP annoncent un changement de paradigme Ellis et Bochner, 1996. 22Au sein des ethnographies CAP, le processus d’écriture et le produit de l’écriture sont intimement liĂ©s ; ils sont tous deux favorisĂ©s. Le produit ne peut ĂȘtre sĂ©parĂ© ni de la personne productrice, ni du mode de production, ni de la mĂ©thode de connaissance. Puisque les ethnographies traditionnelles aussi bien que les ethnographies CAP sont rĂ©alisĂ©es en Ă©tant habitĂ©es par le doute » propre au postmodernisme, les lectrices et lecteurs et les relectrices et relecteurs souhaitent savoir et ont le droit de savoir selon quels principes les chercheuses et chercheurs prĂ©tendent possĂ©der les connaissances qu’elles et ils possĂšdent. Quelle posture adoptent les autrices et auteurs en tant que personnes connaissant » et racontant » ? Ces questions posent des enjeux, tous entrelacĂ©s, d’un cĂŽtĂ©, de reprĂ©sentation et, de l’autre, de subjectivitĂ©, d’autoritĂ©, d’authorship, de rĂ©flexivitĂ© et de processus. 23Le postmodernisme soutient que notre Ă©criture est toujours partielle, locale et situĂ©e, et que notre voix est toujours prĂ©sente, peu importe les efforts que nous dĂ©ployons pour la supprimer — du moins en partie, car nous rĂ©primons forcĂ©ment une part de nous-mĂȘmes en Ă©crivant. Partir de ce principe libĂšre notre Ă©criture, nous permet de convoquer une variĂ©tĂ© de formes — de dire et de redire. Comprendre comme il faut » est impossible ; on peut seulement comprendre » les contours et les nuances de diffĂ©rentes maniĂšres. En faisant appel Ă  des pratiques analytiques crĂ©atives, les ethnographes acquiĂšrent des connaissances sur des objets comme sur eux-mĂȘmes qui seraient autrement demeurĂ©es insaisissables et inimaginables si elles et ils n’avaient fait appel qu’à des processus analytiques, des mĂ©taphores et des formes d’écriture traditionnelles. 24La recherche traditionnelle valorise la triangulation ». Pour une discussion sur la mĂ©thode de triangulation, voir Denzin, 1978. Pour une mise en pratique de cette mĂ©thode, voir Statham, Richardson et Cook, 1991. La chercheuse ou le chercheur qui fait appel Ă  la triangulation utilise pour ce faire diffĂ©rentes mĂ©thodes entrevues, donnĂ©es de recensement, documents, etc. afin de valider ses rĂ©sultats. Ces mĂ©thodes, cependant, reposent sur les mĂȘmes prĂ©supposĂ©s, dont celui qu’il existerait un point fixe » ou un objet » pouvant ĂȘtre triangulĂ©. Avec les ethnographies CAP, les chercheuses et chercheurs s’inspirent des genres littĂ©raires, artistiques et scientifiques, transgressant par ailleurs souvent les codes de ces genres. ProcĂ©dant de ce qui me paraĂźt ĂȘtre une dĂ©construction postmoderne de la triangulation, le texte CAP reconnaĂźt que le monde ne peut simplement ĂȘtre apprĂ©hendĂ© de trois cĂŽtĂ©s ». Nous ne triangulons pas, nous cristallisons. 25Je suggĂšre qu’en matiĂšre de validitĂ© », l’imaginaire central des textes postmodernes ne repose pas sur le triangle — un objet rigide, fixĂ© et bidimensionnel —, mais sur le cristal. Le cristal combine symĂ©trie et matiĂšre avec une infinitĂ© de formes, de substances, de multidimensionnalitĂ©s, d’angles et d’approches. Les cristaux se dĂ©veloppent, se transforment, sont altĂ©rĂ©s, mais ne sont pas amorphes. Ces prismes reflĂštent des externalitĂ©s et se rĂ©fractent en eux, ce qui crĂ©e un jeu de couleurs, de modĂšles et d’assemblages qui se dĂ©ploient dans plusieurs directions. Ce que nous voyons dĂ©pend de notre inclinaison ; il ne s’agit donc pas de triangulation, mais de cristallisation. Avec les textes CAP, nous passons de la gĂ©omĂ©trie plane Ă  la thĂ©orie de la lumiĂšre, oĂč la lumiĂšre est Ă  la fois ondulations et particules. 26Travels With Ernest Crossing the Literary/Sociological Divide Richardson et Lockridge, 2004 est un exemple rĂ©cent de pratiques de cristallisation. Cet ouvrage repose sur une carte de voyages par exemple, la Russie, l’Irlande, Beyrouth, Copenhague, Sedona, la plage de Saint-PĂ©tersbourg que j’ai rĂ©alisĂ©s avec mon mari, Ernest Lockridge, romancier et professeur d’anglais. Nous avons tous deux fait l’expĂ©rience des mĂȘmes lieux, mais les avons rĂ©fractĂ©s Ă  travers nos propres regard professionnel, genre, sensibilitĂ©s, expĂ©riences de vie ou dĂ©sirs Ă©motionnels et spirituels. AprĂšs avoir chacun et de maniĂšre indĂ©pendante rĂ©digĂ© un compte rendu narratif de nos voyages — un essai personnel —, nous avons Ă©changĂ© et lu nos Ă©crits, puis entamĂ© une vaste conversation enregistrĂ©e et transcrite sur les lignes disciplinaires qui traversent l’écriture, l’éthique, la notion d’authorship, la collaboration, le tĂ©moignage, les faits/la fiction, les publics et les relations, de mĂȘme que le croisement entre l’observation et l’imagination. Les pĂ©riples de voyage, ainsi, sont physiques, Ă©motionnels et intellectuels. 27Le processus collaboratif modĂ©lisĂ© dans Travels with Ernest fait honneur au caractĂšre distinct de chacune de nos voix, explore les limites de l’observation et de l’imagination, du tĂ©moignage et de la remise en rĂ©cit, de la mĂ©moire et de la remĂ©moration, et atteste de la valeur de la cristallisation. Je demeure une sociologue ; il demeure un romancier. Aucun de nous deux n’abandonne sa vision fondamentale du monde. À travers notre processus collaboratif, nous avons cependant dĂ©couvert maintes choses Ă  propos de nous notre relation, nos rapports avec nos familles, notre travail et notre Ă©criture que nous n’aurions pu dĂ©couvrir autrement. Par exemple, nous avons compris que nous souhaitions que le dernier pan de notre ouvrage fasse rupture avec le format d’écriture du livre, que nous voulions explorer d’autres possibilitĂ©s. De notre conversation — et de ses multiples interruptions —, nous avons Ă©laborĂ© un scĂ©nario de film campĂ© dans notre Grande cuisine amĂ©ricaine. Nous aimions particuliĂšrement que la mĂ©thode collaborative dĂ©ployĂ©e dans notre texte soit ouverte Ă  toutes et Ă  tous. Il s’agissait d’une Ă©criture stratĂ©gique qui permettait de transgresser les hiĂ©rarchies Ă©tablies entre la chercheuse ou le chercheur et ce qui fait l’objet de la recherche, entre l’étudiante ou l’étudiant et la personne qui lui enseigne. 28La cristallisation, sans perdre sa structure, permet de dĂ©construire notre conception traditionnelle de la validitĂ© ». Elle nous permet de rĂ©flĂ©chir Ă  l’absence de vĂ©ritĂ© unique et de comprendre comment les textes se valident entre eux. La cristallisation nous apporte une comprĂ©hension profonde, complexe et tout Ă  fait partielle de notre objet d’étude. Nos connaissances s’élargissent, mais, paradoxalement, nous doutons du mĂȘme coup de ces connaissances, car nous savons qu’il y a encore et toujours davantage Ă  connaĂźtre. Évaluer les ethnographies CAP 29Parce que les fondements Ă©pistĂ©mologiques de l’ethnographie CAP se distinguent de ceux des sciences sociales traditionnelles, le dispositif conceptuel par lequel les ethnographies CAP peuvent ĂȘtre Ă©valuĂ©es varie. Bien que nous soyons libres de prĂ©senter nos textes sous diverses formes afin de joindre des publics variĂ©s, des contraintes liĂ©es Ă  la rĂ©flexivitĂ© surviennent dĂšs lors que sont faites des revendications d’authorship, d’autoritĂ©, de vĂ©ritĂ©, de validitĂ© et de fiabilitĂ©. La rĂ©flexivitĂ© nous fait prendre conscience d’une partie des vues politiques/idĂ©ologiques complexes qui se dissimulent sous notre Ă©criture. Avoir la libertĂ© de jouer avec la forme textuelle ne garantit pas un meilleur produit. Les occasions d’écrire des textes qui en valent vraiment la peine — des livres et des articles qui sont de bonnes lectures » — sont multiples et stimulantes, mais exigeantes. Il s’agit lĂ  d’un travail plus difficile, qui offre des garanties limitĂ©es. Bref, nous avons encore beaucoup Ă  faire. 30L’un des principaux enjeux est celui des critĂšres d’évaluation. Comment juger de la valeur d’un travail ethnographique, qu’il soit nouveau ou traditionnel ? Les ethnographes de bonne volontĂ© seront prĂ©occupĂ©es et prĂ©occupĂ©s par la façon dont le travail de leurs Ă©tudiantes et Ă©tudiants sera Ă©valuĂ© si elles et ils optent pour une ethnographie CAP. Je n’ai aucune rĂ©ponse dĂ©finitive Ă  leur fournir pour apaiser leurs esprits, mais j’ai nĂ©anmoins quelques idĂ©es et prĂ©fĂ©rences. 31Je conçois le projet ethnographique comme humainement situĂ©, toujours filtrĂ© par le regard humain et les perceptions humaines, et portant les limites comme les forces des sentiments humains. La superstructure scientifique s’inscrit toujours au fondement des activitĂ©s, des croyances et des conceptions des humains. Je souligne Ă  grands traits que l’ethnographie se construit au travers des pratiques de recherche. Celles-ci sont engagĂ©es dans la poursuite d’un entendement plus vaste. La science propose diverses pratiques la littĂ©rature, les arts crĂ©atifs, le travail de mĂ©moire Davies et al., 1997, l’introspection Ellis, 1991 et le dialogue Ellis, 2004. Les chercheuses et chercheurs peuvent ainsi choisir parmi plusieurs pratiques de recherche et ne devraient pas ĂȘtre assujettis aux habitudes de pensĂ©e des autres. 32Je crois qu’il importe d’apprĂ©cier toute ethnographie CAP en fonction des plus hauts standards ; la simple nouveautĂ© ne suffit pas. Voici quatre des critĂšres que j’utilise pour Ă©valuer des articles ou des monographies soumis pour publication en sciences sociales Contribution significative. Ce texte contribue-t-il Ă  notre comprĂ©hension de la vie sociale ? Est-ce que l’autrice ou l’auteur fait la dĂ©monstration d’une perspective scientifique sociale profondĂ©ment ancrĂ©e voire intĂ©grĂ©e ? Ce texte paraĂźt-il vrai » — est-il un compte rendu crĂ©dible d’un rĂ©el » culturel, social, individuel ou qui relĂšve du sens commun ? Pour des suggestions permettant de rĂ©pondre Ă  ce critĂšre, voir la partie 3. MĂ©rite esthĂ©tique. Les standards ne sont pas rĂ©duits ; un autre standard est ajoutĂ©. Ce texte est-il rĂ©ussi sur le plan esthĂ©tique ? L’utilisation de pratiques analytiques crĂ©atives gĂ©nĂšre-t-elle un texte ouvert et incite-t-elle Ă  l’interprĂ©tation ? Le texte est-il artistique, satisfaisant, complexe et captivant ? RĂ©flexivitĂ©. En quoi la subjectivitĂ© de l’autrice ou de l’auteur a-t-elle Ă©tĂ© productrice et produit du texte Ă©crit ? Est-ce que l’autrice ou l’auteur est conscient de sa posture et est-ce qu’elle ou il se dĂ©voile suffisamment pour que la lectrice ou le lecteur puisse saisir la valeur des points de vue formulĂ©s ? L’autrice ou l’auteur se tient-elle ou il responsable des normes de connaissance et de transmission des connaissances des personnes au cƓur de son Ă©tude ? PortĂ©e. Ce texte me touche-t-il sur les plans Ă©motionnel et intellectuel ? GĂ©nĂšre-t-il de nouvelles questions ? Me stimule-t-il Ă  Ă©crire ? M’encourage-t-il Ă  explorer de nouvelles pratiques de recherche ou Ă  me mettre en action ? 33Voici quatre de mes critĂšres. La science est une lunette, les arts crĂ©atifs en sont une autre. Notre perception du monde gagne en profondeur lorsque nous utilisons les deux. Je veux regarder au travers de ces deux lunettes pour saisir une forme d’art des sciences sociales » une forme de reprĂ©sentation radicalement interprĂ©tative. 7 NDT. Le terme race, tel qu’il est utilisĂ© par l’autrice dans le texte original, est apprĂ©hendĂ© au s ... 34Ce dĂ©sir n’est pas seulement le mien. J’ai constatĂ© que plusieurs Ă©tudiantes et Ă©tudiants issus de divers milieux sociaux ou de cultures marginalisĂ©es sont Ă©galement attirĂ©s par cette vision du monde social Ă  deux lunettes. Plusieurs trouvent l’ethnographie CAP attirante et se joignent Ă  la communautĂ© qualitative. Plus cela se produit, plus nous en tirons toutes et tous profit. Les implications de race7 et de genre sont mises en Ă©vidence non pas pour ĂȘtre politiquement correctes », mais parce que ces questions sont des axes Ă  partir desquels les mondes symboliques et actuels ont Ă©tĂ© construits. Les personnes issues des groupes non dominants le savent et peuvent s’assurer que cette connaissance est respectĂ©e cf. Margolis et Romero, 1998. L’effacement des frontiĂšres des sciences humaines et sociales serait accueilli favorablement non pas parce qu’il rĂ©pondrait Ă  une tendance », mais parce qu’il s’accorderait au sens de la vie et au style d’apprentissage de bon nombre de personnes. Cette nouvelle communautĂ© qualitative, Ă  travers sa posture thĂ©orique, ses pratiques analytiques et ses membres aux origines diversifiĂ©es, pourrait dĂ©passer les cadres du milieu universitaire et nous en apprendre davantage sur les injustices sociales et les façons d’y remĂ©dier. Parmi les chercheuses et chercheurs qualitatifs, qui ne se sentirait pas enrichi par l’appartenance Ă  une communautĂ© aussi invitante et diversifiĂ©e ? L’écriture prend de nouvelles formes, se centre sur l’autrice, l’auteur, devient moins lassante et plus humble. Ce sont lĂ  des occasions Ă  saisir. Certaines personnes accordent mĂȘme Ă  leur travail un caractĂšre spirituel. RĂ©cits d’écriture et rĂ©cits personnels 35La vie ethnographique ne peut ĂȘtre sĂ©parĂ©e du soi. Ce que nous sommes et ce que nous pouvons ĂȘtre — ce que nous pouvons Ă©tudier, notre façon d’écrire sur ce que nous Ă©tudions — sont liĂ©s Ă  la maniĂšre qu’a un rĂ©gime de connaissances de se discipliner et de discipliner ses membres, de mĂȘme qu’aux mĂ©thodes que ce rĂ©gime emploie pour faire autoritĂ© tant sur l’objet de recherche que sur ses membres. 36Nous avons hĂ©ritĂ© de rĂšgles ethnographiques arbitraires, rĂ©ductrices, excluantes, dĂ©formantes et aliĂ©nantes. Notre tĂąche est de dĂ©finir des pratiques concrĂštes qui nous permettront de faire de nous des sujets Ă©thiques, engagĂ©s dans une ethnographie Ă©thique inspirante pour la lecture et l’écriture. 8 En français dans le texte. 37Certaines de ces pratiques comportent de travailler avec des schĂ©mas thĂ©oriques par exemple, la sociologie de la connaissance, le fĂ©minisme, la critical race theory, le constructivisme, le poststructuralisme qui remettent en question les motifs de l’autoritĂ© ; d’écrire sur des sujets qui importent sur le plan tant personnel que collectif ; de faire l’expĂ©rience de la jouissance8 ; d’explorer simultanĂ©ment diffĂ©rentes formes d’écriture et de publics ; de se situer dans de multiples discours et communautĂ©s ; de dĂ©velopper un regard critique ; de trouver des façons d’écrire, de prĂ©senter, d’enseigner moins hiĂ©rarchiques et moins univoques ; de rĂ©vĂ©ler les secrets institutionnels ; d’utiliser des postures d’autoritĂ© pour accroĂźtre la diversitĂ© aussi bien dans le corps professoral universitaire que dans les publications scientifiques ; de s’engager dans l’autorĂ©flexivitĂ© ; de cĂ©der Ă  la synchronicitĂ© ; de se demander ce que l’on veut ; de faire face Ă  ce vers quoi notre Ă©criture nous mĂšnera sur les plans Ă©motionnel ou spirituel ; et d’honorer le caractĂšre incarnĂ© et situĂ© de son travail. 38Cette derniĂšre pratique — honorer le lieu du soi — nous encourage Ă  construire ce que je nomme des rĂ©cits d’écriture » [writing stories]. Il s’agit de rĂ©cits qui positionnent notre Ă©criture au sein de notre vie en prenant en considĂ©ration, par exemple, les contraintes disciplinaires, les dĂ©bats universitaires, les politiques dĂ©partementales, les mouvements sociaux, les structures collectives, nos intĂ©rĂȘts de recherche, nos liens familiaux et notre histoire personnelle. Ils permettent Ă  la rĂ©flexivitĂ© critique de l’écriture du soi dans diffĂ©rents contextes de s’inscrire au sein d’une pratique analytique d’écriture indispensable. Ils soulĂšvent de nouvelles questions concernant le soi et le sujet Ă  l’étude ; ils nous rappellent que notre travail est incarnĂ©, contextuel et rhizomatique ; et ils dĂ©mystifient le processus de recherche et d’écriture et aident les autres Ă  en faire autant. GrĂące Ă  ces histoires, des parties auparavant inaccessibles de notre soi peuvent Ă©merger, des blessures peuvent se guĂ©rir, notre sens du soi peut s’affiner, notre identitĂ© mĂȘme peut se transformer. 39Dans Fields of Play Constructing an Academic Life Richardson, 1997, j’ai largement utilisĂ© les rĂ©cits d’écriture pour contextualiser mes dix annĂ©es de travail sociologique, crĂ©ant ainsi un texte plus conforme Ă  la comprĂ©hension poststructuraliste du caractĂšre situĂ© de la connaissance. En organisant mes articles et mes essais de maniĂšre chronologique, selon l’ordre dans lequel ils avaient Ă©tĂ© Ă©crits, je les ai classĂ©s en deux piles Ă  conserver » et Ă  rejeter ». Lorsque j’ai relu mon premier texte conservĂ©, une allocution prĂ©sidentielle pour la North Central Sociological Association, je me suis rappelĂ© avoir Ă©tĂ© traitĂ©e avec condescendance, avoir Ă©tĂ© marginalisĂ©e et punie par le doyen et le directeur de mon dĂ©partement pour ce discours. ImprĂ©gnĂ©e de ce souvenir, j’ai rĂ©alisĂ© un rĂ©cit d’écriture sur le dĂ©calage qui existe entre ma vie dĂ©partementale et ma rĂ©putation au sein de ma discipline. Écrire cette histoire n’a pas Ă©tĂ© chose facile sur le plan Ă©motionnel. J’ai Ă©tĂ© de nouveau habitĂ©e par des expĂ©riences terribles, mais leur mise en rĂ©cit m’a libĂ©rĂ©e de la colĂšre et de la douleur qui leur Ă©taient associĂ©es. Plusieurs universitaires ayant par la suite lu ce texte y ont reconnu des expĂ©riences similaires — leurs histoires jamais racontĂ©es. 40J’ai repassĂ© dans l’ordre la pile des Ă  conserver », relisant et mettant ensuite sur papier le rĂ©cit de cette expĂ©rience de relecture les diffĂ©rentes facettes, les diffĂ©rents contextes. Pour certains rĂ©cits, j’ai dĂ» retourner Ă  mes journaux de bord et Ă  mes documents ; la plupart du temps, ce n’était toutefois pas nĂ©cessaire. Certaines histoires Ă©taient douloureuses et m’ont pris un temps fou Ă  rĂ©diger, mais leur Ă©criture a desserrĂ© l’emprise ombrageuse qu’elles avaient sur moi. D’autres, encore, ont Ă©tĂ© heureuses et m’ont rappelĂ© la chance que j’avais d’avoir des amies et amis, des collĂšgues et une famille. 41Les rĂ©cits d’écriture nous sensibilisent aux consĂ©quences potentielles de l’ensemble de nos Ă©crits, car ils nous ramĂšnent Ă  l’éthique de la reprĂ©sentation. Les rĂ©cits d’écriture ne portent pas sur des personnes ou des cultures lĂ -bas » — des sujets ou des objets ethnographiques ; plutĂŽt, ils portent sur nous nos espaces de travail, nos disciplines, nos amitiĂ©s et notre famille. Que pouvons-nous dire et avec quelles consĂ©quences ? Les rĂ©cits d’écriture sont risquĂ©s et peuvent ĂȘtre bouleversants, ils nous rapprochent » de la reprĂ©sentation ethnographique et la rendent personnelle ». 42Chaque rĂ©cit d’écriture offre l’occasion Ă  son autrice ou Ă  son auteur de prendre une dĂ©cision Ă©thique situĂ©e et pragmatique concernant la publication ou non de son rĂ©cit et le lieu de publication. En gĂ©nĂ©ral, je ne vois aucun problĂšme Ă©thique Ă  publier des rĂ©cits qui reflĂštent les abus de pouvoir ; je considĂšre les dommages causĂ©s par celles et ceux qui abusent comme bien plus grands que les dĂ©sagrĂ©ments que pourraient leur apporter mes rĂ©cits. Par opposition, l’idĂ©e de publier des rĂ©cits impliquant les membres de ma famille immĂ©diate est pour moi plus contraignante. Je vĂ©rifie le contenu de mes rĂ©cits avec eux. Dans le cas de membres de ma famille Ă©loignĂ©e, je modifie leurs prĂ©noms et les caractĂ©ristiques qui permettent de les reconnaĂźtre. Je garde aussi pour moi certains de mes Ă©crits plus rĂ©cents qui pourraient nuire sĂ©rieusement Ă  la paix familiale » et les mets de cĂŽtĂ©, espĂ©rant qu’un jour je trouverai une façon de les rendre publics. 9 En français dans le texte. 43Dans une section de Fields of Play Richardson, 1997, je raconte deux rĂ©cits entremĂȘlĂ©s d’ Ă©criture illĂ©gitime ». L’un de ces rĂ©cits est une reprĂ©sentation poĂ©tique de mon entrevue avec Louisa May, une mĂšre non mariĂ©e. L’autre est le rĂ©cit de cette recherche comment j’ai Ă©crit ce poĂšme, sa diffusion, sa rĂ©ception et les consĂ©quences qu’il a eues sur moi. Il existe une multitude d’illĂ©gitimitĂ©s dans ces rĂ©cits un enfant conçu hors mariage ; la reprĂ©sentation poĂ©tique de rĂ©sultats » de recherche ; une voix fĂ©minine en sciences sociales ; une recherche ethnographique sur des ethnographes et une reprĂ©sentation théùtrale de cette recherche ; la prĂ©sence Ă©motionnelle de la personne qui Ă©crit ; et un travail effrĂ©nĂ© de jouissance9. 44J’ai d’abord pensĂ© que l’histoire de cette recherche Ă©tait complĂšte, pas forcĂ©ment l’unique version possible, mais une qui, du moins, reflĂ©tait raisonnablement, honnĂȘtement et sincĂšrement ce que mes expĂ©riences de recherche avaient Ă©tĂ©. Je le crois toujours. Cela Ă©tant dit, j’ai dĂ» le reconnaĂźtre avec le temps, les expĂ©riences biographiques personnelles qui m’avaient amenĂ©e Ă  Ă©crire cette histoire manquaient toujours. 45J’ai Ă©ventuellement compris que l’idĂ©e d’ illĂ©gitimitĂ© » avait eu une forte emprise sur moi. Dans mon journal de recherche, j’écrivais ainsi Ma carriĂšre en sciences sociales pourrait ĂȘtre perçue comme une longue aventure dans l’illĂ©gitimitĂ©. » Je me suis demandĂ© pour quelle raison j’étais attirĂ©e par l’écriture de textes illĂ©gitimes », y compris le texte de ma vie universitaire. Quel est donc ce combat que j’entretiens avec le monde universitaire — Ă  la fois en faire partie et m’y opposer ? En quoi mon histoire ressemble-t-elle aux histoires de celles et ceux qui ont du mal Ă  se comprendre, qui luttent pour retrouver leur soi supprimĂ©, pour agir Ă©thiquement, et en quoi s’en distingue-t-elle ? 46RĂ©fractant l’ illĂ©gitimitĂ© » au moyen d’allusions, d’aperçus et de regards plus vastes, j’en suis venue Ă  Ă©crire un essai personnel, Vespers », le dernier de Fields of Play Richardson, 1997. Avec Vespers », j’ai situĂ© ma vie universitaire dans des expĂ©riences et des souvenirs d’enfance, j’ai approfondi ma connaissance de moi-mĂȘme, et le texte a trouvĂ© un Ă©cho chez d’autres personnes issues du milieu universitaire. Vespers » a Ă©galement produit sa propre rĂ©fraction il m’a donnĂ© le dĂ©sir, la force et une connaissance de moi-mĂȘme suffisante pour me permettre d’entreprendre la mise en rĂ©cit d’autres souvenirs et expĂ©riences ; il m’a donnĂ© une agentivitĂ© renouvelĂ©e et m’a permis de me reconstruire, pour le meilleur et pour le pire. 47Les rĂ©cits d’écriture et les rĂ©cits personnels deviennent sans cesse davantage la façon par laquelle je fais sens du monde, par laquelle les expĂ©riences biographiques qui sont les miennes s’insĂšrent dans un contexte sociohistorique plus large. En utilisant l’écriture comme mĂ©thode de dĂ©couverte, conjointement Ă  ma relecture fĂ©ministe de la pensĂ©e deleuzienne, je suis passĂ©e de Comment Ă©crire dans le contexte de la crise de la reprĂ©sentation ? », ma premiĂšre question d’écriture, Ă  Comment documenter le devenir ? ». 48Comme les flĂšches de ZĂ©non, je n’atteindrai jamais une destination une destinĂ©e ?. Contrairement Ă  ZĂ©non, toutefois, plutĂŽt que de me concentrer sur l’arrivĂ©e d’un parcours qui n’a pas de fin, je porte mon attention sur les maniĂšres dont les flĂšches sont construites, sur leur position dans le carquois et sur la position — dĂ©calage et repositionnement — du carquois dans le monde. Je conçois les promesses des idĂ©ologies progressistes et des expĂ©riences personnelles comme des ruines Ă  excaver, comme des plis Ă  dĂ©plier, comme des chemins traversant le miasme universitaire. Je suis convaincue que, dans le rĂ©cit ou les rĂ©cits du devenir, nous avons de bonnes chances de dĂ©construire l’idĂ©ologie universitaire sous-jacente — celle qui prĂ©tend qu’ĂȘtre quelque chose par exemple, une professeure qui a du succĂšs, un thĂ©oricien ingĂ©nieux, un maĂźtre acadĂ©micien, une fĂ©ministe covergirl vaut mieux que de devenir. Pour moi, Ă  prĂ©sent, dĂ©couvrir les imbrications complexes entre classe, race, genre, Ă©ducation, religion et autres diversitĂ©s, lesquelles ont façonnĂ© la sociologue que je suis devenue, est une façon pratique de dĂ©tourner les mondes universitaire et autres dans lesquels je vis. Aucun de nous ne sait qu’elle sera son ultime destination, mais nous toutes et tous pouvons reconnaĂźtre les facteurs qui auront une influence dĂ©terminante sur nos vies, facteurs que nous pouvons choisir d’affronter, d’embrasser ou d’ignorer. 49Je ne sais pas comment les autres documenteront leur devenir, mais j’ai choisi des structures qui s’accordent Ă  mon caractĂšre, Ă  mes orientations thĂ©oriques et Ă  ma vie d’autrice. Je grandis » en rĂ©fractant ma vie Ă  travers des lentilles sociologiques, m’associant pleinement Ă  la sociologie » de C. Wright Mills, au croisement du biographique et de l’historique. Je dĂ©couvre que mes prĂ©occupations de justice sociale, informĂ©e par l’appartenance ethnique, la classe, le genre et l’ethnicitĂ©, prennent leur origine dans des expĂ©riences d’enfance. Ces expĂ©riences ont consolidĂ© mes Ă©crits Ă  venir. Comment puis-je donner de la portĂ©e Ă  mon Ă©criture ? Comment puis-je Ă©crire de façon Ă  accĂ©lĂ©rer le dĂ©veloppement d’un projet dĂ©mocratique de justice sociale ? 50Je n’ai pas de rĂ©ponses accrocheuses et simples Ă  ces questions. Je sais que lorsque je me plonge dans mon Ă©criture, tant ma compassion envers les autres que mes actions pour les soutenir gagnent en force. Mon Ă©criture me porte vers un espace indĂ©pendant oĂč je perçois avec plus de clartĂ© les interrelations entre et parmi les personnes dans le monde. Peut-ĂȘtre que d’autres autrices et auteurs vivent des expĂ©riences similaires. Peut-ĂȘtre que rĂ©flĂ©chir profondĂ©ment et Ă©crire sur la vie d’autrui nous a menĂ©s, ou nous mĂšnera, Ă  poser des gestes qui permettront de rĂ©duire les iniquitĂ©s entre les personnes ainsi que la violence. Partie 2 l’écriture comme mĂ©thode de recherche nomade Elizabeth Adams St. Pierre 10 NDT. Pour les expressions et les citations provenant d’ouvrages traduits du français vers l’anglais ... 51Il n’est pas innocent que mon Ă©criture sur l’écriture comme mĂ©thode de recherche dans ce texte double apparaisse aprĂšs celle de Laurel Richardson il s’agit d’une trajectoire, d’une ligne de fuite10 » Deleuze et Parnet, 1977, p. 125, qui dĂ©coule du travail de Richardson. Je me propose ici d’effectuer une cartographie de ce qui peut arriver lorsque l’on prend au sĂ©rieux son invitation Ă  penser l’écriture en tant que mĂ©thode de recherche qualitative. J’ai lu une toute premiĂšre Ă©bauche du chapitre intitulĂ© Writing A method of discovery » en 1992, dans un cours de sociologie Richardson y enseignait la recherche et l’écriture postmodernes. Des annĂ©es auparavant, j’avais pour ma part Ă©tĂ© formĂ©e, dans le cadre d’une majeure en anglais, Ă  envisager l’écriture comme le traçage de la pensĂ©e dĂ©jĂ  pensĂ©e, comme le reflet transparent du connu et du rĂ©el — l’écriture comme reprĂ©sentation, comme rĂ©pĂ©tition. J’adopte encore cette approche pour certains publics et Ă  certaines fins, mais, dĂ©sormais, j’emploie principalement l’écriture pour Ă©branler le connu et le rĂ©el — l’écriture comme simulation Baudrillard, 1988/1981, comme rĂ©pĂ©tition subversive » [subversive repetition]Butler, 1990, p. 32. 52Pensant ensemble Richardson et Deleuze, j’ai nommĂ© mon travail dans le milieu universitaire recherche nomade » St. Pierre, 1997a, 1997c [nomadic inquiry]. Une grande partie de ce travail s’accomplit dans l’écriture. Pour moi, l’écriture, c’est la pensĂ©e ; l’écriture, c’est l’analyse, ce qui en fait une mĂ©thode de dĂ©couverte Ă  la fois complexe et sĂ©duisante. Nombre de chercheuses et chercheurs en sciences humaines le savent depuis longtemps, mais c’est Richardson qui a introduit cette conception dans la recherche qualitative en sciences sociales. De fait, elle a contribuĂ© Ă  dĂ©construire la mĂ©thode plaçant ce concept ordinaire de la recherche qualitative sous rature Spivak, 1974, p. xiv, elle l’a ouvert Ă  diffĂ©rents sens. 53Le concept doit certainement ĂȘtre troublĂ©. Il y a deux dĂ©cennies, Barthes Ă©crivait ceci la MĂ©thode devient une Loi », mais la volontĂ© de mĂ©thode [est] finalement stĂ©rile tout est passĂ© dans la mĂ©thode ; il ne reste rien Ă  l’écriture » 1984, p. 392. Il faut donc, disait-il, Ă  un certain moment se retourner contre la mĂ©thode, ou du moins la traiter sans privilĂšge fondateur, comme l’une des voix du pluriel » ibid., p. 393. En d’autres termes, nous devons interroger les limites que nous avons imposĂ©es au concept de mĂ©thode, sans quoi nous limiterons ses potentialitĂ©s dans la production du savoir. 11 Citation originale resources of the old language, the language we already possess and which pos ... 54Il s’agit lĂ  de l’une des leçons du postmodernisme les fondements sont contingents Butler, 1992. En effet, tous les concepts qui dĂ©finissent la recherche qualitative interprĂ©tative traditionnelle, y compris la mĂ©thode, sont contingents. Les postmodernes en ont d’ailleurs dĂ©construit plusieurs, dont les donnĂ©es St. Pierre, 1997b, la validitĂ© Lather, 1993 ; Scheurich, 1993, l’interview Scheurich, 1995, le terrain St. Pierre, 1997c, l’expĂ©rience Scott, 1991, la voix Finke, 1993 ; Jackson, 2003 ; Lather, 2000, la rĂ©flexivitĂ© Pillow, 2003, le rĂ©cit Nespor et Barylske, 1991 et mĂȘme l’ethnographie Britzman,1995 ; Visweswaran, 1994. Cela ne signifie pas que les chercheuses et chercheurs qualitatifs postmodernes rejettent ces concepts en particulier ni d’autres concepts qui ont Ă©tĂ© dĂ©finis de façon spĂ©cifique par le paradigme interprĂ©tativiste. Ils observent plutĂŽt leurs effets sur les personnes et sur la production du savoir, au cours de dĂ©cennies de recherche, et ils les rĂ©inscrivent de diffĂ©rentes maniĂšres qui, bien sĂ»r, doivent elles aussi ĂȘtre interrogĂ©es. Les chercheuses et chercheurs postmodernes ne rejettent pas non plus nĂ©cessairement les mots en eux-mĂȘmes ; ils continuent d’utiliser, par exemple, les mots mĂ©thode et donnĂ©es. Comme le soulignait Spivak, nous devons travailler avec les ressources du langage, c’est-Ă -dire le langage que nous possĂ©dons dĂ©jĂ  et qui nous possĂšde. Inventer un nouveau mot, c’est courir le risque d’oublier le problĂšme ou de croire qu’il est rĂ©solu11 » op. cit., p. xv. Nous utilisons donc de vieux concepts, mais nous leur demandons d’effectuer un travail diffĂ©rent. Il est intĂ©ressant de noter que c’est prĂ©cisĂ©ment l’incapacitĂ© du langage Ă  fermer le sens du concept qui incite les chercheuses et chercheurs qualitatifs postmodernes Ă  critiquer la cohĂ©rence prĂ©sumĂ©e de la structure de la recherche qualitative interprĂ©tative traditionnelle. Pour certaines et certains d’entre nous, la reconnaissance que cette structure est et a toujours Ă©tĂ© contingente est, certainement, une bonne nouvelle. Langage et sens 12 Citation originale word and thing or thought never in fact become one ». 55Richardson s’intĂ©resse au travail du langage dans la premiĂšre partie de ce texte. En ce qui me concerne, je dĂ©cris ici plus en dĂ©tail la relation tĂ©nue entre langage et sens afin de poser les assises de la discussion que je propose ensuite concernant la postinterprĂ©tation dans un monde postinterprĂ©tatif. Nous savons qu’un vaste travail de dĂ©construction a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans les sciences sociales depuis le tournant linguistique » Rorty, 1964, le tournant postmoderne » Hassan, 1987, la crise de la lĂ©gitimation » Habermas, 1975/1973 et la crise de la reprĂ©sentation » Marcus et Fischer, 1986, chacun reposant sur une conscience d’un langage qui ne s’oublie pas lui-mĂȘme » Barthes, op. cit., p. 393 ou, comme le souligne Trinh, une conscience qui comprend le langage comme langage » 1989, p. 17. Il y a dĂ©jĂ  plus de 40 ans, Foucault Ă©crivait que le langage n’est pas ce qu’il est parce qu’il a un sens » 1966, p. 36, alors que Derrida thĂ©orisait la diffĂ©rance, montrant ainsi que le sens ne peut ĂȘtre fixĂ© dans le langage, qu’il est constamment diffĂ©rĂ©. Comme l’expliquait Spivak, un mot et une chose, ou une pensĂ©e, ne deviennent jamais un dans les faits12 » op. cit., p. xvi ; par consĂ©quent, le langage ne peut ĂȘtre employĂ© en tant que mĂ©dium transparent qui reflĂšte, reprĂ©sente » et contient le monde. 13 Citation originale the interpretive sciences [that] proceed from the assumption that there is a ... 14 Citation originale the thing itself always escapes ». 56L’idĂ©e selon laquelle le sens n’est pas une propriĂ©tĂ© transportable » [portable property] ibid., p. 1vii, c’est-Ă -dire que le langage ne peut simplement transporter le sens d’une personne Ă  l’autre, Ă©branle la proposition de Husserl pour qui il existerait un niveau de sens prĂ©linguistique un sens pur, un pur signifiĂ©, sens que le langage pourrait exprimer. En cela, les dĂ©marches postmodernes diffĂšrent des sciences interprĂ©tatives, qui procĂšdent de l’hypothĂšse selon laquelle il existe une vĂ©ritĂ© profonde, Ă  la fois connue et cachĂ©e, le travail de l’interprĂ©tation consistant Ă  apporter cette vĂ©ritĂ© au discours13 » Dreyfus et Rabinow, 1982, p. 180. Elles Ă©branlent aussi la croyance en l’idĂ©e que la communication rationnelle et exempte d’interfĂ©rence Habermas, 1984/1981, 1987/1981 — sorte de dialogue transparent pouvant mener au consensus — est possible, mĂȘme souhaitable, alors que le consensus gomme souvent la diffĂ©rence. En outre, la dĂ©claration de Derrida tel que le cite Spivak qui affirme que la chose elle-mĂȘme s’échappe toujours14 » op. cit., p. 1xix jette un doute radical sur et certains pourraient mĂȘme dire qu’elle rend impertinente » l’hypothĂšse hermĂ©neutique selon laquelle nous pouvons, dans les faits, rĂ©pondre Ă  la question ontologique Qu’est-ce que
 ? », question qui fonde de nombreux travaux d’interprĂ©tation. 15 Citation originale brut fact or simple reality ». 16 Citation originale human inabity to tolerate undescribed chaos ». 17 Citation originale condemned to meaning ». 18 Citation originale tirĂ©e de la prĂ©face de Gayatri Chakravorty Spivak dans Of grammatology 1974 ... 57Les postmodernes, aprĂšs le tournant linguistique, ont soutenu que l’interprĂ©tation n’est pas la dĂ©couverte du sens, mais plutĂŽt l’ introduction du sens » [introduction of meaning] Spivak, op. cit., p. xxiii dans le monde. S’il en est ainsi, nous ne pouvons plus apprĂ©hender les mots comme s’ils Ă©taient profondĂ©ment et essentiellement signifiants ni considĂ©rer comme faits bruts ou simples rĂ©alitĂ©s15 » Scott, 1991, p. 26 les expĂ©riences qu’ils tentent de reprĂ©senter. Dans ce cas, l’interprĂ©tant doit assumer le fardeau de la fabrication du sens, qui n’est plus une activitĂ© d’expression neutre relayant simplement le mot au monde. Foucault Ă©crivait par ailleurs que l’interprĂ©tation n’éclaire pas une matiĂšre Ă  interprĂ©ter, qui s’offrirait Ă  elle passivement ; elle ne peut que s’emparer, et violemment, d’une interprĂ©tation dĂ©jĂ  lĂ , qu’elle doit renverser, retourner, fracasser Ă  coups de marteau » 1994/1967, p. 571. Cependant, malgrĂ© les dangers de la rage hermĂ©neutique pour la dĂ©couverte du sens, nous interprĂ©tons sans cesse, peut-ĂȘtre en raison de notre incapacitĂ© humaine Ă  tolĂ©rer le chaos16 » Spivak, op. cit., p. xxiii. À cet Ă©gard, Foucault tel que le citent Dreyfus et Rabinow disait que nous sommes condamnĂ©s au sens17 » op. cit., p. 88. Mais Derrida proposait une autre vision du sens il affirmait que se risquer Ă  ne-rien-vouloir-dire, c’est entrer dans le jeu, et d’abord dans le jeu de la diffĂ©rance qui fait qu’aucun mot, aucun concept, aucun Ă©noncĂ© majeur ne [vient] rĂ©sumer et commander [
] [les] diffĂ©rences » 1972, p. 23-24. Il appelait ce travail de dĂ©construction l’écriture sous rature il s’agit d’ abandonner chaque concept au moment mĂȘme oĂč j’ai besoin de l’utiliser18 » 1967, p. xviii. Pour la recherche qualitative, le fait d’imaginer l’écriture comme un abandon de sens, mĂȘme si le sens prolifĂšre, plutĂŽt que comme une recherche et un confinement du sens, comporte des implications Ă  la fois convaincantes et profondes. 19 Citation originale How do meanings change? How have some meanings emerged as normative and othe ... 20 Citation originale How does discourse function? Where is it to be found? How does it get produ ... 58De toute Ă©vidence, les chercheuses et chercheurs qualitatifs postmodernes ne peuvent plus considĂ©rer la recherche simplement comme un travail d’interprĂ©tation du sens permettant de concevoir, de comprendre et d’élucider dans son entiĂšretĂ© un phĂ©nomĂšne. Comme je l’ai mentionnĂ© ci-dessus, cela ne signifie pas qu’ils rejettent le sens, mais plutĂŽt qu’ils remettent le sens Ă  sa place. Ils se dĂ©tournent de questions telles que Qu’est-ce que ceci ou cela signifie ? » pour se concentrer sur des questions comme celles posĂ©es par Scott Comment les sens changent-ils ? Comment certains sens se sont-ils avĂ©rĂ©s normatifs, alors que d’autres ont Ă©tĂ© Ă©clipsĂ©s ou sont disparus ? Qu’est-ce que ces processus rĂ©vĂšlent sur la façon dont le pouvoir est constituĂ© et fonctionne ?19 » 1988, p. 35. BovĂ© offre des questions supplĂ©mentaires, et je suggĂšre que nous puissions substituer n’importe quel objet de savoir le mariage, la subjectivitĂ©, l’appartenance ethnique, par exemple au mot discours dans ce qui suit Comment fonctionne le discours ? OĂč se trouve-t-il ? Comment est-il produit et rĂ©gulĂ© ? Quels sont ses effets sociaux ? Comment existe-t-il ?20 » 1990, p. 54. 21 Dans le texte, citation tirĂ©e de Racevskis 1987. 22 Citation originale producing different knowledge and producing knowledge differently ». 59Puisque Richardson et moi aimons particuliĂšrement Ă©crire, nous nous sommes posĂ© toutes ces questions sur l’écriture, et nous en avons posĂ© une autre, que nous estimons provocante qu’est-ce que l’écriture peut faire d’autre que signifier ? Deleuze et Guattari nous orientent lorsqu’ils affirment qu’ Ă©crire n’a rien Ă  voir avec signifier, mais avec arpenter, cartographier, mĂȘme des contrĂ©es Ă  venir » 1980, p. 11. En ce sens, l’écriture devient un terrain de jeu » Richardson, 1997 dans lequel nous pouvons desserrer l’emprise du sens reçu, qui limite notre travail et nos vies, et Ă©tudier dans quelle mesure l’exercice de penser sa propre histoire peut affranchir la pensĂ©e de ce qu’elle pense silencieusement pour lui permettre de penser autrement21 » Foucault, 1984a, p. 15. Le tournant linguistique et la critique postmoderne de l’interprĂ©tativisme ouvrent le concept d’écriture et nous permettent de l’utiliser comme mĂ©thode de recherche, une condition de possibilitĂ© permettant de produire des connaissances diffĂ©rentes et de produire des connaissances diffĂ©remment22 » St. Pierre, 1997b, p. 175. Écrire sous rature une politique et une Ă©thique de la difficultĂ© 60Alors, quel pourrait ĂȘtre le travail de l’écriture en tant que mĂ©thode dans la recherche qualitative postmoderne ? À quoi pourrait ressembler l’écriture sous rature, et comment, Ă  son tour, une telle Ă©criture pourrait-elle réécrire la recherche elle-mĂȘme ? Mes propres expĂ©riences Ă  cet Ă©gard ont Ă©mergĂ© d’un projet de recherche qualitative postmoderne Ă  long terme, qui reposait sur des entretiens avec 36 femmes blanches ĂągĂ©es du Sud, habitant dans ma ville natale, et sur une ethnographie de la petite communautĂ© rurale dans laquelle elles vivent St. Pierre, 1995. Je tiens Ă  rappeler que cette recherche n’était pas conçue pour accomplir un travail d’interprĂ©tation, c’est-Ă -dire pour rĂ©pondre aux questions Qui sont ces femmes ? » et Que sont-elles ? ». Je n’ai jamais prĂ©sumĂ© que j’arriverais Ă  connaĂźtre ou Ă  comprendre ces femmes — Ă  dĂ©couvrir leur voix authentique et leur nature essentielle, puis Ă  les reprĂ©senter par une description riche et dĂ©taillĂ©e. Je me suis plutĂŽt donnĂ© comme double tĂąche 1 d’utiliser le postmodernisme pour Ă©tudier la subjectivitĂ© en mobilisant l’analyse Ă©thique de Foucault 1984a, 1984b, le souci de soi, c’est-Ă -dire pour explorer les arts de l’existence » ou les pratiques de soi » que ces femmes ont utilisĂ©s au cours de leur longue vie dans la construction de leur subjectivitĂ© ; et 2 d’utiliser le postmodernisme pour interroger la mĂ©thodologie traditionnelle de recherche qualitative, laquelle est Ă  mon sens gĂ©nĂ©ralement Ă  la fois positiviste et interprĂ©tative. 61Aussi, puisque je me considĂšre moi-mĂȘme comme une Ă©crivaine — merci Ă  Richardson il aura fallu une sociologue pour apprendre Ă  Ă©crire Ă  une professeure d’anglais —, j’ai choisi dĂšs le dĂ©part d’utiliser l’écriture comme mĂ©thode de recherche dans ces deux sens, au moins 1 je considĂ©rerais l’écriture comme une mĂ©thode de collecte de donnĂ©es au mĂȘme titre que, par exemple, les entretiens et l’observation ; et 2 je considĂ©rerais l’écriture comme une mĂ©thode d’analyse des donnĂ©es au mĂȘme titre que, par exemple, les activitĂ©s traditionnelles — et que je considĂšre comme structurelles et positivistes — d’induction analytique, de comparaison constante, de codage, de tri et de catĂ©gorisation des donnĂ©es, etc. Il semble clair, dĂ©sormais, que la cohĂ©rence du concept de mĂ©thode, apprĂ©hendĂ© dans une perspective positiviste et/ou interprĂ©tativiste, est rompue, le concept Ă©tant investi de ces sens multiples. En somme, les efforts pour maintenir son unitĂ© pourraient demeurer vains. En effet, j’espĂšre que d’autres suivront mon exemple et imagineront de nouvelles utilisations de l’écriture comme mĂ©thode de recherche. Je souligne par ailleurs que les deux mĂ©thodes Ă©voquĂ©es ci-dessus ne sont pas distinctes. Faire une telle distinction reviendrait Ă  demeurer dans les limites de la structure de la recherche qualitative traditionnelle, qui sĂ©pare souvent la collecte des donnĂ©es de leur analyse. NĂ©anmoins, je maintiens temporairement cette distinction par souci de clartĂ©. 62Dans ma recherche, j’ai utilisĂ© l’écriture comme mĂ©thode de collecte de donnĂ©es en rassemblant, c’est-Ă -dire en recueillant — dans l’écriture —, toutes sortes de donnĂ©es que je n’avais jamais vues dans les manuels d’interprĂ©tation qualitative, dont certaines que j’ai nommĂ©es donnĂ©es de rĂȘve, donnĂ©es sensuelles, donnĂ©es Ă©motionnelles, donnĂ©es d’interprĂ©tation situĂ©e [response data] St. Pierre, 1997b et donnĂ©es de mĂ©moire St. Pierre, 1995. Ces donnĂ©es peuvent inclure, par exemple, un rĂȘve agaçant Ă  propos d’une entrevue insatisfaisante ; l’angle oblique du soleil du Sud vers lequel mon corps s’est tournĂ© avec bonheur ; mon chagrin lorsque j’ai lu la notice nĂ©crologique de l’une de mes participantes ; le commentaire troublant de ma mĂšre qui me reprochait d’avoir fait une erreur ; et des souvenirs du futur » trĂšs rĂ©els Deleuze, 2004/1986, p. 114, d’une Ă©poque tristement privĂ©e de ces femmes et d’autres femmes de leur gĂ©nĂ©ration. Ces donnĂ©es ne figuraient ni dans mes transcriptions d’entretiens ni dans mes notes de terrain, lĂ  oĂč les donnĂ©es sont censĂ©es se trouver en effet, comment peut-on textualiser » tout ce que l’on pense et ressent au cours d’une recherche ? Mais elles Ă©taient toujours dĂ©jĂ  dans mon esprit et dans mon corps, et elles sont apparues de maniĂšre Ă  la fois inattendue et appropriĂ©e dans mes Ă©crits — des donnĂ©es fugitives, passagĂšres, excessives et hors catĂ©gorie. Ce que je veux dire, ici, c’est que ces donnĂ©es auraient pu m’échapper complĂštement si je n’avais pas Ă©crit ; elles n’ont Ă©tĂ© recueillies qu’à travers l’écriture. 63J’ai utilisĂ© l’écriture comme mĂ©thode d’analyse des donnĂ©es en ce sens que je l’ai utilisĂ©e pour penser ; j’ai Ă©crit pour entrer dans des espaces particuliers, des espaces auxquels je n’aurais pu accĂ©der si j’avais triĂ© les donnĂ©es avec un programme informatique ou par induction analytique. Il s’agit d’un travail rhizomatique Deleuze et Guattari, op. cit. dans lequel j’ai Ă©tabli des connexions accidentelles et fortuites que je ne pouvais ni prĂ©voir ni contrĂŽler. Ainsi, je n’ai pas limitĂ© l’analyse aux pratiques traditionnelles de codage des donnĂ©es, puis de tri en catĂ©gories que j’aurais ensuite regroupĂ©es en thĂšmes, lesquels seraient devenus des titres de section dans un plan qui aurait organisĂ© et rĂ©gi mon Ă©criture avant mĂȘme l’écriture. La rĂ©flexion s’est dĂ©ployĂ©e dans l’écriture. À mesure que j’écrivais, je voyais apparaĂźtre et se succĂ©der des mots sur l’écran de l’ordinateur — des idĂ©es, des thĂ©ories — auxquels je n’avais pas pensĂ© avant de les Ă©crire. Il m’est arrivĂ© d’écrire quelque chose de si formidable que j’en ai Ă©tĂ© surprise. Je doute qu’une telle pensĂ©e aurait pu Ă©merger par la seule rĂ©flexion. 64Et c’est en abordant l’écriture de cette maniĂšre que l’on brise la distinction, dans la recherche qualitative traditionnelle, entre la collecte et l’analyse des donnĂ©es c’est lĂ  un nouvel assaut contre la structure. Les deux se produisent simultanĂ©ment. Au fur et Ă  mesure que les donnĂ©es sont collectĂ©es dans l’écriture — lorsque la chercheuse pense Ă /Ă©crit Ă  propos de l’idĂ©e de sa professeure de latin selon laquelle nous devrions nous Ă©panouir dans l’adversitĂ© ; un chĂąle en vison drapĂ© Ă©lĂ©gamment sur des Ă©paules droites et vieillissantes ; le goĂ»t sucrĂ© et salĂ© de minuscules biscuits au jambon de pays ; toutes les autres choses de sa vie qui semblent sans rapport avec son projet de recherche, mais qui s’y libĂšrent totalement —, elle produit des transitions Ă©tranges et merveilleuses d’un mot Ă  l’autre, d’une phrase Ă  l’autre, de la pensĂ©e Ă  l’impensĂ©. La collecte et l’analyse des donnĂ©es sont indissociables lorsque l’écriture est une mĂ©thode de recherche. Et les concepts positivistes tels que les pistes de vĂ©rification et la saturation des donnĂ©es deviennent absurdes, et non pertinents, dans le cadre d’une recherche qualitative postmoderne oĂč l’écriture est un terrain de jeu oĂč tout peut arriver — et finit par arriver. 65Il y a beaucoup de questions auxquelles il faut rĂ©flĂ©chir, alors que la recherche qualitative traditionnelle se dĂ©fait — dans ce cas-ci, alors que l’écriture dĂ©construit le concept de mĂ©thode, faisant prolifĂ©rer son sens et faisant dĂšs lors s’effondrer la structure qui reposait sur son unitĂ©. Mais comment Ă©crire » aprĂšs le tournant linguistique ? Les chercheuses et chercheurs qualitatifs postmodernes ont Ă©tĂ© courageux et inventifs Ă  cet Ă©gard. Richardson a identifiĂ© et dĂ©crit cette Ă©criture Ă  la fois comme une Ă©criture expĂ©rimentale » Richardson, 1994 et comme une ethnographie CAP » Richardson, 2000. Bien sĂ»r, il n’y a pas de modĂšle pour ce travail, puisque chaque chercheuse, chaque chercheur et chaque recherche requiĂšrent une Ă©criture singuliĂšre. Je peux malgrĂ© tout raconter briĂšvement une petite histoire d’écriture Ă  propos de mes propres aventures avec la postreprĂ©sentation. 66Comme je l’ai mentionnĂ© ci-dessus, dans ma recherche sur les femmes ĂągĂ©es de ma ville natale, j’ai entrepris d’étudier la subjectivitĂ© et la recherche qualitative au moyen d’analyses poststructuralistes. Ma tĂąche consistait Ă  dĂ©construire la structure prĂ©sumĂ©e unifiĂ©e de la femme autonome, consciente et cultivĂ©e, qui serait livrĂ©e Ă  la lectrice ou au lecteur par une description riche et dense, de mĂȘme que la structure prĂ©sumĂ©e rationnelle et cohĂ©rente de la recherche qualitative traditionnelle, qui garantirait une connaissance vĂ©ritable des femmes. N’ayant jamais lu de manuel qualitatif postmoderne, j’ai d’abord essayĂ© de faire entrer de force — sans succĂšs — la mĂ©thodologie postmoderne dans la grille de la recherche qualitative interprĂ©tative/positiviste. Lorsque l’inadĂ©quation est devenue apparente, puis absurde, j’ai commencĂ© Ă  dĂ©construire cette structure pour faire de la place Ă  la diffĂ©rence. 23 NDT. Il est ici question d’une rĂ©plique du thriller amĂ©ricain The Marathon Man dans lequel Laurence ... 24 Citation originale old promise of representation ». 67Au mĂȘme moment, j’ai commencĂ© Ă  ressentir une rĂ©ticence littĂ©raire Ă  l’idĂ©e de dĂ©crire » ou de reprĂ©senter mes participantes et d’encourager ainsi une certaine forme d’identification sentimentale. AprĂšs tout, c’était la subjectivitĂ©, et non les femmes elles-mĂȘmes, qui constituait l’objet de ma recherche. Je suis devenue mĂ©fiante envers l’hypothĂšse pas-si-innocente » de l’interprĂ©tativisme selon laquelle les femmes devaient ĂȘtre forĂ©es et exploitĂ©es pour le savoir Qui sont-elles ? Qu’est-ce que cela signifie ? » et, par lĂ , reprĂ©sentĂ©es. Cela ne semblait pas ĂȘtre le type de relation Ă©thique que ces femmes, qui m’avaient enseignĂ© comment ĂȘtre une femme, exigeaient de moi. Je me souviens ici d’un commentaire d’Anthony Lane, critique de films pour le New Yorker, qui disait qu’au lieu de se demander si le film de David Lynch Mulholland Drive a un sens Qu’est-ce que cela signifie ? », les spectatrices et spectateurs devraient se demander ce que Laurence Olivier a un jour demandĂ© Ă  Dustin Hoffman Est-ce sans risque ? »23 Lane, 2001. Dans la recherche interprĂ©tative, nous postulons que la reprĂ©sentation est possible, mĂȘme si elle est risquĂ©e. Nous nous y risquons donc, formulant nĂ©anmoins de nombreux avertissements anxieux. Dans la recherche postmoderne, nous pensons que la reprĂ©sentation n’est pas possible et que toute dĂ©marche en ce sens est risquĂ©e. C’est pourquoi nous dĂ©plaçons donc entiĂšrement l’attention ; en ce qui me concerne, je la dĂ©place des femmes vers la subjectivitĂ©. Nous nous mĂ©fions de plus en plus de la vieille promesse de la reprĂ©sentation24 » Britzman, op. cit., p. 234 et, avec Pillow op. cit., nous remettons en question une science dont le but est la reprĂ©sentation. 25 Citation originale runs to meet the reader ». 68Dans mon propre travail, j’ai dĂ©veloppĂ© une certaine incompĂ©tence et une sous-performance d’écrivaine je suis incapable d’écrire un texte qui se prĂ©cipite Ă  la rencontre [de la lectrice et] du lecteur25 » Sommer, 1994, p. 530, un texte rĂ©confortant Lather et Smithies, 1997 qui satisfait Ă  la prĂ©tention interprĂ©tative de connaĂźtre les femmes. PlutĂŽt que d’ĂȘtre pour moi une impasse Ă©pistĂ©mologique » Sommer, ibid., p. 532 les femmes comme objets que l’on pourrait connaĂźtre, les femmes sont une ligne de fuite qui m’amĂšne ailleurs les femmes comme provocatrices. Il ne s’agit pas de nier l’importance de ces femmes ni de prĂ©tendre qu’elles ne figurent pas dans mes textes, puisqu’elles sont partout. Mais je fais un geste vers elles de maniĂšre oblique dans mes Ă©crits en relatant, par exemple, l’une de nos conversations malaisantes qui s’est transformĂ©e en une confusion splendide et productive sur la subjectivitĂ© ou en racontant comment elles ont insistĂ© pour que je me questionne sur ce qu’elles envisagent comme un paradoxe de la mĂ©thodologie. Et quand une personne me demande de lui raconter une histoire sur ces femmes, je lui en raconte une captivante, et si elle m’en demande une autre, je lui dis Va rencontrer tes propres femmes ĂągĂ©es et parle avec elles. Elles ont des histoires Ă  raconter, et ces histoires changeront ta vie ». 69NĂ©anmoins, j’aspire Ă  Ă©crire sur ces femmes plus ĂągĂ©es qui meurent, meurent et meurent
 et je le ferai un jour, malgrĂ© mes craintes, mais seulement aprĂšs avoir affrontĂ© cette question postreprĂ©sentationnelle qu’est-ce que l’écriture peut faire d’autre que signifier ? Cette Ă©criture impliquera une politique et une Ă©thique de la difficultĂ© qui, d’une part, ne peuvent ĂȘtre accomplies que si j’écris, mais qui, d’autre part, ne peuvent ĂȘtre accomplies sur la base de tout ce que je sais dĂ©jĂ  sur l’écriture. Il n’y a pas de rĂšgle pour l’écriture postreprĂ©sentationnelle ; il n’existe aucune autoritĂ© vers laquelle se tourner pour obtenir du rĂ©confort. 26 Citation originale I do not know, but I do know that we cannot go back to where we were ». 70Qu’est-ce que le postmodernisme a fait Ă  la recherche qualitative ? Je suis d’accord avec la rĂ©ponse de Richardson Ă  cette question Je ne sais pas, mais je sais que nous ne pouvons pas retourner lĂ  oĂč nous Ă©tions26 » 1994, p. 524. Ou, comme l’ont dit Deleuze et Parnet, peut-ĂȘtre comprendrons-nous que rien n’a changĂ©, et pourtant tout a changĂ© » op. cit., p. 154. Je reviens aux critĂšres que Richardson a Ă©tablis pour Ă©valuer des textes ethnographiques postmodernes. L’écriture que j’évoque ici — l’écriture sous rature — apporte-t-elle une contribution substantielle ; a-t-elle une valeur esthĂ©tique ; dĂ©montre-t-elle une rĂ©flexivitĂ© ; quelle portĂ©e a-t-elle ; peut-elle reflĂ©ter l’expĂ©rience vĂ©cue ? Je crois que c’est possible. Mais plus important encore, l’écriture comme mĂ©thode de recherche nous porte Ă  travers nos seuils, vers une destination inconnue, pas prĂ©visible, pas prĂ©existante » Deleuze et Parnet, ibid., p. 152, peut-ĂȘtre mĂȘme vers la promesse spectaculaire de ce que Derrida appelait la dĂ©mocratie Ă  venir » 1993, p. 143, une promesse que ceux qui travaillent pour la justice sociale ne peuvent ignorer. Je pense souvent Ă  cette dĂ©mocratie, puisqu’elle offre la possibilitĂ© d’établir des relations diffĂ©rentes — des relations plus gĂ©nĂ©reuses que celles que je connais, des relations fertiles dans lesquelles les gens s’épanouissent. 27 NDT. ConsidĂ©rant que les versions anglaise et française de l’ouvrage ne correspondent pas, nous avo ... 28 NDT. ConsidĂ©rant que les versions anglaise et française de l’ouvrage ne correspondent pas, nous avo ... 71Le paradoxe, cependant, est que cette dĂ©mocratie ne se prĂ©sentera jamais sous la forme d’une pleine prĂ©sence27 » Derrida, 1993, p. 65, mais qu’elle exige que nous nous prĂ©parions Ă  son arrivĂ©e. Derrida affirmait qu’elle repose sur l’idĂ©e qu’il faut offrir l’hospitalitĂ© absolue » Ă  une altĂ©ritĂ© qui ne peut ĂȘtre anticipĂ©e28 » ibid., p. 65 et Ă  laquelle nous ne demandons rien en retour. Ainsi, la mise en place de la dĂ©construction dans la dĂ©mocratie Ă  venir est ancrĂ©e dans nos relations avec l’autre. En recherche qualitative postmoderne, les possibilitĂ©s de rencontres justes et Ă©thiques avec l’altĂ©ritĂ© se produisent non seulement dans le champ de l’activitĂ© humaine, mais aussi dans le champ du texte, dans notre Ă©criture. Dans ces espaces qui se chevauchent, nous nous prĂ©parons Ă  une dĂ©mocratie qui n’a pas de modĂšle, Ă  une justice postjuridique qui est toujours contingente, qui dĂ©pend toujours de l’affaire en cours et qui doit ĂȘtre effacĂ©e dĂšs lors qu’elle est produite. Se complaire dans l’idĂ©e d’une justice et d’une vĂ©ritĂ© transcendantales, d’un sens profond qui, pensons-nous, nous sauvera, relĂšve peut-ĂȘtre d’un manque de courage, celui dont nous avons besoin pour penser et vivre au-delĂ  de nos fictions nĂ©cessaires. 29 Citation originale what happens when we cannot apply the rules ». 30 Citation originale that is not the moment of security or of cognitive certainty. Quite the cont ... 31 Citation originale no grounds, no alibis, no elsewhere to which we might refer the instance of ... 72L’éthique sous la dĂ©construction est donc sans fondement ; elle est ce qui se passe quand nous ne pouvons pas appliquer les rĂšgles29 » Keenan, 1997, p. 1. Cette Ă©thique de la difficultĂ© s’articule autour d’une responsabilitĂ© complexe envers l’autre, qui n’est pas un moment de sĂ©curitĂ© ni de certitude cognitive. Bien au contraire la seule responsabilitĂ© digne de ce nom procĂšde du retrait des rĂšgles ou des connaissances sur lesquelles nous aimerions compter pour prendre nos dĂ©cisions Ă  notre place30 » ibid.. L’évĂ©nement Ă©thique se produit lorsque nous n’avons plus aucun motif, aucun alibi, aucun ailleurs auquel nous pourrions renvoyer l’instance de nos dĂ©cisions31 » ibid.. En ce sens, nous serons toujours non prĂ©parĂ©s Ă  ĂȘtre Ă©thiques ». Plus encore, la suppression des fondements et du sens originel, qui n’étaient dĂ©jĂ  que des fictions, laisse simplement tout tel quel, c’est-Ă -dire sans ces marqueurs de certitude sur lesquels nous comptions pour demeurer intacts face Ă  notre responsabilitĂ© textuelle. DĂšs lors, comment continuer ? Comment poursuivre notre travail et notre vie ? 73Deleuze soutenait que les Ă©vĂ©nements de notre vie — et dans cet essai, je pense prĂ©cisĂ©ment Ă  toutes ces relations Ă  l’autre que permet la recherche qualitative — nous encouragent Ă  ĂȘtre leur Ă©gal en nous incitant nous-mĂȘmes Ă  exceller, Ă  ĂȘtre le plus parfait possible. Ou bien la morale n’a aucun sens, ou bien c’est cela qu’elle veut dire, elle n’a rien d’autre Ă  dire ne pas ĂȘtre indigne de ce qui nous arrive » 1969, p. 174. L’évĂ©nement nous appelle donc Ă  ĂȘtre dignes Ă  l’instant mĂȘme de la dĂ©cision, quand ce qui arrive est tout ce qui existe — alors que le sens arrivera toujours trop tard pour nous sauver. Au bord de l’abĂźme, nous marchons sans rĂ©serve vers l’autre. C’est la dĂ©construction Ă  son meilleur et, je crois, la condition de la dĂ©mocratie Ă  venir de Derrida. Cette dĂ©mocratie appelle une croyance dans le monde » Deleuze, 1990, p. 239 renouvelĂ©e qui, je l’espĂšre, permettra des relations moins appauvries que celles que nous avons imaginĂ©es et vĂ©cues jusqu’ici. Comme je l’ai dit ci-dessus, la dĂ©construction s’accomplit dĂ©jĂ  par le travail des chercheuses et chercheurs qualitatifs postmodernes dans tous les domaines oĂč ils travaillent. 74En ce qui me concerne, je lutte tous les jours pour demeurer digne des femmes ĂągĂ©es de ma ville natale, qui continuent Ă  m’enseigner l’éthique. Vous avez peut-ĂȘtre l’impression que je n’écris pas Ă  leur sujet dans cet essai, mais je vous assure qu’elles vous parlent dans chaque mot que vous lisez. Ruminer et Ă©crire Ă  propos de ce dĂ©sir de les voir prĂ©sentes dans ce texte et dans d’autres textes que je pourrai Ă©crire, de ce dĂ©sir de sens, accapare une grande partie de mon Ă©nergie. Mais je fais confiance Ă  l’écriture et je sais qu’un matin, je me rĂ©veillerai et j’écrirai Ă  propos de ces femmes d’une maniĂšre que je ne peux encore imaginer. J’espĂšre que vous ferez de mĂȘme, que vous utiliserez l’écriture comme une mĂ©thode de recherche pour entrer dans votre propre impossibilitĂ©, lĂ  oĂč tout peut arriver — et oĂč tout arrivera ! Partie 3 pratiques d’écriture Laurel Richardson 32 Citation originale Writing, the creative effort, should come first — at least for some part of ... Écrire, l’effort crĂ©atif, devrait primer — au moins pour certains pans de ton quotidien. C’est une merveilleuse bĂ©nĂ©diction si tu y fais appel. Tu deviendras plus heureux, Ă©clairĂ©, vivant, passionnĂ©, joyeux, et plus gĂ©nĂ©reux envers les autres. MĂȘme ta santĂ© s’amĂ©liora. Les rhumes disparaĂźtront et toute autre affection de dĂ©couragement et d’ennui32 Ueland, 1987/1938. 75Dans ce qui suit, je propose quelques façons d’utiliser l’écriture comme mĂ©thode pour connaĂźtre ». J’ai retenu des exercices qui ont Ă©tĂ© utiles aux Ă©tudiantes et Ă©tudiants parce qu’ils permettent de dĂ©mystifier l’écriture, qu’ils nourrissent la voix de la chercheuse ou du chercheur et servent le processus de dĂ©couverte de soi, du monde et des enjeux de justice sociale. J’aimerais aussi pouvoir affirmer avec certitude que ces exercices nous gardent en bonne santĂ©. MĂ©taphore 76Les vieilles mĂ©taphores usĂ©es, bien que faciles et plaisantes Ă  utiliser, deviennent avec le temps lourdes et indigestes. Plus rigide vous devenez, moins flexible vous ĂȘtes. Vos idĂ©es en viennent Ă  ĂȘtre ignorĂ©es. Si votre Ă©criture est clichĂ©e, vous n’irez pas au-delĂ  de votre imagination » AĂŻe ! Le clichĂ© qui pointe vers le clichĂ© ! et vous lasserez les gens. Dans l’écriture scientifique traditionnelle en sciences sociales, la mĂ©taphore de la thĂ©orie est le bĂątiment » par exemple, une structure, une fondation, une construction, une dĂ©construction, un cadre, une grandeur voir l’excellent livre de Lakoff et Johnson, 1980. Envisagez une autre mĂ©taphore, par exemple la thĂ©orie comme tapisserie », la thĂ©orie comme maladie », la thĂ©orie comme rĂ©cit » ou la thĂ©orie comme action sociale ». RĂ©digez un paragraphe sur la thĂ©orie » en utilisant votre mĂ©taphore. Faire appel Ă  cette mĂ©taphore inusitĂ©e pour thĂ©oriser vous fait-il voir et sentir diffĂ©remment ? Voulez-vous que votre thĂ©orie s’insĂšre autrement dans le monde social ? Voulez-vous que votre thĂ©orie affecte le monde ? Prenez l’un de vos articles et soulignez les mĂ©taphores et les images utilisĂ©es. Qu’affirmez-vous au travers de ces mĂ©taphores que vous n’aviez pas rĂ©alisĂ© affirmer ? Qu’ĂȘtes-vous en train de rĂ©inscrire ? Souhaitez-vous le faire ? Pouvez-vous trouver d’autres mĂ©taphores qui modifieraient votre façon de voir percevoir le matĂ©riel et votre rapport Ă  ce matĂ©riel ? Vos mĂ©taphores composĂ©es font-elles Ă©tat de votre propre confusion ou du fait que les sciences sociales font abstraction de certaines idĂ©es ? En quoi vos mĂ©taphores Ă  la fois rĂ©inscrivent les iniquitĂ©s sociales et leur rĂ©sistent ? Formats d’écriture Choisissez un article de pĂ©riodique qui exemplifie les principales conventions d’écriture de votre discipline. Comment l’argumentaire est-il prĂ©sentĂ© ? Qui en est le public prĂ©sumĂ© ? Comment l’article reproduit-il une idĂ©ologie ? De quelle façon la personne positionne-t-elle son autoritĂ© par rapport au matĂ©riel ? OĂč se trouve l’autrice ou l’auteur ? OĂč vous trouvez-vous dans cet article ? Qui sont les sujets et les objets Ă  l’étude ? Choisissez un Ă©crit que vous avez rĂ©digĂ© dans le cadre d’un cours ou pour une publication et que vous jugez particuliĂšrement rĂ©ussi. De quelle façon avez-vous suivi les normes propres Ă  votre discipline ? Aviez-vous conscience de le faire ? Quelles parties du texte a louangĂ©es la personne qui a Ă©valuĂ© votre travail ? Avez-vous Ă©ludĂ© certaines parties plus difficiles en Ă©tant vague, en utilisant un jargon, en faisant appel Ă  une autoritĂ©, aux normes d’écriture scientifique et/ou en ayant recours Ă  d’autres tactiques rhĂ©toriques ? Quelles voix avez-vous exclues ? À qui s’adresse votre texte ? 77OĂč se situent les sujets dans votre travail ou votre article ? Et vous ? Comment vous sentez-vous par rapport Ă  votre travail ou Ă  votre article Ă  prĂ©sent ? Comment vous sentez-vous par rapport au processus de construction de cet Ă©crit ? Pratiques d’écriture crĂ©ative et analytique Joignez-vous Ă  un groupe d’écriture ou lancez-en un. Il pourrait s’agir d’un groupe de soutien Ă  l’écriture, d’un groupe d’écriture crĂ©ative, d’un groupe de poĂ©sie, d’un groupe de dissertations, d’un groupe de mĂ©moires, quelque chose du genre sur l’écriture de dissertations et d’articles, voir Becker, 1986 ; Fox, 1985 ; Richardson, 1990 ; Wolcott, 1990. Travaillez Ă  un guide d’écriture crĂ©ative pour quelques excellents guides, voir Goldberg, 1986 ; Hills, 1987 ; Metzger, 1992 ; Ueland, op. cit.. Inscrivez-vous Ă  un cours ou Ă  un atelier d’écriture crĂ©ative. Ces expĂ©riences sont bĂ©nĂ©fiques tant pour des chercheuses et chercheurs qui dĂ©butent que pour celles et ceux qui ont de l’expĂ©rience. Voyez l’utilisation des cahiers de notes de terrain comme une occasion d’enrichir votre vocabulaire d’écriture, vos habitudes de raisonnement et votre capacitĂ© de porter attention Ă  vos perceptions, et voyez-le comme un rempart contre l’implacable voix de la science. N’y a-t-il pas meilleur moyen que le processus de recherche pour dĂ©velopper le sens de soi — sa voix ?! Quel meilleur espace que vos cahiers de notes pour expĂ©rimenter diffĂ©rents points de vue — regarder le monde selon la perspective d’autrui ! Tenez un journal. Écrivez des rĂ©cits d’écriture, c’est-Ă -dire des rĂ©cits de recherche. 33 English classes » dans le texte. Écrivez une autobiographie d’écriture. Il s’agirait du rĂ©cit de la façon dont vous avez appris Ă  Ă©crire, des dictats des cours de français33 les phrases-thĂšmes, les grandes lignes, les essais de cinq paragraphes ?, des dictats de professeures et professeurs en sciences sociales, de comment et d’oĂč vous Ă©crivez Ă  prĂ©sent, de vos besoins d’écriture » idiosyncrasiques, de vos sentiments par rapport Ă  l’écriture et au processus d’écriture et/ou de votre rĂ©sistance Ă  l’écriture impartiale ». Il s’agit d’un exercice utilisĂ© par Arthur Bochner. Si vous souhaitez faire des expĂ©riences avec l’écriture Ă©vocatrice, une bonne façon de commencer est de transformer vos cahiers de notes en piĂšces de théùtre. Voyez quelles rĂšgles ethnographiques vous utilisez par exemple, rester fidĂšle aux paroles des personnes participantes, Ă  l’ordre des tours de parole et des Ă©vĂ©nements et quelles rĂšgles littĂ©raires vous convoquez par exemple, limiter le temps de parole des intervenantes et intervenants, laisser l’ intrigue » progresser, dĂ©velopper le personnage Ă  travers les actions. Écrire des piĂšces de théùtre accentue les considĂ©rations Ă©thiques. Si vous avez des doutes, voyez la diffĂ©rence entre une Ă©criture typique » d’un Ă©vĂ©nement ethnographique et une Ă©criture théùtrale de ce mĂȘme Ă©vĂ©nement, dans laquelle vous et vos hĂŽtes tenez des rĂŽles jouĂ©s devant public. À qui appartiennent les mots exprimĂ©s ? Comment cette reconnaissance est-elle attribuĂ©e ? Que faire si des personnes n’aiment pas la façon dont elles sont personnifiĂ©es ? Des normes de courtoisie sont-elles violĂ©es ? RĂ©digez des essais Ă  la fois avec une version orale et une version Ă©crite de votre piĂšce. Faites l’expĂ©rience de l’écriture en transformant une entrevue en profondeur en une reprĂ©sentation poĂ©tique. Tentez d’utiliser les mots, les rythmes, les façons de parler, les respirations, les pauses, la syntaxe et la diction de la personne interviewĂ©e. OĂč vous situez-vous dans le poĂšme ? Que savez-vous de la personne interviewĂ©e et de vous que vous ne connaissiez pas avant d’écrire ce poĂšme ? Quels procĂ©dĂ©s poĂ©tiques avez-vous sacrifiĂ©s au nom de la science ? Écrivez un texte stratifiĂ© » [layered-text] voir Lather et Smithies, op. cit. ; Ronai, 1995. Le texte stratifiĂ© est une stratĂ©gie permettant de vous insĂ©rer dans le texte tout en insĂ©rant celui-ci dans les diffĂ©rentes littĂ©ratures et traditions des sciences sociales. Voici une possibilitĂ© d’abord, rĂ©digez un court rĂ©cit de soi Ă  propos d’un Ă©vĂ©nement particuliĂšrement significatif pour vous ; prenez du recul et regardez le rĂ©cit selon votre perspective disciplinaire ; ajoutez ensuite Ă  votre rĂ©cit dĂ©but, sections intermĂ©diaires, fin, peu importe des affirmations analytiques ou des rĂ©fĂ©rences en utilisant une police de caractĂšre diffĂ©rente, une mise en forme diffĂ©rente, en divisant la page ou en balisant le texte autrement. Les couches peuvent ĂȘtre multiples, avec plusieurs façons de souligner les niveaux thĂ©oriques, les thĂ©ories, les intervenantes et intervenants, ainsi de suite. Il s’agit d’un exercice utilisĂ© par Carolyn Ellis. Utilisez une autre stratĂ©gie d’écriture pour dĂ©velopper une nouvelle forme d’ethnographie destinĂ©e Ă  des publications en sciences sociales. Produisez un texte transparent » dans lequel la littĂ©rature, la thĂ©orie et les mĂ©thodes prĂ©cĂ©dentes sont insĂ©rĂ©es de maniĂšre significative sur le plan textuel plutĂŽt qu’organisĂ©es dans des sections distinctes pour un trĂšs bon exemple, voir Bochner, 1997. Essayez le texte sandwich », dans lequel les thĂšmes traditionnels des sciences sociales renvoient au pain blanc » qui entoure la garniture » Ellis et Bochner, op. cit., ou un Ă©pilogue » expliquant le travail thĂ©orique et analytique du texte crĂ©atif voir Eisner, citĂ© dans Saks, 1996. ConsidĂ©rez le cadre d’un terrain. ConsidĂ©rez les diffĂ©rentes positions que vous occupez ou avez occupĂ©es dans cet espace, par exemple dans un magasin oĂč vous seriez vendeuse ou vendeur, cliente ou client, gĂ©rante ou gĂ©rant, fĂ©ministe, capitaliste, parent ou enfant. Écrivez d’abord Ă  propos du cadre ou Ă  propos d’un Ă©vĂ©nement se dĂ©roulant dans ce cadre Ă  partir de diffĂ©rentes postures. Qu’est-ce que ces diffĂ©rentes postures vous permettent de savoir ? Ensuite, laissez les points de vue dialoguer entre eux. Qu’est-ce que ces dialogues vous permettent de dĂ©couvrir ? Que dĂ©couvrez-vous Ă  travers ces dialogues ? Qu’apprenez-vous concernant les iniquitĂ©s sociales ? Écrivez vos donnĂ©es » de trois maniĂšres diffĂ©rentes, par exemple un compte rendu narratif, une reprĂ©sentation poĂ©tique et un scĂ©nario de théùtre des lectrices/lecteurs. Que comprenez-vous de chacun des rendus que vous ne compreniez pas des autres ? Comment les diffĂ©rents rendus s’enrichissent-ils mutuellement ? RĂ©digez un rĂ©cit de soi selon votre point de vue par exemple, quelque chose qui s’est produit dans votre famille ou dans un sĂ©minaire. Puis, interrogez une autre participante ou un autre participant par exemple, un membre de votre famille ou du sĂ©minaire et faites-lui raconter sa version de l’évĂ©nement. Imaginez-vous comme faisant partie de l’histoire de la participante ou du participant de la mĂȘme maniĂšre qu’elle ou il fait partie de votre histoire. Comment réécrivez-vous votre rĂ©cit selon le point de vue de cette personne ? Cet exercice est utilisĂ© par Ellis. L’écriture collaborative nous permet de voir au-delĂ  de notre conception naturaliste du style et de l’attitude. C’est un exercice que j’ai utilisĂ© dans mon enseignement, mais il serait tout aussi Ă  propos pour un groupe d’écriture. Chaque membre met d’abord en mots un Ă©vĂ©nement de sa vie. Par exemple, ce pourrait ĂȘtre un rĂ©cit fĂ©ministe, un rĂ©cit de rĂ©ussite, un rĂ©cit de quĂȘte, un rĂ©cit culturel, un rĂ©cit de socialisation professionnelle, un conte rĂ©aliste, un rĂ©cit de confessions ou un rĂ©cit de discriminations. Des copies des rĂ©cits sont distribuĂ©es aux membres du groupe. Le groupe est ensuite divisĂ© en plus petits groupes je prĂ©fĂšre des groupes de trois. Chaque petit groupe propose une nouvelle histoire, soit l’histoire collective de ses membres. La collaboration peut prendre diverses formes drame, poĂ©sie, fiction, rĂ©cit de soi, textes rĂ©alistes, etc. Les collaborations sont partagĂ©es avec l’ensemble du groupe. Enfin, chaque membre met sur papier ce qu’elle ou il a ressenti par rapport Ă  la collaboration et Ă  ce qui est advenu de son rĂ©cit personnel — et de sa vie — durant ce processus. Prenez un pan de votre vie en dehors de ou prĂ©cĂ©dant votre expĂ©rience dans le milieu de l’enseignement et de la recherche qui vous a particuliĂšrement marquĂ©. Utilisez cette rĂ©sonance comme une mĂ©taphore Ă  partir de laquelle travailler pour comprendre et prĂ©senter votre recherche. Les Ă©tudiantes et Ă©tudiants ont créé d’excellents rapports de recherche et se sont accrochĂ©s Ă  des figures inattendues par exemple, la chorĂ©graphie, les principes de l’arrangement floral, la composition picturale, les diffusions sportives. Ces rĂ©sonances cultivent une vie plus intĂ©grĂ©e. Il existe diffĂ©rentes formes d’écriture pour diffĂ©rents publics et diffĂ©rentes occasions. Faites l’expĂ©rience d’écrire sur un mĂȘme objet de recherche pour un lectorat universitaire, un lectorat de professionnelles et professionnels, pour la presse populaire, pour des lĂ©gislatrices et lĂ©gislateurs, pour le milieu de la recherche, ainsi de suite Richardson, 1990. C’est un exercice fort pertinent pour les Ă©tudiantes et Ă©tudiants de cycles supĂ©rieurs qui pourraient vouloir faire partager de maniĂšre conviviale leurs rĂ©sultats de recherche avec leurs collĂšges. Mettez en rĂ©cit l’écriture Richardson, 1997. Ces histoires renvoient Ă  des comptes rendus rĂ©flexifs de ce qui vous a amenĂ© Ă  Ă©crire ce que vous avez Ă©crit. Les rĂ©cits d’écriture peuvent porter sur des rĂšgles disciplinaires, des Ă©vĂ©nements dĂ©partementaux, des rĂ©seaux d’amitiĂ©, des liens collĂ©giaux, familiaux et/ou des expĂ©riences biographiques personnelles. Ces rĂ©cits d’écriture permettent de situer votre travail dans divers contextes, rattachant cette tĂąche solitaire et en apparence sĂ©parĂ©e du reste aux alĂ©as de votre vie et de votre personne. Mettre en rĂ©cit ces histoires nous rappelle le processus constant de cocrĂ©ation qui s’opĂšre entre nous-mĂȘme et les sciences sociales. 34 Citation originale Willing is doing something you know already – here is no imaginative underst ... Être disposĂ© Ă , c’est faire quelque chose que l’on connaĂźt dĂ©jĂ  — il n’existe aucune nouvelle comprĂ©hension imaginative dans cet acte. En ce moment, votre esprit devient affreusement stĂ©rile et dĂ©sertique Ă  force d’ĂȘtre aussi rapide, vif et efficace Ă  rĂ©aliser une chose aprĂšs l’autre, au point oĂč vous ne prenez plus le temps de laisser vos idĂ©es survenir, se dĂ©velopper et rayonner doucement34 Ueland, op. cit..

\n\n \n apprend a ecrire ou apprend a te taire

Les37 meilleurs livres pour apprendre à mieux communiquer de ma bibliothÚque de 414 ouvrages. Apprendre à mieux communiquer en lisant des livres. Voilà une idée qui est bonne. Mais bon. Des livres pour apprendre à mieux communiquer vous

En cours francais, la rĂ©daction est prĂ©sente durant toutes les annĂ©es collĂšge et Ă©galement au lycĂ©e. Les Ă©lĂšves se prĂ©parent Ă  l'exercice dĂšs la primaire avec les fameuses expressions Ă©crites. Mais plus ils avancent en niveau, plus l'exercice est exigeant et demande de la prĂ©paration et de la mĂ©thodologie. Pour rĂ©ussir ses devoirs en classe ou Ă  la maison, son brevet de français et son bac de français, mieux vaut avoir une bonne idĂ©e de la meilleure façon de rĂ©diger. L'Ă©preuve de rĂ©daction au brevet des collĂšges Utilisez votre brouillon au maximum. Au brevet de français, la partie rĂ©daction est notĂ©e sur 40 points sur 100 pour la totalitĂ© de l'Ă©preuve de français. Elle suit directement l'Ă©preuve de dictĂ©e et vous avez 1h30 pour rĂ©diger votre texte. Au brevet des collĂšges, les Ă©lĂšves ont le choix entre deux sujets Ă  traiter un sujet d'invention ou d'imagination et un sujet de rĂ©flexion. Dans les deux cas, les sujets sont en lien direct avec le corpus de texte Ă©tudiĂ© prĂ©cĂ©demment. Par exemple, voici deux sujets possibles Sujet d'invention "Imaginez la suite du texte du corpus en vous mettant Ă  la place du personnage. Utilisez des anecdotes personnelles", Sujet de rĂ©flexion "Pourquoi est-il important d'apprendre tout au long de sa vie ? Argumentez votre rĂ©ponse." L'Ă©lĂšve est Ă©valuĂ© sur la qualitĂ© de l'expression Ă©crite, l'usage appropriĂ© de la langue et l'orthographe, ainsi que sa capacitĂ© Ă  organiser ses arguments. Les meilleurs professeurs de Français disponibles4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !C'est partiPremiĂšre Ă©tape comprendre le sujet Avant de se lancer dans la rĂ©daction en cours de francais, il est nĂ©cessaire de bien dĂ©limiter le sujet et de le comprendre. N'hĂ©sitez pas Ă  relire plusieurs fois la consigne afin de ne pas vous Ă©garer et faire du hors sujet. Vous pouvez souligner les mots importants, les recopier, les entourer, reformuler la consigne... Faites tout ce qui vous aide Ă  mieux comprendre ce qu'on attend de vous. Commencez par noter le thĂšme du sujet. La consigne vous demande d'imaginer la suite du texte du corpus. Est-ce une poĂ©sie ? Une piĂšce de théùtre ? Un extrait de roman ? Pour le sujet de rĂ©flexion, quel est le lien entre le texte et la question ? Appuyez-vous d'abord sur la forme du texte. Que demande exactement la consigne ? Pour le sujet d'imagination, il vous sera demandĂ© d'Ă©crire la suite d'un rĂ©cit, de raconter une mĂȘme scĂšne en changeant de point de vue interne, externe, omniscient, d'imaginer une autre scĂšne sur le mĂȘme thĂšme ou de raconter une expĂ©rience personnelle en dĂ©crivant vos sentiments. La consigne est claire sur le type de texte demandĂ© narration, lettre, rĂ©cit avec dialogues, description, portrait, poĂšme, discours... Le temps de rĂ©daction est parfois indiquĂ© prĂ©sent, passĂ©. Si ce n'est pas le cas, utilisez le temps du texte du corpus. Il vous sera prĂ©cisĂ© si vous devez Ă©crire Ă  la premiĂšre ou Ă  la troisiĂšme personne. Pour le sujet de rĂ©flexion, la rĂ©daction consiste Ă  exprimer votre avis sur une question posĂ©e. C'est un texte argumentatif qu'il vous est demandĂ© de produire en justifiant votre point de vue. La plupart du temps, le texte prend la forme d'un essai mais il peut vous ĂȘtre demandĂ© d'Ă©crire votre argumentation dans une lettre ou au sein d'un dialogue. Respectez bien la consigne pour espĂ©rer obtenir le maximum de points. Peut-ĂȘtre que le plan du devoir vous est fourni Ă©galement. Prenez le temps de la rĂ©flexion avant de vous lancer ! DeuxiĂšme Ă©tape collecter les informations AprĂšs avoir bien dĂ©limitĂ© et compris le sujet, il est temps de rassembler les informations Ă  votre disposition. Prenez le temps d'identifier la situation qui vous amĂšne Ă  rĂ©diger votre texte Quel est la cible ? Si vous rĂ©digez une lettre, Ă  qui est-elle adressĂ©e ? Quel est l'objectif Ă  atteindre ? Devez-vous informer, raconter, argumenter, convaincre ? Pour vous aider Ă  ne rien oublier, notez clairement au brouillon les sept questions sous forme de liste et rĂ©pondez-y quoi, qui, quand, oĂč, pourquoi, comment, combien ? Rassemblez vos souvenirs historiques, gĂ©ographiques, techniques, littĂ©raires et personnels en fonction du sujet. DĂšs le dĂ©but, imaginez la situation que vous souhaitez rĂ©diger et rĂ©unissez des exemples prĂ©cis. Si votre rĂ©cit comporte un hĂ©ros, faites-lui une fiche d'identitĂ© avec son nom, son portrait physique et ses traits de caractĂšre. Notez tout ce qui vous passe par la tĂȘte au brouillon, toutes les idĂ©es que vous avez sans faire de phrases un mot ou une expression vous rappellera ce que vous souhaitez dĂ©velopper. Mais attention Ă  tout noter de façon claire afin de pouvoir classer, trier et numĂ©roter vos idĂ©es pour ne rien oublier par la suite. TroisiĂšme Ă©tape classer les idĂ©es Il est maintenant temps de sĂ©lectionner les informations pertinentes pour votre sujet. A part si le plan vous est donnĂ©, une rĂ©daction suit gĂ©nĂ©ralement un plan en trois parties introduction, dĂ©veloppement et conclusion. Cette Ă©tape sert Ă  structurer les informations sĂ©lectionnĂ©es en fonction du plan choisi. Introduction L'introduction comporte 6 Ă  8 lignes en un seul paragraphe Ă  adapter en fonction de la longueur demandĂ©e Ă  la rĂ©daction, l'introduction doit reprĂ©senter Ă  peine 1/5 de la globalitĂ© du texte. Elle sert Ă  rappeler le sujet, Ă  prĂ©senter la situation initiale et le hĂ©ros. Partez du principe que l'examinateur n'est pas censĂ© connaĂźtre le sujet. Il doit donc pouvoir comprendre de quoi vous parlez grĂące Ă  l'introduction. Servez-vous des questions quoi, qui, oĂč, quand pour rĂ©diger cette partie. DĂ©veloppement Pour le dĂ©veloppement vous avez plusieurs possibilitĂ©s Garder un ordre chronologique le plus courant pour un rĂ©cit mais il est tout de mĂȘme possible de faire des ellipses ou de revenir en arriĂšre, Choisir un ordre logique si vous faites une description, une comparaison, un portrait ou un discours, le dĂ©veloppement suivra un ordre logique. Au brouillon, grouper les idĂ©es de la mĂȘme catĂ©gorie puis classer les catĂ©gories les unes par rapport aux autres pour avancer peu Ă  peu vers la conclusion. Conclusion La conclusion fait Ă  peu prĂšs la mĂȘme longueur que l'introduction. Elle sert Ă  finir l'histoire proprement. Selon le sujet, vous pouvez terminer avec une pensĂ©e ou une morale l'impression gĂ©nĂ©rale du devoir, l'expression de vos sentiments/Ă©motions... ou avec une ouverture sur l'avenir en prenant un point de vue plus lointain. Remarque gĂ©nĂ©rale Le plan introduction/dĂ©veloppement/conclusion se prĂȘte parfaitement au sujet de rĂ©flexion. En revanche, pour le sujet d'imagination, vous pouvez vous en Ă©loigner quelque peu mĂȘme si vous devrez introduire vos personnages et terminer sur une fin logique. QuatriĂšme Ă©tape rĂ©diger au brouillon Faites un plan prĂ©cis et respectez-le jusqu'Ă  la fin ! AprĂšs avoir travaillĂ© son sujet de fond en comble, l'Ă©lĂšve peut passer Ă  la rĂ©daction au brouillon. Pour le sujet de rĂ©flexion, contentez-vous d'Ă©crire le plan gĂ©nĂ©ral et les idĂ©es principales de chaque paragraphe sans faire de phrases complĂštes. En revanche, prenez le temps de rĂ©diger intĂ©gralement au brouillon l'introduction et la conclusion. Pour le sujet d'imagination, mieux vaut rĂ©diger la totalitĂ© du texte au brouillon. Ecrivez au crayon de papier, sautez des lignes, laissez une marge pour pouvoir corriger et noter des expressions intĂ©ressantes Ă  employer. Le travail du style est bien plus important dans le sujet d'imagination. NĂ©anmoins, votre rĂ©daction doit Ă©galement s'organiser en paragraphes mĂȘme pour le sujet d'invention. Vous pouvez changer de paragraphe Ă  chaque changement de scĂšne, Ă  l'apparition d'un nouveau personnage, au changement soudain d'une action, d'un lieu ou mĂȘme d'une Ă©poque. Quand vous avez terminĂ© de rĂ©diger au brouillon, prenez le temps de retravailler votre texte. VĂ©rifiez que les phrases s'enchaĂźnent logiquement et sans rĂ©pĂ©titions. Profitez-en pour corriger les fautes. Ces quatre premiĂšres Ă©tapes semblent longues et elles doivent l'ĂȘtre. Consacrez la moitiĂ© de l'Ă©preuve sur votre brouillon, soit 45 minutes de rĂ©flexion. CinquiĂšme Ă©tape rĂ©diger au propre La rĂ©daction au propre doit pouvoir se faire en trente minutes afin de vous laisser quinze minutes pour relire votre production Ă  la fin. Prenez le temps de recopier lentement et lisiblement pour le sujet d'imagination, tout en corrigeant les phrases mal formulĂ©es et les rĂ©pĂ©titions. Soignez la prĂ©sentation en utilisant des espaces et en formant bien vos lettres. Utilisez le moins possible de correcteur d'oĂč l'importance du brouillon. Pour le sujet de rĂ©flexion, Ă©crivez chaque paragraphe sans dĂ©vier, ni dĂ©velopper trop chaque partie. Veillez Ă  donner Ă  chaque Ă©lĂ©ment une taille proportionnĂ©e Ă  son importance. Insistez sur l'essentiel et contentez-vous de citer le reste. Le texte de rĂ©daction du brevet de français doit au minimum faire 300 mots soit deux pages sauf indication contraire dans la consigne le jour de l'Ă©preuve. Dans tous les cas, veillez Ă  utiliser un vocabulaire appropriĂ© dans une langue correcte. Construisez des phrases courtes et logiques et reliez-les par des connecteurs logiques. Les quinze derniĂšres minutes sont consacrĂ©es Ă  la relecture attentive de votre rĂ©daction. Une premiĂšre relecture doit ĂȘtre faite dans la peau du lecteur afin de vĂ©rifier qu'il ait toutes les informations dont il a besoin. La deuxiĂšme relecture sert Ă  corriger les erreurs d'inattention qui auraient pu se glisser dans votre copie. Quelques conseils pour mieux rĂ©diger La lecture seule ne suffit pas Ă  amĂ©liorer votre Ă©criture. La pratique, encore et toujours Pour mieux Ă©crire lors du brevet, il n'y a pas de secret l'entraĂźnement est nĂ©cessaire. Pour bien Ă©crire, on dit souvent qu'il faut beaucoup lire. C'est surtout vrai pour s'amĂ©liorer en orthographe. En effet, pour amĂ©liorer son Ă©criture, il faut surtout beaucoup Ă©crire ! Ce n'est qu'en pratiquant que vous pourrez amĂ©liorer votre style et surtout gagner en efficacitĂ© pour rĂ©diger vite et bien au moment de l'Ă©preuve. Si vous ne savez pas quoi Ă©crire Compte-rendu de films que vous avez vu, SynthĂšses de livres que vous avez lu, Histoires sorties de votre imagination, Moments vĂ©cus dans votre quotidien... Il n'y a pas besoin que ce soit parfait, personne n'ira lire ce que vous Ă©crivez Ă  moins que vous le souhaitiez alors oubliez vos craintes et lancez-vous ! Les formules littĂ©raires Ă  utiliser Evitez de dĂ©buter une phrase par une conjonction de coordination, Oubliez le vocabulaire familier Ă  moins que la consigne vous l'exige, Evitez les verbes avoir, ĂȘtre, faire Ă  part dans les temps composĂ©s. Mais aussi Formule orale...... Ă  remplacer par la formule Ă©crite MalgrĂ© queBien que + subjonctif Vu queEtant donnĂ© que MaisPourtant, cependant, d'un autre cĂŽtĂ© DoncPar consĂ©quent CarEn effet Par contreEn revanche, nĂ©anmoins Au niveau de Sur le plan de AvoirPossĂ©der, rĂ©vĂ©ler EtreParaĂźtre, rester, demeurer, sembler DireEcrire, affirmer, ajouter Il y a On remarque, on note Faire simple Ne faites pas de phrases trop longues une phrase sur deux lignes, c'est compliquĂ© Ă  lire. Alternez les phrases un peu longues une ligne et les phrases courtes pour donner du rythme Ă  votre rĂ©daction. Vous pouvez Ă©galement utiliser des phrases non verbales si c'est pertinent. Ne blablatez pas ne faites pas du remplissage si vous n'avez plus rien Ă  dire. Choisissez un style simple et un vocabulaire prĂ©cis et n'employez pas des mots dont vous ne connaissez pas le sens juste pour faire joli. Evitez les rĂ©pĂ©titions au maximum. Faites attention Ă  la ponctuation qui peut changer le sens d'une phrase Ă  elle seule. A l'Ă©crit, on emploie un style plus soutenu qu'Ă  l'oral. N'Ă©crivez pas comme vous parlez ! Ne faites pas non plus entrer trop de personnages dans votre rĂ©cit au risque de vous perdre et de perdre le lecteur. Pour deux pages, si vous avez deux ou trois personnages maximum, c'est largement suffisant. Evitez la science-fiction. Il est beaucoup plus aisĂ© de raconter des actions pouvant se passer dans la vie rĂ©elle. A vous de jouer !
Conjugaisonverbe apprendre Ă  tous les temps et modes. ModĂšles de conjugaison du verbe français et verbes irrĂ©guliers. Auxiliaires ĂȘtre et avoir. Cherchez la traduction du verbe apprendre en contexte et sa dĂ©finition. Verbes français similaires : entreprendre, surprendre, reprendre
Se mettre en avant peut ĂȘtre un exercice pĂ©rilleux pour qui n’est pas trop sĂ»r de soi. Surtout pour les femmes, Ă  qui on a toujours appris Ă  ĂȘtre discrĂštes pour ne pas ĂȘtre vulgaires. Pas Ă©tonnant donc qu’un atelier ait Ă©tĂ© consacrĂ© Ă  ce sujet, lors du Forum Elle Active qui rĂ©unissait des working girls assumant leur envie de faire avancer leur carriĂšre. Je parle positivement de moi sans me vanter » c’est l’objectif Ă  atteindre grĂące aux conseils de la coach certifiĂ©e et championne de judo Magali Baton, fondatrice du cabinet Seika. Cadremploi y Ă©tait et vous dĂ©voile les 5 Ă©tapes essentielles pour devenir son meilleur publicitaire. Étape numĂ©ro 1 faire la diffĂ©rence entre se vanter et se mettre en avantSe vanter, c’est essayer de faire croire aux autres qu’on est le meilleure, alors qu’on n’en est pas convaincu soi-mĂȘme. Une petite voix dans notre tĂȘte martĂšle que l’on est en train de raconter n’importe quoi. Pour la faire taire, on en rajoute. En quelque sorte, on ment. Et ça se voit. Rien de bon pour booster une carriĂšre. Au contraire, quand on se met en avant, on croit Ă  ce qu’on dit. La confiance en soi est donc primordiale. Et pas besoin pour cela d’avoir un Ă©go surdimensionnĂ©. Il suffit d’identifier clairement ce qu’on veut partager, et de se rendre compte qu’il s’agit d’une vĂ©ritĂ©. Par exemple, vous ĂȘtes diplĂŽmĂ© d’une Ă©cole prestigieuse, vous avez Ă©tĂ© promu manager, vous avez reçu des fĂ©licitations aprĂšs votre prĂ©sentation, etc. Ce sont des faits. Ils suffisent Ă  vous mettre en avant s’ils sont racontĂ©s correctement. Étape numĂ©ro 2 choisir les bonnes lunettesToute la question est donc de savoir bien prĂ©senter ces faits dont vous pouvez ĂȘtre fier. Magali Baton parle de lunettes les filtres avec lesquels on va regarder une expĂ©rience, une compĂ©tence ou un parcours dans son ensemble. Prenons une expĂ©rience toute simple, comme une prĂ©sentation parfaitement exĂ©cutĂ©e. À la fin de la rĂ©union, quand on vous demande comment ça s’est passĂ©, vous pouvez choisir une multitude d’angles - L’option manque de confiance en soi "J’avais tellement peur pendant ma prĂ©sentation que je tremblais" - L’option vantardise "J’ai dĂ©chirĂ© ma prĂ©sentation, je suis sĂ»r que notre boss pense Ă  m’augmenter maintenant" - L’option pour se mettre en avant positivement "J’ai dĂ©chirĂ© ma prĂ©sentation, la patronne m’a fĂ©licitĂ©e !" RĂ©flĂ©chissez Ă  tout ce que vous pouvez dire de positif sur vous-mĂȘme et entraĂźnez-vous Ă  le formuler avec ce bon angle. Vous avez tremblĂ© pendant votre prĂ©sentation ? Vous n’ĂȘtes pas obligĂ© de le dire. A contrario, si le n+1 vous a fĂ©licitĂ©, c’est dĂ©jĂ  trĂšs bien, pas la peine d’en rajouter. Étape numĂ©ro 3 bannir le "mais"Vous l’avez, votre formulation objective et positive ? Ne la gĂąchez surtout pas avec un "mais" c’est le mot interdit. Pour reprendre notre exemple, on bannit la formulation "J’ai dĂ©chirĂ© ma prĂ©sentation, mais dans l’effervescence j’ai oubliĂ© une partie." Étape numĂ©ro 4 s’entraĂźnerUne fois qu’on a compris le principe, il faut s’entraĂźner. Parce que pour booster sa carriĂšre en se prĂ©sentant positivement, il faut le faire de façon constante, non seulement pour des rĂ©ussites ponctuelles mais aussi Ă  chaque fois qu’on se prĂ©sente. Comme entraĂźnement, rien de tel que l’elevator pitch une façon prĂ©senter son statut et son parcours qui peut s’énoncer en moins d’une minute. Étape numĂ©ro 5 spĂ©ciale femmes ne pas se tirer dans les pattesAvant de clore l’atelier, Magali Baton a fait passer un dernier message Ă  toutes les working girls de la salle soutenez-vous. Dans le milieu du sport comme dans le milieu professionnel, les hommes sont compĂ©titifs mais savent se soutenir quand il s’agit d’évincer une femme qui marche sur leurs platebandes. Le problĂšme, c’est que les femmes n’en font pas autant ». Alors, la prochaine fois qu’on veut mĂ©dire sur une collĂšgue parce qu’elle en fait trop ou qu’elle a "les dents qui rayent le plancher", on se retient. Et si elle avait tout simplement les compĂ©tences pour prĂ©tendre Ă  ce poste ? .